Jour 272

AlbertBosch

Marcher en Antarctique pendant 67 jours.

Est-ce humainement possible, écrire trois pages par jour pendant trois mois, sept jours par semaine ? En écrire parfois quatre, pour contrebalancer les jours qui m’auraient vu n’en écrire que deux ? Je réponds oui. En masse. S’il s’agissait de six mois, ce serait périlleux, mais sur une courte période, avec un objectif en tête, ce me semble réaliste, et j’ajouterais presque tentant. Par objectif en tête, j’entends ici la perspective de produire un manuscrit que je soumettrais à un éditeur. Bien entendu, pour y arriver, il ne faudrait pas que je me disperse dans toutes sortes d’activités.
Cela me fait penser au récit que je lisais lorsque j’ai pris l’avion pour me rendre à Paris, le 16 décembre dernier. Je lisais Vivre pour se sentir vivant, un petit livre dans lequel Albert Bosch, un habitué des expériences extrêmes, nous fait part de ses réflexions sur l’effort physique, la motivation, la confiance en soi. J’étais nourrie par ce texte lorsque je suis arrivée à l’aéroport Charles-de Gaulle. De là, un autobus géré par une entreprise privée m’a conduite à la gare Montparnasse. De là, se posait le problème de me rendre au Quai de Bercy prendre l’autobus à la gare routière qui allait me conduire à Strasbourg. Je n’ai pas douté de moi une seconde quand j’ai pris la décision de marcher, à cause de la grève des transports, la distance qui me séparait de la gare Montparnasse au Quai de Bercy. Mon défi n’était pas tant de marcher sans me fatiguer, que de marcher sans me perdre ! Au terme de 18 000 pas, j’atteignais mon but. Le lendemain et les jours suivants, j’ai eu des crampes aux mollets, au point d’en être réveillée la nuit. La colocataire d’Emma m’a dit que c’était parce que je n’avais pas bu assez d’eau. Boire de l’eau ? Je n’en avais pas le temps, et cela aurait nui à ma concentration. Avoir bu de l’eau, je me serais mise à avoir envie d’uriner. Il aurait fallu que je trouve des toilettes publiques quelque part. L’emplacement de ces toilettes m’aurait peut-être fait dévier de ma trajectoire. Trop compliqué. J’ai préféré taire temporairement les besoins vitaux de mon organisme.
– Suis-je en direction du métro Glacière ?, demandais-je à untel.
– Le métro Chevaleret, c’est bien par là, devant moi ?, demandais-je encore.
– Vous n’allez pas marcher tout ça avec votre grosse valise ?, s’étonnaient les Parisiens qui me répondaient. Les taxis ne sont pas en grève, vous savez !
– J’aime marcher, leur disais-je. Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude.
En somme, je faisais comme Albert Bosch, j’accomplissais un défi. Je suis arrivée à la gare routière de Bercy deux heures avant le départ de l’autobus qui allait me faire arriver en pleine nuit à Strasbourg. La première chose que j’ai alors faite, à Bercy, a été de me laver les mains dans les toilettes publiques –très très très peu invitantes. J’ai fait couler l’eau sur mes mains, j’ai appuyé deux fois sur le distributeur de savon, et je me suis mise à me frotter les mains, les doigts, consciencieusement. La mousse qui retombait dans l’évier avait la couleur du café au lait. J’ai ressenti un vif plaisir en découvrant la couleur de cette mousse. Je me débarrassais d’un grand nombre de microbes et de bactéries. Je ne me lavais pas les mains pour rien !

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Jours 274 et 273

familleGroult

Trois générations : Blandine, Benoite et Violette.

