Jours 284 et 283

luna2À marcher comme on marchait, en pleine grève de la SNCF et de la RATP –dont on a l’impression qu’elle ne finira jamais–, on mourait de faim et on avait mal aux pieds.
Brasseries et bistrots. C’était notre refuge pour nous reposer, nous sustenter. Ils étaient la récompense au terme de sept ou huit kilomètres de marche rapide. Avoir été seule, en effet, j’aurais marché plus lentement ! On y passait une bonne heure et demie, parfois deux, on étirait notre verre de vin blanc, puis on repartait. Plus on s’était éloignées dans la journée de notre AirBnB situé à la porte St-Martin, plus il fallait marcher longtemps, le soir, pour y retourner.
Comme il pleuvait énormément, un soir qu’on avait terminé d’étirer le verre de vin blanc, on a pris un taxi. Il tombait des cordes, comme le veut l’expression, ou encore des spaghettis longs à n’en plus finir qui courbaient gracieusement dans les bourrasques de vent.
De Luna. Café de Luna. C’est là que nous avons pris notre dernier repas de l’année 2019, dans le quartier de Clichy. Le plan de match était de nous rendre ensuite à la Basilique du Sacré-Cœur qui était exceptionnellement ouverte toute la nuit. Il était déjà tard, autour de 23 heures.
– Appelle la police ! Appelle la police !, a subitement crié un homme en entrant dans le restaurant.
Le rival de notre homme, dans la seconde suivante, a tenté d’entrer aussi. Ça sentait l’échauffourée. Plusieurs membres du personnel, dont notre serveuse grosse comme un pou, se sont alors précipités sur les portes pour les bloquer. En gros, cela s’est terminé paisiblement, mais à cause de cet incident nous avons raté, à la télévision, la diffusion du spectacle de lumière sur l’Arc de Triomphe.
Emma, bien sûr. À certains égards, elle n’est pas la fille de sa mère, mais bien la fille de son père. Elle nous a guidées dans Paris comme si elle y avait passé sa vie. À peine sortais-je de ma chambre de bonne, à l’époque, rue de Turin, que je me perdais !
Feux d’artifice. Pendant qu’il y avait à Paris spectacle de lumière et de feux d’artifice sur l’Arc de triomphe, il y avait du grabuge à Strasbourg, avons-nous appris le lendemain.
Gaulle. Charles de Gaulle-Étoile. L’Arc de triomphe de l’Étoile… Les dénominations sont nombreuses et mouvantes pour ce monument, cette place, cette ligne de métro. Difficile de savoir, en outre, où se placent les traits d’union !
Hambourg. Dans un film que nous avons vu hier, Emma et moi, à savoir un remake des Charlie’s Angels, une partie de l’action se déroule à Hambourg.
– Il me semble que je n’aimerai pas tellement ce film, ai-je dit à Emma.
Mais finalement j’ai pris plaisir à l’écouter et s’il devait repasser à la télévision j’aurais envie de le réécouter, mais ce serait alors en grande partie pour me rappeler l’avoir écouté une première fois en compagnie de ma fille dans une salle de cinéma de Strasbourg.
J‘ai tenté de savoir ce que les gens pensaient de la grève des transports.
– Paris n’a jamais été si morose, nous a dit l’un. Regardez, ici, sur le boulevard, normalement c’est illuminé, décoré, agrémenté pour le temps des fêtes. Cette année, rien.
