Jour 932

 

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Étude de lignes en roulant et à travers la vitre du véhicule, au Dakota du Nord

– Je ne peux pas peser ça, me suis-je dit, convaincue que le pèse-personne ne fonctionnait pas correctement.
J’ai porté les mêmes pantalons Columbia, d’un confort fou, douze jours sur les quatorze de notre voyage. Ils sont un peu grands à la taille, mais parfaits aux fesses et aux cuisses.
– Il me semble que le pantalon m’aurait fait à la taille, avec sept livres en trop ?, me suis-je demandé non sans un certain effroi mais, déjà, avec la lasse détermination d’entamer une surveillance pour descendre à 130.
– Peut-être qu’en fait il me faisait et je ne m’en suis pas rendu compte ?, ai-je ajouté en courbant davantage l’échine.
– Est-ce qu’on peut prendre sept livres en mangeant des Cherrios ?, me suis-je encore  demandé, me rabattant sur les Cherrios pour mieux oublier les jambon de l’Himalaya, les fajitas, les burgers et les frites.
– C’est la première fois de ma vie que je pèse autant, me suis-je aussi dit, résignée à accepter, non sans tenter de les atténuer quand même un peu, les effets du vieillissement.
– Bof, pouf, mince –c’est le cas de le dire!–, au secours, furent les mots de mon monologue intérieur au moment de monter les escaliers menant à la chambre à coucher.
Bien entendu, ma première intention était de me peser nue et à jeun à peine levée le lendemain matin.
130.2 livres.
– Il me semblait, aussi !, furent les mots de soulagement qui vinrent à mon esprit.
– Ça ne se pouvait pas !, ai-je renchéri pour me convaincre que la lecture d’hier était faussée par quelque mécanisme incompréhensible.
– Tu m’as parlé, chérie ?, m’a demandé mon mari en me faisant réaliser que dans mon émotion j’avais parlé tout fort sans m’en rendre compte.
Quand ça arrive, et pour ne pas trahir la préoccupation que j’entretiens jalousement par pur orgueil mal placé, j’invente quelque chose à dire :
– Il n’a pas beaucoup neigé, il me semble, ai-je dit, en faisant semblant de me répéter, et en sortant de la salle de bain où venait de se produire un soulagement indicible.
Notre voyage américain s’est terminé par un séjour de trois jours en Abitibi où nous avons rencontré, parmi d’autres, un monsieur très âgé, il a 89 ans. Très diminué physiquement, mais ayant toute sa tête, il se déplace en quadriporteur.
– Je n’ai jamais faim, nous a-t-il dit alors que nous l’accompagnions à la salle à manger où allait commencer le dîner, à onze heures et demie.
– Ça ne vaut pas la peine de me préoccuper de mon poids, à ce moment-là, me suis-je fait la réflexion.
Je connais en effet quatre personnes qui maigrissent sans faire le moindre effort, tout simplement parce que, âgées, elles n’ont plus faim : mon papa, ma tantine, ma belle-maman, et cet homme âgé. À part belle-maman, qui a 78 ans, les autres personnes sont dans les 80 ans.
– Je n’aurai 80 ans que dans 23 ans, me suis-je alors dit pour me convaincre qu’il est préférable de faire attention dès maintenant.
– Et je ne vivrai peut-être pas jusque-là, me suis-je dit encore.
– Et je ne voudrais pas mourir grassouillette, ai-je ajouté.