Voilà donc Blandine qui s’attelle à l’écriture du récit de la fin de vie de sa mère. Elle commence par retracer les premières manifestations de la maladie d’Alzheimer. Au début, ce n’est pas évident. On pense que la personne est fatiguée, ce jour-là qu’elle a oublié ses clefs. Qu’elle a mal dormi. Qu’elle a été distraite par quelque chose. Qu’elle n’a plus vingt ans. Que le cerveau absorbe l’information comme une éponge, quand on a vingt ans, mais que ce n’est déjà plus le cas quand on en a soixante, alors imaginez quatre-vingts. Et même quatre-vingt-dix.
Pendant ce temps, je monte les escaliers qui mènent au premier étage pour atteindre ma classe. J’ai douze ans et, comme je l’ai mentionné hier, je pourrais porter plus fièrement ma queue de cheval. Je m’efforce de ne pas être coquette, en fait, parce que, fondamentalement, je ne m’aime pas assez. J’arrange ça à ma manière, les soins de soi. Je me dis qu’on me rangera dans la catégorie des jeunes filles rangées de bonne famille, si je m’intéresse à mon apparence.
Quand la cloche sonne, on a cinq minutes pour se rendre en classe. En secondaire I, on a ses classes au premier étage. En secondaire II, au deuxième étage, et ainsi de suite. Je porte une robe de longueur normale, il me semble, mais une fille plus dégourdie que moi me dit de faire attention parce que les garçons se placent derrière nous, quand on monte les marches, pour essayer de découvrir quelle est la couleur de notre petite culotte. En septembre, on sort encore les jambes nues, sans collants pour faire écran. Je me fais vaguement la réflexion qu’il faut que j’apprenne à vivre avec les réalités de l’univers masculin, qui sont nouvelles pour moi. J’opte pour ne pas faire de cas de cette curiosité en matière de lingerie. Tenir compte de cette curiosité aurait été une autre manière de prendre soin de moi, de tenir à moi, à mon intimité.
Blandine et sa sœur Lison se demandent ensuite comment se déroulera la belle saison pour leur mère. La maison d’été est construite sur plusieurs paliers, les escaliers y sont étroits, le terrain à l’extérieur est accidenté, or Benoite se montre de moins en moins mobile. S’il fallait qu’elle tombe sur les pierres du jardin, ou sur les tuiles d’ardoise dans la cuisine ? Ce pourrait être fatal, mais ne serait-ce pas idéal, dans les circonstances, une chute fatale ? Faudra-t-il une ou deux infirmières pour prendre soin d’elle, et voudra-t-elle qu’on prenne soin d’elle ? Une ou deux infirmières, plus une femme de ménage, plus une aide-cuisinière ? Benoite s’entêtera-t-elle à nier les symptômes pourtant criants de sa maladie ? Blandine remarque aussi que sa mère, si sociable, n’appelle plus personne au téléphone. Elle s’isole de plus en plus.
