Jour 1 009

Je me rajeunis de trois ans.

Je me rajeunis de trois ans.

Pour me donner de meilleures chances d’avoir des abonnés qui me suivent, j’ai changé ma photo en éditant mon profil dans l’application Twitter. J’y suis allée pour la photo ci-contre, au lieu de celle où je porte un casque agricole sur la tête. Les gens qui ne me suivent pas sur Twitter ne peuvent pas savoir à quoi je ressemble avec mon casque agricole, et il est maintenant trop tard pour le savoir. J’y vais, donc, pour cette photo prise à Paris en janvier 2013. Ce faisant, je me rajeunis de trois ans. Je me trouve un peu pâlotte mais il faut dire que c’était l’hiver au moment de la photo et il faut dire que c’est le premier été, cette année, depuis je ne sais combien d’années, que je porte un hâle. Je reconnais mon ancienne monture de lunettes, je l’aime nettement plus que ma monture actuelle, mais l’ancienne monture est démantibulée et il n’y a plus aucune possibilité de pouvoir la reporter un jour. Pourtant, elle traîne encore dans mes tiroirs, moi qui n’ai pas l’habitude de conserver ce que je n’utilise plus. Telle que je me connais, je me suis peut-être dit que je devrais la conserver pour tenter d’en trouver une pareille dans les magasins. Et d’une chose à l’autre, je suis allée dans les magasins sans la vieille monture ! Je ne peux pas m’empêcher d’écrire que je porte mes boucles-d’oreilles et qu’à la même époque Emma portait les siennes, qui sont plus petites. Or, depuis plus d’un an, c’est Emma qui porte mes boucles-d’oreilles plus grosses et moi les siennes plus petites. On dirait que je porte une barrette qui me tire les cheveux un peu vers l’arrière, à gauche quand on regarde la photo. Ça apporte un petit air juvénile à mon atricure. L’élément majeur de la composition, c’est le foulard bleu qui prend toute la place. Je venais de l’acheter pour Clovis, avec qui je faisais le voyage. Je pensais qu’il aimerait avoir un peu une allure parisienne pendant notre séjour, mais Clovis est un abonné aux cols roulés, alors c’est moi qui ai porté le foulard.
Je me suis mise à la recherche d’une photo de moi-même tout à l’heure parce que j’ai écrit un article qui sera publié dans le journal Le Nouvel As, qui est le journal de l’Académie Antoine-Manseau. L’article relate l’événement Conventum qui a été au centre de mes pensées en mai et juin derniers. Je trouvais plutôt narcissique d’écrire cet article au je, mais je l’ai écrit au je quand même, pour mieux faire le lien ensuite entre mes appréhensions et celles des autres participants. Le responsable a bien aimé le texte que je lui ai fait parvenir par courriel et il m’a demandé si une photo de l’auteure ne pourrait pas accompagner le texte. J’ai cherché une photo qui a de l’allure, et je suis tombée sur celle ci-dessus, prise par Clovis. Je trouve qu’il a un bon œil de photographe.