– Il n’y a plus de justice sociale, ils me font bien rire avec leur grève, a répondu l’autre, comme s’ils allaient obtenir quelque chose. C’est la loi du plus fort, c’est le fossé qui se creuse constamment entre les ultra pauvres et les richissimes.
– Elle est peut-être nécessaire, répondaient d’autres, un peu mollement. Mais à peine sera-t-elle réglée que les inégalités vont recommencer de plus belle…
Kayak ? Hum… À la limite Karajan, si j’avais admettons acheté un CD à la FNAC…
Les quatre filles du Dr March. Nous sommes allées voir cet autre film, qui nous a fait pleurer. Comme je suis enrhumée et congestionnée, pleurer m’a aidée à me décongestionner car je me suis beaucoup mouchée.
Mémoire. Notre serveuse grosse comme un pou au Café de Luna avait une excellente mémoire. Elle n’écrivait pas les commandes de ses clients, pourtant elle en avait beaucoup, le restaurant étant plein. Elle les enregistrait dans sa tête, sans nous faire répéter.
Noire. De peau noire. L’homme qui m’a semblé être le propriétaire du Café de Luna était de peau noire, je dirais de type indien, ou pakistanais.
Oh la la ! –remplace le Holà barcelonais.
Prier.
– As-tu prié, maman ?, m’a demandé Emma en sortant du Sacré-Cœur.
– Pas vraiment. Et toi ?
– J’ai pensé aux gens que j’aime, a répondu Emma. J’ai souhaité que l’année soit bonne pour eux.
– C’est pareil pour moi, ai-je répondu.
J’ai omis le fait, cependant, pas très spirituel, qu’un gros spot dirigeait son faisceau directement dans mon champ de vision et que cela avait perturbé mes dispositions pour prier sereinement. J’aurais dû proposer à Emma de changer de place.
Quand est-ce que je vais avoir à nouveau la chance d’entamer la nouvelle année à la Basilique du Sacré-Cœur ? Changer de place aurait pris dix secondes et il y avait plusieurs bancs de libres…
Ramblas. Les Champs-Élysées sont à Paris ce que sont les Ramblas à Barcelone.
Sherlock Holmes. Le soir, en arrivant dans notre AirBnB dont on aurait dit un hammam dégoulinant d’humidité, Emmanuelle nous faisait écouter un épisode de la série Sherlock Holmes, avant d’aller au lit. C’était la deuxième –après la sustentation dans les restaurants– récompense de la journée. Il s’agit de la série qui met en vedette Benedict Cumberbatch.
– Tabarnouche ! On ne lésine pas sur les ellipses, me suis-je exclamée à plus d’une reprise au fil des épisodes, tellement ils sont difficiles à comprendre.
– Les quoi ?
– Les ellipses narratives. Tu ne trouves pas qu’il nous manque des informations pour comprendre l’enchaînement de l’histoire ?
Uber. Emmanuelle a téléchargé l’application sur son téléphone. Ça fonctionne vraiment bien, les temps d’attente sont courts, les chauffeurs courtois, les prix fixés avant même qu’on ait mis les pieds dans le véhicule.
Vision. Télévision. Il me semble avoir entendu dans les médias des commentaires plutôt négatifs, à propos du service Uber.
Watson. Il me sauve la vie pour cette ligne W. Le bon docteur John Watson, l’associé de Sherlock Holmes.
X Rien ne vient, je laisse tomber.
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Zoo. Il y a peut-être un zoo à Paris. Je sais qu’il y avait autrefois des animaux au Jardin des plantes, mais je ne sais pas ce qu’il en est maintenant, en 2020.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jours 286 et 285

