Jour 238

rougeslèvres

Le Lise Watier de couleur Corail est difficile à appliquer en raison de son aspect mat. Il ne glisse pas, il faut appuyer fort. Le Lancôme, c’est le contraire, il est trop hydratant, il se loge très rapidement dans les fissures de ma peau qui se sont multipliées autour de ma bouche avec les années. J’applique le Corail sur la lèvre du bas, et le Rose sur la lèvre du haut pour créer une sorte d’équilibre. Ça donne de bons résultats. Le Rose contient beaucoup de pigments iridescents. Sans l’aide d’Emmanuelle, je crains d’en avoir pour encore un an ! Or, il semblerait qu’il faut jeter nos rouges à lèvres justement après un an. Ça fait au moins trois ans que j’utilise, à petites doses, le Corail mat.

La fin de mon texte d’hier, « Mystère et boule de gomme », peut s’interpréter de deux façons. Ça peut vouloir dire que je sais s’il sera question de papa dans mon récit, mais je ne veux pas en informer le lecteur d’ores et déjà. Ça peut vouloir dire aussi que je ne le sais pas moi-même, s’il sera question de papa, et que donc je ne peux pas en informer le lecteur. C’est cette dernière interprétation qui est la bonne.
Avec ma vie casanière, je ne fais guère progresser mon projet d’utilisation, jusqu’à extinction, de mes rouges à lèvres. Quand nous étions en voyage en France et en Espagne, Emmanuelle et moi avons abondamment utilisé mon rouge à lèvres bourgogne de la marque Burt’s Bees, nous en sommes venues à bout, et mon rouge à lèvres rose, un L’Oréal, venues à bout également. À Strasbourg, nous avons porté un rouge rouille, encore L’Oréal, qui allait bien avec la couleur du temps gris et humide. Venues à bout également de ce dernier. L’idée que je poursuis n’est pas tant de ne plus me maquiller les lèvres, dans une approche environnementale et minimaliste, mais de ne plus en avoir en ma possession avant d’en acheter d’autres. D’ailleurs, j’ai envoyé un message à ce sujet sur le site web de la revue Elle Québec. J’ai proposé à l’équipe de la rédaction de promouvoir l’idée de mettre sur le marché des rouges à lèvres de plus petit format, quitte à ce qu’ils coûtent le même prix, afin de pouvoir les utiliser au complet avant qu’ils ne deviennent périmés, et afin de pouvoir en acheter plus souvent, et ainsi changer de nuance. Je devrais peut-être soumettre l’idée à d’autres interlocuteurs web, sur le site de L’Oréal par exemple, de Lancôme, de Chanel… Je n’ai jamais acheté de rouge à lèvres Chanel, cela dit, car il me semble qu’ils coûtent très cher. Dans l’article que je viens de lire à propos de la durée de vie de nos produits de beauté, il est écrit que les bactéries s’accumulent sur les bâtons de rouge et c’est la raison pour laquelle il faut les jeter. Mais il m’arrive régulièrement de frotter le bâton avec un mouchoir de papier pour le nettoyer, en quelque sorte. Je ne sais pas s’il s’agit d’une mesure suffisante ? Ce que je sais, cependant, au terme de cet exercice d’écriture matinale, c’est que ça fait le plus grand bien de m’intéresser à des sujets futiles et superficiels !

