Jour 59

J’avoue qu’il y a de quoi me poser la question : est-ce que je trouve dommage qu’à mon talent inné pour l’écriture corresponde une –navrante ?– vacuité de contenu ? Comme l’écrit Mitterrand à Anne, je suis sur le versant descendant de la montagne, à bientôt soixante-deux ans il y en a plus derrière que devant. Or, qu’est-ce que j’aurai écrit de significatif, de prégnant dans ma vie ? Quel livre ma fille pourra-t-elle tenir dans sa main en affirmant, avec fierté, qu’il a été écrit par sa mère ?

Je peux faire facilement la liste de mes écrits :
1. Quelques dissertations que je prenais très très très au sérieux, au temps du baccalauréat, qui m’ont souvent valu la note A;
2. Un mémoire de maîtrise en création littéraire absolument pas structuré qui m’a valu la mention Bien.
3. Un D.E.S.S. en interprétation littéraire qui m’a valu la mention A+, que j’ai écrit avec une facilité déconcertante en peu de temps, sans m’y investir parce qu’il n’était pas le lieu de l’inventivité.
4. Une thèse de doctorat hors norme, pas universitaire pour une miette, basée sur à peine des bribes de réflexion intellectuelle, qui m’a valu une disparité de mentions –A de la part du seul prof qui avait développé une pratique en création littéraire, à savoir Roland Bourneuf qui est pourtant un professeur sérieux, B de la part de ma directrice de thèse qui était surtout une spécialiste des études féministes, C de la part du professeur invité que j’ai toujours soupçonné de ne pas avoir lu ma thèse.
5. Un recueil de nouvelles érotiques, mince comme tout, dont les textes sont de qualité inégale.
6. Un blogue duquel se dégage le parti pris, au fur et à mesure des années, d’explorer des futilités, comme si je m’étais dit que tant qu’à n’avoir rien à dire, j’allais m’en donner à coeur joie.
7. Quelques manuscrits soumis à des éditeurs, qui ont été refusés, la plupart parce qu’ils n’étaient pas aboutis, ayant été écrits à une époque de ma vie, mais pas seulement, où j’étais débordée de tout bord tout côté.
À cet égard, l’an dernier, j’ai écrit un récit autobiographique. J’ai eu la surprise de découvrir que mon passé ne m’intéressait pas tellement. J’ai eu l’impression de ressasser de vieilles affaires. J’aurais pu tenter d’aborder ces vieilles affaires avec un regard nouveau, moi qui me rabats sur le dos du Frère Jérôme pour encourager la recherche d’un point de vue inexploré, inusité, unique, peu importe le thème.

Dois-je en conclure que j’ai peur de m’introspecter, d’aller au-delà des faits pour explorer mes émotions ? Si je devais être née pour écrire quelque chose qui s’adresse à l’univers intérieur, aux émotions, justement, il commencerait à être temps que je m’y mette ! Les gens qui me lisent ont presque tous le même commentaire, à savoir que ma candeur, ma naïveté, ma spontanéité les « rafraîchissent ». Comment ça se fait que je ne suis pas tentée d’aller au-delà de cette trinité ?

Est-ce que l’acteur qui privilégie les comédies se demande, lui aussi, s’il n’a pas dévié d’une voie qui aurait pu le conduire vers du contenu plus sérieux ? La personne qui est née avec l’oreille absolue et qui n’aura jamais fait de musique de sa vie, finira-t-elle par regretter de ne pas avoir exploité cette particularité avec laquelle elle est née ?

Beaucoup de questions. Il me reste encore cinquante-huit occasions d’y revenir peut-être.

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Jour 60

Par un matin de presque angoisse, en réalisant à quel point je ne savais plus vers quoi me tourner pour garnir mon écran blanc, j’ai décidé d’entamer une série vestimentaire. Elle a été suivie d’une série joaillière qui m’a laissée sur ma faim, contrairement à cette première série qui m’a, tout compte fait, rassasiée.

Je voulais explorer une autre avenue que celle du récit de mes journées –toutes plus ou moins pareilles. J’aurais pu, bien sûr, me tourner vers un domaine moins superficiel. En même temps, et dans la même veine que celle préconisée par le frère Jérôme, tous les sujets peuvent être abordés sous un angle insoupçonné qui leur donne une couleur inusitée.

