Jour 185

mandala2

Je n’ai pas le courage, pour l’instant, de découper ce mandala, tel que je me le proposais, mandala pour le coloriage duquel je ne me suis absolument pas cassé la tête.

Finalement, j’ai opté pour un nettoyage des plates-bandes basé sur l’orgueil, j’ai donc fait le ménage des deux petites situées près du chemin.
– La grande attendra, me suis-je dit, en essayant de ne pas m’attarder sur son état de négligence avancée alors que je me dirigeais vers les deux petites, en bas du terrain.
Ce fut un peu échevelé comme expérience parce que je n’étais pas tellement concentrée. Pendant que je m’activais autour de la première plate-bande, un papa et ses deux enfants sont venus me parler, de tout et de rien. Je suis demeurée en position à genoux, qui est ma position préférée quand je désherbe, et je devais donc relever un peu la tête pour parler avec mes interlocuteurs qui se tenaient debout et légèrement à distance, selon notre nouvelle manière de vivre. Au terme de notre conversation, j’avais, j’avoue, un peu mal au cou.
Deuxième plate-bande. J’étais sur le point d’atteindre mon degré de concentration habituelle lorsque le voisin, en voiture cette fois, accompagné de sa femme, s’est arrêté à ma hauteur pour me demander, ayant préalablement baissé la vitre de son véhicule, où était mon mari. Cette fois, je me suis levée et dirigée vers eux, à distance, toujours.
– À vrai dire, je ne le sais pas, ai-je répondu. Je pense qu’il est parti s’occuper d’une histoire de quais…
– C’est justement de cela dont je voulais lui parler, a répondu notre ami. Dis-lui de me téléphoner à son retour.
– D’accord. Dites donc, ça sent drôlement la friture dans votre véhicule, ai-je enchaîné.
– On arrive d’avoir mangé des frites à St-Félix, a répondu la compagne.
– Elles étaient bonnes ?, ai-je demandé, me désolant de m’entendre poser cette sotte question.
– Bof…, a répondu le couple, sans surprise.
Ensuite il a été question d’autres choses banales avant que je ne me remette en position à genoux autour de la deuxième plate-bande. À partir de ce moment, j’ai été présente à 100% à mon travail dans la terre et le paillis.
– Cette plate-bande est anémique, me suis-je dit, vaguement contrariée par mon manque de connaissances en horticulture, qui se traduit par des choix de plantes qui ne supportent pas l’hiver. J’ai retiré de terre une gaillarde décédée et j’ai extrait les tiges séchées de quelques vivaces dont j’ignore le nom et qui m’ont été données l’an dernier par un ami.
Cette contrariété m’a conduite à la pépinière du village, dont j’ai déjà écrit qu’elle n’a presque plus rien à vendre, c’en est à se demander si le commerce va demeurer ouvert jusqu’à la fin de la saison. Comme je connais un peu le propriétaire, je lui ai demandé, en me rendant me laver les mains :
– Comptez-vous rester ouverts tout l’été ? Il ne vous reste plus rien…
Il m’a fourni une drôle de réponse :
– L’été dernier, ç’a été le vol de nos plants en début de saison, cet été c’est la ronde des paniers à désinfecter…