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Jour 1 010

Hier, pour la première fois depuis qu’il nous a quittés il y a six ans, j’ai parlé à François. Cela s’est fait tout seul, sans que je sache à l’avance que ma bouche allait prononcer son prénom. Je pense, en fait, que je n’ai pas eu besoin de ma bouche parce que je me parlais intérieurement.
Je voudrais d’ores et déjà faire une parenthèse pour expliquer ce silence. Quand nous étions en couple, il me semblait qu’un rien agressait François, il me semblait qu’une petite contrariété de rien du tout avait vite fait de lui égratigner le cœur. Les relations avec les êtres humains, au-delà de toute chose, le bouleversaient. Alors, lorsqu’il s’est hissé vers une autre forme d’existence évanescente, en admettant qu’il existe une autre forme d’existence, j’ai pensé que son plus profond besoin et désir était d’expérimenter une liberté pure, sans entrave d’aucune sorte. Cette liberté, dans ma compréhension des choses, allait lui procurer la paix.
J’ai passé plusieurs heures dans la journée d’hier à prendre soin des hostas que m’a donnés tonton. J’étais accroupie et je les bichonnais avec de la bonne terre et je les couvrais de paillis et je taillais autour les herbes trop hautes. Ils prennent du mieux depuis que je les ai plantés en juillet dernier et cela me réconfortait. J’ai toujours peur que mes plantes soient malheureuses. J’ai toujours peur qu’elles ne soient pas d’accord avec moi quant à la place que j’ai choisie pour elles. Au bout d’un moment, ma brouette s’est trouvée pleine d’herbes et de feuilles sèches que je suis allée vider dans le bac de compostage. Pour ça, je dois monter la butte du terrain devant la maison et marcher sur le plat, couvert de petits graviers gris, jusqu’au bac. J’arrivais au bac lorsque les mots se sont manifestés dans ma personne. J’étais traversée par le sentiment dérangeant qui me taraude depuis quelques semaines et tout d’un coup je me suis adressée à François, lui disant à peu près :
– Si tu savais comme ce n’est plus comme avant !
Je faisais référence, bien sûr, non à l’ensemble de ma vie qui n’est plus du tout comme avant, du temps qu’il était vivant, que j’habitais à Montréal et que je travaillais à l’université. Je faisais référence à cet aspect précis de ma vie qui me taraude en ce moment.
Toute surprise de m’être adressée à lui, je me suis rappelé qu’habituellement, quand on parle aux morts, c’est pour leur demander quelque chose.
– Suis-je sur le point de lui demander quelque chose ?, me suis-je demandé avec une certaine appréhension.
– Non, me suis-je immédiatement répondu.
Je m’adressais à lui gratuitement, sans rien attendre en retour.
Il n’empêche que j’ai senti une douce connexion de velours m’habiter une seconde et, rassérénée, je suis retournée à mes hostas.

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Jour 1 011

Zéro pneumonie pour Hillary.

Zéro pneumonie pour Hillary.

J’ai rêvé que j’étais à l’hôpital. Les médecins, hommes et femmes, je pense qu’ils étaient trois, qui auraient dû normalement s’occuper de mon cas, préféraient faire des blagues et se parler entre eux. Pour leur couper la sifflette, pour les ramener à l’ordre, pour qu’on s’occupe des vraies affaires, je leur disais qu’on m’avait diagnostiqué un cancer, l’année précédente. Mon affirmation avait pour but de les amener à me confirmer qu’il n’en était rien puisque, pendant l’année qui venait de s’écouler, je m’étais portée comme un charme. Or, au contraire, une des trois personnes prenait enfin la peine de relever la tête, de me regarder, et me répondait qu’en effet des examens avaient décelé des zones anormalement chaudes dans mon système reproducteur, et qu’une note apparaissait à mon dossier à propos de cellules qui se reproduisaient de manière chaotique. C’est ma propre sifflette qui, du coup, se coupait tout net.
Devant un tel manque de sollicitude, d’attention et de délicatesse de la part du personnel médical, je choisissais, comme je le fais tout le temps, de me remettre en question : je me disais que j’avais tort de prendre la nouvelle avec sérieux et que, tout compte fait, tout le monde meurt. La mort comme simple formalité, la mort comme banalité consommée. J’excusais le comportement cavalier des médecins en réduisant à zéro l’impact émotif qu’aurait pu avoir sur moi l’annonce d’un tel diagnostic.
Ce n’est pas la première fois que je questionne, en rêve, ma propre émotivité. Je questionne l’utilité d’avoir des sentiments. Ce n’est pas commode d’en avoir parce que ça peut faire souffrir, mais ne pas en avoir me confine à un univers désertique dans lequel la vie, sans saveur, sans couleur, sans mouvement d’humeur, n’a aucune épaisseur. Ainsi, j’ai déjà rêvé que j’arrivais dans une ville nouvelle, un lieu touristique où normalement on prend plaisir à flâner. Je m’y sentais mal parce que je circulais parmi des automates insensibles à leur environnement. Dans la même veine, j’ai déjà rêvé aussi que je faisais un accident de voiture. Il ne me restait plus, pour aller chercher du secours, et n’étant heureusement pas blessée, qu’à marcher une longue distance qui s’étalait devant moi, pieds nus dans la neige.
– C’est ça le problème, me disais-je en marchant, être pieds nus dans la neige. On peut faire tous les accidents qu’on veut, ajoutais-je encore, ce n’est pas grave s’ils se soldent par une absence de blessure. Mais c’est quand même embêtant, concluais-je, d’avoir à marcher pieds nus sur une longue distance.
On peut se geler les pieds au point de se les faire amputer.
J’ai rêvé aussi la nuit dernière, cela me revient, que le chef d’une tribu faisait vivre son village dans un amphithéâtre, dans un espace clos, coupé de son milieu naturel. Les gens s’ennuyaient et espéraient une amélioration de leur sort, sans en vouloir cependant à leur chef.
– À bien y penser, disait ce dernier au bout d’un moment de réflexion, j’accepte d’aller vivre dans la nature, là où mon peuple a l’habitude de pêcher. Quant à moi, je déteste la pêche, mais je vais m’adapter.
Encore ici, le chef, en tant que protagoniste principal, nie ses besoins pour favoriser ceux des autres.
Je me demande si mon rêve de la nuit dernière n’a pas été en partie suscité par l’annonce de la pneumonie d’Hillary. Elle souffre semble-t-il d’une pneumonie de rien du tout, causée par un verre d’eau manquant, ou deux verres à la limite, s’étant trouvée déshydratée. Cette femme est habitée par le désir de régner. Elle n’habite pas son corps. Son corps ne reçoit rien qui provienne d’elle. Il doit obéir aux impératifs désincarnés du désir de régner. Hillary sera sur le piton dès mercredi –ou jeudi peut-on lire dans les médias–, peut-être un peu plus maquillée, aussi souriante que d’habitude, bien qu’aussi peu expressive que les automates et autres formes de robots.