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Jour 933

Nous avons trouvé deux convives supplémentaires pour notre souper de ce soir, afin de vitaliser notre dynamique relationnelle autour de la table. Nous serons trois couples et une jeune fille, donc sept. Ça ne peut pas mieux adonner, nous avons sept ramequins de même modèle et nous mangerons de la soupe à l’oignon gratinée. Un des ramequins devra cependant être lavé car hier soir j’ai servi de ladite soupe à mon mari. Il m’a dit qu’elle était très bonne. Pour ma part, comme je n’avais pas très faim, je m’en suis tenue à du pouding au riz, deux portions généreuses.
Mon mari a beaucoup d’idées. Me voyant tourner la mixture au riz dans la casserole pour qu’elle ne colle pas dans le fond, il a suggéré de remplacer la vanille, qui donne la touche finale, par une boisson alcoolisée à saveur d’érable qui s’appelle Le coureur des bois. J’ai trouvé l’idée excellente, alors nous sommes allés dans ce sens-là, mais c’est moi qui ai versé l’alcool et j’en ai trop versé. Donc, le pouding au riz est bon, mais une fois dilué avec encore plus de lait pour atténuer l’effet alcoolisé, je l’ai trouvé meilleur.
J’ai mentionné dans mon texte précédent que j’allais, dans le présent texte, aborder la délicate question de mon poids. De ce qu’était mon poids, plus précisément, au retour de notre traversée américaine, d’ouest en est. D’abord, voici ce qu’il en a été de notre manière de nous nourrir pendant notre périple de quelque huit jours, au cours desquels nous avons passé, il ne faut pas l’oublier, la majorité du temps assis. Plus souvent qu’autrement, nous avons pris deux repas par jour. Nous avons eu tôt fait d’investir dans l’achat d’une glacière souple –même si nous en avons déjà cinq ou six à la maison–, de deux gamelles en plastique et de deux cuillers à soupe en métal. Nous avons ensuite acheté une boîte de céréales Cherrios, à saveur originale sans sucre ajouté, et un demi-gallon américain de lait à 2% de gras. Tels étaient nos soupers quand le soir nous n’avions pas faim, chacun deux bols de céréales. Ou encore nos petits déjeuners, quand l’hôtel le matin ne les fournissait pas. Si le petit déjeuner fourni s’avérait costaud à l’hôtel, on dînait plus tard, vers quatorze heures. Quand on dînait vers quatorze heures, on n’avait pas faim pour souper, alors dans notre nouvelle chambre d’hôtel on se rabattait sur les Cherrios le soir pour ne pas avoir faim pendant la nuit. Si le petit déjeuner n’était pas fourni par l’hôtel, on pigeait dans notre provision de Cherrios, même si, la veille, les mêmes Cherrios avaient constitué notre souper.
Certains repas, quand même, ont été riches en calories, je pense au jambon de l’Himalaya, dans sa version carnée et sa version végétarienne, que nous avons mangé pour dîner Denauzier et moi dans un restaurant cajun de Victoria, en compagnie de nos amis. Cette journée-là, nous avons dîné tard, vers treize heures, et soupé tôt et sans appétit à seize heures trente –pour un ensemble de raisons essentiellement logistiques.
D’autres repas encore ont été riches en gras, les repas de burger frites, quand les gens de la place nous orientaient vers le meilleur restaurant en ville qui était en fait un restaurant fast food mais sans bannière. L’assiette géante de fajitas à Calgary a été assez difficile à digérer. Et la très épicée soupe au maïs d’un restaurant mexicain, dans la petite ville, glaciale ce jour-là, de Williston au Dakota du nord, a constitué notre climax culinaire.
Quel était mon poids à mon retour, le soir même de notre arrivée à la maison ? 137,2 livres.
– Je ne peux pas peser ça, me suis-je dit, convaincue que le pèse-personne ne fonctionnait pas correctement.
– J’aurais été bien trop serrée dans mes pantalons, c’est sept livres de plus que d’habitude, me suis-je dit ensuite.
Je suis allée faire quelques petites choses pour ensuite revenir me peser : 137,2 livres.
J’étais catastrophée.

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Jour 934

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Lever de lune au Minnesota (brosse boule à droite), rehaussé de la lumière d’un lampadaire (petite boule au-dessus), dont la beauté est malheureusement atténuée par la lumière des phares (boule éblouissante au centre) d’un véhicule venant dans la direction de la photographe.