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Jour 186

Ce sera difficile cette semaine de jardiner, de nettoyer les plates-bandes, d’embellir le terrain car la température clémente n’est pas au rendez-vous. Il fait froid et des masses de pluie colorent les images radars, si je me fie aux prévisions de la météo. Je vais quand même devoir m’y mettre tellement je suis en retard. L’idéal serait qu’on ne passe pas notre temps comme on le fait, Denauzier et moi, entre deux propriétés. Je disposerais alors de tous les jours à la suite pour en venir à bout.
J’hésite entre désherber les deux plates-bandes qui bordent la route, ou désherber celle, imposante dans son format, très encombrée de vilains pissenlits, qui borde le caragana géant. Autrement dit, qu’il fasse beau ou pas beau, que mes activités, par conséquent, se tiennent à l’extérieur ou à l’intérieur, je vais être confrontée cette semaine à plus grand que moi avec soit le caragana, soit le mandala, pour ceux qui se rappellent qu’il est lui aussi de format géant.
Désherber les plates-bandes qui longent le chemin serait un choix orgueilleux, basé sur l’appréciation d’autrui, en ce sens que les quelques marcheurs des environs poseraient le regard sur des plates-bandes moins mal en point qu’elles ne le sont actuellement. Ces marcheurs pourraient constater que les plates-bandes, tout d’un coup et pour faire changement, caressent le regard.
– Il était temps, se diront-ils probablement, dans leur tête.
Désherber la plate-bande très mal en point du haut, près de la maison, serait me délester d’un poids. J’aime me délester d’un poids parce qu’après la charge qui reste, même si elle est lourde, me semble légère. Si je désherbe la plate-bande mal en point, je vais m’attaquer ensuite avec entrain au nettoyage des deux plus petites, le long du chemin. Mais commencer par la mal en point requiert du courage et nécessite peut-être une mise en train, laquelle m’entraînera alors vers les mêmes deux petites. On le voit, la prise de décision n’est pas facile –et me tue tout autant que le choix de couleur de mes crayons lors du coloriage de mes mandalas.
Souvent, ce qui arrive, c’est que je sors, la tête embrouillée d’incertitudes anticipées, couverte des orteils aux oreilles pour me protéger des bibittes, et ce sont mes pas qui décident à ma place. Ils me conduisent à une plate-bande, la dernière à laquelle j’aurais pensé, et me découvrant déjà à genoux, désherbant, arrachant des racines, je me dis :
– Tiens, c’est une bonne idée de commencer par cette zone-ci du terrain.
Heureusement, donc, qu’il y a mes pas pour me sauver.
Je ne peux pas me lancer dans cette corvée saisonnière ce matin car nous devons nous rendre à Joliette afin de rayer tous les éléments de notre liste de choses à y faire et à y acheter. À notre retour, il sera probablement l’heure de parler à chouchou, nous faisons cela autour de 13:30, et ensuite, avec un peu de courage, et s’il ne pleut pas, et une fois que nous nous serons sustentés, je pourrai me lancer dans l’aventure physique du travail de la terre.

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Jour 187

mandala

Les mille et une billes.

J’ai délaissé mes torsades au tricotin en fin de semaine, et en revanche j’ai colorié le mandala ci-contre que j’avais fait imprimer, dans sa version noir et blanc non agrémentée de couleurs, avant de nous rendre passer quatre jours au lac Miroir. Je m’arrange toujours pour avoir du matériel sous la main afin d’avancer mes projets artistiques. Je quitte donc la maison chargée comme un mulet, avec mon sac de laine pour le tricotin, trois ou quatre livres des fois qu’aucun projet artistique ne me tenterait, des mandalas et des crayons, mon ordinateur. Je dois dire que je délaisse mon ordinateur depuis un certain temps, l’écriture de mes textes me tentant moins qu’avant. Ce n’est pas tant que l’écriture me tente moins, mais que l’effort requis me fait de plus en plus peur.
– Je vais encore chercher mes mots, me dis-je dans ma tête, et me martyriser les méninges par rapport à l’accord des participes passés.
Pourtant, j’ai neuf ans de pratique derrière moi. Comme quoi, quand on est confronté à une difficulté, il arrive qu’on ne s’y habitue jamais. Cette difficulté, en ce qui me concerne, est celle de la performance, de la constance dans la performance.
Cela étant, ainsi entourée du matériel nécessaire à l’avancement de mes créations, il arrive souvent que ce soit mon téléphone qui me garde assise dans le lazy-boy en matinée, non pas que je parle à chouchou, puisque nos conversations Facetime ont lieu en début d’après-midi heure du Québec, mais parce que je consulte mes photos, ou que je lis des articles en lien avec l’actualité.
J’ai déjà réservé un cadre de grand format au magasin d’art de Joliette –qui est bien entendu mon magasin préféré–, afin de pouvoir suspendre au mur, dans notre entrée au toit cathédrale, mon mandala géant dont le format est de 22" X 22". Ce mandala a été colorié pendant notre confinement dans le bois en avril. Que le mandala géant occupe le centre du cadre que j’ai réservé me semblait trop simplissime comme approche. Il fallait que je complique un peu la démarche. J’en suis venue à la conclusion que le mandala géant allait, oui, occuper le centre de l’espace délimité par le cadre, un espace de 30" X 30", mais sur un fond d’autres mandalas préalablement découpés et assemblés dans l’esprit d’une mosaïque. Autrement dit, le mandala en photo-vedette aujourd’hui va se faire découper en une dizaine de morceaux. Je vais devoir colorier encore une quinzaine de mandalas, et les découper de la même manière, afin de couvrir l’espace délimité par le cadre, l’espace non couvert, bien entendu, par le mandala géant. Une photo valant mille mots, je mettrai en ligne, éventuellement, le résultat obtenu. Jusqu’à maintenant, l’idée me plaît et tient la route.
J’ai commencé tout à l’heure le coloriage d’un autre mandala qui arrache moins les yeux, dont les parties à couvrir sont moins petites. J’y vais, cette fois, sans me poser de question, sans choisir la couleur du crayon, advienne que pourra. Pour Les mille et une billes, je me suis demandé, surtout vers la fin, quelle couleur je voulais utiliser, est-ce que cette couleur allait bien s’associer à cette autre déjà appliquée, et il serait peut-être mieux que j’aille vers cette autre, nettement moins foncée… mais cette moins foncée a déjà été utilisée… Or, ces questions me tuent.

