Jour 158

Ça fait quatre fois maintenant que je recommence mon texte de ce 24 août.
J’ai d’abord voulu écrire à quel point j’ai été surprise d’entendre le concert des insectes, grillons et compagnie, lorsque j’ai ouvert la portière de notre véhicule après nos plus de neuf heures de route, le 21 août dernier. Le quartier huppé de Blainville aux terrains agréablement aménagés où nous avons abouti regorge de vie la nuit ! Comme tous les quartiers urbains –et de campagne–, finalement, huppés ou pas huppés. C’est seulement en entendant ce concert que j’ai réalisé qu’on n’entendait rien d’autre que le vent, le soir et la nuit, à notre campement du Nicobi. Pas de sons d’insectes, d’oiseaux, pas de hululements de hiboux. On entendait certes quelques écureuils, de jour, qui se chicanaient des fois de temps en temps. Et des avions, des transporteurs internationaux, qui survolaient la région. Quand il n’y avait pas de vent, la nuit, ou de pluie, eh bien il n’y avait aucun bruit.
En tout cas, j’ai voulu écrire ça puis, n’y trouvant aucun intérêt, j’ai tout effacé.
Ensuite, j’ai eu envie d’écrire que j’entretiens un drôle de rapport avec les saisons, un rapport décalé. C’est que j’ai lavé ce matin les napperons de coton que m’a donnés ma cousine, en décidant qu’une fois séchés j’allais les ranger. Il y est brodé un thème d’hiver avec luge, sapins et bonhomme de neige. Les napperons ont été en service pendant tout l’été, pourtant, mais c’était la première fois, en cette fin août, qu’ils m’inspiraient un avant-goût prématuré –soyons optimistes !– de la fin de l’été.
Donc, j’ai noirci quelques lignes de mon écran avec cette histoire de napperons, que j’ai effacées.
Le sujet aurait pu être digne d’intérêt, remarquez, car parallèlement à ma décision de ranger ces napperons, j’ai aussi ouvert mon coffre de cèdre, en début de journée, pour en sortir des vêtements d’été que je compte porter dans les prochaines semaines, non sans me dire que j’aurais pu me rendre ouvrir mon coffre bien avant !
Comme troisième idée, j’ai tenté de formuler une réflexion que je me suis faite hier avant de m’endormir. Je venais de terminer la lecture du reportage principal de ma revue Philosophie Magazine. Il s’agit du numéro de juin dernier, qui s’articule comme de bien entendu, et sans aucune surprise, autour du thème de la Covid, que les Européens désignent au masculin, donc autour du Covid. Ma réflexion, ou mon interrogation, était la suivante : de quelle manière entre-t-on dans la mort ? Si on y entre à petits pas, comme mon père, admettons, qui est très avancé dans sa maladie de Parkinson, qui ne parle presque plus et qui ne bouge plus, est-ce qu’on profite d’une certaine préparation à l’entrée dans la non-vie, par opposition à l’individu qui meurt subitement, terrassé par une crise cardiaque et qui doit se tourner de bord vite en titi pour réaliser qu’il est en train de passer de la vie à la non-vie ? Y a-t-il quelque chose à réaliser, cela dit. Et comment savoir si papa ne se sent pas aussi vivant que moi dans son corps qui n’obéit plus ? Trop compliqué, trop abstrait, je me suis découragée et, encore une fois, j’ai effacé mes lignes.
Le quatrième sujet que j’ai envisagé d’aborder avait trait à une phrase que j’ai prononcée hier à propos de chouchou, une phrase que j’ai été la première surprise d’entendre sortir de ma bouche, mais ç’aurait été me plonger dans une émotivité très vive alors, prudente, je me suis ménagée.
Avec tout ça il est 20:49 et je n’ai plus la force de trouver la manière, que je n’ai pas encore trouvée, de placer une photo vedette à la gauche de mon texte, comme je le faisais auparavant les yeux fermés avec l’ancien éditeur de WordPress.
Je m’arrête là.
J’espère que ce sera plus facile demain, d’autant que je n’aurai pas beaucoup de temps, je sors avec cousine, celle qui m’a offert les napperons.