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Jour 239

Encore une fois je n’ai pas tellement bien dormi, pour être sortie chez les amis, avoir mangé plus que d’habitude, bu du café passé vingt heures, sollicité les muscles de mes mains avec le tricotin, de telle sorte qu’en bougeant dans mon sommeil elles me faisaient mal, et quoi encore. Quand je dors moyennement bien la nuit, je me reprends le matin, mais ce matin la chatonne est venue s’installer sur mon flanc –je dormais couchée sur le côté– et elle s’est mise à ronronner. Cela n’a pas facilité mon abandon dans le sommeil profond. Habituellement, chatonne s’installe sur le flanc de mon mari, qui a plus de surface à offrir, mais il était levé depuis un moment. Quand elle ne dispose que de ma personne pour s’installer, chatonne semble incertaine, elle appuie une patte pour tester la zone dont elle dispose à droite, à gauche, elle se redresse et se recouche… Ça me fait l’effet d’un massage extraordinairement agréable, mais, encore une fois, ça m’éloigne du sommeil profond.
Me voilà rendue à une nouvelle dizaine dans le décompte de mes textes, encore dix-neuf à produire, ça commence bien la semaine. Il faudrait que je voie les choses plus posément. Je vis depuis quelques jours dans l’urgence d’écrire mon récit au plus vite, au cas où, pour une raison ou pour une autre, je me lèverais un matin en me découvrant dépourvue de la capacité de créer. Autrement dit, je ne me fais pas confiance. Quelle surprise !
Peut-être aussi que j’ai peur d’y perdre goût. Serait-il possible que je me lève un matin et que j’aie envie d’abandonner ? Que le sujet me déprime ? Mon passé est réglé, Seigneur, pourquoi y replonger ? Le mieux, face à ces questions qui se renouvellent constamment, c’est de produire, sans traîner.
Je suis en phase d’accumulation de contenu. J’écris ce qui vient. J’ai quand même à ce jour atteint cinquante pages. Est-ce qu’il n’en restera que trente-deux, une fois que j’aurai retravaillé l’enchaînement, constaté des redites, éliminé les passages trop faibles ? Est-ce qu’un éditeur intéressé pourrait m’imposer une coupure de quarante pages, jugées non publiables, moyennant que j’en fournis quarante nouvelles ? Au secours !
Si ces cinquante pages constituent le tiers de mon projet, en ce sens que je vise un manuscrit de cent cinquante pages au final, vais-je avoir la concentration et l’inspiration nécessaires pour fournir le double de l’effort que je viens de fournir ?
J’ai parlé tout à l’heure à mon mari de la possibilité de boire moins d’alcool les jours de semaine ordinaires. Je n’ai pas enjolivé l’affaire en mentionnant qu’on apprécie davantage d’en boire quand ça se produit moins souvent. Que ça devient banal quand on en boit tous les jours…
– Ne va pas trop loin, chérie, m’a-t-il répondu. Une chose à la fois. On verra dans le temps comme dans le temps.
L’expression m’a fait sourire, il me semble que papa disait ça autrefois, dans le temps comme dans le temps.
Nous étions en voiture, j’étais au volant. Pour le reste de la route, je me suis replongée dans mon récit de vie et j’ai réalisé que je n’avais pas encore beaucoup écrit à propos de papa. Sera-t-il plus présent dans les deux tiers à venir ? Mystère et boule de gomme.

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Jour 240

fevertreeFinalement ce sont les Chiefs de Kansas City qui ont gagné le Super Bowl. Le Québec vient de se découvrir un nouvel idole en la personne de Laurent Duvernay-Tardif qui fait partie de l’équipe, tout en ayant parallèlement poursuivi des études de médecine à l’Université McGill. Quand la partie s’est terminée, les journalistes de la chaîne de télévision américaine, peut-être Fox ?, ne sont pas allés le voir pour recevoir ses commentaires. Ils s’en sont tenus aux joueurs vedettes que je serais incapable de nommer ici.
– C’est dommage, a dit notre amie, j’aurais aimé le voir et l’entendre, je ne le connais pas.
– Si on change de chaîne et qu’on sélectionne LCN, je gagerais ma chemise qu’on va tomber pile sur un reportage qui fait son éloge, ai-je suggéré.
C’est ce que notre amie a fait au terme de quelques secondes de manipulation de la télécommande. Qu’est-ce qui est immédiatement apparu à l’écran ? L’équipe des Chiefs en liesse sous une pluie diluvienne de confettis de papier, puis un reportage sur la boulangerie que tiennent les parents de Laurent, dans la ville de St-Hilaire. Parfois, j’avoue, ma perspicacité me surprend !
Pendant le match, j’ai fait du tricotin au point que j’en ai mal aux mains. J’ai maintenant quatre mini tubes de laine de confectionnés pour mon projet de sculpture. Il m’en reste 96 à faire !
Mon mari m’a orientée vers un nouveau défi. Nous n’allons pas boire d’alcool pendant le mois de février. Je pense que c’est un mouvement à la mode qui s’implante avec les années. J’adore introduire de tels petits changements dans ma vie quotidienne. Je me suis empressée de ranger notre vinier, duquel il est si facile d’extraire un filet de rouge par ci, un filet de rouge par là, le soir avant le souper. Je venais d’acheter des bouteilles d’eau gazéifiée de la marque Fever-Tree, cependant, pour mélanger avec un peu de gin. Une once de gin, normalement, pour un verre de grandeur normale, deux onces généreuses quand c’est mari qui est aux commandes pour un verre de même grandeur. L’eau contient de la quinine. J’étais dans le Métro d’alimentation quand j’ai remarqué ces bouteilles pour la première fois. J’ai aussitôt été aspirée par le film Out of Africa, d’après le roman de Karen Blixen –qui était l’auteure préférée de François. Les personnages –Meryl Streep au premier plan, magnifiquement vêtue de lin ou de coton blanc– prenaient de la quinine lorsqu’ils se sentaient fiévreux. Tout ça pour dire que je me propose de boire le liquide de la bouteille tout nu, sans gin, mais ça m’étonnerait que je puisse discerner la saveur de la quinine. Je serais prête à ne boire de l’alcool qu’en cas de réunions, d’invitations, d’événements festifs, comme je le faisais du temps de ma vie à Montréal. Pour mon mari, ce serait introduire une manière de vivre notre quotidien très très très nouvelle !
Un mot enfin à propos du gâteau circulaire au caramel que j’ai offert aux amis hier. Sur une note positive, ils ne m’ont pas grondée de l’avoir apporté. Sur une note mitigée, il se laissait manger, mais sans plus.

