Jour 239

Encore une fois je n’ai pas tellement bien dormi, pour être sortie chez les amis, avoir mangé plus que d’habitude, bu du café passé vingt heures, sollicité les muscles de mes mains avec le tricotin, de telle sorte qu’en bougeant dans mon sommeil elles me faisaient mal, et quoi encore. Quand je dors moyennement bien la nuit, je me reprends le matin, mais ce matin la chatonne est venue s’installer sur mon flanc –je dormais couchée sur le côté– et elle s’est mise à ronronner. Cela n’a pas facilité mon abandon dans le sommeil profond. Habituellement, chatonne s’installe sur le flanc de mon mari, qui a plus de surface à offrir, mais il était levé depuis un moment. Quand elle ne dispose que de ma personne pour s’installer, chatonne semble incertaine, elle appuie une patte pour tester la zone dont elle dispose à droite, à gauche, elle se redresse et se recouche… Ça me fait l’effet d’un massage extraordinairement agréable, mais, encore une fois, ça m’éloigne du sommeil profond.
Me voilà rendue à une nouvelle dizaine dans le décompte de mes textes, encore dix-neuf à produire, ça commence bien la semaine. Il faudrait que je voie les choses plus posément. Je vis depuis quelques jours dans l’urgence d’écrire mon récit au plus vite, au cas où, pour une raison ou pour une autre, je me lèverais un matin en me découvrant dépourvue de la capacité de créer. Autrement dit, je ne me fais pas confiance. Quelle surprise !
Peut-être aussi que j’ai peur d’y perdre goût. Serait-il possible que je me lève un matin et que j’aie envie d’abandonner ? Que le sujet me déprime ? Mon passé est réglé, Seigneur, pourquoi y replonger ? Le mieux, face à ces questions qui se renouvellent constamment, c’est de produire, sans traîner.
Je suis en phase d’accumulation de contenu. J’écris ce qui vient. J’ai quand même à ce jour atteint cinquante pages. Est-ce qu’il n’en restera que trente-deux, une fois que j’aurai retravaillé l’enchaînement, constaté des redites, éliminé les passages trop faibles ? Est-ce qu’un éditeur intéressé pourrait m’imposer une coupure de quarante pages, jugées non publiables, moyennant que j’en fournis quarante nouvelles ? Au secours !
Si ces cinquante pages constituent le tiers de mon projet, en ce sens que je vise un manuscrit de cent cinquante pages au final, vais-je avoir la concentration et l’inspiration nécessaires pour fournir le double de l’effort que je viens de fournir ?
J’ai parlé tout à l’heure à mon mari de la possibilité de boire moins d’alcool les jours de semaine ordinaires. Je n’ai pas enjolivé l’affaire en mentionnant qu’on apprécie davantage d’en boire quand ça se produit moins souvent. Que ça devient banal quand on en boit tous les jours…
– Ne va pas trop loin, chérie, m’a-t-il répondu. Une chose à la fois. On verra dans le temps comme dans le temps.
L’expression m’a fait sourire, il me semble que papa disait ça autrefois, dans le temps comme dans le temps.
Nous étions en voiture, j’étais au volant. Pour le reste de la route, je me suis replongée dans mon récit de vie et j’ai réalisé que je n’avais pas encore beaucoup écrit à propos de papa. Sera-t-il plus présent dans les deux tiers à venir ? Mystère et boule de gomme.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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