bombeta

Bombeta de Barceloneta

À marcher comme on marchait, on mourait de faim. Aurais-je trouvé si bons les tapas, ne pas avoir eu l’estomac dans les talons ? Je dirais que oui.
Barcelone, gentilé Barcelonais. Destination idéale pour nous sortir du gris brouillard français, strasbourgeois et parisien.
Catalunya. Plaça de Catalunya.
– J’aimerais habiter par ici, m’a dit Emma.
– Pourquoi ?
– Parce que j’aime prononcer le nom. Quand on me demanderait où j’habite, je prendrais plaisir à prononcer le nom, Catalunya !
De Barceloneta. Bombeta de Barceloneta. Autres mots qu’Emma affectionnait au point de les prononcer sans raison, en marchant. Les bombetas se mangent, je trouve que ça ressemble à nos carrés de fondue parmesan, avec plus de saveur.
Emma, bien sûr. J’avais réservé une chambre dans une chaîne d’hôtels aux prénoms féminins : Room Mate Anna, ou Carla, ou Emma. Hôtel de charme, est-il écrit sur une affiche publicitaire à l’entrée. Comment pourrait-il en être autrement ?
Familia. Sagrada Familia. On n’a pas pu la visiter. Les gens achètent leurs billets à l’avance, par Internet, et quand on arrive devant la basilique on découvre qu’on ne peut pas entrer. Sold out !, est-il écrit sur un grand panneau.
Gaudi. Antoni Gaudi. Nous avons visité une des maisons qu’il a conçues. Il les créait en modèle réduit, en terre glaise si j’ai bien compris, sans plan, et expliquait ensuite aux ingénieurs, au fur et à mesure des travaux, ce qu’ils avaient à faire. Apparemment, ce n’était pas facile pour les ingénieurs.
Holà ! Holà senora ! Holà senorita !
Il faudra qu’on y retourne, si la vie nous le permet, et bien qu’il y ait beaucoup de grandes villes à visiter de par le monde.
Joan Miró. Une autre affaire. Je pensais voir au MACBAC, le Musée d’art contemporain de Barcelone, des toiles de Joan Miró, mais nous n’avons pas trouvé l’endroit où sont regroupées les œuvres du fond permanent. Nous n’avons vu que les expositions temporaires !
Karaoké. Un homme nous a donné un carton sur lequel était imprimées les coordonnées d’un bar où nous aurions pu, le soir, aller chanter. Nous n’y sommes pas allées. L’idée d’y aller ne m’a même pas effleurée.
L‘achat des billets en ligne est une bonne affaire pour ceux qui procèdent ainsi, et une mauvais affaire pour ceux qui ne savent pas qu’ils peuvent procéder ainsi. C’est comme pour toute chose, dans la vie, il est préférable d’être bien informé.
Musée Picasso. Idem, sold out, on n’a vu que l’édifice, de l’extérieur.
Nutella. Quand on avait trop faim, on s’arrêtait acheter une crêpe au Nutella d’un crêpier ambulant. Je prenais plaisir à le filmer et à comparer sa technique avec celle du crêpier précédent. Les meilleurs crêpiers sont bien sûr ceux qui maîtrisent le plus leur technique et qui procèdent avec assurance.
Officielles. Le catalan et l’espagnol sont tous deux langues officielles dans la ville.
– ¿Para comer?, demande la serveuse du restaurant en nous voyant entrer.
– Si !, répond Emma du tac au tac.
Ma fille ne perd pas de temps à apprendre les langues.
– Comment fais-tu pour la comprendre ?, me suis-je étonnée.
– C’est facile maman !, a répondu Emma avec sa légèreté habituelle. La serveuse nous demande si nous voulons manger.
Quartier gothique. Il est constitué de ruelles, qui donnent sur des places, qui donnent sur d’autres rues sombres, qui donnent sur des places… J’y aurais passé les soirées entières d’un été entier.
Ramblas. Les ramblas sont noirs de monde même en hiver, je me demande ce que ce doit être en été. Le côté sud des ramblas mène au port, et le port est construit sur la Méditerranée. Les voiliers entrent au port moyennant l’ouverture d’une passerelle réservée aux piétons. Autrement dit, cette passerelle joue le rôle d’un pont-levis. Je le sais puisque je l’ai vu de mes yeux vu. Tout d’un coup une alarme sonne, des cordons sont installés pour empêcher la foule de progresser sur la passerelle, la passerelle se divise en deux parties, chaque partie pivote, les voiliers passent, la passerelle se referme, on enlève les cordons, la foule recommence à marcher.
Si ! Lorsque la serveuse nous a demandé si on voulait manger, j’ai répondu en anglais que nous étions deux personnes. Pour être encore plus précise, j’ai montré deux doigts d’une main, l’index et le majeur, et de la même main j’ai en outre représenté que nous étions deux personnes, pointant Emma et me pointant moi.
Tapas. Il n’y a rien de meilleur. Ceux qui auront lu mes « stories » sur Facebook m’auront vu frissonner de plaisir à les manger.
Une paëlla a aussi été au menu, un soir, dans un café. Nous avons remarqué qu’une jeune femme de l’âge d’Emma, à une table non loin de la nôtre, portait une veste matelassée arborant le nom de l’Université de Montréal.
– Elle est peut-être française, ou espagnole, et aurait fait une année d’études au Québec ?, nous sommes-nous demandé, sans nous soucier d’aller vérifier l’exactitude de notre supposition.
Vassilakis. Panagiotis Vassilakis Takis. C’est le nom de l’artiste qui crée des œuvres en faisant bouger des objets métalliques dans des champs électromagnétiques. Nous avons passé beaucoup de temps à les observer. C’était en plein dans les cordes scientifiques de ma fille. Elle a aimé l’exposition.
Wagons et trams et trains et autobus n’étaient pas en grève en Espagne !
X. Je laisse faire le X, il n’y a rien qui vient.
Y aurait-il eu oubli du Parc Güell ? Nous y sommes allées un après-midi entier. Un musicien jouait à la cithare un air tiré du film Amélie Poulain. J’avais l’impression de me rendre tranquillement au paradis, en l’écoutant et en montant, car effectivement nous montions jusqu’au sommet de la butte du parc pour y admirer la vue sur la mer et les cargos. En arrière-plan sonore, des perroquets, qu’on voyait se poser d’une branche à l’autre.
Zoo. Il y a un zoo à Barcelone, que nous n’avons pas visité.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 287

Linda

Linda c’est moi. C’est aussi une limonade en Espagne. De même qu’un savon en Italie.