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Jour 241

J’ai très mal dormi. Je n’arrêtais pas de penser à mon récit de vie.
– S’il est question de nous, tes frères et sœur, dans ton texte, a dit Les pattes hier soir, j’imagine que tu vas changer nos prénoms, par respect pour notre vie privée, auquel cas j’aimerais m’appeler Bernard.
Je ne suis jamais capable de savoir si mon frère fait des blagues ou non, alors je vérifierai plus tard, advenant que je sois publiée, s’il maintient son choix de prénom fictif.
– Ce serait un livre en bonne et due forme ? Tout d’une pièce qu’on pourrait acheter ? Et non des pages de blogue publiées séparément ?, a voulu vérifier Bibi.
– Bien, écoutez, c’est juste un projet, je ne sais pas comment ça va finir, je ne sais pas si je vais être capable de le mener à terme, et je sais encore moins si mon manuscrit a des chances d’être accepté par une éventuelle maison d’édition !, me suis-je défendue.
En parlant avec eux hier, de tout et de rien, et non de mon projet de récit, il m’est venu à l’esprit qu’un élément important de ma vie d’enfant n’avait pas encore été abordé, dans ma première trentaine de pages. Sachant à quel point cet élément a été au centre de mon imaginaire, je me suis sentie déstabilisée de n’y avoir pas pensé avant.
Une fois couchée, je me suis rendu compte que cet ajout allait m’obliger à retirer un paragraphe et à en modifier un autre, des paragraphes qui ont une fonction clef, qui font le lien entre des étapes de mon développement. Cela m’a découragée. En réalisant que cette omission avait des conséquences, j’ai senti se profiler dans mes neurones une deuxième omission, non moins déterminante. Alors j’ai passé la nuit à jongler avec les mots et ma maudite structure et à me demander comment j’allais m’en sortir !
Je sais qu’une fois atteinte ma neuvième année d’écriture de blogue, dans 21 textes, je vais me sentir moins coincée. En même temps, je dois reconnaître que c’est parfois lorsque je me sens coincée que je suis le plus productive. Michel Legrand affirmait la même chose. Lorsqu’il avait du temps devant lui pour produire une œuvre, il réfléchissait, il recommençait, il se remettait en question, tandis que lorsqu’il devait aboutir dans des délais serrés, il s’en tenait à essentiel, il composait !
Ce n’est pas moi, hier soir, qui ai introduit le sujet de mon récit de vie. C’est Bibi, dont un ami me suit fidèlement depuis qu’il a découvert mon blogue. Quand ils se rencontrent, or ils se sont rencontrés récemment, ils parlent de ce que j’ai écrit, en ce sens que l’ami informe Bibi –qui ne me lit pas– de là où j’en suis.
– Tu veux approfondir la connaissance de toi-même ?, m’a demandé Bibi, tentant de savoir quelle était ma motivation de plonger dans mon passé.
– C’est surtout que je ne suis pas capable d’écrire autre chose que ce qui me concerne, ai-je répondu, un peu piteuse de reconnaître à quel point l’imagination me fait défaut.

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Jour 242

gâteaux

Nous avons mangé le plum pudding.