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Jour 188

érablièreFin

Mon projet est-il abouti ? Intéressant ? Réussi ? Je ne le sais pas. Une chose cependant peut être affirmée: il est difficile de prendre une photo en plan droit de cette rencontre des deux murs.

Je suis allée jardiner un petit deux heures en plein soleil, ce matin tôt, couverte de partout pour me protéger des bibittes. Quand je suis entrée dans la maison, pour m’offrir un répit, ma chemise à manches longues était mouillée comme si je sortais d’une baignoire. Après avoir bu une rasade de thé Kombucha bien froid, je suis retournée travailler, portant une autre chemise à manches longues. J’aime ça. Je soumets mon corps à de petites épreuves, en procédant lentement, surtout que je devais forcer en transportant des roches. J’espère que je pourrai réussir un défi semblable encore longtemps.
À propos de défi, justement, artistique cette fois. Difficile de sentir, à partir de cette photo ci-contre, l’effet que produit mon installation murale. Je dirais que j’ai tracé trop de branches et que le résultat manque d’espace pour se déployer, pour respirer. Peut-être que j’ai installé mes rondelles de tricotin –qui représentent des feuilles– trop haut sur les branches, trop près de l’arête du mur. Peut-être aussi que je pourrais ajouter quelques rondelles ici et là, de manière éparse, pour habiller la partie basse des branches. Peut-être enfin qu’un matin je vais me lever, observer l’ensemble et découvrir que ça me plaît, malgré les défauts, les mauvais calculs, le manque d’équilibre…
Confession de mes péchés. Ça ne vaut pas la peine de payer cher ces produits solaires si c’est pour les oublier dans la pochette de la chaise pliante sur laquelle je me suis assise le week-end dernier, nous étions sur le ponton.
– Je ne dois pas oublier de sortir mon flacon de la pochette, me suis-je dit en ramenant ladite chaise dans le garage, à côté du chalet.
Mais je l’y ai oublié. Il s’agit du Vichy de FPS 50. Heureusement, il fait frais dans le garage, le produit n’aura pas été soumis à la température excessive que nous vivons en ce moment. En remplacement, j’applique mon fond de teint Clarins, le restant du tube.
Feux de forêt. Sur le chemin du retour nous ramenant à St-Jean-de-Matha, nous avons convenu Denauzier et moi de prendre quelques minutes pour aller constater l’étendue des dégâts. Arrivés à l’endroit où nous avons vu le sous-bois s’embraser, nous avons emprunté une route de terre qui nous a menés là où j’avais pris mes premières photos des flammes. À vrai dire, il n’y avait pas grand-chose à voir. Le sol était couvert de brindilles de couleur rouille, donc qui n’avaient pas brûlé, et de brindilles noires calcinées. Les branches des arbres n’étaient pas atteintes.
– C’est bizarre, ai-je dit à mon mari, en remontant dans le véhicule, le pantalon couvert de suie, qu’il n’y ait presque rien eu de brûlé alors que la fumée était impressionnante…
– Allons voir par là, a répondu mon mari en empruntant un autre chemin, dont on ne pouvait pas dire que c’était tant que ça un chemin. Nous avons alors découvert une assez grande zone carbonisée de laquelle s’échappait une très forte odeur de fumée. Je suis ressortie photographier l’endroit, à savoir une enfilade de troncs noirs sans branches ni aiguilles, et remontée dans le véhicule, le pantalon encore plus sale et imprégné de l’odeur de la fumée. Il est suspendu sur la corde en ce moment, ballotté par le vent. J’attends qu’il fasse moins chaud, ce soir, pour aller le récupérer.