Encore une fois, je ne me rappelle pas de ce que j’ai écrit à propos de mes vêtements. L’exercice cependant a eu ceci de positif qu’il m’a fait prendre conscience que plusieurs d’entre eux garnissaient mes tablettes pour une mauvaise raison : j’aimais ces vêtements, mais ils ne m’allaient pas bien. Ils ont tous pris la direction de la St-Vincent-de-Paul au terme de mon expérience. J’appréciais sur tel chandail, par exemple, la couleur intense du rouge et le bouton plat de couleur dorée, mais il était trop vieux et deux fois trop grand; j’aimais la fibre utilisée dans le tricot de telle veste, mais elle était tellement mal confectionnée que les coutures gondolaient sur les côtés, etc.

Pour ajouter une difficulté au défi, j’avais envisagé de porter toute la journée le vêtement qui se présentait sur le premier cintre de ma garde-robe, le lendemain le vêtement du deuxième cintre, jusqu’à la fin du défi de trente jours. J’ai tenu quelques jours, jusqu’à ce que ce soit le tour d’un tricot chaud par une journée chaude.

Cela avait fait mon affaire de rompre ma promesse de porter le vêtement du jour, parce que ce n’est pas agréable de porter un vêtement dont on n’a pas envie. D’ailleurs, je m’étais dit –et je ne l’ai pas fait– que je pourrais explorer cet aspect à tendance psychologique : qu’est-ce qui fait qu’on ne se sent pas bien quand on porte un vêtement qu’on aime mais dont on n’a pas envie ce jour-là ? Qu’est-ce qui fait que certains individus vivent ce problème –c’est mon cas– quand d’autres ne se rendent même pas compte qu’il existe –c’est le cas de mon mari.

Avec Denauzier, nous étions allés chercher un buste de mannequin pour que je puisse photographier mes vêtements autrement que suspendus à un cintre maigrichon retenu par un crochet derrière la porte de la salle de bains. Nous avions abouti dans un fond de rang pas rassurant, mais le déplacement m’avait fait revenir à la maison avec un buste féminin auquel deux doigts manquaient à la main droite. Une fois installés sur le buste, les vêtements étaient forcément plus attrayants.

Je m’étais défini la routine suivante : d’abord je prends le vêtement du cintre du jour, je l’installe sur le mannequin que j’avais déposé sur une table, en m’amusant avec quelques objets qui pouvaient, ou non, apparaître sur la photo, tels une paire de lunettes, un bibelot en forme de pomme, une plante… Je prenais quelques photos du résultat, je déshabillais le mannequin pour m’habiller moi-même en enfilant ledit vêtement, auquel j’adjoignait un leggins ou un pantalon, dans la mesure où la section des vêtements pris en photo était exclusivement réservée aux hauts, à savoir blouses, chemises, chandails, vestes.

À un moment donné, j’avais appliqué la recommandation d’une prof qui nous encourageait à toujours aller plus loin, à dépasser les limites, à exagérer. J’avais donc couvert le buste d’une dizaine de couches qui avaient créé un bariolage de couleurs et d’imprimés qui ne me disaient rien, or une lectrice m’avait écrit pour féliciter ma folie.

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Jour 61

J’ai traversé plusieurs étapes en dix ans d’écriture.

Je me rappelle qu’un matin d’hiver j’étais assise devant mon ordinateur qui affichait un écran blanc, aussi blanc que l’étendue des champs couverts de neige. Plusieurs sujets se présentaient à mon esprit, mais rien ne me tentait, de ce que j’avais fait la veille, de ce que je me proposais de lire ou de cuisiner, d’un souvenir ancien, d’un événement que j’aurais voulu revisiter pour lui apporter un nouvel éclairage… J’étais vide intérieurement, mon enveloppe corporelle n’avait rien d’autre à abriter que le néant. Je trouvais que je faisais pitié.

Je ne me rappelle pas comment je m’en étais sortie, en écrivant quand même ou en abandonnant ? Les fois que j’ai abandonné se comptent sur les doigts d’une main, je dirais. Je me rappelle aussi que le lendemain de cette tentative de création infructueuse, je ressentais les premiers symptômes d’une grippe. C’est elle qui me paralysait déjà, la veille, mais je ne le savais pas.