Finalement, j’ai fait chauffer le plum pudding dans un bain-marie pendant deux heures et demie, comme il est écrit sur la boîte. Il était bon, mais si j’essayais d’en faire un moi-même pour un Noël à venir, je pourrais trouver le mien meilleur. Si c’est comme pour le gâteau aux fruits, il faut s’y prendre longtemps d’avance –deux ou trois mois ?– pour que la pâte « vieillisse » et développe ainsi sa pleine saveur.
Je l’ai servi dans des ramequins, surprise qu’il y en ait chez mon frère Les pattes dont l’équipement en vaisselle et service de table a toujours été rudimentaire. Je n’aurais pas pu servir le gâteau en tranches à cause de son aspect collant et humide. On le sert avec une sauce qui goûte l’alcool et le beurre, qu’il faut faire chauffer aussi, mais pas pendant deux heures et demie ! La liste des ingrédients utilisés, imprimée sur l’emballage, était très longue mais j’ai pu quand même constater, en lisant entre les lignes et entre les mots compliqués à saveur chimique, qu’il y a du rutabaga dans cette recette ! Le rutabaga, c’est ce que nous appelons au Québec le navet, à la chair jaune. En France, le navet est un légume similaire mais à la chair blanche. Bien entendu, le plum pudding ne goûte pas le navet !
Nous n’avons pas entamé les autres desserts, qui sont restés dans le congélateur jusqu’au moment de nous séparer en fin de soirée. Les pattes, notre hôte, a gardé K pour Katrine et le gâteau de forme rectangulaire. Comme je le connais, il est capable d’en manger la moitié d’un seul coup. Je suis repartie avec le petit circulaire au caramel, pour l’offrir à nos voisins qui nous invitent ce soir pour regarder le Super Bowl.

tubelaine

Voici ce que j’entends par « tube de laine », à savoir la courte queue qui sort de la bobine de bois. Les « queues » que je confectionne ont autour de 30 cm de long chacune. J’ai parlé de ce projet hier à Bibi. Elle m’a dit que lorsque nous étions petites, papa nous fabriquait des tricotins avec des bobines et des petits clous.

Je n’y connais rien en football américain, mais j’ai toujours aimé m’asseoir dans une pièce où nous sommes plusieurs et où je n’ai pas à faire la conversation, les yeux des autres étant rivés sur l’écran de la télévision. Je vais apporter mon tricotin parce qu’il paraît que le match peut durer deux heures sinon plus. Je compte avancer ma production de mini-tubes de laine –je ne sais pas comment appeler ça autrement. J’ai en effet l’idée d’en fixer une grande quantité, peut-être une centaine, à une boîte métallique stylisée qui sera ensuite fixée, dans quelques années, le temps de faire les tubes, au mur de notre pièce au toit cathédrale. Un projet parmi d’autres, qui ne compte à son actif que deux tubes pour le moment.
Me voyant arriver avec le gâteau, toujours est-il, les amis ne seront pas contents, ils vont dire qu’ils ne nous invitent pas pour recevoir des cadeaux. Ils disent tout le temps ça, et je choisis de faire la sourde oreille parce que nous aimons certes être reçus, mais nous aimons aussi offrir des cadeaux ! Avec tout ça, je ne suis même pas arrivée à l’idée première que je voulais exprimer : quand nous nous sommes trouvés tous assis sur le canapé, chez Les pattes, je leur ai lu mon texte précédent, no 243, répondant ainsi à leur étonnement de m’avoir vue arriver avec quatre desserts. J’ai tellement aimé mon texte que j’ai voulu le leur lire deux fois, mais ils m’ont répondu que ce n’était pas nécessaire !

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Jour 243

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C’est en plein ça que j’ai acheté.

Malgré ce que j’ai écrit récemment, à savoir que je désire sortir le moins possible pour écrire le plus possible, je sors aujourd’hui, et je sortirai demain.
Aujourd’hui, sortie familiale. Une idée de mon frère Les pattes initiée il y a trois ans. Nous en voici donc à la quatrième édition. Une idée selon laquelle nous nous rencontrons les quatre frères et sœurs sans compagne ou compagnon, sans ami, sans personne d’autre que nous. Chacun apporte quelque chose à manger, pour le souper. Par les années passées, je prenais la peine de préparer un dessert, habituellement un gâteau, mais aussi un pudding au chocolat, une année, que personne n’avait voulu goûter. Cette fois-ci, m’appuyant, c’est le cas de le dire, sur mes entorses à chaque poignet, et bien que je n’aie plus aucun symptôme de ma chute, j’y suis allée pour un gâteau congelé de la marque K pour Katrine qui coûte assez cher, 17$ si je me rappelle bien. Ce gâteau est le quatrième que j’achète pour notre souper de ce soir.

plum pudding

C’est en plein ça que j’ai acheté (bis).

