Jour 366

Strasbourg

Incroyable. Cette aquarelle est installée sur un mur de la salle à manger, chez tantine. Depuis des lustres. J’ai remarqué la semaine dernière seulement qu’elle représentait la ville de Strasbourg, Place du Marché aux Cochons-de-lait. Ça va nous faire une place à essayer de trouver. 

Je ne crois pas avoir annoncé à mes lecteurs que je séjournerai deux semaines à Strasbourg au début de septembre. Emmanuelle m’a demandé de l’y accompagner. Elle s’en va vivre quelque treize mois là-bas, le temps d’une année d’études en robotique médicale. Quand elle m’a demandé, sans me le demander, de partir avec elle, j’ai presque pleuré.
– On pourrait partir le 26 août, m’a-t-elle un jour annoncé.
– J’irais avec toi ?, m’étais-je exclamée, à la fois surprise et ravie de découvrir que
ma fille avait encore besoin de moi.
Pourtant, ma réponse à sa demande a été contraire au sentiment dans mon cœur. J’ai exprimé à ma fille que si j’avais été capable de partir seule à Aix-en-Provence, sans adresse où coucher le premier soir ni les suivants, sans vraiment d’argent pour me loger dans les hôtels –d’où il ressort que je me suis retrouvée dans une auberge de jeunesse–, elle était capable en masse d’assumer seule, elle aussi, cette aventure.
– Si je peux le faire, tout le monde le peut !
Telle est ma conclusion passe-partout, ma phrase fétiche.
– Je ne pars pas étudier en France pour me prouver que je peux me débrouiller à mon arrivée, m’a répondu ma fille sage et mature. Je pars en France pour entamer une année d’études qui sera exigeante. Je ne veux pas me retrouver dans une position instable à quelques jours de mon arrivée.
Pas bête.
Pourquoi arrivera-t-elle à Strasbourg si à la dernière minute pour se chercher un logement ?, se demanderont certains. Parce qu’elle travaille, dans son domaine d’ingénierie, jusqu’à la fin du mois d’août.
– Je dois m’absenter deux semaines au début de septembre, ai-je déclaré tout de go au cardiologue quand il a été question de m’opérer.
– Dès que vous connaîtrez vos dates de départ et de retour, vous me les transmettrez, a-t-il dit.
C’est ce qui fait que la semaine dernière je lui ai téléphoné, composant pour cela le numéro de son cellulaire personnel. C’est la nouvelle manière, semble-t-il, de contacter nos spécialistes. Pas d’intermédiaire, de secrétaire, de bureau central. C’est pour cette raison, probablement, que lorsque nous voyons déambuler notre homme, dans les corridors du CHUM –parce que deux fois nous y sommes allés et deux fois nous l’avons croisé, sans qu’il nous reconnaisse–, il parle au téléphone, en marchant ! Je me suis assise sur la causeuse dans la véranda, j’ai composé le numéro. Un coup, deux coups, trois…
– Parfait, ai-je pensé, il est en train d’opérer, je vais pouvoir laisser mon message sans avoir à lui parler.
Telle est ma confiance en moi, ma manière —colonisée– de penser.
Je m’apprêtais à entamer ma litanie sur sa messagerie vocale lorsque, le coquin, il a répondu. J’ai essayé de pédaler de mon mieux. Pour commencer, je me suis présentée. Tout en me présentant –le temps de deux mots prononcés–, mille questions se bousculaient déjà au portillon. Dois-je mentionner que je l’ai rencontré deux fois en compagnie de mon mari ? Lui préciser la date de notre dernière rencontre ? Préciser aussi dans quelle ville je m’en vais ou m’en tenir au seul vocable général de la France ? Lui rappeler, tant qu’à aller dans le détail, pour quelle raison –le pannus— il doit m’opérer ?
– Vous voulez me transmettre les dates de votre absence en France, si je me rappelle bien, a-t-il commencé.
– Exact. Du 3 au 18 septembre.
Somme toute, j’ai assez bien réussi mon mini défi, d’autant que je n’ai pas ajouté que le 18 septembre était la date de naissance de ma mère, décédée.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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