Certaines de mes amies, qui ont mon âge, ont la chance de n’avoir aucun cas de maladie d’Alzheimer autour d’elles. C’est le cas de Thrissa, par exemple. Sa mère, ses oncles, ses tantes vieillissent en excellente santé. Ce n’est pas mon cas. Pas besoin de lire La mère morte, autrement dit, pour découvrir comment se manifeste cette maladie. En fait, je lis le récit de Blandine et je reconnais les signes qu’elle décrit pour les avoir remarqués chez un de mes proches, puis tel signe chez tel autre, et en bout de ligne je suis presque contente de constater que je les connais tous, comme si j’interprétais que Blandine veut me les faire connaître. Blandine n’écrit pas pour nous apprendre comment vit la personne atteinte de l’Alzheimer. Elle écrit pour rendre compte des souffrances qui la submergent voyant sa mère si défaite, si désarticulée, si éloignée de la vie, en somme. Elle écrit aussi pour faire avancer la société, si je peux écrire ça comme ça, en ce sens qu’elle a eu la possibilité de donner accès à sa mère à l’aide médicale à mourir, par l’intermédiaire d’un ami médecin belge, quand on sait que ce n’est pas encore légal en France –si j’ai bien compris.
Je regarde les élèves dans ma classe et je me demande lequel d’entre eux je pourrais approcher pour m’en faire un ou une amie. Pas Sylvie, qui est en train de résoudre oralement, à la demande du professeur, un problème de mathématiques. Elle est trop brillante. Pas Jocelyn qui passe ses journées le dos courbé sur ses feuilles à dessiner des prototypes de personnages tout bleu, parce qu’il utilise un stylo bleu. À ce rythme-là, ça va lui coûter cher de stylos ! Pas ces deux âmes sœurs, assises sur le bord du mur qui héberge les fenêtres. Ça ne fait pas une semaine qu’elles se connaissent qu’elles sont déjà fusionnelles et le demeureront pendant les cinq années du niveau secondaire.
Bref, quand on a un intermède de cinq minutes entre les cours, intermède qui nous voit demeurer en classe, je ne sais pas à qui parler. Je reste assise à mon pupitre et je souffre de n’être pas en train d’établir un contact avec quelqu’un. J’apprendrai très vite, cela étant, que c’est une bonne chose que de rester assise à son pupitre, parce qu’une fois que je m’étais hasardée à me rendre parler à quelqu’un, je ne me rappelle plus qui, un garçon a déposé des punaises sur ma chaise, que je n’ai pas vues évidemment. J’ai crié très fort de douleur au moment précis où le prof s’apprêtait à commencer son cours. Je me suis demandé si ce n’était pas Jocelyn, le stylo bleu, qui les avait mises là.
Alors qu’elle est sur le point de contacter le médecin belge pour mettre fin aux souffrances de sa mère, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, une tragédie s’abat sur Blandine, plus atroce peut-être que la perte de sa mère : sa fille unique, Violette, 36 ans, meurt d’un accident de voiture. Le récit cède alors une large part à cette violente épreuve. Cela signifie que deux personnes sur trois sont décédées de celles qui apparaissent en bandeau, ci-dessus, sur la couverture du livre…

