Jour 171

Mandalas4

Patience et longueur de temps…

Pour me donner de l’inspiration car ce texte d’aujourd’hui refuse de se laisser apprivoiser, je suis allée lire ce que j’ai écrit au Jour 1 171, curieuse de découvrir ce que je fricotais il y a 1 000 textes.
– Je n’aurai qu’à résumer en quelques mots la teneur de ce texte, me suis-je dit, et à partir de là mes doigts, sur le clavier, vont m’amener quelque part ailleurs.
Je me remettais d’un rhume, c’était en mars 2016,  pendant lequel j’avais fait de la peinture à numéros, une autre activité qui force les yeux et qui donne mal au cou, décidément !
Rien de ce texte ne s’avérant assez attrayant pour donner à mes doigts une erre d’aller vers autre chose, j’ai voulu me tourner vers encore plus ancien, au Jour 2 171. Mon premier réflexe, cependant, a été de penser qu’un tel texte n’existait pas, le chiffre m’apparaissant trop élevé. Or, j’ai bel et bien démarré mon projet au Jour 2 200, donc il existe, alors je suis allée le visiter, plongeant ainsi dans les prémices de mon entreprise titanesque. Le texte ne comporte que 260 mots. Il a été écrit en février 2012. Il fait référence à un ami cher que j’ai connu au Conservatoire, aujourd’hui décédé. Il fait référence aussi à mon compagnon François, idem décédé. Ce deuxième texte ne m’a pas davantage aidée à trouver un élan d’écriture.
Comme je me disais qu’il était préférable que j’attende une étincelle quelconque et qu’il ne me restait qu’à décider si je voulais, à la place, aller marcher, colorier ou lire, j’ai senti un effleurement sur mon épaule. Ce ne pouvait être celui d’un maringouin, que j’aurais entendu voler, or l’effleurement n’émettait aucun son, et ce ne pouvait être non plus une mouche noire qui n’effleure pas avant de piquer. Me rappelant qu’une méchante araignée m’a mordu l’abdomen l’été dernier, me causant des démangeaisons au point de consulter mon médecin, je me suis levée délicatement de l’endroit qui me voit assise pour écrire mon texte, afin de me diriger vers la salle de bain où il y a un miroir. J’étais un peu nerveuse. Je me suis tournée de manière à ce que le miroir reflète une partie de mon épaule, et j’ai découvert qu’un papillon, bleu presque noir tacheté de blanc, agrémentait cette zone de ma peau. Je me suis dirigée dehors sur la galerie et un mouvement sec de mon corps l’a fait s’envoler.
Je suis revenue m’asseoir et fixer mon écran, pour aussitôt me relever ayant pris la décision préalable d’attendre que l’inspiration ne se manifeste. Je suis allée me verser du café, mon activité préférée le matin. Je me suis demandé, en ouvrant la porte du garde-manger, qu’est-ce que j’allais nous servir, à mon mari et moi, pour le dîner. Je suis retournée dans la salle de bain vérifier si ma frange était bien placée. Pendant ces menus déplacements, il me semblait que l’effleurement subsistait, au même endroit, sur mon épaule. Curieusement, alors que j’étais devant le miroir pour l’inspection de ma frange, je n’ai pas pensé me tourner à nouveau pour vérifier ce qu’il en était. Comme je quittais la salle de bain pour me diriger je ne sais où, j’ai incliné la tête sans vraiment le vouloir en direction de mon épaule, et j’ai cru voir une tache noire. Encore un papillon ?
Rebelotte devant le miroir pour constater qu’une libellule, cette fois, peut-être encore bébé car j’en ai déjà vu de plus grosses, s’était posée elle aussi au même endroit. J’ai pensé que le papillon avait peut-être déposé là des sucs ou autre substance qui auraient attiré ce nouvel insecte ? Je ne sais pas comment cette libellule a pu se poser sur mon épaule sans que je m’en aperçoive, dans les deux ou trois secondes qui m’ont vue dehors me secouer pour faire s’envoler le papillon et rentrer aussitôt. Toujours est-il, difficile à croire mais pas tant que ça puisque nous habitons dans le bois, qu’au moment précis où je faisais glisser la porte moustiquaire pour y faire s’envoler la libellule, le craquement d’une branche a attiré mon attention. Mon regard s’est dirigé vers le sous-bois d’où émanait le bruit. Un chevreuil, immobile, s’y tenait. Nos regards se sont croisés pendant une durée significative –une dizaine de secondes ?– avant que la bête ne poursuive sa route.