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Jour 159

Le lac Nicobi est un plan d’eau douce de la partie Sud du territoire de Eeyou Istchee Baie-James, dans la région administrative du Nord-du-Québec.

Nous sommes revenus à la maison de St-Jean-de-Matha hier samedi le 22 août, après une absence de deux semaines. De même qu’après neuf heures de route le 21 août, plus deux autres heures le matin du 22, nos capacités ne nous autorisant pas à faire le trajet d’un seul coup. Nous avons dormi, épuisés, chez la soeur de mon mari à Blainville.
Qu’il soit tout de suite mentionné qu’aujourd’hui, le 23 août, est le jour de naissance de ma fille, et de son père, 44 ans auparavant. Comme ma fille a eu 24 ans, le père en a eu 68, c’est incroyable à quel point la vie file.
Mon ami Yvon, lui, est né le 22 août. Il a eu cette année le même âge, 63 ans, que celui qu’avait François lors de son décès. Cela m’a légèrement secouée lorsque je me suis fait la réflexion que mon ami était en bonne santé et qu’il ne devrait normalement pas vivre les épreuves –terribles– qui furent celles de François, il y a maintenant dix ans.
Revenons cependant à nos moutons.
Une première semaine de notre escapade s’est déroulée en Abitibi, à Rouyn, chez le fils de Denauzier. Nous y étions les grand-maman et grand-papa qui gardaient le jour les enfants pendant que les parents travaillaient. Mon mari profitant cependant d’être en Abitibi pour faire de la business, j’ai été celle, des deux grands-parents, qui a véritablement gardé. Deux garçons, de quatre et deux ans.
La deuxième semaine s’est déroulée dans le sud de la division administrative de la Baie James, au lac Nicobi, pour un petit cinq jours de pêche. Nous avons attrapé du poisson, des dorés, pour ceux de mes lecteurs qui se demanderaient si la pêche fut bonne. Elle le fut. J’ai pour ma part attrapé de beaux brochets, mais les brochets n’ont pas la cote, dans ma belle-famille, alors ils sont retournés dans l’eau du lac Nicobi. Tant mieux pour eux, et tant mieux pour moi qui ai réussi, à force de mouvements de moulinet, à les faire monter à la surface.
Le temps, lui, fut moins bon, beaucoup d’humidité, de ciel lourd et gris, de pluie sur nos imperméables et nos bottes de caoutchouc. De froid, aussi, la nuit. Et de vent lors de certaines pluies.
À 61 ans, je me suis trouvé bonne de pouvoir dormir sur des petits lits de camp dans des sacs de couchage qu’on aurait dit couverts de bruine. J’ai fait une blague, un soir, à mon mari. Je lui ai dit que je me pensais à Paris. La différence étant énorme entre la vie urbaine de la capitale française et celle, sauvage, de la nature où nous campions, mon mari a eu un mouvement de surprise, avant de se rappeler que l’appartement de la Porte St-Martin dans lequel nous avons séjourné Emmanuelle et moi, en décembre dernier, se situait à mi-chemin entre l’aquarium et le sauna. Un sauna froid, bien entendu.
Une chose m’a excessivement plu, de notre pêche le dernier jour. Non pas tant une chose, que les paroles de l’aîné des garçons que nous avons gardés. Notre bateau s’approchant de celui sur lequel il se trouvait, avec son frère et ses parents, il nous a crié, comme s’il s’agissait d’un événement de la plus haute importance, que son frère ne pouvait plus pêcher parce qu’il venait d’échapper sa canne à pêche dans le fond du lac. Ses paroles m’ont fait l’effet d’un élixir de pureté. Je me suis sentie, du coup, rajeunir de dix ans.