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Jour 1 012

La belle France Gall.

La belle France Gall. Les Sucettes.

Nous sommes le 12 septembre et j’en suis au texte du jour 1 012. Je consulte les accès à mon site, tôt ce matin, et j’obtiens 12 accès.
– Tu n’oublieras pas ton rendez-vous avec le technicien, me rappelle mon mari alors que je prépare mon café.
– C’est à quelle heure ?
– À 12h00.
Je désire effectivement rencontrer le technicien en informatique, au village, pour régler toutes sortes de petits problèmes que je n’arrive pas à régler moi-même sur mon ordinateur.
Cette répétition du chiffre 12 me donne envie d’en faire le thème du texte d’aujourd’hui.
La première idée qui me vient à l’esprit, c’est que j’avais 12 ans quand j’ai commencé l’école secondaire. L’idée qui s’enchaîne aussitôt, c’est qu’à 12 ans j’avais déjà embrassé un garçon, pendant mes vacances d’été. Il avait six ans de plus que moi, donc la moitié de 12. C’était un grand gaillard timide qui parlait en paraboles, comme le Christ qui était entouré de 12 apôtres. Il m’avait demandé, alors que nous déambulions sur le terrain de jeu, au camp de vacances où il travaillait comme moniteur, si je désirais me rendre dans sa chambre manger des caramels. Sa chambre, je m’en souviens, portait le numéro 12. J’étais à cette époque-là, je l’ai écrit récemment, préoccupée par l’ampleur de mon poids de 114 livres. Aller manger des caramels ne pouvait pas vraiment me tenter, mais j’ai accepté sa proposition en me disant que j’allais n’en manger qu’un. Je ne me doutais pas une seconde qu’il voulait m’embrasser. Je me suis rendu compte que les caramels ne l’intéressaient pas à peine étions-nous entrés dans sa chambrette. Il m’avait littéralement jetée sur sa couchette. Je ne me rappelle pas avoir ressenti grand-chose, sur le plan de la chimie amoureuse. Mais j’étais contente d’avoir dans ma vie, dorénavant, cette nouvelle expérience qui venait combler mes rêveries de jeune adolescente.
Ma naïveté par rapport aux caramels me fait penser à celle de France Gall, qui s’était fait offrir par Serge Gainsbourg la chanson Les Sucettes. La chanteuse n’y a vu que l’histoire au premier degré d’une fillette qui aime les sucettes… alors que c’est l’histoire d’une fellation ! Je n’aurais pas voulu être à sa place lorsqu’elle s’en est rendu compte.
Donc, à 12 ans, j’entre à l’école secondaire et le hasard m’amène à la salle de musique où je m’initie à la guitare. La mienne avait six cordes, mais il en existe à 12 cordes qui offrent plus de possibilités sur le plan des harmoniques. Serge Fiori, semble-t-il, en a toute une collection. Justement à l’époque de mes 12 ans, nous écoutions le 33 tours de Shawn Phillips, qui jouait lui aussi, je pense, sur une guitare 12 cordes. Il est venu en tournée au Québec l’hiver dernier et s’est produit à la petite église de Ste-Marcelline. Je n’ai pas su si sa prestation avait été appréciée.
Je remarque –sans rapport aucun avec le chiffre 12– la répétition amusante, dans la phrase qui précède, des trois mots su si sa.
Je termine avec notre dîner : une crème de maïs, délicieuse, faite en partie pour venir à bout des épis déjà cuits qu’il restait de notre épluchette, c’était il y a neuf jours. Je sors le sac Ziploc du frigo pour y prendre les épis, et j’en trouve 12.

