Badouzienne 25

Anna Karina habillée en Chanel –et ne portant probablement pas des ballerines ?

Mon mari aime les films qui mettent en vedette des personnages virils, interprétés par exemple par Keanu Reeves, ou Liam Neeson, ou Matt Damon. Des personnages dont on est assuré, peu importe ce qui leur arrive, qu’ils vont gagner leur cause, quitte à vivre avec la mini conséquence d’avoir reçu huit balles dans l’abdomen, autant de balles qui n’empêcheront pas le héros, bien sûr, de continuer sa route, sans même marcher plus lentement, bien qu’il doive appuyer fort d’une main sur la plaie béante qui répand sa couleur rouge à ses vêtements.

Je les écoute aussi volontiers, ces films violents, car ils ne me procurent aucune once d’inquiétude, de tension. Quand ça bardasse trop, je me contente de fermer les yeux et mon mari, sans même que je le lui demande, baisse le son.

Récemment, pour commémorer la carrière et la personnalité de Jean-Paul Belmondo, la chaîne TFO a diffusé le film Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard. Je surveillais du coin de l’oeil si mon mari n’était pas en train de s’endormir, et il ne l’était pas. Je pense qu’il était piqué par la curiosité :
– Chérie, m’a-t-il demandé, est-ce que tu y comprends quelque chose ?
– Bien sûr que non, ai-je répondu. Je comprends seulement que le mouvement de la Nouvelle Vague des années soixante, en France, a donné naissance à toutes sortes d’oeuvres qui ne s’appuient pas sur les procédés habituels de la narration. Je comprends que le film, ici, s’avère avant tout une recherche, une expérimentation artistique… dans la même veine que Robbe-Grillet. Je trouve cependant que Godard est plus poétique que Robbe-Grillet. Ici, il est fait abondamment référence à Arthur Rimbaud, à Élie Faure, à Nicolas de Staël, à l’enfance…
– Et Robbe-Grillet ?
– Ah ! Robbe-Grillet explorait surtout l’univers sexuel.

J’ai répondu tout ça en constatant que Anna Karina n’arrête pas de bouger, de sautiller, dans les situations où se déploient nos deux héros. Elle marche telle une équilibriste sur une remorque inclinée tirée par une charrue, elle saute dans une voiture en marche, elle court dans la forêt sans craindre les cailloux et autres aspérités, tout ça en ne bénéficiant pas de bonnes chaussures qui protègent l’arche du pied et les articulations. Elle fait toute sa gymnastique pieds nus dans ses ballerines ! Ouille !

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Badouzienne 24

Pour aider ma cause, un peu de rose sur mes lèvres ne peut pas faire de tort !

Dans un éclair de génie, j’ai pensé qu’il s’agissait de Ginette Bellavance. Or, Ginette Bellavance est une musicienne, d’après ma recherche googléenne, alors que je cherche le nom d’une auteure. Je cherche le nom d’une auteure jeunesse, et de son personnage, à savoir une fillette de six sept ans, dont nous avons, Emmanuelle et moi, suivi autrefois les aventures.

Ginette Anfousse ! Voilà, ça me revient ! Le nom du personnage maintenant ? Facile ! Jiji !

Un jour, dans l’album intitulé L’école, l’enseignante demande aux élèves s’ils connaissent leur numéro de téléphone à la maison. Quand arrive son tour, Jiji est la première surprise de ne pas s’en rappeler, mais l’enseignante lui vient en aide en déposant devant elle un appareil jouet. Jiji découvre alors que ses doigts, eux, sont capables de composer le numéro, à la seule vue des chiffres sur les touches du clavier.

C’est à ça que je veux en venir, à la référence aux doigts. Lorsque j’ai fait enlever mes agrafes dans le cuir chevelu, la semaine dernière, le neurochirurgien m’a dit que je pourrais me laver les cheveux dès le lendemain si je le désirais.
– Tes doigts, a-t-il précisé, car c’est un spécialiste qui tutoie ses patients, vont savoir instinctivement où appuyer et ne pas appuyer.
Eh bien !, c’est en plein ça qui s’est passé. Ce matin, après mon café, n’écoutant que mon courage, je suis allée sous la douche. J’ai fait deux shampooings, j’ai appliqué ensuite du revitalisant, je me suis brossé la tignasse, j’ai perdu énormément de cheveux, je n’ai ressenti aucun inconfort, j’ai même été capable de fixer une pince pour obtenir un semblant de chignon, et me voilà arborant une tête à peu près normale.