Je sais que certains de mes lecteurs ont pu avoir l’impression que j’écrivais parfois pour me débarrasser. Pourtant, j’ai presque toujours essayé de ne pas écrire juste pour dire que j’avais écrit. Cela n’exclut pas, bien sûr et malheureusement, qu’il ne me soit pas arrivé de tourner les coins ronds. Je m’efforçais d’être à chaque fois satisfaite de ce que j’appelle le traitement de mon récit, à savoir l’agencement des mots, et l’angle sous lequel j’approchais l’idée exploitée.

Je me suis peut-être trop souvent inspirée d’un documentaire vu à la télévision, du temps que je vivais avec Jacques-Yvan, donc bien avant que je me lance dans l’aventure du blogue. Qui m’a marquée parce que je m’en rappelle encore. Le frère Jérôme y expliquait que le thème d’une peinture n’a aucune importance, c’est la manière de rendre ce thème qui compte.

Dans la même veine, l’idée que j’exploite n’a aucune importance, me suis-je dit maintes fois. C’est la manière dont je l’exploite qui fait toute la différence. Cela m’a amenée à embrasser le thème, qui n’en est pas un, des chaussettes qu’on fait remonter sur le tissu de la jambe du pantalon. Je me rappelle avoir eu de la difficulté à trouver une photo, sur Internet, qui représentait le phénomène !

Je trouvais original d’exploiter une idée qui n’a aucune importance. Je l’introduisais et j’y revenais dans les textes suivants. J’avais constaté que ce semblait être à la mode, à l’école secondaire de chouchou, d’ainsi mettre en évidence les chaussettes. Je remarquais aussi que des jeunes faisaient de même, de ceux que je voyais circuler en métro.

Je n’étais pas loin de penser que c’était subversif, mon regard posé sur ces éléments quasiment invisibles parce qu’on oublie de les remarquer. À cette période, et par la force des choses, je m’étais mise à observer les chaussures et les pieds des gens. C’est ainsi que j’avais mentionné à une étudiante, à la Faculté de médecine dentaire, que c’était original, ses chaussures dépareillées. Comme elle n’avait pas elle-même remarqué qu’elle portait des ballerines différentes, elle avait presque crié d’horreur en inclinant la tête et découvrant ses pieds.

– Mes lecteurs vont comprendre que je n’ai rien de particulier à raconter, rien à leur apprendre, rien à débattre. C’est la couleur, la forme, la texture que je donne à ma mini-création du jour qui vaut le détour. C’est l’aspect inusité et définitivement inutile du thème que j’aborde qui constitue ma signature, ma marque déposée.

Tel a été mon postulat de base au fil du temps.

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Jour 62

Eh oui ! Je vais avoir 62 ans le 6 avril prochain. Des chiffres pairs. Je suis droitière, j’ai les yeux verts. Comme Anne Pingeot, je pense, si j’interprète bien les figures de style de Mitterrand à propos des yeux de sa bien-aimée. Il n’écrit pas, textuellement, qu’elle a les yeux verts, il écrit qu’il s’émeut des ondes verdoyantes qui animent son regard…

Mon frère, gaucher, yeux bruns, aura 59 ans le 9 avril. Chiffres impairs.

Une fois ces différences énoncées, je ne suis pas plus avancée, je ne sais pas davantage quel thème caresser aujourd’hui.

J’ai déjà écrit, d’ailleurs, à ce sujet, à l’effet que nous sommes quatre enfants, deux aux yeux bruns, cheveux châtains, qui sont gauchers et qui ressemblent à maman; deux aux yeux verts, cheveux blonds, qui sont droitiers et qui ressemblent à papa. J’étais même allée au-delà de mon cercle familial, classant quelques hommes politiques en fonction du côté dominant de leur hémisphère cérébral. Stephen Harper, Bob Rae, Gilles Duceppe, Jack Layton qui était à la veille de nous quitter… Bien sûr, je suis incapable de me rappeler aujourd’hui qui est gaucher et qui est droitier de cette brochette de personnalités. Mais je me rappelle que pour l’un d’eux je m’étais trompée, je ne sais plus lequel.