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Jour 172

mandala29juin

Une tarte aux coeurs sertie d’une marguerite en son milieu et entourée de pointes d’inspiration vitrail.

Ma fille m’a demandé lors de notre FaceTime, tout à l’heure, comment ça allait de notre côté, mon mari et moi. Elle venait de me raconter brièvement son week-end passé chez une amie dans la ville de Nantes –sous la pluie, malheureusement. Le week-end prochain, elle reprendra le train pour se rendre à Paris y rencontrer ses copains de classe, ils séjourneront dans la maison familiale de l’un d’entre eux à Marne-la-Vallée. Elle attend aussi la visite de deux de ses amies chez elle à Strasbourg, et elle venait tout juste de recevoir l’invitation d’une autre amie pour aller la visiter dans la ville de Brest.
– C’est génial !, me suis-je exclamée. Comme tu es chanceuse de te faire inviter ici et là.
Je compare dans ma tête, bien entendu, son séjour européen au mien, qui fut plus frugal socialement, et je l’encourage d’autant à se rendre à tous ces endroits pour peu de frais. Avant Nantes, elle était à Lyon, au nombre de ces endroits qui s’offrent à elle. C’est une manière bien avaricieuse de traduire ma pensée, cette référence aux frais. Ma pensée est plutôt la suivante : je me réjouis qu’elle ait développé la capacité de créer des liens qui enrichissent sa vie.
Donc, après m’avoir donné quelques nouvelles de ses déplacements les plus récents, elle a voulu savoir comment ça se passait pour nous, Denauzier et moi. Mais à cause du délai entre la transmission de sa voix jusqu’à moi et de la mienne jusqu’à elle, elle a eu le temps d’entendre ma question à propos de son stage avant que je reçoive sa question à propos de mon quotidien.
– Ça va, a-t-elle répondu.
Ce qui veut dire que ça va moyennement.
– Tu as encore des problèmes avec tes bases de données ?
J’appelle ça comme ça, des bases de données, l’ensemble des tests qu’elle doit faire pour obtenir des résultats qu’elle n’obtient pas pour un ensemble de raisons techniques que je serais bien peu capable de résumer ici.
– J’aurais bien aimé obtenir des résultats, c’est sûr, a-t-elle commencé.
– Mais tes directeurs t’ont quand même dit qu’il était possible que tu n’en obtiennes pas, ai-je voulu re-re-revérifier –puisqu’on parle souvent de la même chose.
Ma fille fait son stage dans le domaine de l’élastrographie par résonance magnétique à l’hôpital universitaire de Strasbourg. Bien entendu, elle n’est pas allée à l’hôpital bien souvent, elle a fait son projet de recherche de la maison, dans des conditions non optimales. Je peux comprendre ce qu’elle me décrit lorsqu’il est question de ses études, mais je ne suis pas vraiment capable de résumer à un tiers ce qu’elle m’a décrit ! Nous avons poursuivi sur le sujet de ses tests, de sa rencontre demain avec ses deux directeurs de recherche, un gentil et un qui lui fait peur, et sur le fait qu’il ne lui reste pas grand temps pour en venir à bout, son stage se terminant dans un mois, fin juillet.
Au premier silence qui s’est présenté ensuite dans notre conversation, elle m’a demandé, donc, comment ça se passait de notre côté. J’ai répondu que ça allait très bien et qu’il ne se passait rien !
– Comment ça, rien ?, a-t-elle voulu savoir.
– Je colorie mes mandalas, Denauzier travaille sur son tracteur, nous côtoyons nos voisins quand ça adonne, j’écris mon blogue, je lis la biographie de Winston, je prépare les repas, je nettoie un peu…
C’est en plein ça qui se passe, rien de spécial, rien à déclarer, encore moins à annoncer, et je ne peux pas demander mieux.
– Ah oui, j’oubliais ! Denauzier a attrapé un beau doré, ce matin, nous allons le manger ce soir !, ai-je articulé de mon plus vite car nous étions sur le point de mettre fin à notre conversation.

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Jour 173

mandalaSansEffort

Mandala nouveau genre qui ne procure pas de douleur au cou !

