Jour 311

Ongles

Tantine accepte de se prêter à mes folies.

Finalement, nous aurons eu une tempête de pluie et de vent et je ne m’en serai pas rendu compte. Qu’est-ce que je faisais pendant que la température se déchaînait ? Je dînais avec une tantine, pas celle dont je m’occupe hebdomadairement, une autre, en compagnie, cela étant, de celle dont je m’occupe ordinairement, et de Bibi, l’organisatrice de toutes ces rencontres familiales qui ponctuent mon quotidien. Nous sommes allées dans un restaurant asiatique. Je pense qui Bibi est la meilleure cliente à cet endroit, elle y amène tout son monde, jeunes et moins jeunes. Le personnel d’ailleurs l’appelle par son prénom, Bibianne.
À propos de prénom, voici une anecdote touchante pour les âmes sensibles et fleur bleue comme la mienne. Le patron se fait appeler Raymond par ses clients, parce qu’il était auparavant le propriétaire d’un dépanneur qui s’appelait Dépanneur Raymond. Bien entendu, c’était le nom du dépanneur avant qu’il en fasse l’acquisition. Par un effet de glissement naturel, les clients du dépanneur se sont mis à appeler notre homme Raymond, et, Joliette étant une petite ville, les clients du dépanneur qui viennent au restaurant continuent de faire pareil. Intriguée qu’un asiatique ait pu se faire prénommer Raymond par ses parents, Bibi a posé la question :
– Êtes-vous bien un Raymond, ou avez-vous opté pour un prénom occidental plus facile à prononcer ?
Ici, j’y suis allée de mon grain de sel, en mentionnant que les prénoms asiatiques sont souvent faciles à prononcer, et en énumérant ceux que je connais : Duy, Hu, An, Lee…
L’homme s’est mis à rire et nous a expliqué ce que je viens d’expliquer ci-haut.
– On m’appelle Raymond parce qu’avant de tenir ce restaurant, j’avais un dépanneur qui s’appelait le dépanneur Raymond !
– Quel est alors votre vrai prénom ?, a demandé Bibi.
– Wesner, a-il répondu.
– Ça fait américain, ou anglais, il me semble ? Comment vous l’écrivez ?, ai-je répliqué.
– W, a, e, s, n, a.
– Waesna !, avons-nous prononcé en chœur, les quatre femmes autour de la table.
– Ça veut dire Destin, a-t-il précisé. Mon cousin m’a donné ce prénom quand il a découvert que je faisais partie du même camp de réfugiés que lui. J’étais petit à l’époque, pas plus haut que ça, a-t-il ajouté en désignant de la main une hauteur d’à peu près trois pieds.
– C’est une belle histoire !, a dit Bibi.
– Waesna, Waesna, avons-nous continué de prononcer entre nous.
Sur ce, l’homme, qui était à notre table pour nous servir, est reparti. Du coup, nous n’avons pas su quel était son prénom d’origine !
Après le repas, nous sommes allées chez la tantine que je ne vois pas souvent, prendre le thé, mais en fait nous avons bu de l’eau Pellegrino.
– Me permettez-vous, pendant qu’on boit notre eau, d’appliquer du vernis sur les ongles de tantine ? Elle me l’a demandé dans l’auto tout à l’heure.
– Allez-y !, a répondu notre hôtesse.
En fait, tantine ne m’a rien demandé. Constatant dans l’auto que je portais du vernis à ongles rouge, elle a passé la remarque qu’elle n’en avait jamais porté de sa vie.
Souvent, pour le plaisir de la faire parler, je réponds des niaiseries.
– Tu n’as jamais porté du rouge mais peut-être as-tu porté du bleu ?
– Comique !, se contente-t-elle de répondre.
De là à lui proposer d’essayer, bien entendu, il n’y a qu’un pas, très facile à franchir puisque je savais que le flacon de vernis était dans mon sac à main.
Quand j’ai eu fini, elle a passé la remarque que c’était plus beau sur ses ongles longs que sur mes ongles courts.
– Mais je ne sais pas si j’aime ça, a-t-elle ajouté.
– Au moins tu l’auras fait une fois dans ta vie !, ai-je répliqué, en taisant le fait que ça ne s’enlevait pas facilement !

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Jour 312

Cloutier

Lac Cloutier le 31 octobre à 11:00. L’eau comme un papier de soie. Photo sans  rapport aucun avec le texte d’aujourd’hui.