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Badouzienne 23

Peu de temps après mon retour à la maison, j’ai envisagé de créer un tableau qui aurait regroupé les données liées au suivi de ma convalescence. Dans la mesure où on peut penser que mon hémorragie cérébrale aurait été causée par une quantité trop élevée de Coumadin dans mon sang, et dans la mesure aussi où certains aliments diminuent, ou augmentent, l’effet du Coumadin, une partie importante du projet de tableau aurait été consacrée à l’énumération des aliments qui auraient été consommés à chacun de mes trois repas par jour.

L’exercice n’était pas tellement nécessaire et consistait surtout à me distraire, m’occuper, m’amuser pendant que je n’ai pas la force de faire grand-chose. Je sais en effet quels aliments doivent être consommés avec modération, à savoir les épinards, le brocoli, le chou, les asperges, car ils diminuent l’effet du Coumadin. Je sais aussi bien sûr quel aliment doit être consommé de manière restreinte mais pour la raison inverse, à savoir qu’il augmente l’effet du Coumadin. En fait, il ne s’agit pas d’un aliment mais de la grande famille, liquide, de l’alcool.

Après avoir vécu ce que j’ai vécu, il va de soi que je n’ai pas envie de tremper mes lèvres dans une coupe de vin car ce dernier rend le sang plus clair. Je n’ai pas envie non plus de manger les légumes verts ci-mentionnés car ils nuisent à l’obtention de résultats stables au fur et à mesure des tests auxquels je dois me soumettre, aux deux jours, à la pharmacie.

Toujours est-il que plus je pensais à mon affaire, plus je trouvais que mon tableau n’allait pas être tellement utile. Mais je voyais quand même d’un bon oeil l’ajout des données Tension artérielle, Pouls, Température. Nous avons une petite machine qui enregistre ces données à la maison.

Puis, dans un moment de complet égarement, j’ai eu l’idée saugrenue d’ajouter une colonne à mon projet d’architecture qui aurait été consacrée à mon poids, le matin à jeun. Pour répondre aux exigences de mon entrée de données journalières, il aurait alors fallu que je me pèse, avant même d’avaler une première gorgée de café. Il aurait fallu en outre que je me soumette à la stupeur de me trouver chaque jour plus lourde puisque je ne bouge pas et puisque je dois manger quand je me sens faible, n’ayant aucune réserve en ce moment et pour peut-être encore un certain temps.

L’idée d’ajouter mon poids, en fin de compte, a été salvatrice, elle m’a convaincue de ne pas me lancer dans l’aventure. Je mange, je digère, je m’étends, je marche un peu, j’écris, je lis des articles de journaux sur mon téléphone. Je bois du thé. Et ça s’arrête là !

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Badouzienne 22

Je me rends compte que je ne suis pas loin d’emprunter une pente glissante qui pourrait me faire plus de mal que de bien. Je me suis remise à l’écriture de mes textes, à mon retour de l’hôpital. Or, après en avoir écrit seulement deux, les numéros 20 et 21, j’ai commencé à me faire du souci, à me demander si j’allais être capable d’écrire encore. Je me suis dès lors récité des phrases qui auraient pu constituer les débuts d’un nouveau texte, en ressentant toutefois que mes agencements de mots ne me plaisaient pas, ne me convainquaient pas, me faisaient craindre, même, de ne pas y arriver, dès que je caressais une formulation un peu plus complexe que le sujet-verbe-complément.

Autrement dit, si je désire que l’écriture me fasse du bien, il faut que je me calme les nerfs et que j’y aille une marche à la fois !

La marche que je gravis aujourd’hui m’amène à l’infirmier de nuit, Mohammed, que j’ai fait venir à ma chambre dans les premiers temps de mon séjour à l’hôpital cinq étoiles. Il était une heure du matin. La faim me tenaillait et je savais que je n’aurais pas la force d’attendre encore un bon sept heures avant de manger le petit-déjeuner aux environs de 8:30. Donc j’ai sonné et au bout d’un moment Mohammed est arrivé.
– J’ai terriblement faim, lui ai-je dit, pourriez-vous me trouver quelque chose à manger ?
– Vous savez que nous sommes en pleine nuit ?, a-t-il voulu vérifier.
– Oui, mais pour pouvoir me rendormir, il faudrait que je mange quelque chose.
– Je vais aller voir ce que je peux trouver, et je vous reviens.