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Jours 276 et 275

miroirStras

L’eau de l’Ill qui ne recevait pas le moindre souffle de vent et dont il est fait mention dans le texte d’hier.

Quand j’étais en France, dans les derniers jours qui m’ont vue arpenter seule les quartiers de Strasbourg, Emma ayant repris ses cours à l’université, je me sentais à deux doigts d’être capable d’écrire l’histoire de ma vie sous forme de roman. Comme je suis excessive, j’avais l’impression qu’il me suffirait de disposer d’un petit trois mois pour y arriver. Le matin, seule dans l’appartement d’Emma, j’aurais écrit disons trois pages. Telle que je me connais, la troisième page aurait été moins bonne que les deux premières, mais elle aurait jeté les bases des trois pages quotidiennes suivantes. En après-midi, je serais allée faire les courses alimentaires en pensant aux pages que j’aurais à écrire le lendemain. Le soir, j’aurais profité de la vie avec Emma. Trois mois à ce régime-là, sans me laisser distraire par aucune autre forme de responsabilité, m’auraient amenée à un bon deux cents pages.
Après tout, je séjournais, il y a encore quelques jours à peine, dans le pays littéraire par excellence. Je passais devant les librairies pour en lécher longuement les vitrines. Je m’installais dans des cafés pour y lire aussi longtemps que je le voulais. Je peux faire ces choses dans toute grande ville, bien sûr, et je le sais. Dans une moyenne ville, au Québec, c’est déjà moins facile. Les librairies s’y font plus rares et les cafés aussi. Cela étant, bien des écrivains s’isolent en campagne pour venir à bout d’un projet !
Le sentiment d’être si proche de mon but –celui, fondamental dans ma vie, de pouvoir me considérer comme une écrivaine avant ma mort, un but que je délaisse de plus en plus– s’est manifesté avec plus d’acuité, pendant mon séjour en France, au fil de ma lecture du livre La mère morte, de Blandine de Caunes, qui est la fille aînée de Benoite Groult.
J’ai déjà écrit sur ce blogue qu’un jour que je me rendais chez tantine, j’avais vu traîner sur sa table le livre Mon évasion, que je lui avais emprunté. Il s’agit de l’autobiographie de Benoite, qu’elle a écrite, quand même, à 88 ans. Elle est née en 1920 et le livre a paru en 2008. Ça m’arrive, parfois, des élans de la sorte. Je vois un livre et je désire tout d’un coup le lire, comme si ma vie en dépendait. Je verrais le même livre dans une librairie qu’il ne me dirait rien. Mais déposé sur la table, chez tantine, on aurait dit que le livre m’attendait.
Je ne connais pas vraiment Benoite sur le plan de sa pensée féministe. Ce que j’avais aimé, dans Mon évasion, à travers l’exercice rétrospectif auquel elle se soumet, c’est son énergie, son aptitude innée à profiter de la vie, à la goûter, à la savourer. Il n’y a pas de doute, c’était une battante, une battante épicurienne ! Peut-être pas tellement reposante, toute médaille ayant deux côtés.
Que je le veuille ou non, lorsque je lis un auteur français qui m’offre le récit de sa vie –par opposition à un texte de fiction–, je compare, je mesure la différence entre la richesse de l’environnement dont l’auteur a bénéficié étant jeune, et la pauvreté du mien. Je ne suis pas naïve au point d’imaginer que cette vie que j’idéalise n’a que des bons côtés. Je pense, par exemple, que le snobisme qui est de mise dans une classe sociale privilégiée m’aurait peut-être coupé les ailes. Il aurait rendu plus ardu l’accès à mes sentiments. Blandine relate qu’un soir que Benoite et François Mitterrand voulaient taquiner, lors d’une réception, les convives autour de la table qui n’avaient pas, comme eux, reçu une formation en latin, ils se sont mis, tous les deux, à parler en latin jusqu’à la fin de la soirée…
Chacun ses excès !
Me voilà donc à la FNAC, toujours est-il, à Strasbourg, et je tombe sur une pile du plus récent livre de Blandine –paru chez Stock– dans lequel elle décrit comment sa mère a reçu, à 96 ans, l’aide médicale à mourir. Elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer. J’ai lu la quatrième de couverture dans la surprise la plus totale, Benoite étant la dernière personne que j’aurais imaginé souffrir de cette maladie. Je n’ai pas résisté. J’ai acheté le livre et je l’ai lu d’un coup.
Je me sens proche de cette forme de littérature du vécu, qui est construite sur des anecdotes, des moments de vie, où s’insèrent des dialogues. Il me semble que cette manière d’écrire est plus courante chez les femmes que chez les hommes. Je pressens que je pourrais écrire un peu de la même manière des épisodes de ma propre vie, en m’appuyant sur certains événements marquants. J’ai déjà essayé, d’ailleurs, mais en faisant l’erreur d’être négative, en manquant d’ouverture, en ne respirant pas assez. Comme si je voulais en finir au plus vite !
Un autre événement littéraire était à l’avant-plan, dans les médias, pendant mon séjour en France, soit celui de la dénonciation de la pédophilie de Gabriel Matzneff, à la suite de la parution du livre Le consentement de Vanessa Springora, qui fut une de ses victimes.
Tiens, tiens. Un tel livre serait peut-être passé inaperçu il y a dix ans, mais dans la foulée du mouvement #MeToo, il trouve sa résonance. J’aurais bien aimé l’acheter lui aussi, mais mon budget était limité !
Je sais déjà quel serait le point de départ de mon récit. Je suis adolescente, j’entre à l’école secondaire, je suis très peu apte à socialiser mais c’est à peine si je m’en rends compte. Je porte une queue de cheval nouée trop bas sur la nuque, elle m’irait mieux si je la portais plus haut, plus fièrement. Des mèches pendouillent sur le côté du visage et je serais plus jolie si elles ne pendouillaient pas.