Je suis tombée sur une personne rigolote. À la Lufthansa. J’ai acheminé hier à la compagnie des documents numérisés qui allaient permettre d’analyser ma demande de compensation. En fait, on me demandait de fournir un document que je n’avais pas, et d’en fournir deux que j’avais déjà fournis. J’ai fait comme si de rien n’était. J’ai réacheminé les deux que je possédais, en mentionnant que le troisième document demandé ne m’était jamais passé entre les mains. J’en ai profité pour préciser que je ne savais pas si je m’adressais à un homme ou à une femme, car la correspondance était signée d’un certain ou d’une certaine Glody. J’ai donc commencé mon courriel par M. ou Mme, en précisant que j’y allais de cette double formule à défaut de savoir si Glody était un prénom masculin ou féminin. Je demandais par ailleurs à cette personne Glody d’excuser mon ignorance.
Voici ce matin ce qui est arrivé. Mon téléphone sonne, et je vois sur l’écran que l’appel provient de l’Allemagne. J’ai tout de suite pensé qu’il s’agissait de mon amie québécoise, qui habite en Allemagne depuis maintenant plus de quarante ans. Je l’ai contactée pas plus tard qu’hier, elle aussi, pour vérifier s’il était possible que je me rende la visiter début janvier, avec chouchou, comme nous l’avons d’ailleurs fait en septembre dernier. Je m’attendais donc à ce que ce soit la voix de mon amie qui charme mes oreilles, mais ce fut plutôt une voix masculine.
– Bonjour Madame, me dit la voix, je téléphone de la Lufthansa.
– Bonjour, ai-je répondu, cherchant déjà dans mon bureau un papier et un crayon pour noter quels documents supplémentaires allaient m’être demandés.
– J’appelle, tout d’abord, pour vous informer que mon prénom est mixte.
La remarque de cette personne rigolote m’a laissée pantoise.
– En effet, a ajouté la personne pour combler le silence, Glody est un prénom qui sied aussi bien à une femme qu’à un homme.
– Comme chez nous le prénom André, ai-je répondu en m’efforçant de faire travailler mes neurones un peu plus vite que d’habitude.
– Vous avez demandé une compensation pour un vol annulé et pour un deuxième vol annulé, l’un à la suite de l’autre, c’est bien ça Madame ?
– Exactement, ai-je répondu, en n’ajoutant rien car j’étais figée, et parce que je m’attendais à être autant déçue par l’appel de Glody que par ma visite au CHUM qui s’est soldée par une non-opération en septembre dernier.
– On prend la peine de me téléphoner pour mieux me faire avaler qu’il n’y a rien à faire, pour m’amener à penser que, dans le fond, personne n’est responsable, et ça va se terminer par des souhaits de meilleur vol la prochaine fois.
Glody, cependant, était déjà en train d’énumérer les raisons pour lesquelles il était normal que je sois dédommagée financièrement, et la fin de ma pensée négative a coïncidé avec l’annonce du montant auquel j’ai droit, qui est un montant dans le début des quatre chiffres. Quand même pas si mal !

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Jour 313

arracheveux

N’en plus pouvoir.