Quand je constate à quel point c’est facile de ne pas écrire mon texte du jour, à quel point, en voyage du moins, ça ne me manque pas, je me demande comment j’ai bien pu tenir le rythme depuis maintenant huit ans et demi !
Je me demande aussi comment je vais faire pour le soutenir pendant encore un an et demi.
Et qu’est-ce que je vais bien faire de tous ces textes écrits quand j’aurai fini mon défi !
En attendant, je suis à Strasbourg. Nous avons passé sept jours à Paris, cinq à Barcelone, et nous partons demain à Fribourg pour deux jours.
Voici, pêle-mêle, quelques réflexions tirées de ces pérégrinations. Je ne me donne pas la peine de les organiser. Je les écris comme elles viennent, histoire de me refaire un peu la main, sans pour autant me casser la tête, parce que je me la casse souvent.
Je savais, avant même de me mettre à l’écriture de ce texte, que j’allais vouloir aborder le thème de la température. La température humide qui nous gruge les os quand on est, comme je le suis, sexagénaire. Seigneur que c’est éprouvant pour le moral ! Seigneur que je vis dans un grand confort à la maison de St-Jean-de-Matha, le dos caressé par les flammes du foyer quand je décide que j’ai besoin d’aller me faire ainsi caresser le dos pour me tenir au chaud. C’est sûr que le confort est affaire de budget. Pour notre séjour à Paris, qui s’est décidé à la dernière minute, je disposais d’un petit budget, alors nous avons loué un appartement selon la formule AirB&B. Au sixième étage d’un quartier populaire, sans ascenseur, avec nos valises, un appartement grand comme un dé à coudre, humide à tel point que j’avais l’impression de dormir dans une baignoire.
En d’autres mots, ce voyage m’a permis de constater que je n’ai plus vingt ans. Parce que je sais, pour l’avoir vécu dans la vingtaine, que la température grise de l’hiver français me dérangeait moins.
En même temps, je suis encore capable de suivre le rythme, en ce sens qu’Emmanuelle marche à une vitesse incroyablement rapide et j’ai été capable de la suivre. Il faut dire que nous avons souvent été prises de cours par la grève des transports, et qu’être prises de cours, dans ce contexte, ça veut dire cavaler jusqu’à un autobus dans une gare routière qui exerçait sur mon mental le même effet qu’un mirage : on marche comme des bonnes et on n’y arrive jamais.
Les lecteurs qui m’auront un peu suivie sur Facebook auront retenu que notre voyage s’est aussi décliné sur le thème du rouge à lèvres, soit rose, soit mauve. Quand ce ne fut pas le rouge à lèvres qui s’avérât mauve, ce furent nos « pulls » Zara au col cheminée et dont la fibre est d’une douceur incroyable.
Pour les intimes, à savoir le papa et les frères d’Emma, et pour mon mari, nous avons joué aux blogueuses, Emma et moi, en enregistrant de courtes vidéos qui relataient nos aventures. Voilà donc trois thèmes dans ce premier texte : l’humidité, le rouge à lèvres, les capsules vidéo.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 288

Moimoimoi

Éloge de ma personne, 14 décembre 2019.