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Jour 1 013

Les voisines du jeune homme solitaire joueur de hockey.

Les voisines du jeune homme solitaire joueur de hockey.

J’ai tendance à penser que Simone de Beauvoir, qui a frayé avec la faune intellectuelle du Paris de l’après-guerre et particulièrement des existentialistes, a plus de choses à raconter que moi. Elle ne se demanderait jamais quoi écrire si elle avait un texte par jour à publier. Il est très érudite, cela procure beaucoup de connaissances dans lesquelles aller puiser. En outre, elle a beaucoup voyagé. Elle est parfaitement bilingue. Elle connaît plein de gens. J’en parle au présent alors qu’elle est morte à soixante-dix-huit ans il y a trente ans, en 1986.
Cela dit, on peut avoir une vie très riche autrement qu’en voyageant et qu’en lisant tout le temps. Lorsque nous passons devant la maison de notre voisin, mon mari et moi, comme nous l’avons fait ce soir pour aller souper chez la fille de mon mari à Lavaltrie, on trouve presque à chaque fois un jeune homme dehors dans la cour, je dirais un jeune homme de 11 ans. Il se tient, été comme hiver, à proximité d’un filet de hockey et joue tout seul avec une rondelle ou une balle et bien sûr un bâton. En fin d’après-midi aujourd’hui, il faisait rebondir une balle de tennis verte sur la palette de son bâton lorsque nous sommes passés en voiture. Denauzier souhaite que ce jeune homme fasse partie un jour d’une ligue nationale, il me le dit souvent, il me l’a dit encore aujourd’hui.
– Tout se passe dans sa tête, ai-je répondu.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?, m’a demandé mon mari.
– Ce garçon passe des heures dehors, tout seul. Il aura vécu une enfance solitaire, en dehors des heures de classe. Forcément, il est le seul à connaître les fantaisies et les pensées qui lui passent par la tête pendant qu’il joue avec sa balle et son bâton. Il ne les partage pas avec un ami. Il ne les exprime pas en mots. Il se crée peut-être des histoires abracadabrantes et nul ne le sait. Comme il est seul, il n’est pas contrarié, il n’est pas interrompu par les actions, les réactions des autres. Ses histoires se déroulent tels de longs fils, il est peut-être à mille lieues de la cour de la maison, en ce moment.
– Il est peut-être malheureux comme une pierre à l’intérieur, suggère mon mari, à cause du climat familial, alors il préfère être dehors.
– À ce moment-là, il élabore des histoires violentes dans lesquelles il tue ses parents.
– Ou un des deux, précise Denauzier. Il aime peut-être sa mère à la folie et déteste son père. Ou l’inverse.
– Dans tous les cas, qu’il soit heureux ou non à la maison, on sait qu’il joue dehors tout seul à longueur d’année. Il y a de fortes chances que son imaginaire le transporte ailleurs et lui fasse vivre mille aventures…
– Remarque, c’est peut-être son choix d’être seul. Il y a d’autres garçons du même âge dans les environs, me dit Denauzier.
– Là où je veux en venir, dis-je encore à mon mari, parlant à mon mari mais préparant le texte de mon blogue en même temps, c’est qu’on peut avoir des choses, plein de choses dans la tête qui ne demandent qu’à s’exprimer, même si on mène une vie simple, en campagne, loin des élites…
– C’est clair !, conclut mon mari.