Il suffit de presque rien il me semble, comparativement à autrefois quand j’avais ne serait-ce que cinq ans de plus jeune, pour que je n’en puisse plus. En fin de matinée, je n’en pouvais plus.
1. Tout d’abord, j’ai téléphoné à l’hôpital de Joliette pour annuler un rendez-vous qui n’est plus requis, étant donné que je n’ai pas reçu de chirurgie cardiaque. J’ai eu vite fait de déposer mon téléphone sur mon bureau, quand un message automatisé m’a informée que je devais attendre quinze minutes avant de pouvoir parler à une personne. Pendant ces quinze minutes, j’ai écouté la même rengaine musicale. Pendant ces quinze minutes, je n’ai rien fait de significatif car je n’étais pas concentrée. J’attendais de pouvoir parler à quelqu’un. Cela a du bon, malgré tout, car mon réflexe en pareil cas est d’inspecter mes plantes. C’est toujours gagnant d’inspecter les plantes car on ne sait jamais si elles hébergent ou non des bibittes.
2. Ensuite, j’ai téléphoné à une compagnie de Montréal qui élague les arbres pour obtenir des informations quant à une soumission que j’aurais dû avoir reçue, et que je n’avais toujours pas reçue. Ça sonne, ça ne répond pas, je laisse un message. L’homme de la compagnie me rappelle une demi-heure plus tard. J’étais en train de faire pipi. Je me dépêche pour aller répondre. Il me dit de bien vérifier parmi mes courriels, particulièrement dans le répertoire du pourriel. Il avait raison, le courriel y était. Nous avons convenu de procéder pour l’élagage, moyennant que je lui retourne un dernier courriel de confirmation.
3. J’ai enchaîné en contactant la banque, parce que j’avais reçu un message, sur mon téléphone, m’informant que je devais entrer en contact avec un représentant pour vérifier qu’une transaction enregistrée dans mon compte n’était pas frauduleuse. J’ai parlé à une personne –moyennant seulement deux ou trois minutes d’attente– qui a constaté que mon dossier était tout beau, et qui ne voyait pas quelle aurait pu être cette transaction incertaine.
– J’ai reçu parallèlement un courriel de la banque m’incitant à accepter une limite de crédit plus élevée. Est-ce que ça pourrait avoir un lien quelconque ?, ai-je demandé.
– Tout est possible, a répondu l’homme.
4. Par la suite, j’ai eu toutes les difficultés à trouver les coordonnées d’une personne que je devais absolument rejoindre. J’ai essayé Canada411, Facebook, les Pages jaunes, j’ai téléphoné à deux personnes et envoyé un texto à une autre, rien n’y faisait. J’ai alors cherché dans la maison un vieux répertoire téléphonique, en papier. Je l’ai trouvé dans la salle de bain, passablement gonflé par l’humidité. J’y ai trouvé les coordonnées, j’ai téléphoné à la personne, j’ai expliqué la raison de mon appel, et patati et patata.
5. Un coup partie, j’ai décacheté l’enveloppe de Intact Assurance que nous avons reçue hier.
– Regarde, ai-je dit à mon mari, nous avons omis de payer la facture pour les assurances automobiles.
Mon mari regarde la feuille que je lui tends et, ici j’ai eu de la chance, il a pris le téléphone pour contacter la compagnie et s’occuper de ce qui s’est avéré être une erreur.
6. J’ai dû retéléphoner à l’hôpital de Joliette, ensuite, pour obtenir un rendez-vous, pour mon mari cette fois. Même chose, j’ai déposé le téléphone sur mon bureau en écoutant la même musique plate pendant dix minutes.
7. Le morceau de choix fut d’essayer de m’y retrouver dans les courriels que j’ai échangés avec la Lufthansa, pour réclamer une compensation compte tenu des circonstances difficiles de mon vol de retour. Il faut impérativement indiquer quel est le numéro ID qui est associé à notre dossier de réclamation, or j’ai oublié d’indiquer ce numéro, alors j’ai réécrit pour préciser que j’avais oublié dans ma correspondance précédente d’indiquer le numéro, que cette fois j’ai indiqué, tout ça en soupçonnant que je ne faisais que compliquer les choses.
Il était rendu 11:45, or les amis m’attendaient, cette fois chez eux, pour partager encore des huîtres sur leur roche plate, car ils en ont une aussi. J’ai dû partir en quatrième vitesse. Heureusement, je n’ai pas oublié les huîtres, qui résidaient dans notre frigo, pour une raison que je vais ici épargner aux lecteurs car elle est d’un intérêt nul.

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Jour 314

canard

Rectificatif détaillé ci-contre.