Je pourrais me tourner vers l’activité qui m’a occupée hier tout l’après-midi, à savoir une séance de patin sur la rivière l’Assomption à Joliette avec une amie par un temps certes froid mais superbe. Et enchaîner à l’effet que cette amie propose que notre prochaine sortie de patin se fasse à un endroit dont j’ai déjà entendu parler et que j’aimerais effectivement découvrir, à savoir La Forêt enchantée, dans la région de Trois-Rivières. Ma recherche à l’instant sur Internet m’informe cependant que le lieu s’appelle Le domaine de la forêt perdue. C’est toujours pareil, quand je me confronte à la réalité, quand je vérifie mes sources, des rectificatifs s’imposent.

Après le patin, masque au visage, je suis allée chez mon frère lui porter un cadre que je lui offre en cadeau. Il m’a proposé d’aller marcher avec lui, par un bon après-midi d’hiver, dans les sentiers de l’Île Vessot.

Cela m’a fait tout drôle de répondre Oui Oui ! à ces deux propositions, alors que je ne sors guère depuis des mois.

En d’autres mots, esquissant mollement des thèmes d’écriture possibles, pour les abandonner aussitôt, je subis l’effet qu’a sur moi le sentiment d’être au-dessus de mes affaires. Je crée avec plus de motivation quand je sens le poids du fardeau risquer de m’écraser si je ne le déleste pas d’abord d’un texte, bien dérisoire dans son exemplaire unique, auquel s’adjoignent ensuite une puis des dizaines de textes, jusqu’à en cumuler vingt-deux centaines.

– Qu’est-ce que tu veux dire, vingt-deux centaines ?, m’a demandé une voisine, récemment, qui n’a pas suivi mes expériences badouziennes.
– Bien, j’ai écrit 2200 textes, ai-je répondu.
– Qui racontent quoi ? Il y a de quoi écrire une saga familiale !, s’est-elle exclamée. Ça prend beaucoup d’imagination et il faut bien se documenter !, a-t-elle ajouté.
– Qui ne racontent pas grand-chose, j’en ai bien peur. Qui racontent ma vie au quotidien, me suis-je rattrapée, en me rappelant qu’un ami avait ainsi résumé mon entreprise.
– Ah. J’imagine que ça doit faire du bien…, a-t-elle exprimé sur un ton plus neutre, en ne soupçonnant pas qu’elle ne pouvait viser plus juste.

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Jour 63

Quand même, les amis. Au début de mon projet d’écriture, entrepris dans les premiers jours de mai 2011, j’ai attribué une valeur de dix ans au compteur de mon blogue. J’ai paramétré cette valeur afin qu’elle soit décrémentée d’un jour à la fois. Cela revient à dire que ce compteur indiquait un compte à rebours dont la fin est fixée au 30 avril 2021.

Ce compte à rebours était exprimé en nombre d’années, selon le système décimal. Une année se découpait par conséquent en dix parties de quelque trente-six jours chacune. Au fur et à mesure qu’une tranche de 36 jours était écoulée, le compteur changeait de dixième : 9.9 années, puis 9.8, puis 9.3, 8.6, 8.1, etc.

La plupart du temps, j’écrivais mon texte sans vérifier où en était mon compteur. Bien sûr parfois j’allais vérifier, j’en étais à 7 années, puis 5.5, puis 3.2…

Quand seulement deux ans m’ont séparée de mon objectif, le compteur a poursuivi son décompte en nombre de mois, passant, du jour au lendemain, de 2.1 années à 24 mois, puis 17, 13…

Hier, par hasard, en posant mon regard sur le bas de page où apparaît ledit compteur, qu’est-ce que j’ai constaté ? Que les trois derniers mois qui me séparent de l’échéance sont calculés en jours, comme l’attestait le chiffre 90 !

Rien ne me permettait de penser, il y a dix ans, que je m’arrêterais de travailler avant d’avoir atteint mes 62 ans, en avril prochain. Je m’étais donc fixé pour but, à la seule fin d’enrichir ma vie, d’écrire un texte par jour travaillé, du lundi au vendredi, jusqu’au moment où j’envisageais ma retraite possible, en 2021.