Subitement, je me suis mise à penser que j’avais bâclé le montage papier de mes mandalas. Je me suis mise à penser ça alors que je tentais d’expliquer à ma voisine ce en quoi consiste mon projet.
– Pendant le confinement, ai-je commencé, en avril dernier, nous avons passé notre temps ici, au chalet. Tous les soirs, je coloriais des masses d’un mandala géant qui a la forme d’une couronne de Noël.
Jusque-là, ma voisine suivait, mais comme elle ne manifestait aucune approbation, aucune onomatopée de type Hum hum, j’ai pris la peine d’ajouter :
– Une couronne avec un trou au centre, un peu comme un gâteau cuit dans un moule cheminée.
– Je vois très bien, a répondu la voisine.
J’ai donc poursuivi.
– Plutôt que de mettre la couronne sous cadre toute seule avec elle-même, j’ai eu l’idée de colorier un mandala circulaire (ils ne le sont pas tous) qui comblerait l’espace du trou, dans la couronne.
– Ça fait encore plus de travail, a répondu la voisine. Il faut avoir de la patience.
– C’est surtout que j’avais beaucoup de temps, ai-je répliqué.
– Mais c’est vrai qu’elle a de la patience, a glissé mon mari, qui écoutait d’une oreille pas si distraite, tout en conversant avec le voisin, mari de la voisine.
Nous avons pris l’apéro ensemble tous les quatre, hier soir samedi.
– J’ai trouvé sans difficulté un mandala qui couvrait la superficie du cercle, au centre de la couronne, de manière à ne pas laisser paraître la couleur –noire– du carton sur lequel j’avais collé ma couronne.
– Mais si la couronne était déjà collée, ç’a dû être difficile de coller le mandala au centre ?, s’est étonnée ma voisine qui écoutait et comprenait pas mal plus que je le pensais.
– Parce qu’il me semble que la meilleure manière de procéder, a-t-elle enchaîné, c’est de d’abord coller le centre et d’ensuite coller la couronne, en ménageant un millimètre ou deux de chevauchement du papier pour qu’on ne voit pas le carton en-dessous ?
Je n’en suis pas revenue de sa capacité à visualiser, du premier coup, de quelle manière je m’y étais prise.
– Wow ! Comment fais-tu pour comprendre si bien ?, lui ai-je demandé. D’ordinaire, quand je me lance dans mes explications de projets d’arts plastiques, personne ne comprend !
– Tu expliques mieux que tu penses !, a-t-elle répliqué, voulant me faire un petit velours.
– Pour répondre à ta question, ai-je repris en ne perdant pas le fil de mon affaire, j’avais collé très sommairement la couronne, par la bordure du haut seulement, de telle sorte que je pouvais la soulever et y glisser le mandala central sans problème.
– Je vois, a répondu ma voisine.
Je n’ai rien ajouté car je l’ai crue.
– Une fois cela fait, j’ai trouvé que ce serait dommage de ne pas créer un arrière-plan constitué d’encore d’autres mandalas. Et un coup partie, plutôt que de coller les uns contre les autres les mandalas supplémentaires, je me suis dit que j’allais les découper et les assembler comme autant de morceaux de céramique.
– Pas des morceaux minuscules d’à peine un centimètre ?, a voulu vérifier ma voisine.
– Non, non, de deux ou trois pouces…, ai-je répondu.
Et c’est à ce moment précis de mes explications, en m’entendant dire « de deux ou trois pouces », que j’ai eu l’impression d’avoir mal couvert l’arrière-plan de mon projet qui est aux trois-quarts terminé. Il m’a semblé que j’ai été habitée par l’idée d’en finir au plus vite, au bout d’un moment, parce que j’ai mal au cou. Il va donc falloir que je réajuste le tir, une fois de retour à la maison, car actuellement je suis dans le bois. Si l’arrière-plan n’est pas suffisamment soigné, il va falloir que je colorie encore plus de mandalas pour ensuite les découper et les coller sur ceux de l’arrière-plan déjà collés mais mal collés, mal assemblés, mal agencés, mal coupés…

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Jour 174

cercles

Ça fait beaucoup de petits cercles.