Que des choses insignifiantes aujourd’hui, sans intérêt, comme d’ailleurs la plupart du temps ! Des petites précisions sur des sujets qui ne disent rien à personne, sauf moi ! D’abord, l’objet décoratif Mouette et quenouilles, dont il a été question hier. J’ai tout faux. Il n’est pas conçu pour être installé sur un mur –cela explique d’ailleurs qu’il était fort difficile de le faire tenir sur la tête d’un clou enfoncé dans une cloison quelconque.
– Regarde !, ai-je montré à Bibi en tendant mon téléphone dans sa direction, avant même qu’elle s’assoie à la Brûlerie du Roy où nous nous sommes rencontrées ce matin, de manière tout à fait improvisée.
– Oh ! C’est le couvercle du diffuseur que j’ai reçu il y a longtemps, je me rappelle en effet que je te l’avais donné.
– Ce n’est pas un objet décoratif conçu pour agrémenter un mur, une paroi verticale ?
– Non, il était vissé sur une base de diffuseur qui contenait des huiles et des herbes. Un jour, j’ai échappé le diffuseur et je me suis retrouvée avec le couvercle seulement.
– Mais il n’y a aucune strie à l’intérieur, comme on peut s’y attendre d’un couvercle ?, ai-je répliqué.
– C’était un couvercle de fantaisie, a précisé Bibi, sachant qu’avec moi il faut mettre les points sur les i.
Je sortais de la clinique visuelle où je suis allée pour mon examen annuel.
– Où vas-tu après ?, m’a demandé ma sœur.
– Chez la podiatre, c’est une journée de mesures préventives contre les effets du vieillissement !
6666J’ai profité d’être à Joliette pour acheter de la nourriture pour la chatonne à la meunerie. J’ai pris un gros sac de nourriture pour chat « actif », et un tube d’un produit nouveau qui pourrait aider chatonne à moins vomir ses poils. J’ai adoré le prix –élevé– que j’ai payé, qui rend hommage au chiffre de mon jour de naissance, un 6.
– Wow !, me suis-je dit intérieurement. Je vais prendre la facture en photo et l’insérer dans mon texte du jour !
On comprend que ça ne me prend pas grand-chose pour m’exciter et me donner de l’élan.
En dernière étape de mes déplacements joliettains, je suis allée remplir mes bouteilles de verre à la source d’eau sulfureuse. Les enfants jouaient dehors, dans la cour de l’école Les Mélèzes. J’ai rempli mes bouteilles au son de leurs cris. J’ai rempli mes bouteilles en me faisant aussi caresser par le soleil de cette fin octobre.
bouteillesEau– Je pourrais mettre en ligne sur mon blogue ma belle collection, me suis-je dit, tant qu’à m’adonner à mes enfantillages.
Les pays représentés dans ma collection sont, à ce jour, l’Italie, les Pays-Bas, la France, le Québec. Chouchou devrait me rapporter une bouteille de Berlin où elle est présentement, cela ajoutera l’Allemagne. Une chose est sûre, il me manque des spécimens car à tant s’entrechoquer en ayant trop d’espace entre elles, les bouteilles font cling cling dans mon caisson.
Enfin, à propos des perdrix : elles sont encore coriaces sous la dent malgré un séjour de dix-huit heures dans la mijoteuse. Neuf heures de cuisson, suivies de neuf heures à température plus basse sur le réchaud de la même mijoteuse. On ne pourra pas dire, mon mari et moi, qu’on n’aura pas essayé de les attendrir !

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Jour 315

canard

Mouette et quenouilles en étain, un cadeau de ma soeur, fabriqué en 1988 par Pewter Canada, une entreprise artisanale de la Nouvelle-Écosse.

À propos de la nourriture, en lien avec le texte d’hier. Je m’apprêtais à écrire mon texte du jour, ayant terminé quelques corvées de ménage, lorsque notre ami fournisseur d’huîtres est venu m’offrir de manger des huîtres. Là, là, drette là.
– On fait ça où ?, ai-je demandé.
– Sur ta grosse roche plate, a-t-il répondu en désignant la roche de son bras tendu.
Ça commence bien la semaine. Nous voilà deux énergumènes debout dehors près de la grosse roche plate, dans l’allée qui mène à la maison, sous un ciel gris, dans les couleurs gris et rouille de cette fin d’automne, nous extasiant tellement c’est bon. Nous extasiant dix-huit fois, chacun neuf fois, pour dix-huit huîtres à deux.
Pour compléter ce festin, de retour dans la maison, je me suis servi du fromage accompagné de ma gelée de raisins, et d’un café. De quoi me pourlécher les babines.
Je me sens maintenant d’attaque. Mais, bien entendu, je ne sais pas quoi attaquer !
Je pourrais commencer par nommer ce que j’ai ce matin attaqué, en ne m’étendant pas trop, parce que ce n’est guère intéressant, à savoir les triage, lavage, étendage et séchage du linge, pendant que commençait à cuire, dans la mijoteuse, les haricots secs accompagnés des trois perdrix de mon mari.
Autrement dit, j’ai démarré la cuisson des haricots et des perdrix avant d’entamer les tâches courantes de ce lundi matin. J’ai mélangé un peu de tout pour colorer l’eau, ce un peu de tout étant nettement exagéré en ce sens que j’ai suivi les conseils qui étaient imprimés sur le sac des haricots : mélasse, moutarde sèche, ketchup du commerce, vinaigre de cidre, une cuillerée de cassonade, deux feuilles de laurier coupées de notre plant –qui m’a été donné par notre fournisseur d’huîtres. Mon plant d’ailleurs se porte mieux que le sien. Je l’installe à la mi-ombre l’été, sous la vigne, et au plein soleil en hiver devant la fenêtre de mon bureau.–
J’ai mélangé ces ingrédients entre eux avant de les verser dans l’eau des haricots, eau dans laquelle flottaient déjà les morceaux grossièrement coupés de deux oignons. Dans l’espoir d’attendrir la chair des perdrix, j’ai programmé une cuisson de huit heures, à haute température, mais il est possible en cours de route que je choisisse la basse température. Fidèle à mon tempérament excessif, la mijoteuse s’est trouvée remplie à ras bord. Je vais sous peu ajouter de la pancetta coupée en petits cubes —pancetta elle aussi fournie par notre voisin fin gourmet.
Je pourrais conclure ce texte en me moquant encore une fois, tendrement, de mon époux. Comme il se relevait de l’endroit où il était assis à la table, un bruit s’est fait entendre de quelque objet qui tombe sur le plancher.
– Qu’est-ce qui est tombé ?, ai-je demandé.
C’est l’objet décoratif en photo ci-dessus qui est tombé, je l’avais négligemment appuyé sur le bord de la fenêtre. Il est conçu pour être suspendu au mur.
– Je ne sais pas, a répondu mon mari en fixant l’objet. On dirait un médaillon de ceinture.