 

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Jour 277

Rideau-en-bille

Un rideau de billes qui ne serait pas fait avec des billes…

Le présent prend déjà le dessus. Dans quelques jours, j’aurai oublié mon séjour européen. Pour m’en rappeler, j’aurai recours aux photos et vidéos enregistrés sur mon téléphone. Heureusement, il y en a beaucoup d’enregistrés. Cela me fait penser aux vacances d’été, du temps que je travaillais à l’université. J’oubliais qu’elles avaient existé dès que je remettais les pieds, le lundi matin première heure, dans le pavillon où se trouvait mon bureau.
– Comment ont été tes vacances, Lynda ?, me demandaient les collègues.
– Euh…
La question, pourtant prévisible, me prenait de court tellement l’univers professionnel évacuait l’autre, le personnel.
Je n’ai pourtant rien fait de spécial depuis mon retour, le 9 janvier au soir, qui pourrait balayer par son grand intérêt les images mentales de mon récent voyage. C’est à peine si j’ai fait une tournée de mes plantes –pour constater que j’en ai trop et que je voudrais entamer l’année dans un certain élagage à cet égard. J’ai fait des siestes et je me suis accordé du repos en écoutant des films, au côté de Denauzier, pour me guérir de mon rhume, et lui du sien. Je commence à aller mieux. Je n’ai pas mis le nez dehors à cause de mon état physique, mais surtout à cause de la température. Il paraît que c’est la première chose qu’il faut faire, mettre le nez dehors, surtout en hiver, pour se débarrasser de ses microbes, mais à cause du froid –relatif, il fait -10°C– c’est la dernière chose dont j’ai envie.
Quand j’étais en France, dans les derniers jours qui m’ont vue arpenter seule les quartiers de Strasbourg, Emma ayant repris ses cours à l’université, je projetais de créer des sculptures à mon retour. Je marchais le long de l’Ill, c’est le nom de la rivière qui traverse la ville, en ayant à l’esprit toutes sortes d’inventions qui, bien entendu, allaient dans tous les sens. Il se trouve que j’ai donné quatre toiles à mon frère et à sa compagne, mi-décembre, et j’essaie de trouver une manière nouvelle d’égayer les murs, à la maison. Une manière qui ne me demandera pas 300 heures de coups de pinceau miniature pour couvrir un centimètre carré. Je marchais le long de l’Ill et je visualisais un mur étonnamment habillé dans notre entrée au toit cathédrale, sans que ce soit pour autant compliqué. Je pensais à une tringle, d’un bon deux mètres de long, à laquelle pendraient des fils couverts de toutes sortes de petits objets récupérés dans la maison. Je marchais sur les pavés et je traversais des ponts en me demandant quels seraient ces objets. Pas des bouchons de liège, ça fait trop folklorique; pas des capsules de bouteille car il faudrait que je me batte avec elles pour les trouer; pas des billes de verroterie, comme on en voit sur ma photo ci-dessus, pour la simple et bonne raison que je n’en ai pas; pas des trombones de couleur parce que ça fait trop scolaire… Devrais-je opter pour des fils de même longueur ou non ? Ou tricoter des languettes étroites en remplacement des fils ? La difficulté, dans ce genre de projet, c’est de ne pas verser dans l’effet « déco » et de maintenir une visée « artistique ». Une chose est sûre, je n’observais qu’à moitié les cygnes et les canards qui se laissaient glisser sur le miroir de l’eau, par cette belle journée sans le moindre souffle de vent…

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Jours 279 et 278

objetsRetour

Tout ça en 24 jours ? Au secours !