Pendant son absence, me rappelant que j’avais mis à la poubelle, bien recouverte de papier d’aluminium, une tranche de pain que je n’avais pas consommée au repas du soir, je me suis levée, traînant mon sac de soluté sur sa tige à roulettes, pour aller fouiller dans la poubelle. Ça vous donne une idée à quel point j’avais faim. J’ai eu le temps de l’avaler, plutôt goulûment, avant le retour de Mohammed dont les mains étaient chargées de trésors : des céréales Cheerios et du lait, une banane, un bout de fromage, des biscuits secs. Je ne sais pas s’il s’est rendu compte à quel point mes batteries étaient à plat, mais j’ai constaté avec ravissement qu’il s’empressait d’ouvrir les emballages, me tendant même directement la banane dont il avait enlevé la peau, plutôt que de la déposer sur l’assiette de carton qu’il avait aussi apportée.
– Hum ! C’est merveilleux !, me suis-je exclamée en mastiquant la banane.
– Essayez de ne pas manger trop vite !, fut la recommandation de mon ami Mohammed.

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Badouzienne 21

Exemple ici d’un souper avec purée de pommes de terre protéinée

-Bonjour Mme Longpré, m’a dit le pharmacien tout à l’heure. Comment allez-vous ?
-Dans les circonstances, je dirais que ça va bien, ai-je répondu.
-Que voulez-vous dire par circonstances ?
-Elle arrive de l’hôpital pour le traitement d’une hémorragie cérébrale, a répondu l’infirmière qui était en train de piquer mon doigt afin d’en extraire une goutte de sang pour en calibrer l’épaisseur.
-C’est donc comme ça que ça s’appelle, ce que j’ai eu, une hémorragie cérébrale, me suis-je dit en remerciant intérieurement l’infirmière.

Encore ce matin, une amie m’a demandé ce qui m’avait amenée à l’hôpital et à défaut de savoir que j’avais été victime d’une hémorragie cérébrale, je lui ai expliqué par une lourde paraphrase que du sang s’était logé entre ma boîte crânienne et mon cerveau et que ça m’avait fait mal en titi !

Les médecins m’ont d’abord dit que le Coumadin était à l’origine du problème, mais d’autres ensuite m’ont dit qu’il était possible que l’on ne sache jamais pourquoi cet événement s’était produit. Bien entendu, on ne peut pas savoir s’il se répétera, ou pas.

Hier après l’écriture de mon texte j’ai eu mal à la tête, alors je vais décrire le contenu de mon plateau du petit-déjeuner et après je vais m’arrêter.

Ma grande frustration matinale, dans mon hôtel cinq étoiles, était de devoir me contenter d’un café tiède, servi dans une tasse en plastique de couleur marine. J’y trempais mes lèvres dès que je le recevais. Parallèlement, je me battais avec la boîte de carton de format individuel de mes céréales All-Bran, de même qu’avec le berlingot de lait dont je devais ouvrir le bec. Puis, sans goûter aux céréales, je me battais avec cette fois le sachet de cellophane qui contenait les ustensiles, pour en sortir la cuiller bien entendu, destinée aux céréales, et le couteau car j’avais aussi sur mon plateau deux tranches de pain, de la margarine, de la confiture, et un rectangle de fromage cheddar. J’utilisais tous ces ingrédients pour me confectionner un sandwich que j’avais le plus grand mal ensuite à couper en deux parts. Une fois en place tous les éléments de mon menu, et sans vouloir m’attarder au fait que mon café était déjà terminé, je commençais à mastiquer et à savourer mon début de journée !

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Badouzienne 20

Hôpital du Sacré-Coeur le 4 septembre dernier

Je mise sur mon état diminué pour écrire des textes diminués eux aussi. Plutôt que d’y aller comme je l’ai fait ces dernières années pour un total quotidien de 500 mots, je vais me laisser balancer entre 150 et 200 mots.