État des lieux maintenant que nous sommes de retour à la maison, nous sommes revenus lundi soir le 19 décembre à 21h30, ou autour de. Ma première pensée est allée aux plantes, bien entendu. Je me suis empressée de les visiter sans même prendre le temps d’enlever mon manteau. Ce n’est pas parce qu’il ne faisait pas chaud dans la maison, un ami ayant démarré le chauffage le matin à notre demande. Cet ami voisin est généreux. Il a aussi nettoyé notre entrée avec sa souffleuse. Les plantes ont tenu le coup. Une plante est sur le point de mourir, mais c’est parce qu’il s’agit d’un cactus qui aime le sable alors que je l’ai planté dans de la terre noire ultra humide qui a pris plus d’un mois à sécher. Le pire, c’est que je ne suis pas navrée d’avoir tué ma plante –je suis une sans cœur–, je suis plutôt satisfaite de savoir, pour l’avoir vérifié, qu’on ne met pas un cactus du désert dans de la terre noire très riche, comme s’il était nécessaire de l’expérimenter pour le savoir. Les deux cactus de Noël font pitié. Ils sont minuscules. Un provient de ma tantine. L’autre a été acheté par moi au IGA. Les poinsettias ne sont pas pleins de bibittes depuis que je leur ai vaporisé un peu d’eau mélangée à de l’huile d’olive. Les plantes situées à l’étage, dans notre chambre à coucher et dans la salle de bains, n’ont pas assez de lumière, ce n’est pas une absence de deux semaines qui peut y changer quelque chose. Rien de bien important à signaler sur ce plan, autrement dit.
La voiture était pleine de provisions car nous nous sommes arrêtés sur la route au Costco de St-Jérôme en prévision des fêtes de Noël. Comme si les huit heures de route en provenance de l’Abitibi n’allaient pas suffire à occuper notre journée. Nous avons donc vidé le camion de ses denrées alimentaires et rangé le tout assez prestement.
Un mot encore à propos du Costco. J’y cherchais un manteau identique à celui de ma belle-fille, qui a acheté le sien à cet endroit il y a peut-être deux ans. Après avoir bien rempli notre panier de nourriture, j’ai suggéré à mon mari de perdre une minute ou deux à la section des vêtements. Nous les avons perdues sans succès, et nous nous apprêtions à quitter la section lorsque mon regard est tombé sur un manteau noir perdu tout seul de son espèce entre des imperméables aux couleurs vives. C’était exactement le manteau que je cherchais, de taille trop grande pour moi cependant, alors je l’ai acheté pour Emma. J’espère qu’elle va l’aimer.
Mon mari a profité de ce que la fournaise n’a pas été en fonction pendant plusieurs jours pour la vider de ses cendres avant d’y refaire du feu. Fait encore une fois assez prestement.
Nous ne sommes pas encore allés vérifier le courrier au casier postal, nous irons dans la journée, aujourd’hui le 20.
Nous avons reçu un appel des grandes pattes d’ours alors que nous naviguions au Costco entre les allées immenses. Il nous invitait à un souper d’inauguration d’un restaurant mais nous ne pouvons y aller parce que nous recevons de la famille de l’Abitibi. Nous la recevons demain. L’inauguration c’est demain aussi. Le problème, si on peut appeler ça un problème, c’est que nous avons partagé un repas avec lesdites personnes de l’Abitibi avant-hier, alors nous craignons passer le souper de demain à répéter les mêmes affaires, sur le plan de la conversation. Du coup, nous sommes à la recherche de convives supplémentaires pour créer une dynamique relationnelle différente. Dynamique relationnelle, c’est mon invention.
Je m’arrête ici. Dans mon prochain texte, je vais parler de la chose plus sensible que j’ai faite après l’arrosage des plantes et le rangement des provisions hier soir, et non sans une appréhension certaine, à savoir la vérification de mon poids sur le pèse-personne.

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Jour 935

Un élévateur à grains et sa voie ferrée.