Encore des signes, de rien du tout.
Je téléphone à mon frère Swiff au moment précis où il s’apprête à me téléphoner.
– C’est toi la sœur ?, qu’il me dit alors que son téléphone n’a pas vraiment sonné.
J’aime sa manière de nous appeler, ma sœur et moi, la sœur.
J’écris à un ami par texto. Je lui envoie mes vœux pour son anniversaire. Il me répond : Touché. J’écris à une amie pour lui envoyer une photo de mon mari et moi. Elle me répond : Touchant.
Je m’aime avec cette frange courte sur le front, sur la photo ci-contre. J’ai passé quelques jours à me demander, avant mon rendez-vous chez la coiffeuse début décembre : Je me teins encore les cheveux ou je ne les teins plus ? Quand je suis arrivée chez la coiffeuse, je lui ai dit que je ne voulais plus les teindre et je lui ai demandé de les couper, me laissant les cheveux deux couleurs, gris à la racine sur plus d’un pouce de long, et le restant blond. Elle m’a répondu qu’elle allait me faire ce qu’elle appelle un toner, c’est un traitement qui teint les cheveux mais dont l’effet s’édulcore à chaque shampooing.
Je porte sur la photo un vêtement qui provient de mon amie Estelle. Elle voulait que je parte avec, lorsque je suis allée chez elle récemment. Je n’en avais pas vraiment envie parce que le vêtement est en tissu synthétique et les manches sont un peu serrées aux coudes.
– Il te va bien, m’a-t-elle dit. Ça se porte ajusté.
– Ce n’est pas mon style, ai-je répondu.
Bien entendu pour lui faire plaisir j’ai glissé la veste dans mon sac lorsque je suis partie de chez elle.
Tout le monde m’a trouvée belle, à notre souper de Noël d’hier soir le 14, en grande partie grâce à la veste. J’ai eu terriblement chaud en la portant, comme je m’y attendais, parce que le tissu ne respire pas, et parce que le foyer fonctionnait à plein régime, mais j’ai fait comme si de rien n’était.
Je portais aussi mes lentilles cornéennes. Je me trouve cernée et plus marquée du visage que lorsque je portais des lentilles il y a plus de dix ans, au travail, mais j’aime quand même ne pas avoir de lunettes en permanence sur le nez.
Je suis très contente de me trouver belle sur la photo parce que je me suis forcée. J’ai utilisé un fer à cheveux pour arrondir ma frange. Cela nécessite que je me prépare mentalement. Je me regarde devant le miroir, je respire, je retiens les cheveux qui n’ont rien à voir avec la frange par une pince que je me fixe derrière la tête. Je mets en plis les cheveux courts de la frange, lentement, en ayant confiance et non en craignant que le résultat ne soit pas au rendez-vous. Ça donne ce qu’on aperçoit sur la photo.
Il est bon de prendre soin de soi, des fois de temps en temps. J’avais d’autant envie de prendre soin de moi que je suis sortie cette semaine en ayant un peu l’allure de la « chienne à Jacques ». Or, j’ai rencontré deux personnes que je connais. Dans ce temps-là, je m’entends dire Oh ! non !, dans ma tête, et je trouve que ce n’est pas correct, et c’est encore moins correct quand ce sont des gens que j’aime, et justement c’étaient deux personnes chères à mon cœur.
Je pars demain pour Strasbourg. Je me demande si j’apporte la grosse valise de chouchou pour la lui remettre, ou si je pars avec un seul bagage léger pour affronter avec moins d’inconfort la grève de la SNCF et de la RATP en Île-de-France. Je vais dormir là-dessus.
Je me demande aussi si j’apporte mon ordinateur.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 289

Sapin2019

Mon beau sapin.