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Jour 1 014

Avant de lire le tome II, j'ai envie de lire Les mémoires d'une jeune fille rangée.

Avant de lire le tome II, j’ai envie de lire Les mémoires d’une jeune fille rangée.

La récréation est terminée. J’ai publié ces derniers jours le récit de mes aventures aux Îles-de-la-Madeleine, le récit de la pêche pas de poisson à la Manawan, récit encore de l’épluchette qui venait clore la saison estivale, et je me suis même lancée dans le récit des travaux que nous avons faits à quatre pattes sur le béton dans le sous-sol du logement de Montréal. J’oubliais le récit un peu effleuré du décès de tonton le 15 août dernier. Et le récit de mes aventures de pêche au Témiscamingue lorsque j’ai attrapé, au sein de notre groupe d’experts pêcheurs, le plus gros doré de la journée, moi qui n’avais jamais pêché. Il est temps maintenant de revenir aux choses sérieuses, de revenir à l’essentiel. Cet essentiel est très bien exprimé par Simone de Beauvoir dans La force des choses : « Je continuais à fréquenter la Nationale ; c’est un plaisir et un repos de se remplir les yeux avec des mots qui existent déjà, au lieu d’arracher des phrases au vide. »
C’est lorsque j’arrache des phrases au vide, lorsque j’obtiens un texte de 500 mots en ne sachant pas dès l’abord, fixant mon écran d’ordinateur, ce qui viendra noircir mon écran, c’est dans ces conditions seulement qu’il me semble avoir accompli un bon travail d’écriture. Il faut que je sois surprise par le contenu et non pas que je connaisse le contenu à l’avance. Il faut que j’improvise. Il faut que je sois en train de marcher sur un fil suspendu au-dessus du vide.
Quand elle arrache des phrases au vide, Simone réussit à écrire des romans et des essais féministes. Je réussis tout juste à dépeindre un événement que je n’avais pas vu venir fixant mon écran, ou encore je réussis tout juste à me gargariser de questions qui me tournaillent dans tous les sens dans le gorgoton et auxquelles je ne trouve pas de réponse. Je me suis un peu plus sérieusement demandé, à cet égard, pendant mes vacances récentes qui ne m’ont pas permis d’écrire avec régularité, je me suis demandé s’il ne convenait pas que je termine mon projet bloguéen avant la fin, prévue dans 4,6 années. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’arrêterais : peut-être pour me donner plus de temps pour faire des activités physiques, dans la mesure où l’écriture me tient assise souvent toute une matinée, et dans la mesure où l’augmentation de mon poids me préoccupe. On me demanderait alors, au fil de mes rencontres, comment se porte mon blogue, et je répondrais que je l’ai abandonné. Pourquoi ?, serait la question immédiate. Pour bouger plus, serait la réponse. Ce n’est pas convaincant. Je serais en outre blessée dans mon orgueil d’avoir abandonné. Si j’arrêtais, ce serait parce que je n’en peux plus de presser le citron pour en faire sortir du jus, découvrant que le citron est sec. Or, il me semble qu’un citron sec, ça n’existe pas, en ce sens que c’est le principe même de la vie sur terre que de créer. Mon problème se situe peut-être à ce niveau : je suis habitée par le besoin de créer, donc je crée, mais je ne me préoccupe pas tellement de l’aspect, de la qualité, de l’organisation, de la solidité de ma création. Mais en même temps c’est faux. J’essaie presque toujours d’agencer les mots d’une manière qui me plaît…
Ou alors il se passe ceci : on me demanderait pourquoi j’ai arrêté mon blogue, je répondrais que c’est pour bouger plus, et on me répondrait qu’on me comprend, et, même, qu’il était temps !