Un élévateur à grains et sa voie ferrée. North Dakota

Suivi des chambres : le Aspen Lodge a beau être un lieu qui se veut un peu huppé, nous avons écouté hier un film américain sur une télévision dont l’image était pleine de neige. Pas un écran plat comme on en voit partout, mais une bonne vieille grosse télé bombée. La connexion Internet, elle, était très satisfaisante. Le lit était plutôt mou mais nous avons dormi comme des loirs. Nous avons découvert ce matin en ouvrant les rideaux que notre chambre était située sur le bord du lac Supérieur. Le film vu à travers la neige sur la grosse télé mettait en vedette un personnage d’une série que Denauzier a suivie il y a longtemps, je pense que le personnage s’appelle Jason, mais je l’appelle Chase & Sanborn. C’est comme le plat que Denauzier adore, des pâtes à la jambalaya, que j’appelle jambon à l’ananas. À Victoria, avec nos amis, nous sommes allés dans un restaurant cajun pour déguster ce plat, qui se déclinait sans pâtes dans l’assiette de mon mari mais avec plusieurs viandes très relevées. J’ai pris pour ma part la version végétarienne qui était elle aussi relevée en titi.
Ce soir, nous sommes à nouveau dans un endroit luxueux au charme suranné, si on peut dire, mais ce n’est pas par choix, c’est parce que la route 17 qui amène vers Wawa, en Ontario, où nous sommes, les voyageurs de Sault-Ste-Marie, est fermée à la suite d’une tempête de neige. De la même manière, mais dans le sens inverse, les voyageurs qui passent par Wawa, où nous sommes, pour aller à Sault-Ste-Marie, attendent de pouvoir emprunter les routes dans les hôtels de la place. Donc à notre arrivée, passé dix-huit heures, tous les hôtels affichaient complet sauf le luxueux au charme suranné. Nos voisins de table, ce soir, nous ont appris qu’ils attendent depuis deux jours et deux nuits de pouvoir rouler.
Les journées auront pas mal été les mêmes, depuis que nous avons quitté Victoria, des journées de conduite à parler de tout et de rien, à ne pas parler, à se tenir la main, à roupiller sur le siège du passager. À arrêter par moments pour me permettre de prendre des photos. À acheter du thé dans les truck stop, de la tisane, du café. À constater qu’il vente, ou que le vent s’est calmé, et qu’il fait très froid, surtout quand il faut aller faire le plein. Ces journées, pourtant, m’ont toutes semblé différentes et elles ont passé à une vitesse hallucinante. À neuf heures au plus tard mais parfois dès huit heures le matin, nous étions sur la route. J’avais beau, encore, avoir l’heure affichée sur le tableau de bord en plein dans mon champ de vision, je n’arrivais pas à réaliser qu’il n’était plus neuf heures quand il était quinze heures. La lumière changeait de couleur, la lune se levait, la nuit arrivait, mais je continuais de me sentir comme si nous n’avions même pas roulé une heure.
Demain, nous serons dans la région de l’Abitibi où nous ferons une petite tournée paroissiale avant de rentrer à la maison.

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Jour 936

Les routes désertiques recouvertes d'une fine poudrerie au Dakota du Nord.

Les routes désertiques recouvertes d’une fine poudrerie au Dakota du Nord.

Nous sommes dans un endroit relativement luxueux, à Grand Marais, dans le Minnesota. Ça s’appelle je pense Aspen Lodge. Il a fait -23°C comme température extérieure toute la journée, du moins le thermomètre du tableau de bord dans le camion n’a pas bougé pendant les huit heures que nous avons roulées. J’ai pris six photos seulement aujourd’hui, trois photos du drapeau américain extra grand format, mais comme je n’ai aucun élément visuel sur la photo autre que le drapeau, pour constituer une mise à l’échelle, il n’est pas possible de savoir qu’il est de très grand format. Ça, c’est bien moi. Plusieurs des drapeaux qui ont jalonné notre route étaient en berne, alors nous avons passé une partie de la journée à nous demander qui pouvait bien être décédé. Denauzier pense que c’est parce qu’il y aurait eu une tuerie, une autre, dans la journée d’hier, qui aurait fait neuf morts. J’ai posé la question au jeune homme qui était au comptoir du truck stop où j’ai acheté une infusion à l’orange et à la cannelle, et il n’était pas au courant.
Nous sommes déjà de retour dans un environnement géographique qui ressemble au nôtre, dans Lanaudière, c’est-à-dire un mélange de conifères et de feuillus et une alternance de plaines et de vallons. Cela nous donne l’impression que les vacances sont finies. Pour faire durer le plaisir un peu plus longtemps, je mets la photo ci-dessus en accompagnement de mon texte, prise sur les routes du Dakota du Nord. J’y ai appliqué un filtre dit Polar, qui augmente la nuance de bleu.
Suivi de la recherche d’une chambre hier, alors que nous étions toujours au Dakota du Nord : nous nous sommes arrêtés à l’hôtel dit des Two Rivers, alléchés par le prix très bas, 39,99$. La chambre était acceptable, tout au plus, mais il était tard et nous n’avions pas soupé. Nous nous sommes dit qu’une fois nos bagages déposés dans la chambre et le souper avalé quelque part de l’autre côté de la rue, il serait déjà tard et nous n’aurions pas de difficulté à loger dans si peu attrayant. Sauf qu’une fois retournés au comptoir de l’accueil –nous étions allés visiter la chambre avec la dame du comptoir, une autochtone aux très longs cheveux et au demeurant sympathique–, la chambre nous coûtait 50$.
– 50$ pour ça ?, ai-je demandé en français à Denauzier.
– C’est assez cher pour ce que c’est, a-t-il répondu. Nous pourrions essayer le Days Inn.
– Il est fermé, a répondu la dame qui avait reconnu les mots Days Inn.
– Pourtant nous venons de passer devant, a répondu mon mari, et il semblait ouvert.
– Il était en rénovations aux dernières nouvelles, il a peut-être rouvert, mais il risque  de vous coûter plus cher.
– On est prêt à payer 60$, a répondu mon mari.
– Il faut ajouter les taxes, a répondu la dame. Ailleurs, c’est partout plus cher, et ici, en bas de la côte, ne vous essayez même pas, c’est le rendez-vous des toxicomanes.
– Bon, nous allons essayer le Days Inn, à ce moment-là, a conclu mon mari, mais d’abord nous allons manger.
– Que désirez-vous manger ?, a demandé la dame.
– On ne le sait pas trop, avons-nous répondu.
– Je vous donne les coordonnées du meilleur restaurant, great food, good prices, etc. Il est en retrait du centre, mais vous ne pouvez pas vous tromper.
Au final, nous ne sommes pas allés au Two Rivers mais bien au Days Inn, qui a coûté 60$ plus taxes mais ça valait la peine parce qu’il ne faut pas trop exagérer l’empathie envers les Gazaouis et les Syriens. Nous avons bien aimé le meilleur restaurant qui servait, comme tous les restaurants du coin, des frites et des hamburgers.

