Jour 57

Je pose la question autrement, en lien avec la fin de mon texte d’hier : avoir décidé que je n’étais pas faible et que mon organisme ne traversait pas une période d’inconfort, aurais-je mangé avec autant d’appétit les arachides et les bouchées chocolatées ? Aurais-je eu besoin de les manger pour m’énergiser ? Avoir constaté que je n’en avais pas besoin, du moins pas tant que ça, aurais-je été capable d’en manger moins, car j’en ai mangé beaucoup ? Je n’arrive pas à déterminer, en somme, si je ne me cherche pas des raisons pour me justifier de commettre le péché de la gourmandise…

J’ai commencé une nouvelle toile de format carré, 36"X36". Le fond a reçu d’amples mouvements de spatule chargée d’acrylique rouge rose, et de vert végétation. Sur ce fond à deux tons, j’ai créé six masses, un peu semblables à des nuages. Je suis à l’étape de les densifier. Elles sont constituées d’une accumulation de e, la deuxième voyelle de l’alphabet, dans sa graphie manuscrite. Ou encore, si cela peut aider à mieux visualiser, d’une accumulation de rubans en forme de boucle qu’on associe à la lutte contre le cancer du sein.

J’ai commencé, avec un pinceau tout neuf, à tracer les e en bleu de cobalt. La patte de la voyelle est facile à tracer, mais ça se corse quand les lignes se croisent pour former la boule. Il faut que je repasse pour élargir le contour de la boule. Si je ne suis pas attentive, le e se met à ressembler à un l –qu’il faut ici être capable de se représenter en écriture manuscrite lui aussi.

J’ai regretté avoir opté pour ce pinceau neuf car il est trop large, alors quand j’ai entamé ma deuxième couche de e d’une autre couleur, un marron cramoisi, j’ai changé de pinceau.

J’ai trois couleurs d’accumulées : le bleu de cobalt, le marron, du jaune de mars. Pour chacune de ces couleurs et pour chacune des lettres tracées, il a fallu que je repasse deux fois car ma pâte acrylique ne couvrait pas assez bien. J’ai donc décidé de me préparer une couleur qui allait être plus opaque. J’y suis arrivée en mélangeant du blanc, du bleu, du marron, j’obtiens une presque pâte de couleur lilas. Je viens de tester et la couvrance est satisfaisante.

Au début, je me représentais très bien les masses sur la toile, et je travaillais en fonction de cette image mentale, mais plus ça va, et bien entendu je ne suis pas surprise, moins je sais vers quoi je m’en vais. Je peux simplement écrire que j’aime l’effet de la couleur lilas en quatrième couche. J’ajoute que je n’ai pas envie d’abandonner, si jamais je devais réaliser que mon projet ne donne rien d’intéressant. Je ne sais pas à quel moment je vais savoir si mon idée est bonne, ou bonne à rien ! Est-ce que j’aurai eu le temps de superposer huit couleurs de ma voyelle, au terme de plusieurs heures ? Je n’en ai aucune idée.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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