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Jour 160

tarteAuxPommes

Tarte aux pommes confectionnée avec la petite.

Puisque je règle son cas au Jour 160 aujourd’hui, et puisque je décrémente ou lieu d’incrémenter, je vais entamer un texte numéroté selon une nouvelle dizaine quand je serai de retour de notre escapade en Abitibi, à savoir le Jour 159.
59, c’est mon année de naissance.
Je ne peux pas croire que ma personne de 61 ans, mon âme, mon esprit, mes émotions, ma manière d’appréhender la vie, tous si pleins d’enthousiasme, habitent un corps qui se fait, veux veux pas, vieillissant. J’en ai pour preuve, parmi un certain nombre, que les os de mes pieds ont tendance à s’aplatir, donc je porte des orthèses. Quand je ne les porte pas, j’ai mal au dos au bout d’un moment. J’ai aussi reçu une valve mitrale mécanique, donc je prends du Coumadin, donc je fais tester mon sang à la pharmacie du village, donc je suis au nombre des clients qui fréquentent ledit commerce le plus souvent, car le résultat du test appelle régulièrement un ajustement de ma dose, lequel requiert un autre test…
Je me tourne dans mon lit, encore, la nuit, et je ressens facilement des douleurs au cou et au bas du dos. Mes pipis prennent plus de temps qu’avant à s’évacuer complètement. De façon générale, je dois prévoir des périodes de repos plus importantes qu’auparavant, etc.
Et si je décidais que mon corps va me rendre service jusqu’à la fin, sans me diminuer à l’excès –comme c’est le cas de papa qui est immobile dans son fauteuil roulant, au CHSLD, prisonnier de la maladie de Parkinson ?
J’ai lu un livre sur le sujet, mais comme j’ai la mémoire plus sélective qu’avant –c’est une autre affaire, la mémoire qui s’effrite avec l’âge–, je ne me rappelle pas du nom de la discipline selon laquelle c’est l’individu qui choisit, qui bloque les atavismes en décidant, tout simplement, que telle perspective pas très agréable, être atteinte de la maladie de Parkinson, justement, ne se rendra pas jusqu’à lui, en l’occurrence jusqu’à moi.
Il me semble qu’il y a des notions d’anthroposophie dans la discipline ?
Tant qu’à avoir lu livre, même si je ne me rappelle pas du titre, et tant qu’à faire, et pourquoi pas, ça vaut la peine d’essayer.
À partir d’aujourd’hui –mais je pense que je le fais depuis quand même pas mal de temps– j’essaie de miser sur une santé qui va tenir le coup
jusqu’à la fin de mon existence sur terre, et je fais ce qu’il faut pour y arriver. Je bouge, je mange raisonnablement, je ris, je pense positivement.
Je ne fais pas souvent d’excès. Je prends soin de moi de mon mieux.
Je préfère cette approche à la signature d’un formulaire selon lequel je pourrais être éligible à l’aide à mourir. Ça m’apparaît pas mal technocratique, ce nouveau service offert. Il faut avoir, selon ce que j’ai entendu dire –car je n’ai rien lu à ce sujet–, tels symptômes de douleur, selon tel degré d’intensité, avec en prime la lucidité nécessaire pour confirmer, dans les tout derniers instants, que oui oui, finissons-en, je n’en peux plus… Je vais essayer de m’y prendre autrement. J’aurai au moins le mérite d’avoir essayé.

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Jour 161

salamandre

La salamandre dont il fut question au Jour 163.