Parfois, il me prend l’envie de me chronométrer, et je le fais.
– Coudon, c’est donc bien long couvrir un petit cercle de rien du tout !
Alors je me chronomètre, en utilisant pour ce faire mon téléphone cellulaire, pour découvrir que ça prend entre 10 et 15 secondes colorier un cercle de moyenne grosseur, or comme il y a beaucoup de cercles dans ce pseudo flocon de neige, ça cumule vite beaucoup de minutes.
Je travaille avec minutie, alors que le projet sera suspendu en hauteur, dans un cadre de grand format, sur le mur du toit cathédrale, et qu’il n’est pas indispensable que les masses soient uniformément couvertes. Mais je suis faite comme ça, je suis minutieuse par moment. De toute façon, si c’est pour bâcler le travail, à quoi ça sert de m’y consacrer ?
J’ai retrouvé le titre de la chanson de Maxime Le Forestier, c’est Inutile, et les paroles auxquelles je faisais référence dans un texte précédent sont les suivantes : « Nous sommes entrés Dans une pauvre ère Et la fin d’ siècle n’a rien dit ». La chanson paraît sur le disque Passer ma Route, qui a été publié en 1994.
Cette année-là j’avais 35 ans, je travaillais à l’université depuis peu, trois ans. Je n’étais pas encore victime de l’ennui que procure l’accumulation des années de travail au même endroit quand une routine s’installe et qu’il n’y a pas suffisamment de nouveautés pour un tempérament inventif comme le mien. Autrement dit, j’étais à la veille de m’ennuyer et bien entendu je ne le savais pas encore ! J’étais à la presque veille, tout étant relatif dans la courbe du temps, de devenir maman, Emmanuelle étant née en 1996. J’étais publiée aux Herbes rouges et en voie de me percevoir comme une écrivaine qui allait devenir connue, sans avoir pour autant à fournir le moindre effort…
Je fais souvent, dans ma tête, de telles récapitulations de mon parcours d’humaine sur la planète terre, pour trouver malheureux, la plupart du temps, de n’avoir pas su profiter mieux des occasions qui se sont présentées. Il aurait fallu, peut-être, que je bénéficie d’un meilleur départ au cours de mon enfance, que j’aie des parents solides qui auraient pu me faire découvrir l’importance de faire de bons choix. Il n’y a rien de plus facile, cela étant, que d’avancer de telles suppositions, avec le recul dont on dispose quand on avance en âge. Je n’aurais peut-être pas été mieux outillée avoir eu des parents qui m’auraient encadrée différemment. Ce que je peux avancer, dans cet exercice rétrospectif très grossièrement brossé aujourd’hui, c’est que je n’ai pas été habitée par le désir de me réaliser, d’aller plus loin dans mes concrétisations, de me donner à fond. Je me suis contentée de me laisser porter, j’ai emprunté maintes fois telle et telle avenues en sachant, dès le premier pas, qu’elles n’étaient pas les bonnes, et en me disant que Bof, le moment venu, j’en sortirais, peu importe comment, et peu importent les conséquences. La lucidité, en somme, était le dernier des instruments dont je me servais. La volonté, aussi, était particulièrement absente. Mais pour être volontaire, il faut avoir confiance en soi, croire en ses capacités, être désireux d’au moins tenter de solliciter ses capacités…

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Jour 175

MandalaGrossesLignes

Mon plus récent spécimen.

