Jour 167

Je parcours avec assiduité les grands titres des journaux ces derniers mois. Il y a quelques raisons à cela. D’abord, nous passons beaucoup de temps dans le bois où la connexion Internet est lente. Tant que je ne fais que glisser mon doigt sur l’écran de mon téléphone, je reçois des titres tous plus variés les uns que les autres mais, aussi, tous associés aux mêmes rengaines Trump, Bolsonaro, Covid-19, répression à Hong Kong, corruptions diverses… sur fond de scepticismes honteux, de mauvaise foi inacceptable et de réchauffement climatique qui parcourt, tranquille, son petit bonhomme de chemin. Je m’informe en effleurant, très souvent interrompue dans ma consultation par des publicités de vêtements offerts à des prix imbattables. Si la curiosité me pousse à vouloir lire un article en particulier, le temps de téléchargement dudit article me décourage et j’abandonne le désir de satisfaire ma curiosité, je reviens aux grands titres.
Donc, il y a cela, la connexion lente dans le bois.
Il y a aussi que mon mari est un avide consommateur de nouvelles, qu’il passe beaucoup de temps à effleurer son écran de son pouce, écran de téléphone ou d’ordinateur, et veux veux pas par moments je fais comme lui, le plus souvent en fin d’après-midi en sirotant un verre de vin blanc.
Mais essentiellement, je parcours les grands titres pour tomber sur celui qui va me faire réaliser que ça y est, on est arrivé au moment de l’explosion, du déraillement, du non retour. Les humains vont enfin comprendre, me dis-je, moi y compris, que ça ne peut pas continuer comme ça, l’insoutenabilité de l’exploitation incessante des ressources naturelles. Ça ne peut pas continuer comme ça, les prises de décision de nos dirigeants sur la base de « lui je l’aime, lui je ne peux pas le blairer », sur la base de « faut faire du cash », sur l’orgueil qui rend sourd et aveugle. Quels enfantillages, quand même. On a tous tort, on est tous dans le même bateau, mais on continue de vouloir avoir raison de l’autre.
Bien entendu, mes consultations de grands titres me déçoivent chaque jour. On n’arrive jamais au moment où prévaudra la solidarité basée sur l’utilisation d’une intelligence tout simplement élémentaire…
Comme je ne suis pas douée pour lâcher prise, je reviens chaque jour à ma vaine recherche, quand est-ce que ça va péter ? Comment vais-je vivre quand ça aura pété ? J’ai même la prétention, une fois que nous serons dans le chaos, de penser que je saurai être un exemple pour autrui…
Je ne pratique par ailleurs aucun positivisme, convaincue que la cause est déjà perdue. Autrement dit, je n’ai pas tendance à penser que nous pouvons faire marche arrière et améliorer notre sort, avec des gestes individuels par exemple. J’attends la fin. Qui ne vient pas.
Au moins, des étincelles de lucidité me dirigent vers de meilleures occupations, à l’occasion. Ainsi, j’ai lu hier dans mon lit un roman très épais, Emma, de Jane Austen. Je me suis plongée dans les siècles anciens, j’ai lu tranquillement, sans sauter les mots comme je le fais des grands titres dans ma hâte de tomber sur celui qui confirmera mon sentiment de fin du monde.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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