Tel un magicien, j’ai plusieurs cartes dans ma manche. Je m’en sers à l’occasion.
– Viens chérie, on va aller dehors.
– Pourquoi ?
– Pour profiter de la nature.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est sain pour le corps. On va jouer, bouger, respirer le bon air…
– Pourquoi ?
Je sais que son pourquoi n’est pas à 100% un pourquoi de curiosité, mais davantage une manière de prendre son temps, de ne pas agir sur le champ. Pas grave, comme elle le dit elle-même, je joue le jeu.
– Pourquoi quoi ?, rétorqué-je.
– Pourquoi on va respirer l’air ?
– Pour tester la capacité de nos poumons.
Silence. Je viens de faire un point avec mon vocabulaire éloigné du sien faisant référence à une notion abstraite.
Mais elle ne s’avoue pas vaincue pour autant.
– C’est quoi la capacité –qu’elle prononce la pagacité ?
– C’est une manière de vérifier qu’on est capable de faire quelque chose. Regarde, ajouté-je en me tournant vers elle et en soulevant un gros livre, j’ai la capacité de tenir le livre dans mes mains même s’il est lourd. Veux-tu essayer de le soulever ?, enchaîné-je en souhaitant immédiatement qu’elle réponde non, parce qu’il est bien trop lourd pour elle, il s’agit de ma grammaire Grévisse.
Elle regarde à peine dans ma direction et me répond par la négative.
Je poursuis ma tentative d’explication :
– Si on va dehors et qu’on prend de grandes respirations, on va vérifier si nos poumons fonctionnent bien.
– D’accord !, répond-elle contre toute attente.
– On va en profiter pour mettre nos maillots de bain, il fait déjà chaud, ai-je le temps d’ajouter alors qu’elle ouvre déjà la porte, faisant ainsi entrer la chatonne qui avait commencé à miauler sur la galerie.
Sensible à mes paroles, elle s’immobilise et referme la porte, non sans y aller d’un pourquoi supplémentaire.
– Pourquoi mettre nos maillots de bain ?, vérifié-je. Bien, pour aller ramasser des ménés avec les filets de Monique, comme on l’a fait hier !, lui dis-je en simulant l’enthousiasme.
– Oui ! Des ménés !, s’exclame-t-elle en se rendant se changer dans sa chambre, pendant que je me rends me changer dans la mienne.
– On ne va pas oublier de mettre de la crème solaire, lui dis-je une fois revenues dans la cuisine.
– Pourquoi ?
– Pour ne pas attraper de coups de soleil.
Elle se laisse faire sans parler, puis elle aborde le thème qui fut au centre de notre séjour au chalet, celui des souris intérieures et extérieures, à savoir celles prisonnières de la trappe dans le chalet, car il y en a eu trois, et celles, innombrables, chassées par Mia et trouvées un peu partout sur le terrain.
– On va aller voir s’il y a des souris ?, me demande-t-elle donc.
– D’accord. On y va avant ou après les ménés ?
– Avant !, répond-elle en sautillant.
– Attends, je vais aussi te crémer le haut du dos.
Elle se laisse faire quelques secondes, avant de s’agiter :
– Ça chatouille !, se plaint-elle sans se plaindre.
– C’est normal, on n’a pas l’habitude de se toucher soi-même le dos, ou de se le faire toucher par les autres.
Je sais que je viens d’énoncer une phrase trop complexe, mais dans l’improvisation et le vif du moment, ce sont des choses qui peuvent arriver, des phrases trop complexes.
– Pourquoi ?
Je sens que je suis sur le point d’atteindre le climax de mon inventivité :
– Pourquoi les chatouilles, pourquoi la crème solaire, pourquoi le maillot de bain ?, prends-je la peine de récapituler. Pour une raison fort simple ma chérie. Le maillot est ainsi conçu qu’il appelle une ouverture dans le dos, modérée ou excessive, ça dépend des modèles, ça dépend des usages, selon qu’on est, par exemple, un champion olympique ou un amateur de plage.
Sur ce, main dans la main, nous sommes sorties du chalet.

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Jour 162

mandalaGéantFini

Des mandalas, en veux-tu en  v’là !