Voici une liste alphabétique des choses que je ramène dans mes bagages, en provenance de Paris, de Barcelone ou de Strasbourg. Des choses achetées, trouvées sur les trottoirs, ou données par Emma, à l’exception de mon rouge à lèvres que je possédais déjà. Des choses que je n’aurais pas dû acquérir parce qu’elles voyagent mal, faites en céramique ou en verre. Ou qui peuvent couler car elles sont liquides. Des choses encore, dont les livres et les CD, que j’aurais pu me procurer au Québec, avoir pris le temps de les chercher, quitte à les commander et à les attendre quelques mois. Bof.
Aube à Birkenau, L’, un livre sur le séjour de Simone Veil dans les camps de concentration. L’auteur est un journaliste ami, mais en fait l’extrait principal est un journal que Simone aurait écrit après les camps, et que l’ami reproduit. Des photos, pas très intéressantes, font aussi partie de l’ouvrage.
Bouteille d’eau en verre de la marque Lisbeth, pour ma collection. L’étiquette de papier va se décoller dès le premier lavage dans le lave-vaisselle. Je rapporte une autre bouteille de verre en provenance de Barcelone qui nous a été servie un midi, qui contenait de l’eau de Vichy.
Calendrier alsacien, ou reproduisant le folklore alsacien –cigognes, biscuits et gâteaux de pain d’épice, enfants portant des sabots de bois–, parce qu’y apparaissent les fêtes des Saints.
De Caunes, Blandine, La mère morte, récit de la fin de vie de Benoite Groult, il en est brièvement question dans mon texte d’hier.
Épingles de nourrice achetées au Monoprix parce qu’elles sont différentes de celles que je trouve au Québec dans les magasins de couture. Je m’en sers beaucoup dans mes projets artistiques.
Forestier, Maxime Le Forestier, Chienne de route, le CD pour 7 €, pour écouter dans mon auto, de retour à ma vie normale.
Grosse fève qui pourrait casser une dent. Dans la galette des rois que nous avons achetée le 6 janvier. Ce n’est pas une fève mais une figurine de Madame Bavarde, une des héroïnes d’une série de livres pour enfants.
Hélas perdu par son propriétaire, un bracelet coloré trouvé sur les Ramblas par Emmanuelle et Lynda.
Il y a une chose que j’ai achetée aux Pays-Bas, à Knocke-Heist, en septembre dernier, que je ne pourrai pas rapporter, cette fois-ci non plus : un vire-vent de fantaisie.
Jacques Briochin. C’est la marque du savon noir prêt à l’emploi avec vaporisateur dont j’ai décidé de m’encombrer, gros contenant pour petite valise.
Kougelhopf au miel, dans une petite boîte de fantaisie, un souvenir touristique qui se mange. C’est commode, les noms de pâtisseries alsaciennes. Pas besoin d’avoir recours au kayak ou à Karajan.
La cérémonie des adieux, récit de Simone de Beauvoir qui accompagne Sartre dans sa fin de vie à lui.
Mort très douce, Une mort très douce, de Simone encore, cette fois c’est la fin de vie de sa mère. Décidément, je fais dans la fin de vie ces temps-ci.
Nain de jardin. Acheté hier pour ma cousine. C’est l’achat le plus excessif : gros et fragile. Il est couvert de papier kraft sur la photo.
Oréal, L’, Liya’s Pink, mon tube de rose à lèvres pas fini, malgré qu’on en ait fait un usage soutenu, Emma et moi, dans l’espoir d’en venir à bout, justement.
Polaroïd. Des cartes de format photo polaroïd, deux souvenirs de Paris, l’une reproduit la Basilique Notre-Dame et l’autre les escaliers qui mènent au Sacré-Cœur.
Quoi ? Faire rentrer tout ça dans la petite valise rouge à roulettes de la marque Delsey qu’Emmanuelle m’a donnée ? Mission impossible.
Réutilisable. Sac réutilisable trouvé par terre, à Barcelone également mais pas sur les Ramblas, en excellent état.
Serre-serviettes, je décide d’appeler ça des serre-serviettes de table. Il s’agit d’anneaux en bois, je les ai achetés au marché de Noël, il est gravé un mot sur chacun. La dame qui gravait était très habile. Après la gravure, le bois sent le brûlé pendant quelques minutes. Ça sent bon.
T-shirt rose que m’a donné Emma. Elle se l’est fait offrir à la marche La Strasbourgeoise contre le cancer du sein, en octobre dernier. Il est trop petit pour elle.
Un peigne anti-bouloche, c’est quoi la bouloche ? Ce sont ces petites mousses qui forment des mini boules détestables sur les lainages et qui donnent l’impression que le lainage a dix ans alors qu’il a dix jours.
Verre, petit verre en véritable grès de sel acheté d’un artisan au marché de Noël également. S’y adjoignent d’autres verres et assiettes faits de terre également, mais servant au départ de contenants de yaourt –la marque La fermière— et de contenants de fromages.
Waste parce que peut-être destiné à une poubelle ? Un macaron de plastique, aimanté pour aller sur la porte du frigo j’imagine, normalement surmonté d’une tour Eiffel. C’est un souvenir d’un goût discutable, mon spécimen n’est pas surmonté de la tour.
Xylophone. Fiou ! Quand même pas !
Yummie !, comme dirait ma fille quand quelque chose lui semble bon à manger. Ici, deux chocolats Lindt, les boules qu’on connaît enveloppées individuellement.
Zade, Scheherazade de Rimsky-Korsakov, parce que j’adore l’œuvre et que je ne l’ai pas trouvée à la librairie de Joliette et que le CD coûtait seulement 7 € –même prix que le CD de Maxime– et c’est aussi pour écouter dans l’auto, de retour à ma vie normale.

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Jour 280

HALLEBARDE-MEDIEVALE

L’hallebarde est une arme médiévale.