Je ne sais pas trop par quoi commencer. Ce matin, je faisais le point dans ma tête quant aux escapades qui ont égayé mon été. Alors je vais commencer par l’énumération de ces dernières : 1. un séjour de camping de luxe dans une maison remorque au grand lac Victoria, en Abitibi, fin juin, autour du thème de l’enfance puisque nous y étions entourés de trois jeunes, deux garçons une fille, âgés entre cinq et trois ans; 2. Ah ! mon inénarrable séjour en Ontario, à la campagne dans la région de Parry Sound et à Toronto, autour du thème de la liberté puisque j’ai fait la route en compagnie de moi-même dans une sorte d’exultation à me trouver si bonne d’atteindre mes destinations sans aucun problème, au seul son de la voix de mon GPS; 3. Début août, un séjour d’une semaine en Abitibi encore, autour du thème de la canicule et de la piscine, chez le fils de Denauzier; 4. Une semaine au lac Miroir, encore une fois dans une chaleur éprouvante, mais heureusement les nuits sont fraîches dans ce coin de pays; 5. Cela va sembler bien étrange à mes lecteurs, mais ma dernière escapade fut ma préférée, elle a eu lieu à l’hôpital du Sacré-Coeur pendant douze jours et s’articule autour du thème de la résurrection tellement j’étais souffrante au moment où on m’y a accueillie.

J’ai déjà dépassé les 250 mots. Demain, je réajusterai peut-être ma cible pour qu’elle se situe entre 250 et 300 mots.

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Badouzienne 19

Verdure torontoise

Je suis en train de relire les textes rererecorrigés de mon tome 1, écrits entre 2011 et 2012. Un collaborateur au prénom latin, Ludovicus, mais je l’appelle Ludo, en a fait la révision et la mise en pages. Il a éliminé des lourdeurs, a retravaillé la formulation afin que mes idées soient mieux ordonnées par rapport au temps, en ce sens que j’ai tendance à faire des allers et retours entre ce que je suis en train de relater, ce qui s’est produit antérieurement, ce qui se déroule parallèlement, quand ce n’est pas ce qui arrivera, postérieurement. Tout cela, comme en témoigne ce qui précède, au sein d’une même longue phrase !

Cela devient mélangeant pour le pauvre lecteur. Mais j’ai tellement peu de lecteurs, en fait, qu’ils sont bien peu nombreux à souffrir. J’en ai encore perdu deux, à ne publier presque rien, ils doivent se dire qu’un abonnement à un site sur lequel il ne se passe pas grand-chose n’est pas ce qu’il y a de plus captivant.

Toujours est-il que je relis mes pages et que je savoure ce que j’y lis. L’écriture y est nettement resserrée, exit les relâchements. À ma grande surprise, je me gargarise de mes agencements de mots, de mon aptitude à rebondir constamment et à aboutir à des finales que je trouve drôles, amusantes, sémillantes. Je m’aime à travers mes textes, quelle révolution ! Je découvre une voix unique, débordante de vie.

Je ne peux pas m’empêcher de me demander, bien sûr, si je vais continuer d’être capable d’écrire comme je l’ai fait, pour un ensemble de raisons parmi lesquelles je ne mentionnerai que l’âge.

J’essaie d’être vigilante parce que Ludo me suggère des modifications qui ne font pas toujours mon affaire, alors grâce à lui je me pratique à dire non.
– Non, je ne désire pas cette modification, on garde ma formulation.
– Non, je ne désire pas utiliser ce mot (tirebouchonner) que je pense n’avoir jamais utilisé de ma vie.
– Bien justement, avance Ludo, ça constitue un ajout, un mot nouveau, un plus à ton vocabulaire ?
– Non.
Je répète ce non sans ressentir le moindre besoin de me justifier. On peut aller à Rome, de toute façon, quand on se lance dans les justifications, or je ne désire pas aller à Rome. Je reste concentrée dans la talle de mes connaissances et des capacités, peut-être réduites mais quand même existantes, que me procure mon talent. Ça peut s’avérer important, dans certaines circonstances, de dire Non, même s’il s’agit d’un mot que je trouve éteignoir.

Je me rends compte à quel point il est facile, n’écrivant pas, de vivre sans ressentir le besoin d’écrire, et combien il est exigeant, affrontant l’exercice d’écrire, d’écrire.

Août ne me permettra guère d’être soutenue dans cet exercice, nous avons toutes sortes de déplacements au programme. Nous irons en Abitibi et l’Abitibi viendra jusqu’à nous, nous jouerons notre rôle de grands-parents au chalet dans le bois auprès des petits, et ceci, et cela. Nous serons en Gaspésie la première moitié de septembre. Je me souhaite de pouvoir m’y remettre à l’automne. Ce retour vendémiaire dans les pantoufles de la pratique régulière sera vécu avec, en arrière-plan, les corrections des neuf autres tomes… Je ne sais pas si je vais y arriver, je l’espère.

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