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Jour 316

Il faut dire que je ne me donne pas de chances. J’écris mes 500 mots, la plupart du temps. Je me mords presque les lèvres –de mortification ?– si je publie un texte qui n’en compterait que 484, admettons. Je publie souvent des textes de plus de 500 mots, par ailleurs, comme celui que j’ai mis en ligne un peu plus tôt qui en compte 596.
Je devrais me baser sur l’expérience de ma gelée de raisins, pour m’inciter à apprivoiser la souplesse. Les premières cuissons de raisins se sont faites, certains s’en souviennent peut-être, à la manière Lynda : en retirant les petites tiges vertes, en rinçant et re-rinçant les fruits pour les débarrasser de leurs impuretés, en enlevant une à une les quand même impuretés qui venaient flotter à la surface de la mixture lors de la cuisson, etc. Les cuissons suivantes se sont faites, au fur et à mesure, à la manière Denauzier. D’abord en n’extrayant plus les petites tiges vertes, puis en rinçant moins, puis en ne ramassant plus les quand même impuretés à la surface de la mixture, pour en finir par pitcher toutes les grappes telles quelles dans la casserole sans rien nettoyer ni rincer. Ça, c’est réaliste et efficace. On a envie de faire cuire des tas de grappes quand on s’y prend de cette façon, alors qu’avec ma façon il y a de quoi se décourager avant même de commencer !
Je ne veux pas dire qu’écrire mes 500 mots coûte que coûte me décourage d’écrire, mais je pourrais m’accorder des écarts, des fois de temps en temps, et ne pas en conserver l’impression que j’ai travaillé moins fort, que je me la suis coulé douce, que je manque de rigueur, etc.
En bonne extrémiste que je suis, autant je peux être à cheval sur les principes quant à mes contraintes d’écriture, autant je peux ne pas l’être dans d’autres domaines. Je pense par exemple à la nourriture, à la préparation des repas. Hier soir, Denauzier et moi avons soupé en n’ayant, en tout et pour tout, qu’un petit médaillon de bœuf dans notre assiette, rien pour l’accompagner. J’arrange ça à ma manière, dans ma tête. Je me dis que nous mangeons de la façon la moins transformée possible, pas d’épices, pas de sauces, que l’aliment brut pour en découvrir la saveur. Souvent pas de sel, ni poivre. Je me dis encore que nous mangeons une famille alimentaire à la fois, ici seulement les protéines, tenant en compte que selon certaines lignes de pensée, il n’est pas recommandé de mélanger les protéines et les féculents en même temps. Les féculents, de toute façon, j’essaie de les éliminer le plus possible, pour ne pas abandonner complètement les principes de base de l’alimentation cétogène.
Cette approche minimaliste fait en sorte que je m’extasie quand un repas complet m’est servi, comme ce fut le cas chez mon amie la semaine dernière. Je n’ai pas arrêté de dire qu’elle travaillait fort, nous ayant servi en amuse-gueule des petites pointes de pizza, puis un spaghetti à la sauce végétarienne, la viande étant ici remplacée par des particules de seitan, puis une salade d’épinards, puis un morceau de gâteau à quatre étages, ou alors une pointe de tarte aux pommes. Des tranches d’une belle baguette blanche accompagnaient le spaghetti pour nous permettre à la fin d’absorber le restant de sauce dans l’assiette. C’était le bal des féculents, or j’ai dansé la valse en masse puisque j’ai mangé de tout. Il faut dire que mon amie a encore une famille à nourrir et qu’avec mon illustre personne nous étions cinq autour de la table.
Je m’arrête ici, à 605 mots.

