Jour 272

AlbertBosch

Marcher en Antarctique pendant 67 jours.

Est-ce humainement possible, écrire trois pages par jour pendant trois mois, sept jours par semaine ? En écrire parfois quatre, pour contrebalancer les jours qui m’auraient vu n’en écrire que deux ? Je réponds oui. En masse. S’il s’agissait de six mois, ce serait périlleux, mais sur une courte période, avec un objectif en tête, ce me semble réaliste, et j’ajouterais presque tentant. Par objectif en tête, j’entends ici la perspective de produire un manuscrit que je soumettrais à un éditeur. Bien entendu, pour y arriver, il ne faudrait pas que je me disperse dans toutes sortes d’activités.
Cela me fait penser au récit que je lisais lorsque j’ai pris l’avion pour me rendre à Paris, le 16 décembre dernier. Je lisais Vivre pour se sentir vivant, un petit livre dans lequel Albert Bosch, un habitué des expériences extrêmes, nous fait part de ses réflexions sur l’effort physique, la motivation, la confiance en soi. J’étais nourrie par ce texte lorsque je suis arrivée à l’aéroport Charles-de Gaulle. De là, un autobus géré par une entreprise privée m’a conduite à la gare Montparnasse. De là, se posait le problème de me rendre au Quai de Bercy prendre l’autobus à la gare routière qui allait me conduire à Strasbourg. Je n’ai pas douté de moi une seconde quand j’ai pris la décision de marcher, à cause de la grève des transports, la distance qui me séparait de la gare Montparnasse au Quai de Bercy. Mon défi n’était pas tant de marcher sans me fatiguer, que de marcher sans me perdre ! Au terme de 18 000 pas, j’atteignais mon but. Le lendemain et les jours suivants, j’ai eu des crampes aux mollets, au point d’en être réveillée la nuit. La colocataire d’Emma m’a dit que c’était parce que je n’avais pas bu assez d’eau. Boire de l’eau ? Je n’en avais pas le temps, et cela aurait nui à ma concentration. Avoir bu de l’eau, je me serais mise à avoir envie d’uriner. Il aurait fallu que je trouve des toilettes publiques quelque part. L’emplacement de ces toilettes m’aurait peut-être fait dévier de ma trajectoire. Trop compliqué. J’ai préféré taire temporairement les besoins vitaux de mon organisme.
– Suis-je en direction du métro Glacière ?, demandais-je à untel.
– Le métro Chevaleret, c’est bien par là, devant moi ?, demandais-je encore.
– Vous n’allez pas marcher tout ça avec votre grosse valise ?, s’étonnaient les Parisiens qui me répondaient. Les taxis ne sont pas en grève, vous savez !
– J’aime marcher, leur disais-je. Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude.
En somme, je faisais comme Albert Bosch, j’accomplissais un défi. Je suis arrivée à la gare routière de Bercy deux heures avant le départ de l’autobus qui allait me faire arriver en pleine nuit à Strasbourg. La première chose que j’ai alors faite, à Bercy, a été de me laver les mains dans les toilettes publiques –très très très peu invitantes. J’ai fait couler l’eau sur mes mains, j’ai appuyé deux fois sur le distributeur de savon, et je me suis mise à me frotter les mains, les doigts, consciencieusement. La mousse qui retombait dans l’évier avait la couleur du café au lait. J’ai ressenti un vif plaisir en découvrant la couleur de cette mousse. Je me débarrassais d’un grand nombre de microbes et de bactéries. Je ne me lavais pas les mains pour rien !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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