Badouzienne 22

Je me rends compte que je ne suis pas loin d’emprunter une pente glissante qui pourrait me faire plus de mal que de bien. Je me suis remise à l’écriture de mes textes, à mon retour de l’hôpital. Or, après en avoir écrit seulement deux, les numéros 20 et 21, j’ai commencé à me faire du souci, à me demander si j’allais être capable d’écrire encore. Je me suis dès lors récité des phrases qui auraient pu constituer les débuts d’un nouveau texte, en ressentant toutefois que mes agencements de mots ne me plaisaient pas, ne me convainquaient pas, me faisaient craindre, même, de ne pas y arriver, dès que je caressais une formulation un peu plus complexe que le sujet-verbe-complément.

Autrement dit, si je désire que l’écriture me fasse du bien, il faut que je me calme les nerfs et que j’y aille une marche à la fois !

La marche que je gravis aujourd’hui m’amène à l’infirmier de nuit, Mohammed, que j’ai fait venir à ma chambre dans les premiers temps de mon séjour à l’hôpital cinq étoiles. Il était une heure du matin. La faim me tenaillait et je savais que je n’aurais pas la force d’attendre encore un bon sept heures avant de manger le petit-déjeuner aux environs de 8:30. Donc j’ai sonné et au bout d’un moment Mohammed est arrivé.
– J’ai terriblement faim, lui ai-je dit, pourriez-vous me trouver quelque chose à manger ?
– Vous savez que nous sommes en pleine nuit ?, a-t-il voulu vérifier.
– Oui, mais pour pouvoir me rendormir, il faudrait que je mange quelque chose.
– Je vais aller voir ce que je peux trouver, et je vous reviens.

Pendant son absence, me rappelant que j’avais mis à la poubelle, bien recouverte de papier d’aluminium, une tranche de pain que je n’avais pas consommée au repas du soir, je me suis levée, traînant mon sac de soluté sur sa tige à roulettes, pour aller fouiller dans la poubelle. Ça vous donne une idée à quel point j’avais faim. J’ai eu le temps de l’avaler, plutôt goulûment, avant le retour de Mohammed dont les mains étaient chargées de trésors : des céréales Cheerios et du lait, une banane, un bout de fromage, des biscuits secs. Je ne sais pas s’il s’est rendu compte à quel point mes batteries étaient à plat, mais j’ai constaté avec ravissement qu’il s’empressait d’ouvrir les emballages, me tendant même directement la banane dont il avait enlevé la peau, plutôt que de la déposer sur l’assiette de carton qu’il avait aussi apportée.
– Hum ! C’est merveilleux !, me suis-je exclamée en mastiquant la banane.
– Essayez de ne pas manger trop vite !, fut la recommandation de mon ami Mohammed.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans Badouziennes. Mettre ce permalien en signet.

Une réponse à Badouzienne 22

  1. CLaude Lemieux dit :

    Comme disait souvent ma grand-mère, « quand l’appétit va, tout va ».

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s