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Jour 317

etre-assidu-cest-payant

Être assidu, c’est gagnant, c’est payant, c’est important. Ça change tout, en fait. Mais être assidu pour être assidu, sans se préoccuper de la qualité du résultat obtenu à chaque séance d’assiduité, je me demande à quoi ça sert.

Je suis moins assidue qu’avant en ce qui concerne l’écriture quotidienne de mes textes. Quand je suis trop fatiguée, je saute un jour. Quand il est rendu trop tard le soir, je saute un jour. Quand il est rendu trop tard le soir (bis), c’est excessivement tentant de m’asseoir à côté de mon mari, sur le canapé, et de relaxer devant la télévision, en me faisant caresser par la chaleur du foyer. Est-ce signe de faiblesse ou d’un sain lâcher prise ? Je m’octroie ce plaisir –ou cette faiblesse– de plus en plus souvent. Quand ça ne me tente pas, même chose, je n’écris pas. Quand je n’en ai pas le temps, je ne force pas, j’attends de l’avoir. Il faut dire que j’ai plus de temps que du temps que je travaillais à l’université.
Auparavant, ne serait-ce qu’il y a quelques mois, il n’était pas question que je saute autant de jours. Je ne sais pas comment interpréter ce relâchement. Suis-je plus fatiguée, moins résistante qu’avant, compte tenu de mon âge ? Il faut savoir que j’avais 52 ans quand j’ai commencé mon défi qui consiste à écrire un texte par jour –du lundi au vendredi– pendant dix ans. J’ai maintenant 60 ans. Entre ces deux chiffres, j’ai subi une chirurgie cardiaque, à 54 ans, et je suis passée à un fil d’en subir une deuxième le mois dernier. Suis-je plus épicurienne en m’avérant plus rebelle à l’égard de ce régime militaire ? Suis-je moins draconienne, moins encline à me soumettre à cette discipline de fer parce que j’apprends à vivre ou parce que je ramollis ? Je ne le sais pas.
Je vais probablement découvrir cependant, quand je vais me relire, que les textes que j’ai produits dans des conditions difficiles regorgent d’approximations, de tournages de coins ronds et d’imprécisions. Je risque fort de tomber sur des textes que je ne comprendrai même pas, que je vais lire en me demandant, avec dépit, où est-ce que je voulais en venir.
En décembre prochain, je retourne en France voir chouchou. J’espère avoir atteint la deuxième centaine de mon compte à rebours avant mon départ. Ça ne se peut pas que je ne l’atteigne pas, il reste quand même un bon 45 jours avant le 16 décembre. Je vais m’absenter 24 jours cette fois-ci. Je dis à mes amis que je pars trois semaines, mais mon mari rectifie en arrondissant jusqu’à un mois ! Je pense apporter mon ordinateur pour écrire quelques textes depuis l’Europe, mais je pense aussi qu’il est possible que ça ne me tente pas et que je ne l’apporte pas. Je risque de ne pas l’apporter, telle que je me connais, et de plutôt miser sur un petit effort qui me ferait atteindre un positionnement confortable sous la barre du chiffre 300 avant mon départ. Autrement dit, je pourrais être tentée de mettre les bouchées doubles d’ici le 16 décembre, pour atténuer le manque à gagner que constituent trois semaines –ou un mois– d’inactivité.
Que je m’y prenne n’importe comment, quoi qu’il en soit, la fin de ma neuvième année d’écriture se situe à la fin du mois d’avril 2020. Début mai, j’entrerai dans la dernière année de mon défi. Fin avril 2021, je l’aurai terminé.
– Qu’est-ce que tu vas faire quand tu auras terminé ?, me demande-t-on parfois.
– Je vais tout relire pour corriger.
Quand je m’entends formuler cette réponse, je ne suis pas certaine qu’elle soit réaliste !

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