« En référence au gros sac de courrier que porte le facteur », ai-je écrit dans mon texte précédent, à propos de ma sacoche achetée chez Paul Marius.
Faux.
Le facteur ne porte pas de sac de courrier. Il circule en bicyclette. Je le sais parce que je l’ai vu, encore une fois. J’ai vu une femme facteur, apparemment en pleine forme parce que sa démarche était rebondissante, entrer dans un commerce en n’ayant à la main qu’une petite pile de courrier, celui destiné au commerçant.
– Merci !, a répondu celui-ci d’une voix enjouée, même s’il devait bien savoir que la pile contenait des factures.
Encore une fois, je ne devrais pas autant m’avancer parce que beaucoup de paiements, de nos jours, se règlent par Internet.
– Il n’y a pas de quoi !, a répondu la factrice.
– À demain !, se sont-ils dit presque en même temps.
J’étais en train d’admirer je ne sais quoi dans cette boutique, parmi plusieurs autres que j’ai visitées, mon grand plaisir ayant été de traînailler dans plusieurs d’entre elles. Je marche au cœur du Vieux Strasbourg, idéalement au soleil s’il y en a ce jour-là. Je fais quelques pas, je m’arrête devant une vitrine. J’observe savoureusement tout ce que j’y vois. Encore quelques pas, encore une vitrine, encore savourer.
Je prends les devantures en photo. Je m’éloigne, je me rapproche, j’attends qu’aucun piéton ne soit dans mon champ de vision, je pèse sur le bouton de mon appareil. Puis j’entre dans le commerce, juste pour le plaisir des yeux. Je fais connaître mon intention dès mon entrée, en demandant à la vendeuse si je peux simplement regarder sa marchandise. Elle me répond Mais bien sûr, allez-y. Je regarde, je palpe un peu, je remercie, je sors.
Je mets bien sûr un livre dans ma nouvelle sacoche, et quand je décide que c’est l’heure d’un petit repos, je m’installe à un café, je lis, j’observe, je bois mon Americano. Je ne peux pas mieux, il me semble, profiter de la vie. Même si, paradoxalement, je lis un livre sur la mort, à savoir La mère morte, écrit par Blandine de Caunes, qui raconte la fin de vie de sa mère, Benoite Groult.
Au fil de ma visite des boutiques, je suis un jour entrée chez Lindt, rue des Hallebardes, y boire un chocolat chaud. Exquis, faut-il le préciser.
– Tu devrais aller là, m’avait dit Emma alors qu’on passait devant la boutique qui était fermée.
Ma fille est une guide gastronomique.
– Et tu pourrais aussi aller là, à côté, commander des spaetzle, avait-elle ajouté.
– Qu’est-ce que c’est, des hallebardes ?, m’étais-je demandé en buvant mon chocolat.
Ma première idée est allée à des salopettes.
– Ce doit être des salopettes que portent les paysans, en Allemagne, quand il faut ramasser le foin à la fin de l’été.
???
– Ou alors ce serait la même chose que des oripeaux ? Des oripeaux ou des oriflammes ?
Pour minimiser mes lacunes de vocabulaire, je me console en me disant que je l’ai déjà su, mais que je ne m’en rappelle plus !
Et sur ce, comme c’est mon dernier jour à Strasbourg, je retourne me promener.
Je prends le train et l’avion demain le 9 janvier.

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Jours 282 et 281

PaulMarius

Capsule publicitaire : Maroquinerie Paul Marius située au 11 Grand’Rue à Strasbourg

Je me suis acheté un sac à Strasbourg. Chaque modèle, dans le magasin, a un nom : le Rive Gauche, le Dandy, le Madame, l’Effrontée, la Besace, le Messager… Le modèle que j’ai acheté est la Sacoche, en référence au gros sac de courrier que porte le facteur, mais bien entendu mon achat n’a pas le même format que le gros sac du facteur. Je trouvais le prix raisonnable et le modèle idéal. Je trouve aussi qu’en France, en me basant sur mon court séjour de trois semaines, il est facile d’avoir accès à des sacs faits en cuir et pas fabriqués en Chine ! J’ai tardé un peu avant de l’acheter, pour être certaine que je ne regretterais pas mon investissement de 59€, puis de bon matin, avec chouchou, je me suis décidée.
Les lecteurs qui me connaissent le moindrement retiendront que « de bon matin » est ici une expression figée. Elle exprime un repère temporel indéterminé dans la narration. Je suis la dernière personne à mettre le nez dehors le matin, en hiver, à moins d’y être obligée.
Me voilà donc avec un sac en bandoulière, ne vivant plus désormais l’inconfort du sac porté sur l’épaule et dont l’une des deux courroies, très vite, glisse sur le bras. La courroie glisse d’autant plus vite en hiver, quand il faut compter avec l’épaisseur de mon gros manteau Pajar.
Le problème de la courroie qui ne reste pas en place sur l’épaule, propre à mon ancien sac, est remplacé cela étant par un nouveau problème avec ce nouveau sac : les deux boucles qui fixent les languettes de cuir ne s’attachent pas rapidement. Si je désire en outre mettre l’ardillon de chaque boucle dans le trou de la même hauteur sur chacune des languettes, ça prend encore plus de temps. Quand nous étions à Barcelone, par exemple, sur le point de quitter la chambre d’hôtel pour toute la journée, il fallait ne rien oublier. Attache, détache les languettes pour y ajouter la gourde d’eau, le guide Michelin, les mouchoirs, le rouge à lèvres… oups les clefs… ça ne finissait plus. Assez vite, et ce d’autant que Barcelone nous appelait dehors, j’en suis venue à porter mon sac sans en attacher les languettes, le panneau de la sacoche simplement appuyé sur mon corps, rendant impossible l’ouverture du sac par un inconnu, à mon insu.