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Jour 1 015

Un appareil Shop-Vac pour les gros travaux

Un appareil Shop-Vac pour les gros travaux

Retour sur la journée d’hier mercredi que nous avons passée à Montréal. C’est un passé récent. J’ai mal partout aujourd’hui pour avoir arraché du tapis dans le sous-sol du grand logement de Notre-Dame-de-Grâce par une des journées les plus humides de l’été. Pendant que nous travaillions au sous-sol, avec le nouveau locataire qui est un homme charmant, d’autres hommes installaient des fenêtres dans toutes les pièces du rez-de-chaussée. Bien entendu, comme la maison est vieille, l’installation s’est soldée par la chute d’une bonne vingtaine de briques dans les plants d’échinacées. Heureusement, les installateurs étaient au courant qu’il n’y avait pas de linteau. Ils ont été prudents et se sont arrangés pour ne pas se mettre la tête là où les briques sont tombées.
Nous sommes arrivés à 10h30, et sommes repartis à 17h30. Nous n’avons pas dîné, à peine bu un verre d’eau, et travaillé sans arrêt. J’aime ces épreuves physiques parce que je ne me sens pas avoir mon âge. Je me sens avoir mon âge le lendemain. Je portais un short McKinley très souple car je savais que j’allais être amenée à bouger beaucoup, et un t-shirt que m’a donné un ami de Denauzier, je dirais que c’était la première fois depuis des mois que je portais un t-shirt. Avec mes basquettes et mes chaussettes, je ressemblais à une petite fille. Il y avait sous le tapis une quantité impressionnante de poussière que j’ai tenté d’enlever avec un appareil Shop-Vac qui fonctionnait mal. Autant dire que j’ai lancé autant de poussière dans l’air que j’ai essayé d’en ramasser dans le sac de l’aspirateur. Il n’y a rien de pire que de travailler avec les mauvais outils, ou plutôt avec des outils en mauvais état. Cette expérience nous a amenés, mon mari et moi, à discuter de l’achat éventuel d’un nouvel appareil Shop-Vac. Je m’intéresse à celui qui apparaît en photo ci-dessus.
À la fin de la journée, je pense pouvoir dire que je ne m’étais jamais sentie aussi sale de ma vie.
– On pourrait aller se baigner chez les Pattes d’ours, ai-je dit à mon mari alors que nous montions en voiture pour rentrer à la maison.
– Surtout qu’il m’a laissé un message pour nous inviter à y aller, a répondu mon mari.
– Nous pourrions acheter une pizza ?
– Et de la bière froide.
Ainsi fut-il dit et fait. Nous avons mangé avant de nous baigner. Lorsque je me suis enfin glissée dans l’eau de la piscine, portant le maillot de bain de la fille de ma belle-sœur, je me suis sentie vivre la minute de bonheur de Will Smith dans le film The pursuit of happyness.
J’étais probablement trop fatiguée pour manger la pizza délicieuse mais grasse et hyper salée, sur un estomac vide. Je me suis réveillée en pleine nuit pour boire de l’eau. Puis encore réveillée aussi assoiffée. J’ai fini par descendre et m’asseoir quelques minutes pour boire une canette de Ginger Ale. Avant de remonter, l’idée saugrenue de me peser m’est passée par la tête, le résultat risquait d’être intéressant puisque je n’avais pas dîné et quand même assez peu, mais mal, soupé. Je pesais, à trois heures du matin, 133,2 livres.
– Je rêve, me suis-je dit en remontant l’escalier.
Pour laisser planer le doute, je ne me suis pas pesée ce matin.

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