Nous avons eu de la difficulté avec notre sapin de Noël. Denauzier l’a rapporté du pays d’en haut, dans les environs du lac Miroir. C’est un arbre sauvage et non pas cultivé de manière à être garni de branches fournies aux longueurs équilibrées. Il est haut, assez mince comme un être humain qui se maintient en forme sans embonpoint. Il n’est pas gracile pour autant, en un mot je le trouve beau. J’ai commencé par le garnir du haut, grimpée que j’étais sur l’avant-dernière marche de l’escabeau. L’espace généreux entre les branches m’a incitée à le garnir généreusement pour dissimuler le tronc. Et à tant le garnir du haut, il ne m’est plus resté de boules pour le bas !
– Tu vas manquer de boules, chérie, m’a dit mon mari en cours d’opération.
Sans tarder, il est allé vérifier s’il ne pouvait pas en trouver d’autres dans nos réserves, il en a trouvé qui provenaient de sa mère autrefois, je les ai toutes installées et malgré cela il en a encore manqué.
J’ai oublié de mentionner qu’avant que je m’occupe des boules, mon mari avait installé les lumières, en en mettant plus que pas assez. Il avait déposé les fils comme autant de guirlandes sur les branches, en tournant autour de l’arbre.
Le soir, nous nous sommes trouvé une course à faire pour admirer dehors, depuis la route, notre sapin éclairé. Nous avons alors constaté qu’il ressemblait à un amas informe. Il n’avait en rien la forme d’un sapin.
Le lendemain matin, Denauzier a recommencé l’installation des fils. Il est parti du sommet de l’arbre pour se rendre jusqu’au plancher, dans lequel il a vissé des crochets qui retiennent lesdits fils en les maintenant tendus. Je mentionne ici que nous avons installé le sapin dans notre véranda trois saisons, en ce sens que mon mari n’aurait pas choisi de trouer ici et là les lattes de bois de notre plancher intérieur de merisier.
Après le redo du mari, j’y suis allée pour le redo de la distribution des boules. J’en étais à la moitié de ma redistribution lorsqu’une amie est arrivée. Je devais continuer de m’activer pour ne pas avoir froid d’une part, et finir le sapin d’autre part. Elle portait quant à elle ses vêtements d’hiver et me racontait ses aventures sans sentir, comme moi, les extrémités lui glacer. Comme j’ai de la difficulté à faire deux choses à la fois, écouter mon amie et décorer le sapin, j’ai fini par arrêter là ma garniture, en me disant que j’y reviendrais plus tard, et nous sommes allées, elle et moi, acheter quelques petits cadeaux au village.
Je suis revenue plus tard au sapin, mais vite fait, d’où il ressort que l’apparence de notre conifère, cette année, est tributaire de mes amitiés.
Je suis en train de lire une plaquette dans laquelle l’auteur fait le récit de son périple en solitaire au pôle sud. Au début de l’aventure ils sont deux, puis l’un se blesse et l’autre poursuit seul. Alors qu’ils sont encore deux, ils se trouvent prisonniers de leur tente pendant treize jours en raison d’une tempête qui semble ne jamais vouloir finir. À la veille du onzième jour de la tempête, l’auteur dit à son partenaire :
– Nous serons demain le 11e jour du 11e mois de cette année 2011. En outre, nous en serons à notre 11e jour de captivité. Cela pourrait être un signe de quelque chose.
Or, ce 11e jour n’a été le signe de rien, la tempête a continué de se déchaîner.
Des fois ça marche, les signes, des fois ça ne marche pas !

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 290

MongoJ’étais chez Estelle à Québec ce week-end. J’adore ça. J’apporte des petits cadeaux pour les remercier, son mari et elle, de me recevoir. Du vin, des clémentines, des avocats, des amandes grillées, du chocolat. Rien que de l’alimentaire, en somme.
Estelle est une grande voyageuse. Elle était en France il y a deux semaines. Hébergée chez son beau-frère, un peu en banlieue de Paris. Tous les soirs sont des soirs de fête, ai-je appris, chez le beau-frère, lors de ces retrouvailles. L’un de ces soirs, alors que tout le monde profitait du repas autour de la table généreusement garnie, Estelle a posé une question à propos d’une chanson. Elle a voulu savoir qui chantait Quizas quizas quizas, cette telle fois que tout le monde était à la plage, car la famille est tissée serrée et ses membres se retrouvent souvent, à la mer, à la ville, chez un autre membre de la famille dans les Pays-Bas ou alors en Afrique du Nord.
C’est Estelle qui m’a raconté la chose, sans que j’aie le moindrement introduit le sujet.
– Est-ce que ça t’arrive, Lynda, m’a-t-elle demandé, que des événements se produisent par hasard et que ce hasard soit si saisissant que ça te fait presque peur ?
– J’aime les coïncidences, les hasards, ai-je répondu, ça vient avec une part de mystère qui aiguise ma curiosité.
J’ai répondu avec un sourire en coin, bien entendu, étant donné que ma copine abordait, sans le savoir, le thème de mes deux derniers textes.
– Eh bien, cette fois-là que j’ai demandé, autour de la table, qui chantait Quizas, je n’ai pas eu le temps de terminer ma phrase que la chanson s’est mise à jouer, à la radio. Quelles étaient les probabilités que la chanson se mette à jouer au moment précis où j’en parlais ?, a-t-elle poursuivi. Cette chanson n’est pas au hit parade, on ne l’entend pas souvent, je n’en reviens toujours pas !
– Mais qu’est-ce qui te fait peur dans un cas pareil ?, ai-je voulu savoir.
– La possibilité que l’humanité entière soit sous écoute !, a-t-elle répliqué.
Bof.
Comme d’habitude lorsque je vais passer quelques jours chez des amis, je ne lis pas une ligne du livre que j’apporte. J’espère à chaque fois disposer d’une petite demi-heure avant d’éteindre pour dormir, pour me recentrer sur moi-même, dans ma bulle, avec mon livre, mais cette petite demi-heure ne se présente jamais. Nous avons veillé tellement tard, de toute façon, que je n’aurais pas été capable de lire un paragraphe de la Montagne magique, d’autant que les phrases sont longues et exigent de la concentration.
– Je vais lire une phrase seulement, me suis-je quand même dit en me mettant au lit, le premier soir.
Peine perdue.
J’en suis presque à espérer qu’Emmanuelle soit très occupée, pendant mon séjour de trois semaines en France, pour avancer la Montagne magique et pour passer à travers le Mongo de Dany Laferrière que j’avais commencé en septembre, lorsque j’étais chez elle, et guère avancé non plus.
L’ami qui m’a prêté Thomas Mann m’a présenté la chose de manière mathématique : le livre contient mille pages, alors ça prend dix semaines à lire, si tu lis cent pages par semaine. Dix semaines, c’est deux mois et demi.
J’ai alors pensé à Léo Ferré, mille pages aussi, qui m’ont demandé un an et demi.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 291