MariusGravé

¿ Para Comer ? ¡ Si ! Spaetzle, SNCF et jupes plissées

La surprise, quand on arrive à la caisse de la boutique Paul Marius pour payer son achat, c’est que la vendeuse nous informe qu’il est possible de faire graver jusqu’à sept mots sur un morceau de cuir, retenu par un lacet de cuir, qui vient avec le sac, et qui est d’ailleurs déjà dans le sac, quand on regarde bien. Ce morceau de peau a vaguement la forme d’un hexagone, peut-être pour représenter qu’il s’agit d’un produit français ? Sur le coup, bien sûr, je n’ai pas su ce que je voulais faire graver. J’ai informé la vendeuse que j’allais repasser. Je n’étais pas sortie de la boutique que le bal des questions existentielles avait commencé. Je pourrais ne faire graver que mes coordonnées, nom et numéro de téléphone, comme tout le monde, en cas de perte ? Non. Pourquoi est-ce que je désire tant me distinguer, me sortir du lot, et aller vers quelque fantaisie ? Une fantaisie qui ne vient pas, cela dit en passant. Qu’est-ce qu’il serait amusant de lire sur ce bout de cuir ? Ai-je des héros, des héroïnes, des mottos qui me définissent ? Un vers ?, moi qui ne lis pas les poètes ? Comment expliquer que je sois habitée par une telle vacuité culturelle qu’aucune idée ne vient à ma rescousse ? Pourquoi, d’ailleurs, ne suis-je pas devenue une écrivaine, une littéraire, une philosophe, une intellectuelle ? Qu’est-ce qui cloche dans la constitution de ma personne ?
Puis, encore une fois de bon matin, j’ai réalisé que quatre mots me décrivaient à merveille, quatre mots qui défilent constamment dans ma cervelle, à longueur de journée : comment ça se fait ?
– J’ai trouvé, Emmanuelle, ce que je vais faire graver sur mon morceau de cuir !
– Ah oui ? Qu’est-ce que c’est ?, a-t-elle demandé avec une curiosité enthousiaste.
– Comment ça se fait.
Silence de ma fille.
– Ah.
– Tu trouves ça poche ?
– Nnnnon, mais…
– Écoute, peut-être qu’en en parlant, je pourrais trouver mieux ?, ai-je suggéré.
– Tu pourrais aller vers des temps forts de ton séjour, vers des clins d’œil qui te feraient plaisir… vers quelque chose de plus espiègle qu’une question existentielle !
Nous étions en train de marcher dans la partie dite Petite France du cœur commerçant de Strasbourg.
– C’est sûr qu’un des temps forts de mon séjour a été de découvrir que tu parlais espagnol, quand la serveuse nous a demandé si on voulait seulement boire, ou alors manger.
– Un autre temps fort est forcément celui des grèves, a suggéré Emma.
– Et un autre, la gourmandise de ma fille qui veut découvrir toutes les spécialités alsaciennes. Comment ça s’appelle encore les pâtes aux lardons et à la crème qu’on a mangées aux marchés de Noël ?
– Des spaetzle.
Quand est venu le temps d’écrire cette enfilade de mots à l’attention de la vendeuse sur un bout de papier, qui allait les graver, j’ai été visitée par un éclair de génie. J’ai fait ajouter, sans réfléchir, « et jupes plissées », parce que nous en avons vu beaucoup à Paris et à Barcelone. Des jupes ultra légères, à plis, longues jusqu’en bas des mollets, que les femmes portent sous leur manteau. Ça veut dire qu’elles ont chaud du haut, mais froid du bas si le manteau est le moindrement court. La plupart des femmes que j’ai vues porter ce type de jupe étaient chaussées de baskets.
Vive l’Espagne et l’hôtel Room Mate Emma; vive les plats alsaciens; vive les jupes plissées.
Vive la grève ? Moins sûr…

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