Jour 1 011

Zéro pneumonie pour Hillary.

Zéro pneumonie pour Hillary.

J’ai rêvé que j’étais à l’hôpital. Les médecins, hommes et femmes, je pense qu’ils étaient trois, qui auraient dû normalement s’occuper de mon cas, préféraient faire des blagues et se parler entre eux. Pour leur couper la sifflette, pour les ramener à l’ordre, pour qu’on s’occupe des vraies affaires, je leur disais qu’on m’avait diagnostiqué un cancer, l’année précédente. Mon affirmation avait pour but de les amener à me confirmer qu’il n’en était rien puisque, pendant l’année qui venait de s’écouler, je m’étais portée comme un charme. Or, au contraire, une des trois personnes prenait enfin la peine de relever la tête, de me regarder, et me répondait qu’en effet des examens avaient décelé des zones anormalement chaudes dans mon système reproducteur, et qu’une note apparaissait à mon dossier à propos de cellules qui se reproduisaient de manière chaotique. C’est ma propre sifflette qui, du coup, se coupait tout net.
Devant un tel manque de sollicitude, d’attention et de délicatesse de la part du personnel médical, je choisissais, comme je le fais tout le temps, de me remettre en question : je me disais que j’avais tort de prendre la nouvelle avec sérieux et que, tout compte fait, tout le monde meurt. La mort comme simple formalité, la mort comme banalité consommée. J’excusais le comportement cavalier des médecins en réduisant à zéro l’impact émotif qu’aurait pu avoir sur moi l’annonce d’un tel diagnostic.
Ce n’est pas la première fois que je questionne, en rêve, ma propre émotivité. Je questionne l’utilité d’avoir des sentiments. Ce n’est pas commode d’en avoir parce que ça peut faire souffrir, mais ne pas en avoir me confine à un univers désertique dans lequel la vie, sans saveur, sans couleur, sans mouvement d’humeur, n’a aucune épaisseur. Ainsi, j’ai déjà rêvé que j’arrivais dans une ville nouvelle, un lieu touristique où normalement on prend plaisir à flâner. Je m’y sentais mal parce que je circulais parmi des automates insensibles à leur environnement. Dans la même veine, j’ai déjà rêvé aussi que je faisais un accident de voiture. Il ne me restait plus, pour aller chercher du secours, et n’étant heureusement pas blessée, qu’à marcher une longue distance qui s’étalait devant moi, pieds nus dans la neige.
– C’est ça le problème, me disais-je en marchant, être pieds nus dans la neige. On peut faire tous les accidents qu’on veut, ajoutais-je encore, ce n’est pas grave s’ils se soldent par une absence de blessure. Mais c’est quand même embêtant, concluais-je, d’avoir à marcher pieds nus sur une longue distance.
On peut se geler les pieds au point de se les faire amputer.
J’ai rêvé aussi la nuit dernière, cela me revient, que le chef d’une tribu faisait vivre son village dans un amphithéâtre, dans un espace clos, coupé de son milieu naturel. Les gens s’ennuyaient et espéraient une amélioration de leur sort, sans en vouloir cependant à leur chef.
– À bien y penser, disait ce dernier au bout d’un moment de réflexion, j’accepte d’aller vivre dans la nature, là où mon peuple a l’habitude de pêcher. Quant à moi, je déteste la pêche, mais je vais m’adapter.
Encore ici, le chef, en tant que protagoniste principal, nie ses besoins pour favoriser ceux des autres.
Je me demande si mon rêve de la nuit dernière n’a pas été en partie suscité par l’annonce de la pneumonie d’Hillary. Elle souffre semble-t-il d’une pneumonie de rien du tout, causée par un verre d’eau manquant, ou deux verres à la limite, s’étant trouvée déshydratée. Cette femme est habitée par le désir de régner. Elle n’habite pas son corps. Son corps ne reçoit rien qui provienne d’elle. Il doit obéir aux impératifs désincarnés du désir de régner. Hillary sera sur le piton dès mercredi –ou jeudi peut-on lire dans les médias–, peut-être un peu plus maquillée, aussi souriante que d’habitude, bien qu’aussi peu expressive que les automates et autres formes de robots.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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