Jours 284 et 283

luna2À marcher comme on marchait, en pleine grève de la SNCF et de la RATP –dont on a l’impression qu’elle ne finira jamais–, on mourait de faim et on avait mal aux pieds.
Brasseries et bistrots. C’était notre refuge pour nous reposer, nous sustenter. Ils étaient la récompense au terme de sept ou huit kilomètres de marche rapide. Avoir été seule, en effet, j’aurais marché plus lentement ! On y passait une bonne heure et demie, parfois deux, on étirait notre verre de vin blanc, puis on repartait. Plus on s’était éloignées dans la journée de notre AirBnB situé à la porte St-Martin, plus il fallait marcher longtemps, le soir, pour y retourner.
Comme il pleuvait énormément, un soir qu’on avait terminé d’étirer le verre de vin blanc, on a pris un taxi. Il tombait des cordes, comme le veut l’expression, ou encore des spaghettis longs à n’en plus finir qui courbaient gracieusement dans les bourrasques de vent.
De Luna. Café de Luna. C’est là que nous avons pris notre dernier repas de l’année 2019, dans le quartier de Clichy. Le plan de match était de nous rendre ensuite à la Basilique du Sacré-Cœur qui était exceptionnellement ouverte toute la nuit. Il était déjà tard, autour de 23 heures.
– Appelle la police ! Appelle la police !, a subitement crié un homme en entrant dans le restaurant.
Le rival de notre homme, dans la seconde suivante, a tenté d’entrer aussi. Ça sentait l’échauffourée. Plusieurs membres du personnel, dont notre serveuse grosse comme un pou, se sont alors précipités sur les portes pour les bloquer. En gros, cela s’est terminé paisiblement, mais à cause de cet incident nous avons raté, à la télévision, la diffusion du spectacle de lumière sur l’Arc de Triomphe.
Emma, bien sûr. À certains égards, elle n’est pas la fille de sa mère, mais bien la fille de son père. Elle nous a guidées dans Paris comme si elle y avait passé sa vie. À peine sortais-je de ma chambre de bonne, à l’époque, rue de Turin, que je me perdais !
Feux d’artifice. Pendant qu’il y avait à Paris spectacle de lumière et de feux d’artifice sur l’Arc de triomphe, il y avait du grabuge à Strasbourg, avons-nous appris le lendemain.
Gaulle. Charles de Gaulle-Étoile. L’Arc de triomphe de l’Étoile… Les dénominations sont nombreuses et mouvantes pour ce monument, cette place, cette ligne de métro. Difficile de savoir, en outre, où se placent les traits d’union !
Hambourg. Dans un film que nous avons vu hier, Emma et moi, à savoir un remake des Charlie’s Angels, une partie de l’action se déroule à Hambourg.
– Il me semble que je n’aimerai pas tellement ce film, ai-je dit à Emma.
Mais finalement j’ai pris plaisir à l’écouter et s’il devait repasser à la télévision j’aurais envie de le réécouter, mais ce serait alors en grande partie pour me rappeler l’avoir écouté une première fois en compagnie de ma fille dans une salle de cinéma de Strasbourg.
J‘ai tenté de savoir ce que les gens pensaient de la grève des transports.
– Paris n’a jamais été si morose, nous a dit l’un. Regardez, ici, sur le boulevard, normalement c’est illuminé, décoré, agrémenté pour le temps des fêtes. Cette année, rien.
– Il n’y a plus de justice sociale, ils me font bien rire avec leur grève, a répondu l’autre, comme s’ils allaient obtenir quelque chose. C’est la loi du plus fort, c’est le fossé qui se creuse constamment entre les ultra pauvres et les richissimes.
– Elle est peut-être nécessaire, répondaient d’autres, un peu mollement. Mais à peine sera-t-elle réglée que les inégalités vont recommencer de plus belle…
Kayak ? Hum… À la limite Karajan, si j’avais admettons acheté un CD à la FNAC…
Les quatre filles du Dr March. Nous sommes allées voir cet autre film, qui nous a fait pleurer. Comme je suis enrhumée et congestionnée, pleurer m’a aidée à me décongestionner car je me suis beaucoup mouchée.
Mémoire. Notre serveuse grosse comme un pou au Café de Luna avait une excellente mémoire. Elle n’écrivait pas les commandes de ses clients, pourtant elle en avait beaucoup, le restaurant étant plein. Elle les enregistrait dans sa tête, sans nous faire répéter.
Noire. De peau noire. L’homme qui m’a semblé être le propriétaire du Café de Luna était de peau noire, je dirais de type indien, ou pakistanais.
Oh la la ! –remplace le Holà barcelonais.
Prier.
– As-tu prié, maman ?, m’a demandé Emma en sortant du Sacré-Cœur.
– Pas vraiment. Et toi ?
– J’ai pensé aux gens que j’aime, a répondu Emma. J’ai souhaité que l’année soit bonne pour eux.
– C’est pareil pour moi, ai-je répondu.
J’ai omis le fait, cependant, pas très spirituel, qu’un gros spot dirigeait son faisceau directement dans mon champ de vision et que cela avait perturbé mes dispositions pour prier sereinement. J’aurais dû proposer à Emma de changer de place.
Quand est-ce que je vais avoir à nouveau la chance d’entamer la nouvelle année à la Basilique du Sacré-Cœur ? Changer de place aurait pris dix secondes et il y avait plusieurs bancs de libres…
Ramblas. Les Champs-Élysées sont à Paris ce que sont les Ramblas à Barcelone.
Sherlock Holmes. Le soir, en arrivant dans notre AirBnB dont on aurait dit un hammam dégoulinant d’humidité, Emmanuelle nous faisait écouter un épisode de la série Sherlock Holmes, avant d’aller au lit. C’était la deuxième –après la sustentation dans les restaurants– récompense de la journée. Il s’agit de la série qui met en vedette Benedict Cumberbatch.
– Tabarnouche ! On ne lésine pas sur les ellipses, me suis-je exclamée à plus d’une reprise au fil des épisodes, tellement ils sont difficiles à comprendre.
– Les quoi ?
– Les ellipses narratives. Tu ne trouves pas qu’il nous manque des informations pour comprendre l’enchaînement de l’histoire ?
Uber. Emmanuelle a téléchargé l’application sur son téléphone. Ça fonctionne vraiment bien, les temps d’attente sont courts, les chauffeurs courtois, les prix fixés avant même qu’on ait mis les pieds dans le véhicule.
Vision. Télévision. Il me semble avoir entendu dans les médias des commentaires plutôt négatifs, à propos du service Uber.
Watson. Il me sauve la vie pour cette ligne W. Le bon docteur John Watson, l’associé de Sherlock Holmes.
X Rien ne vient, je laisse tomber.
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Zoo. Il y a peut-être un zoo à Paris. Je sais qu’il y avait autrefois des animaux au Jardin des plantes, mais je ne sais pas ce qu’il en est maintenant, en 2020.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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