Il y a d’autres techniques encore de coloriage des mandalas, d’autres manières de jouer sur les contraires. Après avoir utilisé une couleur pâle, j’en choisis une foncée. Ou après une couleur nacrée, j’en choisis une mate. Après avoir colorié une zone d’assez grande surface, j’en colorie une de petite surface.
Je peux aussi commencer le mandala dans sa portion en haut de la feuille, et alterner avec des coloriages dans la portion du bas de la feuille. Au début, je me suis inquiétée, j’ai pensé que les couleurs du bas, sur lesquelles allait tôt ou tard s’appuyer mon bras quand je serais revenue à la portion du haut, allaient se répandre les unes sur les autres. Ce n’est pas le cas, une fois séchées elles restent en place, bien que, par précaution, je fasse attention d’appuyer mon bras le moins possible.
Parfois, je colorie au son de ma valve cardiaque. Tic tac. J’essaie de ne faire que ça, être attentive au son de ma valve, mais bien sûr au terme d’une série assez courte de tic tac, je suis rendue ailleurs, emportée par mes pensées. Pour réussir cet exercice, il faut qu’aucun grondement de moteur d’électroménager ne vienne polluer l’espace sonore, en ce sens que dans mon bureau j’entends démarrer et s’arrêter le moteur du gros frigo de la cuisine située juste à côté.
Quand c’est très très tranquille, j’essaie de percevoir le son de la bille du crayon sur le papier. J’y arrive parfois, mais c’est comme apercevoir un hibou sur une branche, ou un chevreuil sur la route de la Manawan, c’est rare en titi !
Le plus souvent, c’est un air entendu il n’y a pas tellement longtemps qui vient occuper l’espace sonore de mon cerveau entre mes deux oreilles. Pendant ce mandala ci-représenté, j’entendais les paroles d’une chanson de Maxime Le Forestier qui apparaît sur le disque Chienne de route. Je l’écoute dans l’auto, depuis que je l’ai acheté à Strasbourg en janvier dernier. Le titre m’échappe en ce moment, bien entendu, puisque justement j’aurais besoin qu’il ne m’échappe pas pour trouver l’intégralité des paroles de la chanson sur Internet. En gros, l’extrait qui revenait entre mes oreilles faisait référence à des problèmes sur la planète, des chicanes, des guerres, des je-suis-plus-fort-et-plus-fin-que-toi, et au fait que ça risquait d’être pire lorsque la fin du siècle serait atteinte. Seigneur ! Ça fait plus de vingt ans qu’on y est, dans le nouveau siècle, mes amours sont anciennes ! Ça fait plus de vingt ans qu’on y est et sans avancer que les paroles étaient prémonitoires, on peut considérer que ça ne va pas très bien sur la terre, particulièrement ces derniers mois.
Une autre manière d’appliquer mes couleurs est celle de la palette. Je choisis la palette des jaunes, admettons, et j’en applique ici et là sur l’ensemble du mandala. Ma palette de jaunes est assez restreinte, peut-être quatre ou cinq crayons dans mon assortiment, et certains jaunes sont tellement pâles que je dois vérifier avec une loupe si la petite masse coloriée est pleinement coloriée. La palette des bruns cependant est fort riche, elle cumule une dizaine de crayons. Ça adonne bien, c’est ma couleur préférée. La même chose pour les bleus, il y en a beaucoup. Et, très curieusement, il n’y a qu’un seul rouge, alors je l’utilise avec parcimonie.

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Jour 176

Nous voilà au chalet. Nous avons fait le trajet selon une nouvelle formule qui nous a vu manger chacun un sandwich au jambon, un peu de fromage et des raisins pendant la première portion de la route, entre Ste-Émélie et St-Michel.
– Je pourrais faire des sandwiches !, me suis-je exclamée quand nous avons réalisé, Denauzier et moi, que nous serions prêts à quitter la maison aux alentours de midi.
– Bonne idée, a répondu mon mari.
C’est bizarre que j’aie pensé hier pour la première fois à nous préparer un lunch pour la route, ça fait quand même deux ans maintenant, sinon trois, que nous avons le chalet…
Je me suis forcée. J’ai utilisé des petits pains ciabatta; du fromage en tranche provenant de la France, très agréablement emballé comme c’est souvent le cas avec les produits français; de la laitue que je devrais aller faire cuire là, maintenant, pendant que j’écris ces lignes, dans la mesure où elle était sur le point de rouiller hier quand j’en ai mis une feuille dans les sandwiches; du jambon de la marque la moins cher, Sélection, d’où il ressort que je suis extrémiste, tout ou rien, le luxe de l’emballage français et le choix raisonnable de la marque maison pour le cochon; de la moutarde forte d’un côté sur le pain préalablement fendu et de la mayonnaise sur l’autre, encore là je suis excessive car nous avons quatre contenants différents de moutarde dans le frigo, dont deux énormes pots de moutarde de Dijon, en verre bien sûr et non en plastique.
La deuxième portion du repas a nécessité un arrêt au dépanneur de St-Michel où j’ai mes habitudes. J’y ai acheté un café de format géant que je partage avec mon mari. Pour agrémenter le moment du café, j’achète quand il en reste des carrés aux dattes ou des biscuits faits sur place. Il restait un paquet des biscuits que je préfère, conçus selon l’esprit d’un sandwich : vous prenez deux biscuits, ils sont semblables à des galettes blanches mais de forme ronde et aplatie, pas de renflement dans le milieu comme c’est le cas de la galette, et entre les deux biscuits vous déposez un peu de confiture de fraise, ou de framboise. Hier, c’était de la framboise. Le biscuit galette blanche du dessus reçoit un trou en son centre –probablement avec un emporte-pièce reproduisant la forme d’un beigne– avant d’être déposé sur le biscuit galette du dessous, et grâce à ce trou on voit la jolie couleur rouge décorer le projet qui se laisse fondre dans la bouche. L’emballage sous cellophane peut ramollir la pâte, il est vrai, et c’était le cas hier, mais quand même ce luxe qui coûte 4,99$ pour six exemplaires se laisse savourer, ramolli ou pas. Fidèles à nous-mêmes, nous avons mangé le paquet, donc trois biscuits doubles chacun, ça fait six biscuits simples par personne…
– On n’aura probablement pas faim pour souper, ai-je conclu quelque temps plus tard.
Mon mari n’a pas répondu cette fois, comprenant que nous nous orientions vers un souper zéro, ou presque zéro. À vingt heures, nous avons fini les raisins, les concombres –qui avaient été en contact avec des cryopacks dans la glacière et qui commençaient déjà à se liquéfier–, avons avalé quelques arachides et mastiqué quelques croustilles au blé entier.