C’est la première fois en neuf ans que j’accumule du retard dans la publication de mes textes, qui étaient quotidiens, et qui ne le sont plus parce que je suis trop occupée depuis que j’ai cessé de travailler à l’université. Juillet m’aura vue profiter des joies de l’enfance en compagnie de mademoiselle ma petite-fille, et août sera particulièrement chargé, nous irons la semaine prochaine en Abitibi et ne serons de retour qu’aux environs de l’anniversaire de chouchou, et de son papa car ils sont nés le même jour, le 23 août. Autant dire que je ne publierai presque pas d’ici la fin du présent mois.
Ce n’est pas grave que je sois en retard, car quand je vais avoir atteint le Jour 1, mettant ainsi fin à mon défi d’écriture de dix ans, je vais continuer à publier comme si de rien n’était. Je n’ai pas encore résolu cependant le problème du numérotage de mes textes. Si je les numérote par ordre croissant, Jour 2 après le 1, et Jour 3 après le 2, etc., je vais avoir des titres identiques pour des textes différents. Je pourrais écrire mes chiffes en lettres, tiens, Jour deux, Jour trois, mais ce sera long à lire quand je serai rendue au Jour Trois cent quatre-vingt-dix-sept, admettons. En même temps, ce sera un excellent prétexte pour pratiquer l’orthographe des nombres. Quoique. Avec la réforme de 1990, c’est plus facile et plus uniforme qu’avant. Bof.
J’arrive de Joliette où je suis allée faire encadrer mon montage de mandalas tel qu’il apparaît ci-dessus. C’est la fin d’un projet, d’une période, d’une expérience. L’expérience du confinement, vécu moi dans le bois, et chouchou à Strasbourg seule dans son grand appartement, confinement pendant lequel nous avons fait des FaceTime tous les jours autour de 13:30, heure du Québec, confinement encore pendant lequel je coloriais des petites masses avec mes crayons gel le soir, en me demandant qu’est-ce qui allait être au menu de mes conversations avec chouchou le lendemain.
J’ai pris une photo de chouchou et de moi lors de chaque FaceTime, ce qui fait que je me retrouve avec plus d’une centaine de photos. Je suis allée, toujours à Joliette, toujours cet après-midi, faire imprimer lesdites photos. Bien entendu, j’avais oublié que les photos doivent être enregistrées sur mon téléphone, et ne pas résider sur un serveur. Or, elles résident sur un serveur. Ayant déjà entamé ma demande d’impression avec la machine du comptoir photo, à la pharmacie Jean-Coutu de la Place-Bourget, je me suis rabattue sur les photos récentes qui sont, elles, enregistrées sur le téléphone et non sur un serveur. De la sorte, j’ai demandé l’impression de 50 photos, pour une valeur de 9,99$, parmi lesquelles il n’y a qu’un seul cliché pris lors d’une conversation FaceTime, et ce n’est d’ailleurs pas une conversation avec chouchou, mais avec mon frère les Pattes.
En prime, pensant ressortir du commerce mes photos à la main, j’en aurais alors profité pour les montrer à ma sœur que je n’ai quasiment pas vue cet été et que j’ai vue cet après-midi, pensant donc ressortir avec le tas de photos, on m’a informée au comptoir que ma demande avait été acheminée, par moi, sans que je m’en rende compte, non pas à la succursale qui me voyait me tenir bien droite devant le comptoir, mais au laboratoire, moyennant un délai de production et de livraison de quelques jours.
– Ce n’est pas trop tard si je passe à la fin du mois ?, ai-je voulu vérifier.
– Aucun problème, m’a-t-on répondu.