En arpentant lentement les allées du Métro, quelques jours auparavant, fidèle à mon habitude pour l’aspect de la lenteur, toujours à espérer dénicher des trésors en solde, je suis d’abord tombée sur un plum pudding en boîte, vendu à moitié prix, soit 9$. Il est écrit sur l’emballage qu’il faut mettre le gâteau dans un bain-marie pendant deux heures. Je me suis dit que ce serait agréable de m’occuper du gâteau pendant qu’on placoterait, tout en sachant qu’on ne se tiendrait pas dans la cuisine tant que ça, mais plutôt assis tout le monde sur le grand canapé du salon. L’événement a lieu chez Les pattes. Je pense que j’adore le plum pudding, mais j’en ai mangé tellement peu souvent dans ma vie que je ne suis pas en mesure de l’affirmer à 100%. La boîte est déjà sur la banquette avant de ma voiture, quoi qu’il en soit, prête à être transportée.
Or, en arpentant les allées du Métro quelques jours encore plus auparavant, en n’ayant pas les yeux en face des trous, pour ne pas avoir vu ces deux produits dont il vient d’être question qui étaient déjà disponibles en tant que soldes d’après Noël, j’ai aussi acheté deux gâteaux « préparés sur place » et vendus eux aussi au rayon des produits surgelés. Ils sont nettement moins attrayants, d’ailleurs ils étaient moins cher à l’achat, mais je sais pour en avoir mangé qu’ils sont quand même bons. Un est de forme rectangulaire aux framboises, l’autre de forme circulaire au caramel. J’ai vu celui au caramel en premier, qui est très petit.
– Ça va faire l’affaire, me suis-je dit, tout le monde, à notre âge, surveille ses quantités de glucides.
Bien sûr en même temps que je me disais ça, j’ai commencé à hésiter, et à me dire qu’on n’en aurait peut-être pas assez. Alors j’ai aussi mis dans mon panier celui, plus gros, rectangulaire aux framboises. Dès lors, j’ai voulu en retirer celui au caramel.
En bout de ligne, je vais arriver ce soir avec quatre gâteaux.

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Jour 244

fourmi

Je me sens comme une fourmi.

On dirait que la chatonne sent la présence du père fantôme de Denauzier. Pour ne pas être seule, craignant de le rencontrer, elle me suit partout. En ce moment, elle est assise, à mes pieds, et ronronne comme une bonne. Si je me lève pour aller remuer la soupe, car une soupe est en train de mijoter, aux pois verts, elle me suit et j’en ai de la difficulté à marcher car elle me caresse ardemment les mollets. Du temps que je travaillais à l’université, que je rentrais épuisée à la maison, un tel comportement animalier m’aurait rendu folle. Il ne fallait pas qu’un grain de sable vienne perturber le fonctionnement des engrenages qui allaient me faire préparer le souper et ensuite m’écraser sur le canapé. Si un grain de sable venait bloquer cette routine, cela éprouvait grandement mes forces physique et nerveuse. Dans ma vie de maintenant retraitée, j’adore cette compagnie féline, à tel point que si chatonne ne me caresse pas les mollets, je me demande ce qui me vaut cette indépendance capricieuse de sa part.
Aujourd’hui, j’ai mis un pied dans un retour à la vie normale, à la vie autre que juste écrire comme je le fais depuis quelques semaines. J’ai fait du ménage ! J’ai dépoussiéré toutes les surfaces de notre salle de séjour. Je ferais du ménage assidûment que la maison ne serait pas forcément propre partout pour autant. C’est trop grand.
– Ça ne te manque pas de ne pas aller dehors ?, m’a demandé mon mari. Je comprends que tu as été malade, mais maintenant tu vas mieux ?
– Non, mon but initial, pour introduire de la variété dans ma vie, était de ne pas sortir en janvier. J’y suis presque arrivée ! Et j’ai voyagé autant, assise à mon bureau, que dans les avions qui m’ont donné mal aux oreilles !
Je ne suis pas rendue loin dans mon projet de récit, 36 pages dont certains paragraphes vont prendre le bord parce que je ne les aime pas. Il ne faut pas que je me décourage. Admettons que j’écrive une page par jour. Dans 114 jours j’aurais atteint mon but. C’est un peu moins de quatre mois. Quatre mois ça nous mène à la fin mai. Parallèlement, il me reste 23 textes à écrire, en excluant celui-ci, pour clore ma neuvième année de blogue. Je me sens comme une fourmi. Je travaille, je travaille, dans le sentiment décourageant de faire du surplace.
Je vois les choses en grand. Je me dis que je pourrais d’abord être publiée, pour ce récit de ma vie qui n’est encore que très partiellement entamé, et ensuite patauger dans tous les textes du blogue écrits à ce jour, dans le but de monter un recueil par thèmes. Je discerne déjà quelques thèmes, en m’appuyant sur leurs récurrences : les vêtements, les rêves, les toiles que j’ai peintes, les livres que j’ai lus, ma relation avec mon père, mon appréciation de la musique, l’achat de ma voiture, mes sorties avec tantine, l’amour pour ma fille…

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