La plupart du temps j’écrivais mon texte le soir, tranquille, au bureau, quand tout le monde était parti. Si je savais qu’il n’allait pas être possible d’écrire le soir, j’écrivais le midi, même si cela m’empêchait d’aller marcher dehors avec les collègues. Je marchais le plus souvent avec trois collègues, toujours une à la fois. Les marches les moins sportives étaient celles que je prenais avec I., en flânant autour du bâtiment. Les plus adaptées à ma vitesse de marche étaient celles avec L. qui d’ailleurs a mon âge, nous sommes nées à deux semaines d’intervalle en 1959. Les plus exigeantes étaient celles que je prenais avec F., qui ne se rendait même pas compte qu’elle marchait vite !

Si je calcule en gros qu’un mois compte quatre fins de semaine, pendant lesquelles en principe je n’écrivais pas, cela signifie que du 90 jours mentionné ci-dessus, il faut retrancher huit jours. Ces mêmes huit jours doivent être multipliés par trois, pour les trois mois qu’il me reste à écrire. D’où : huit fois trois égale 24 jours de non écriture. Il reste à soustraire 24 aux 90 jours qu’affichait mon compteur hier, et on obtient 66, soit 66 textes à produire en autant de jours d’ici le 30 avril prochain.

Or, sans avoir rien calculé avant ce matin, dans ce déluge de chiffres que j’impose à mes lecteurs, où en suis-je de mon décompte, mine de rien, petit train va loin ? J’en suis au jour 63 ! Ça veut dire que j’ai respecté mon rythme de croisière, malgré les embûches de l’été dernier, en ce sens que je n’ai pas écrit pendant un mois tellement j’étais occupée.

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Jour 64

Je poursuis ma liste parce qu’il y a des développements quant à certains des éléments mentionnés précédemment, entre A. et M.

N. Mon frère me suggère d’intituler ma toile Flamand des Caraïbes compte tenu de la diversité des couleurs sur la toile, qui évoque la diversité des couleurs de la nature caribéenne. Est-ce qu’il y a des flamands dans les Caraïbes ?, me suis-je aussitôt demandé. Il faudra que je vérifie… ultérieurement, quand ça va me tenter ! J’adore ce travail d’équipe, cette participation de mon frère sans même que je l’aie sollicité.

O. J’ai fait vingt minutes d’étirements ce matin, d’une drôle de façon. J’ai installé mon tapis de yoga près de l’un des deux comptoirs de la cuisine, celui qui est le plus bas. J’ai déposé ma tasse de café sur ce comptoir bas. Il suffisait que j’étire le bras pour y avoir accès, en demeurant assise sur mon tapis. Je me suis donc interrompue à quelques reprises entre mes exercices pour boire une gorgée.

P. J’ai omis de mentionner que j’ai souhaité un Joyeux anniversaire aux trois personnes (vivantes) qui sont nées le 27 janvier. Pour ma soeur, ce fut au téléphone de sa ligne fixe parce qu’elle n’a jamais touché à un téléphone cellulaire de sa vie, ni à un ordinateur. Pour les deux autres personnes, ce fut un souhait écrit par l’intermédiaire de Facebook. C’est dommage que je ne sois pas capable de joindre ma soeur par un bidule électronique. Je lui enverrais souvent des photos loufoques de mes folies, comme je le fais avec mes autres proches.

Q. C’est le peintre américain Jackson Pollock qui a décidé, au cours de sa carrière, de ne plus donner de titre à ses toiles, mais seulement un numéro. C’est lui, aussi, qui aimait verser de la peinture sur une toile non tendue posée à plat sur le sol. Je me suis rappelé que j’étais tombée sur cette information –un peintre qui numérote au lieu de titrer– en faisant une recherche sur le dripping. Je n’ai pas été capable de me rendre cependant, par le seul travail de ma mémoire, jusqu’au nom de Pollock.

