Jour 290

MongoJ’étais chez Estelle à Québec ce week-end. J’adore ça. J’apporte des petits cadeaux pour les remercier, son mari et elle, de me recevoir. Du vin, des clémentines, des avocats, des amandes grillées, du chocolat. Rien que de l’alimentaire, en somme.
Estelle est une grande voyageuse. Elle était en France il y a deux semaines. Hébergée chez son beau-frère, un peu en banlieue de Paris. Tous les soirs sont des soirs de fête, ai-je appris, chez le beau-frère, lors de ces retrouvailles. L’un de ces soirs, alors que tout le monde profitait du repas autour de la table généreusement garnie, Estelle a posé une question à propos d’une chanson. Elle a voulu savoir qui chantait Quizas quizas quizas, cette telle fois que tout le monde était à la plage, car la famille est tissée serrée et ses membres se retrouvent souvent, à la mer, à la ville, chez un autre membre de la famille dans les Pays-Bas ou alors en Afrique du Nord.
C’est Estelle qui m’a raconté la chose, sans que j’aie le moindrement introduit le sujet.
– Est-ce que ça t’arrive, Lynda, m’a-t-elle demandé, que des événements se produisent par hasard et que ce hasard soit si saisissant que ça te fait presque peur ?
– J’aime les coïncidences, les hasards, ai-je répondu, ça vient avec une part de mystère qui aiguise ma curiosité.
J’ai répondu avec un sourire en coin, bien entendu, étant donné que ma copine abordait, sans le savoir, le thème de mes deux derniers textes.
– Eh bien, cette fois-là que j’ai demandé, autour de la table, qui chantait Quizas, je n’ai pas eu le temps de terminer ma phrase que la chanson s’est mise à jouer, à la radio. Quelles étaient les probabilités que la chanson se mette à jouer au moment précis où j’en parlais ?, a-t-elle poursuivi. Cette chanson n’est pas au hit parade, on ne l’entend pas souvent, je n’en reviens toujours pas !
– Mais qu’est-ce qui te fait peur dans un cas pareil ?, ai-je voulu savoir.
– La possibilité que l’humanité entière soit sous écoute !, a-t-elle répliqué.
Bof.
Comme d’habitude lorsque je vais passer quelques jours chez des amis, je ne lis pas une ligne du livre que j’apporte. J’espère à chaque fois disposer d’une petite demi-heure avant d’éteindre pour dormir, pour me recentrer sur moi-même, dans ma bulle, avec mon livre, mais cette petite demi-heure ne se présente jamais. Nous avons veillé tellement tard, de toute façon, que je n’aurais pas été capable de lire un paragraphe de la Montagne magique, d’autant que les phrases sont longues et exigent de la concentration.
– Je vais lire une phrase seulement, me suis-je quand même dit en me mettant au lit, le premier soir.
Peine perdue.
J’en suis presque à espérer qu’Emmanuelle soit très occupée, pendant mon séjour de trois semaines en France, pour avancer la Montagne magique et pour passer à travers le Mongo de Dany Laferrière que j’avais commencé en septembre, lorsque j’étais chez elle, et guère avancé non plus.
L’ami qui m’a prêté Thomas Mann m’a présenté la chose de manière mathématique : le livre contient mille pages, alors ça prend dix semaines à lire, si tu lis cent pages par semaine. Dix semaines, c’est deux mois et demi.
J’ai alors pensé à Léo Ferré, mille pages aussi, qui m’ont demandé un an et demi.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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