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Jour 189

brulant

Brûlant, en route vers le chalet.

Après avoir confessé mes péchés de consommation en ces temps de restriction, c’était dans mon texte précédent, à propos des crèmes solaires, des savons et des lotions, je ne sais vers quoi me tourner aujourd’hui pour noircir mon écran. Ça fait un petit bout que je me confine dans le silence, et quand j’entreprends d’en sortir c’est toujours difficile. Que s’est-il passé depuis ma confession ? Rien de particulier. Nous sommes allés au chalet et en sommes revenus et repartirons ce jeudi. En somme, nous avons fait la route du retour, hier, pour remplir quelques petites obligations. D’abord, mon mari pensait avoir un rendez-vous pour faire réparer quelque chose sur le camion, mais ce n’est qu’en juin, finalement, qu’il a ce rendez-vous. De mon côté, je voulais venir arroser les plantes, et en planter de nouvelles, des annuelles, agissant ainsi de manière à empirer mon inquiétude de sécheresse quand je serai retournée au chalet. Mais je n’en suis pas à une contradiction près. Nous avons donc, avec mon mari, acheté des géraniums à St-Michel-des-Saints, sur le chemin du retour, car je savais qu’il ne restait plus un seul géranium à la pépinière de St-Jean-de-Matha.
– Est-ce que c’est bien important d’avoir des géraniums sur le terrain ?, a demandé mon mari constatant que les fleurs n’étaient pas données, 4,19$ chacune.
– Ça porte chance, des géraniums rouges, ai-je inventé, et mon mari n’a pas insisté.
Nous avons aussi acheté des bégonias à la pépinière de notre village, cette fois, et des sacs de terre. Et des surfinias. C’est mon mari qui m’a incitée à en acheter, car je me désole, à chaque fois que j’en achète, de les découvrir déjà secs quelques jours à peine après les avoir mis en terre. Bien entendu, le fait de partir régulièrement au chalet ne facilitera pas la résolution de ce problème. Nous avons aussi acheté « des restes », en ce sens que les gens se sont tellement rués dans les pépinières cette année qu’il n’y a plus grand choix sur les longues tables des serres. Ce que j’appelle des restes, ce sont des gazanias qui seront semble-t-il de couleur rose une fois éclos. Ce manque de choix chez le pépiniériste a l’avantage de m’instruire un peu. Le gazania est vivace en milieu méditerranéen, provient de l’Afrique du Sud, et existe en plusieurs couleurs. Reste à voir s’il ne se fera pas manger par les araignées rouges ou les scarabées du rosier.

brulé

Brûlé, sur le chemin du retour, trois jours plus tard.

J’ai la mémoire courte, quand j’affirme qu’il ne s’est rien passé de particulier depuis la publication de mon dernier texte. Nous avons vu naître un feu de forêt sur le chemin qui mène au chalet. Ce n’est pas rien.
– Il faut s’en approcher !, me suis-je exclamée, tout excitée, au moment où nous avons aperçu le gros nuage de fumée noirâtre qui s’élevait au cœur des arbres, mais assez proche de la bordure du chemin.
Mon mari m’a laissé descendre à quelques mètres des flammes pour prendre des photos. J’avais l’impression d’être bien loin du feu de l’action, c’est le cas de le dire, mais aux yeux de mon mari « j’avais les deux pieds dedans » !

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Jour 190

tubes et flacons

Trouvez l’intrus.

