Jour 1 013

Les voisines du jeune homme solitaire joueur de hockey.

Les voisines du jeune homme solitaire joueur de hockey.

J’ai tendance à penser que Simone de Beauvoir, qui a frayé avec la faune intellectuelle du Paris de l’après-guerre et particulièrement des existentialistes, a plus de choses à raconter que moi. Elle ne se demanderait jamais quoi écrire si elle avait un texte par jour à publier. Il est très érudite, cela procure beaucoup de connaissances dans lesquelles aller puiser. En outre, elle a beaucoup voyagé. Elle est parfaitement bilingue. Elle connaît plein de gens. J’en parle au présent alors qu’elle est morte à soixante-dix-huit ans il y a trente ans, en 1986.
Cela dit, on peut avoir une vie très riche autrement qu’en voyageant et qu’en lisant tout le temps. Lorsque nous passons devant la maison de notre voisin, mon mari et moi, comme nous l’avons fait ce soir pour aller souper chez la fille de mon mari à Lavaltrie, on trouve presque à chaque fois un jeune homme dehors dans la cour, je dirais un jeune homme de 11 ans. Il se tient, été comme hiver, à proximité d’un filet de hockey et joue tout seul avec une rondelle ou une balle et bien sûr un bâton. En fin d’après-midi aujourd’hui, il faisait rebondir une balle de tennis verte sur la palette de son bâton lorsque nous sommes passés en voiture. Denauzier souhaite que ce jeune homme fasse partie un jour d’une ligue nationale, il me le dit souvent, il me l’a dit encore aujourd’hui.
– Tout se passe dans sa tête, ai-je répondu.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?, m’a demandé mon mari.
– Ce garçon passe des heures dehors, tout seul. Il aura vécu une enfance solitaire, en dehors des heures de classe. Forcément, il est le seul à connaître les fantaisies et les pensées qui lui passent par la tête pendant qu’il joue avec sa balle et son bâton. Il ne les partage pas avec un ami. Il ne les exprime pas en mots. Il se crée peut-être des histoires abracadabrantes et nul ne le sait. Comme il est seul, il n’est pas contrarié, il n’est pas interrompu par les actions, les réactions des autres. Ses histoires se déroulent tels de longs fils, il est peut-être à mille lieues de la cour de la maison, en ce moment.
– Il est peut-être malheureux comme une pierre à l’intérieur, suggère mon mari, à cause du climat familial, alors il préfère être dehors.
– À ce moment-là, il élabore des histoires violentes dans lesquelles il tue ses parents.
– Ou un des deux, précise Denauzier. Il aime peut-être sa mère à la folie et déteste son père. Ou l’inverse.
– Dans tous les cas, qu’il soit heureux ou non à la maison, on sait qu’il joue dehors tout seul à longueur d’année. Il y a de fortes chances que son imaginaire le transporte ailleurs et lui fasse vivre mille aventures…
– Remarque, c’est peut-être son choix d’être seul. Il y a d’autres garçons du même âge dans les environs, me dit Denauzier.
– Là où je veux en venir, dis-je encore à mon mari, parlant à mon mari mais préparant le texte de mon blogue en même temps, c’est qu’on peut avoir des choses, plein de choses dans la tête qui ne demandent qu’à s’exprimer, même si on mène une vie simple, en campagne, loin des élites…
– C’est clair !, conclut mon mari.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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