ChapeauxMieux

Retrait de la facture de déneigement qui séparait les deux photos, pour mieux percevoir la cohabitation des deux chapeaux de même style sur la porte du frigo.

Autres phénomènes simultanés, autres coïncidences. Il était à nouveau question, dans mon texte d’hier, de Paul Marchand et du film Sympathie pour le diable qui reconstitue quelques années de sa vie de journaliste à Sarajevo, pendant la guerre opposant les Croates aux Serbes. Or, au même moment mais pas à la même heure compte tenu du décalage horaire, je reçois sur mon cellulaire un texto d’une amie. Elle est en Serbie, elle m’envoie une photo prise dans un restaurant de Belgrade. Ce n’est pas banal, il me semble, ce croisement serbe…
Ou encore ceci : mon mari décide d’aller au chalet et je préfère ne pas l’accompagner pour flâner, ne pas trop bouger, ou alors peut-être bouger un peu pour peindre. Un ami vient de me prêter La montagne magique, de Thomas Mann, et je me propose de passer l’essentiel de ces deux jours seule à lire. C’est une brique de presque mille pages.
– Que penses-tu faire pendant que je ne serai pas là ?, me demande Denauzier.
– Presque rien, mes activités habituelles quand je suis célibataire.
– Donc on ne baisse pas le chauffage, tu seras à la maison ?, veut-il vérifier.
– Exact.
J’ai répondu tout en me rendant vers mon ordinateur dans mon bureau. Qu’y avait-il dans ma boîte de courriels ? Une invitation de mon amie de Québec à aller la voir là là, ce week-end, alors que je suis entièrement libre, et que c’est rare en titi que je sois en mesure de me virer sur un dix cennes.
– Finalement, chéri, ai-je repris en revenant voir mon mari, je vais aller chez Estelle à Québec, je pars demain en début d’après-midi.
– Il me semblait aussi !, soupire-t-il parce qu’il trouve que je ne me repose pas assez.
Que penser, aussi, de toutes ces fois où mon regard tombe sur l’heure qui affiche des chiffres identiques : 12:12, 17:17, 21:21… Je dirais que ça m’arrive plus souvent de tomber sur des chiffres identiques que le contraire.
– Qui peut bien penser autant à moi ?, me suis-je demandé récemment. Est-ce bien ça que ça veut dire, les chiffres identiques, que quelqu’un pense à nous ? Est-ce un être vivant ou un défunt, en l’occurrence François ?
C’est agréable d’attribuer du sens à ces petits riens, à ces hasards, ces coïncidences. De les entourer d’un peu de mystère, en somme. Je ne sais pas si c’est parce que je ressens un manque, sur le plan de ma vie spirituelle, mais j’aime fureter dans ces zones d’ombre un peu métaphysiques. Je pense que certains de ces événements croisés sont révélateurs, mais ce n’est pas toujours facile de savoir ce qu’ils révèlent. Mais parfois c’est facile. Lorsque j’ai offert à Jacques-Yvan une carte qui reproduisait Les mariés de la tour Eiffel, de Chagall, et qu’il m’a remis en retour, dans la minute suivante, une carte qui reproduisait Les mariés de la tour Eiffel, nos êtres étaient habités par la même énergie amoureuse, la même tension, le même désir d’union de nos destinées.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire