Jour 58

Nous avons décidé de ne pas boire de vin pendant le mois de février. On participe au défi 28 jours sans alcool, pour la deuxième année de suite. Comme mon mari peut se permettre de vivre sur ses réserves accumulées, j’en profite aussi pour resserrer la vis quant à l’alimentation. Donc pas d’alcool, pas de dessert. Je ne me gêne pas non plus pour servir des plats qui sont davantage à mon goût qu’au sien. C’est ainsi qu’hier soir nous avons mangé un filet de truite sauté à la poêle dans un mélange de beurre et d’huile, accompagné d’oignons cuits dans la même poêle que j’ai ensuite tassés sur le côté pour faire place au filet. Avec du sel, comme aromate, rien d’autre. J’adore ces plats simplissimes.

Ce dernier week-end, nous étions au chalet. Nous avons fait la route vendredi en après-midi. J’avais peut-être ingéré moins de nourriture qu’en requiert mon organisme, car à mi-parcours, au dépanneur de St-Michel-des-Saints, j’ai jugé prudent de m’acheter de quoi m’énergiser, à savoir un café de format géant que nous avons bu à deux, Denauzier et moi. J’y suis allée pour du mochaccino, mélangé à du café régulier, et j’ai versé de la crème froide afin que le mélange soit moins bouillant. J’en ai bu les deux tiers. Vers la fin du parcours, je me suis mise à penser qu’il y avait des arachides dans la glacière et qu’il allait être très agréable d’en manger une fois que nous serions rendus au chalet.

Se rendre au chalet, cependant, ne va pas sans un certain entraînement. Il faut d’abord prendre les bagages qui sont dans le camion, les déposer dans un traîneau que nous installons derrière la motoneige, sortir bien sûr la motoneige de la remorque, ne pas oublier chatonne qui miaule dans sa cage, et parcourir, tout ce beau monde, 4.4 km en ne roulant pas trop vite pour ne rien échapper. Je m’exprime au nous, mais c’est mon mari qui s’occupe de presque tout.

Je n’arrêtais pas de penser aux arachides, au fur et à mesure que nous nous approchions du chalet. Je n’étais pas sitôt arrivée que j’ouvrais le couvercle de la glacière pour en sortir le contenant. J’en ai pris deux ou trois bonnes grosses cuillérées que j’ai mastiquées lentement. Lorsque je manque ainsi de carburant, il n’y a pas de mots pour décrire à quel point mon sens du goût est développé. Qu’il s’agisse de n’importe quel aliment des quatre groupes alimentaires, mes papilles explosent de joie quand je me mets enfin quelque chose sous la dent.

Le lendemain, vers 15:00, nous sommes allés saluer nos voisins dehors autour d’un feu. Idem. En me rendant m’asseoir à la chaise qui m’était désignée, j’ai commencé à me sentir faible, l’esprit englué. Pourtant nous avions pris tardivement, Denauzier et moi, un déjeuner costaud que j’avais en outre couronné d’une banane. Je n’étais pas convaincue de me trouver dans les meilleures dispositions pour entamer une conversation. Sauf qu’on nous a servi du café dans des tasses de camping, accompagné d’un monticule de bouchées aux céréales, noix et chocolat faites maison. Le plus jeune des quatre garçons faisait le service des bouchées en présentant l’assiette devant nous. On se servait chacun notre tour. Sans me soucier le moins du monde de la bienséance, j’ai pris trois carrés d’un coup. J’ai été capable de n’en mettre qu’un seul à la fois dans ma bouche. Puis, j’ai demandé si je pouvais poursuivre ma dégustation, et bien entendu ma voisine m’a encouragée parce qu’elle est une bonne hôtesse.

J’ai eu l’impression que les bouchées me sauvaient la vie. J’ai eu une pensée pour les prisonniers sous-alimentés des camps de concentration. Comment diable pouvaient-ils tenir ? Sachant que je suis très gourmande, je suis incapable de trancher : est-ce que j’avais à ce point, et vendredi et samedi, besoin de manger ? Mystère et boule de gomme.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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