R. La même chose est arrivée avec le baroud d’honneur. J’ai lu l’expression dans un article de Jean-François Lisée il y a quelque temps. Je me rappelle l’avoir cherchée sur mon téléphone et en avoir lu la définition sur Wikipédia. Je me rappelle aussi avoir demandé à Denauzier s’il savait ce que ça voulait dire. Je me rappelle même de l’endroit où j’étais assise. Ma mémoire, elle, a conservé, dans sa base de données inhérente à ma personne, seulement les étapes de la démarche, et pas sa raison d’être. Autrement dit, je me rappelle avoir cherché le mot, en avoir lu la définition à voix basse pour moi-même, à voix haute pour mon mari, mais je ne me rappelle pas de cette définition. Or, les étapes de ma démarche relèvent du faire, alors que la définition relève du savoir. Et les étapes de ce faire, ici, sont des actions que j’ai effectuées des tonnes de fois dans ma vie, alors que la définition est une donnée récente, unique, une nouvelle venue dans mon bagage cognitif…

S. Ce midi, nous allons manger des oeufs de dinde, du fromage, du pain grillé. Pas de filet de truite en perspective.

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Jour 65

F. Je n’ai pas téléphoné à ma soeur par exemple, dont c’était l’anniversaire le 27, mais au moins le jour même je lui ai parlé, réussissant à me glisser entre deux appels. Nous avions convenu de nous rappeler le lendemain 28, car au moment où elle m’a répondu des gens sonnaient à sa porte. Je connais quatre personnes qui sont nées le 27 : ma soeur bien sûr, l’ex-copine de mon frère, une collègue du temps que je travaillais, la mère –décédée– d’un voisin.

G. Ah ! Mitterrand ! Il me manque ! J’ai terminé la grosse brique de sa correspondance avec Anne, mais pas terminé le dossier Wikipédia qui résume sa vie. Ma soeur m’a prêté une brique équivalente de lettres que se sont échangés Camus et Casares, mais je vais attendre un peu avant de m’y mettre. J’ai pour ma part prêté ma brique à mon amie acheteuse de Maybelline. Elle m’a dit que lorsqu’elle serait rendue au cinquième du livre, on se ferait une visio pour s’en parler. Elle n’a pas dit le un cinquième, c’est moi qui évalue ainsi le nombre de pages qu’elle s’est contentée de pincer entre son pouce et l’index.

H. Bien sûr j’ai écrit mes textes du jour avec assiduité, et même un ou deux jours j’ai publié deux fois plutôt qu’une. Je continue de me demander si ça se peut que la plupart de mes textes n’intéressent que moi. Des lecteurs témoignent pourtant du contraire, m’informant à l’occasion qu’ils m’ont lue avec plaisir. C’est un peu comme un médicament, en fait. J’écris essentiellement pour mon équilibre personnel, mais je ne peux m’empêcher de désirer que des gens me lisent. Or, dès que j’apprends qu’untel m’a lue, et untel, je ressens tout de suite une pression sur mes épaules, d’où il ressort qu’écrire en me contentant d’espérer être lue à l’occasion me convient parfaitement.

I. Certains aspects de ma vie ont été négligés pendant cette semaine productive, je pense aux plantes dont certaines ont été arrosées alors qu’elles mouraient de soif, et dont deux grosses, pour faire exprès, ont commencé à être mangées par des bibittes. J’attends l’arrivée de mari pour avoir de l’aide car elles vont se faire traiter dans la grande baignoire à l’étage.

J. C’est la première lettre du prénom de papa, Jacques, mais je ne me lancerai pas là-dedans. De maman, aussi, qui s’appelait Jocelyne.

K. J’ai fini par remplir et démarrer le lave-vaisselle, mais je ne l’ai pas encore vidé. Ça revient à dire que je tire le compartiment du haut, le matin, pour y prendre une tasse propre, de format adapté à la superficie de mon réchaud Radio Shack.

L. Je suis rendue à l’initiale de mon prénom. Je n’aime pas tellement la lettre L, cela dit, or mes deux initiales y sont associées. Je trouve qu’elle manque de tonus, de vigueur. J’aime énormément le u, chez les voyelles, et j’aime le v, chez les consonnes, mais moins passionnément que le u.

M. À l’approche de ma fin de blogue, j’essaie de me convaincre que je pourrais remplacer mes séances d’écriture par des séances d’exercices sur mon tapis de yoga pour faire des étirements. Ce pourrait n’être que quinze minutes, cependant, les étirements. Cela dit, j’ai déjà annoncé que je compte revisiter mes textes, en commençant par les plus anciens, pour leur donner une saveur adaptée à la Lynda que je suis devenue au fil des ans.

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