J’ai pris congé, le lendemain d’avoir travaillé intensivement sur les hostas. Je suis allée magasiner. J’avais besoin de crèmes, solaire  et de soin du visage vieillissant couvert de taches brunes. Je ne voulais pas aller à la pharmacie de mon village, qui n’offre pas une gamme très étendue de produits. Je suis donc allée au Pharmaprix de Joliette. À ma décharge, je mentionnerai que j’avais d’autres courses à faire en ville.
Surprise ! À mon arrivée à la pharmacie, aucune file dehors de clients qui attendaient leur tour. Les portes sont ouvertes en permanence, pendant les heures d’ouverture du commerce. Une jeune femme nous accueille, munie d’un masque et d’une visière, elle vérifie qu’on se désinfecte les mains et nous informe que « si on touche, on achète ». On doit avoir un panier, c’est la manière la plus commode, pour le commerçant, de s’assurer qu’il n’y a pas de clients au-delà du nombre autorisé. Autant de clients que le nombre permis de paniers, autrement dit.
– Ne vous inquiétez pas, m’a-t-elle dit, les paniers sont désinfectés à chaque changement de client.
– Je cherche un fond de teint avec protection solaire de facteur 30, ai-je demandé sans transition.
– Nous n’avons qu’un facteur 15, a-t-elle répondu.
– Vous n’avez pas même 20 ?, me suis-je étonnée, c’est ce que j’ai en ce moment, or mon tube sera bientôt terminé.
– Je sais que Clarins vend du facteur 20, a-t-elle répondu, mais nous ne tenons pas cette marque.
– C’est Clarins, effectivement, que j’utilise en ce moment. Vous êtes certaine que vous n’avez rien de facteur 20, j’imagine que Lancôme…
– Peut-être, en effet, a-t-elle répondu en se dirigeant vers le rayon des produits Lancôme.
– Est-ce que je peux vous suivre ?, ai-je voulu vérifier.
– Bien sûr, mais n’oubliez pas votre panier.
– Oui, nous avons du 20, a-t-elle constaté, il ne me reste que peu de teintes, mais étant donné la couleur de votre peau, vous avez besoin soit d’un clair froid ou d’un clair neutre, et j’ai les deux.
– Qu’est-ce qui est le mieux ?, ai-je demandé. Le froid ?
– Non, je dirais le neutre pour votre couleur de peau. Malheureusement, il est impossible d’essayer, de tester, de manipuler, je ne peux que vous vendre le flacon, si vous le désirez.
– Vendu, ai-je répondu, fière de ne pas tergiverser pendant une demi-heure, non pas avec elle, mais avec moi-même.
– Avez-vous besoin d’autre chose ?, m’a-t-elle demandé.
– Oui, de la crème solaire pour le corps, de bonne qualité.
– J’ai Vichy et La Roche Posay.
– Je les ai essayées les deux, l’été dernier, et j’ai été déçue. On les dit très légères mais je les trouve grasses et collantes…
– Pourtant, Vichy est bien appréciée…
– D’accord, je la prends, même si je sais que je vais être déçue.
– Que prenez-vous habituellement ?, s’est enquis la jeune femme.
– Clarins, que vous ne vendez pas.
– Autre chose ?, a-t-elle poursuivi.
– Des pains de savon. Je sais que vous en avez chez La Roche Posay et Avène.
– Il ne m’en reste plus, ni chez l’un ni chez l’autre, a-t-elle répliqué, un peu piteuse.
– Alors ce sera tout.
Dire qu’autrefois je ne connaissais rien aux produits de beauté !
Un mot à propos de ma crème Clarins en tube rouge foncé sur la photo. Elle m’a été suggérée par Oscarine, qui m’avait donné la fin de son tube pour que je l’essaie. L’ayant aimée, j’en avais commandé sur Internet. J’aurais pu, et peut-être dû, faire pareil, mais l’envie d’aller fouiner dans un magasin était trop forte pour que j’opte pour une commande en ligne.
À mon retour de Joliette, je devais m’arrêter à la pharmacie de mon village pour ma collecte mensuelle de Coumadin.
– Avez-vous les pains de savon de La Roche Posay, ou encore d’Avène ?, ai-je demandé à la vendeuse qui m’accueillait pour que je me désinfecte les mains, et qui était postée juste devant le rayon des produits de beauté.
– Nous avons les deux, a-t-elle répondu sans se retourner pour vérifier. Vous en voulez ?
– Je vais prendre les deux, ai-je répondu.
D’où il ressort que le besoin de magasiner était plus fort que tout. Et que je suis équipée jusqu’en 2022…

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Jour 191

rocaille

Ce sera plus réjouissant, bien entendu, quand les hostas seront sortis de terre.

