Jour 54

Maintenant que j’ai exprimé la possibilité d’exploiter le thème de ma chirurgie cardiaque pour ce chiffre du jour 54, ça ne me tente plus, bien entendu, d’emprunter cette avenue. Il faut toujours que je me surprenne moi-même, que je me dirige vers l’inconnu pour en façonner du connu.

La première image qui se présente à mon esprit, par rapport à ma chirurgie, n’est guère flatteuse, de toute façon, pour la personne qui avait eu la gentillesse de venir me chercher pour me ramener à la maison : je n’en revenais pas à quel point elle conduisait mal ma petite voiture ! J’étais secouée comme un prunier. Il faut dire que ma voiture est dotée d’une boîte manuelle. En prime, il avait fallu s’arrêter, et donc se stationner, pour que j’aille chercher les médicaments avec lesquels j’allais devoir apprendre à vivre jusqu’à la fin de mon séjour sur terre.

Le laboratoire étant situé à l’étage, au Pharmaprix de la promenade du musée (de cire), il m’avait fallu monter les escaliers. Le pharmacien m’expliquait comment répartir mes doses de Coumadin quand, tout d’un coup, ma vision m’avait joué des tours. Je le voyais comme reflété par des miroirs déformants, la tête à l’envers, je veux dire à la place des pieds, sans que les pieds ne viennent pour autant se positionner à la place de la tête… C’était très psychédélique ! À mille lieues de maîtriser, c’est l’histoire de ma vie, les mots qui allaient sortir de ma bouche, j’avais dit au pharmacien qu’il ressemblait à un sapin de Noël ! J’étais très droguée, il m’a fallu un mois avant de me sentir à nouveau moi-même.

Bibi était venue prendre soin de moi et je la revois qui essayait de positionner le ventilateur sur pied pour que je reçoive un peu d’air dans le four que constituait ma chambre à coucher. Elle me demandait si telle position me convenait, elle ne convenait pas car je ne recevais pas d’air. Et celle-ci. Toujours pas car j’en recevais trop. Et cette autre… Chaque « non » qu’il me fallait prononcer me demandait tout mon p’tit change tellement j’étais faible.

Je me rappelle aussi qu’un soir, j’étais encore à l’hôpital, le souper avait été servi avec vingt minutes de retard. J’étais en train de tomber dans les pommes, je n’exagère pas, quand le préposé était enfin arrivé avec le plateau. Me voyant tourner de l’oeil, il m’avait fait manger les premières cuillérées de soupe.
– Donne-moi deux minutes, avait-il répondu à quelqu’un qui lui demandait je ne sais trop quoi, les deux minutes étant celles requises pour me fournir le début du carburant qui allait me redonner la vie.
Incroyable machine humaine, quand même. Après quelques cuillérées, j’étais capable de me prendre en charge et de sourire au préposé !

Je n’avais pas donné de mes nouvelles à papa pendant ma convalescence, mais j’imagine que Bibi s’en chargeait, jusqu’à ce qu’un jour je l’appelle. Reconnaissant ma voix, il m’avait dit ceci :
– Le pire est derrière toi.

Mon papa. Je voulais encore une fois, car je l’ai fait hier, terminer mon texte en l’associant à mes aventures.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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