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Jour 163

chenille

Chenille trouvée autour du chalet au lac Miroir. Je ne suis pas certaine d’avoir aimé la sensation des ventouses sur mes doigts…

– Connais-tu beaucoup d’animaux ?, ai-je demandé à la petite alors que nous entamions notre énième promenade.
Il faisait très chaud et sec, c’était avant le passage de la tempête Isaias.
– Oui. Les papillons, les sauterelles, les chenilles, les mouches, les vers de terre, les souris, les chauves-souris, les écureuils, les chats, les chiens, les loups, les gros ours. Les coccinelles ! Les grenouilles, les poissons !, a-t-elle ajouté en reprenant son souffle, sur le ton d’autant d’oublis inacceptables qu’elle voulait se faire pardonner.
Effectivement, ai-je pu constater, elle en connaît plusieurs, infiniment plus que moi au même âge, quatre ans.
Notre séjour de deux semaines dans le bois s’est décliné sur le thème des animaux, d’ailleurs, et particulièrement des souris, que la chatte Mia a rapportées en quantité industrielle.
– Mamie ! Mamie !, s’exclamait la petite lorsque je mettais le pied hors du lit. Mia a rapporté deux souris et des petits morceaux. Viens, on va aller les mettre dans le feu. Je vais les transporter par la queue et après je vais me laver les mains. Viens mamie, viens !
– D’accord, répondais-je en prenant d’abord le temps de me verser un café.
– Tu n’oublieras pas de te laver les mains avec du savon, glissait aussitôt le papa.
– Tu vas prendre du papier pour les petits morceaux ?, enchaînait la petite sans commenter la recommandation parentale.
– Ah oui, j’oubliais le papier, attends je vais aller en chercher.
Le papier désigne ici des essuie-tout avec lesquels je ramassais difficilement, parce qu’elles avaient eu le temps de coller sur les planches de la galerie, les entrailles des souris, vestiges, de la grosseur d’un dix sous, des animaux qu’elles étaient encore la veille.
La petite, en outre, n’a peur de rien. Elle attrape les grenouilles avec ses mains, les met dans une petite cage que nous a prêtée une voisine, ressort la grenouille pour la flatter, l’observer, lui parler, la remet dans la cage, jusqu’à ce qu’elle ressente le besoin de changer d’activité.
– Viens, mamie, on va aller ramasser des ménés !
– Dans cinq minutes, lui répondais-je, savourant quelques instant de position assise sur la berceuse.
Notre meilleure récolte de pêche au filet, les pieds dans l’eau sur le bord du lac, cumula huit poissons plus gros que des ménés, que mon beau-fils m’a dit être des bébés crapets. Ou alors des bébés carpes.
L’épisode de la salamandre fut, seule, porteuse de malheur et prétexte à des pleurs. Je ne savais pas, bien entendu, parce que je n’y connais rien en animaux, qu’il y avait des salamandres dans les environs. Avec un râteau, j’étais en train d’essayer d’étendre de la terre presque boue, que la petite appelle de la bouette, lorsqu’une dent de l’outil a dangereusement frôlé une fragile et grouillante masse brunâtre agrémentée de points de couleur orange. J’ai réussi à ramasser l’animal en le retenant par la queue, tout en criant à la petite de venir me rejoindre immédiatement.
– Un petit lézard !, s’est-elle exclamée, d’une voix amoureuse et en me poussant du coude pour se saisir de l’animal à ma place. Qu’il est beau ! On va le mettre dans le seau !
Il s’agit d’un seau assez grand qui lui appartient, produit dérivé de la Reine des neiges, que je me suis empressée d’aller chercher et de garnir, dans le fond, de quelques feuilles, racines et petites mottes de terre. Pendant une dizaine de minutes je n’ai plus entendu un son sortir de la bouche de l’herpétologiste, toute à son émoi d’observer une salamandre de si près. Malheureusement, dans un moment d’inattention de la part de notre scientifique, la salamandre a sauté et s’est enfuie. La petite a beaucoup pleuré et j’avoue que je la comprends.
– On va en trouver une autre !, a-t-elle décrété au bout d’un moment, témoignant ainsi qu’elle sait faire preuve de résilience.
– Hum !, j’ai bien peur que ce soit difficile à trouver, ai-je tout de suite exprimé pour tempérer ses ardeurs.