Je suis à nouveau très fière de moi. J’ai travaillé la zone des hostas seulement, sur notre immense terrain, en prenant mon temps, en ne m’accusant pas d’être archi lente. Cela m’a pris un bon cinq heures. Une heure en matinée, le reste en après-midi. Avant de sortir de la maison, aux alentours de dix heures, mon deuxième café étant à peine terminé, je me suis accordé un dix minutes d’exercices sur mon tatami pour m’étirer. Dix minutes d’attention portée à mon corps. Cela a fait toute la différence. En soirée, je me suis sentie relativement non courbaturée, pourtant j’ai déplacé des roches assez grosses et tiré très fort sur des racines coriaces.
Quand j’ai eu fini le nettoyage des hostas, j’avais encore un peu d’énergie pour tapisser de grosses racines un trou que Denauzier avait creusé, afin de démarrer des plants d’hydrangées. Les racines nous ont été données, en quantité industrielle, par un ami qui considérait que sa propriété était envahie par les hydrangées.
Pendant que je travaillais là-dessus, en me dépêchant un peu parce que les petites mouches noires sont arrivées et qu’elles sont friandes de chair humaine en fin d’après-midi, mon amie du haut de la côte est venue me saluer, comme ça, pour le plaisir. Nous avons parlé, à distance, et j’en ai profité pour m’asseoir dans l’herbe et enlever la grosse quantité de terre qu’il y avait dans mes chaussures.
Il s’agit de mes chaussures de mauvaise qualité que je compte jeter à la fin de la saison, alors que mes activités sur le terrain en auront eu raison. Je n’en achèterai pas d’autres pour autant, car quelques paires de chaussures déjà vieilles, de qualité moyenne elles aussi, attendent de devenir mes chaussures de jardinage. Elles vont devoir attendre encore une saison, puis deux, puis trois, car j’en ai trois paires en réserve. Autrement dit, j’ai trop de chaussures, comme j’ai trop de tout le reste, et j’apprécie du confinement qu’il m’ait tenue loin des magasins. J’apprécie surtout que lorsque je me retrouverai à nouveau dans un magasin, ce sera pour des besoins réels.

inventionFeuilles

Ajout de pseudos feuilles qui sont en réalité des tricotins enroulés sur eux-mêmes. 

En soirée, je me suis consacrée à mes feuilles, non pas celles, rouillées, séchées, qui jonchent le terrain, et que j’ai râtelées, une infime partie seulement, mais celles qui habillent les branches de mon invention murale. Les questions, alors, ont commencé leur farandole. Je me demande en effet si je devrais espacer les rondelles de laine, ou si je devrais les coller les unes sur les autres. À droite sur la photo, elles sont espacées. Au centre, elles sont plus collées. Qu’est-ce qui est préférable ? Je pensais que les coller était préférable, pour représenter une canopée. Mais je commence à penser que les espacer donne un résultat moins étouffant. En outre, si je colle les rondelles, on ne voit plus tellement les branches, moi qui me suis donné du mal pour en faire plusieurs, peut-être trop d’ailleurs, les retouchant cinq fois pour créer des nuances sur un semblant d’écorce, avec du brun bien sûr au départ, du brun plus pâle ensuite, du gris, du gris plus pâle, et même du noir. Bien sûr, ce n’est pas parce que je me suis donné du mal avec les branches qu’elles doivent rester telles quelles. L’effort ne compte pas, dans la réalisation d’une œuvre, seul compte l’effet. Mon problème, c’est que je ne sais pas, voire jamais, si j’apprécie moi-même l’effet que j’obtiens. Et ce n’est pas parce que j’apprécie l’effet obtenu que l’œuvre est aboutie…, réussie, aux yeux d’un connaisseur…

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