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Jour 177

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Début des années 90, Catherine Deneuve mise sur une allure légèrement plus stricte.

En faisant un gâteau tout à l’heure selon une recette inventée, je me suis mise à penser à ma directrice de thèse, cela me ramène au début des années 90. Elle trouvait qu’avec les années, c’était de plus en plus lourd de préparer sa maison –elle habitait seule– en prévision de son absence d’un mois en France, où elle allait passer ses vacances chaque été. Je trouve aussi que c’est lourd tous ces détails auxquels je dois penser lorsque nous partons à la Manawan : laisser une lumière allumée dans la salle de séjour, vider les poubelles de la cuisine, remplir l’abreuvoir d’eau sucrée pour les colibris, apporter la litière de la chatte et tout le tralala –je ne commenterai pas la préparation des glacières. Nous partons en effet demain pour une dizaine de jours.
C’était le bon temps, le début des années 90, du moins par rapport à maintenant, en ce qui a trait aux voyages qui n’étaient pas encore trop récupérés par l’industrie du tourisme. Il me semble aussi qu’il faisait moins chaud, qu’on ne mourait pas de chaleur sous la canicule dans les villes grouillantes de monde, que les files pour visiter des sites étaient moins longues, qu’il était encore possible de manger de bons repas pour pas cher dans les restaurants. Mais je peux me tromper dans cet accès de nostalgie, c’était peut-être différent mais pas forcément plus agréable…
Ma directrice me disait qu’elle souffrait beaucoup de solitude, pendant ces voyages estivaux, mais elle les effectuait quand même. Elle en profitait pour magasiner de très beaux ensembles tailleurs qu’elle portait pendant l’année pour donner ses cours à l’université. Un été, en début de séjour parisien, elle s’était acheté un tel ensemble et l’avait fait mettre de côté, comme on dit ici, en ce sens qu’elle avait demandé à la commerçante de le ranger quelque part, dans l’arrière-boutique, le temps qu’elle revienne le chercher au terme de son voyage, dans quelque quatre semaines. Ainsi fut-il fait, mais ma directrice n’avait pas prévu que les bonnes tables françaises auraient une incidence sur sa nouvelle acquisition. Elle ne pouvait plus attacher la jupe à la taille, quatre semaines plus tard, et la boutique ayant écoulé les autres tailles n’avait pas de tailleur plus grand à lui offrir. Elle s’était dit qu’elle s’arrangerait pour perdre les kilos en trop une fois de retour à la maison, mais ce projet ne se concrétisa pas, de telle sorte que pour pouvoir porter son ensemble elle s’était résolue à le faire agrandir, et n’avait pas pris plaisir à le porter car une fois agrandi il ne lui seyait plus aussi bien, il n’avantageait pas sa silhouette. Ma directrice me racontait des choses aussi personnelles, aussi intimes, alors que je ne la connaissais guère.
Souffrant d’insomnie, elle pouvait passer des heures à lire en pleine nuit. Quand elle portait beaucoup de fond de teint lors de ses présences en classe, je pressentais que c’était en partie pour dissimuler ses cernes. Elle est décédée il n’y a pas tellement longtemps, même pas un an, encore jeune à 77 ans, d’un cancer.

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