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Jour 164

dindon

Dinde sauvage.

C’est comme ça dans la nature, il y en a toujours un qui essaie d’avoir le dessus sur l’autre. J’en ai pour preuve l’épisode suivant, alors qu’à genoux sur le paillis je nettoyais mes hostas. Je me suis mise à entendre des glougloutements, mais je ne savais pas, à cette étape de l’aventure, qu’il s’agissait de glougloutements. J’entendais des feuilles bruisser, du mouvement sur la branche d’un arbre et des cris d’oiseaux.
– Seigneur, qu’est-ce qui se passe ?, me suis-je demandé en me relevant pour aller écornifler.
Je me suis dirigée un peu craintivement vers l’arbre qui était le siège de l’activité, pour assister aussitôt au départ de plusieurs volatiles dans toutes les directions.
– Tiens, nous avons des perdrix dans les environs ?, me suis-je fait la réflexion, tout en me demandant comment ça se faisait que je ne l’avais pas remarqué avant, ça fait quand même six ans que j’habite la région.
Comme j’atteignais ledit arbre, je me suis arrêtée car une grosse dinde sauvage reposait sur la branche. Or, la dinde, semble-t-il, est pourvue d’un mauvais caractère. Dans la seconde qui a suivi, d’autres perdrix, qui n’étaient pas des perdrix mais les bébés de la dinde, et de même cette dernière, ici considérée comme étant la maman, se sont tous envolés dans un battement d’ailes effrayées, laissant des plumes suspendues dans l’air dont une s’est déposée presque à mes pieds.
Il y a un champ de maïs juste à côté de la lisière formée par les arbres où je me trouvais, et dans ce champ de maïs j’ai vu aller se perdre quelques-uns des bébés. Je me suis alors dirigée vers le champ de maïs, intriguée, pour en voir sortir, entre deux rangées, la chatonnette Mia, un bébé dans la gueule.
– Non !, me suis-je exclamée, partagée entre un sentiment de fierté –ma chatte est la plus vorace chasseresse des environs– et un sentiment de perte par empathie pour la maman. Qui glougloutait comme une bonne, et a glouglouté longtemps.
Tous les éléments du récit se sont précisés à mon esprit en même temps : la dinde était entourée de ses bébés –nulle perdrix dans l’histoire–, le clan familial a repéré la présence de la chasseresse chatonne Mia, il s’est posé sur une branche pour se protéger, mais un bébé probablement n’aura pas eu la chance de se joindre au clan et en aura payé de sa vie.
Ce n’est pas tout.
Quand Mia est sorti du champ de maïs, son trophée à la gueule, elle a marché, tranquille, nullement inquiétée, à côté de la maman qui ne l’a pas agressée. Pourtant, sur le seul plan du volume de l’animal, la dinde fait quatre fois Mia, qui est par ailleurs fort petite et que j’essaie de faire grossir tellement ses os sont saillants.
Plus tard dans la journée, j’ai voulu connaître un peu mieux les habitudes des dindes. J’ai lu sur Wikipédia qu’elles sont sédentaires, qu’elles résidaient au sud des États-Unis jusqu’à ce que le manque d’espace à leur disposition leur fasse défaut, elles se sont alors mises à monter vers le nord, d’autant que le nord est moins froid qu’autrefois. Elles ont des portées de dix à quatorze œufs, elles glougloutent, volent rapidement mais sur de courtes distances, et enfin l’animal est omnivore. Par le plus grand des hasards, notre ami voisin m’a prêté un livre qui porte sur la chasse au dindon sauvage. Si chaque dinde déjà installée sur le territoire se reproduit en dix exemplaires, il y a de quoi envisager la chasse par le prédateur homme… puisqu’il y en a toujours un qui essaie d’avoir le dessus sur l’autre.

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