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Jour 937

Dans les environs de Ellensburg, WA.

Dans les environs de Ellensburg, WA. Sur l’écran de mon ordinateur, et ne serait-ce des touffes d’herbes sèches à l’avant-plan, on dirait non pas une photo –en couleurs– mais un dessin tracé au graphite.

Suivi de la chambre mal chauffée, c’était à Revelstoke, CB : la plinthe électrique a pris le dessus pendant la nuit et au petit matin nous n’avons pas eu froid en sortant de la douche. La nuit suivante, nous avons dormi dans une maison de fonction, à Calgary, qui est disponible pour le personnel de l’aviation d’une compagnie de la région.
– Il ne doit pas souvent y avoir de femmes qui dorment dans cette maison, ai-je dit à mon mari un peu pour m’assurer que je n’allais pas déranger.
– Je n’en ai jamais vu, a-t-il répondu.
– Est-ce que ça arrive que la maison soit pleine ?, ai-je aussi demandé.
– Oui, la dernière fois que je suis venu à Calgary je suis allé coucher ailleurs.
La maison héberge le personnel de l’aviation qui est en déplacement, mais pas seulement,  comme en témoigne Mike, que nous y avons rencontré. Il est un opérateur de plateformes à partir desquelles on recueille le pétrole pompé depuis les profondeurs de la terre, si j’ai bien compris. Il coordonne, plutôt, la construction des plateformes.
– Il est comme un chargé de projet payé très cher, ai-je dit ensuite à Denauzier, qui a acquiescé.
Je pensais profiter du confort de la maison de fonction pour m’installer à l’aise et écrire quelques textes bloguéens, mais après avoir tapé sans succès quatre séries de caractères qui auraient débloqué l’accès au réseau sur mon ordinateur, j’ai laissé faire et j’ai regardé l’atlas des routes américaines et canadiennes que nous avons acheté je ne sais déjà plus dans quelle ville.
Ce soir, nous dormons dans l’état du Montana. C’est mon idée, effectuer le retour dans le pays de nos voisins.
– Qu’est-ce que je ne ferais pas pour ma femme !, s’exclame mon mari, un peu content quand même de tenter l’aventure américaine.
Le taux de change ne nous avantage guère, c’est vrai, mais le diesel y est moins cher, et le nouveau camion dont mon mari vient de se porter acquéreur fonctionne au diesel. Le matin, il faut le faire démarrer quelques minutes avant d’entamer la route parce qu’il fait quand même froid, le thermomètre est descendu à -28C° ce soir pendant le trajet mais il n’y est pas resté, il est remonté à -22C°.
Notre chambre, encore une fois à bas prix, est beaucoup mieux que celle de Revelstoke. D’abord elle est bien chauffée, et elle comporte une table sur laquelle je suis installée pour écrire. Mon mari est assis sur le lit, parce qu’il n’y a pas de fauteuil. Il zappe à la recherche d’une chaîne de télévision, car la télévision fonctionne, et il a son éternel cure-dent à la bouche. Il écoute à la fois la télévision, sans le son, et une vidéo sur son ordinateur, avec le son.
– Y’a pas de char icitte, y’a que des trucks !, a-t-il constaté plus tôt dans la journée, agréablement surpris parce qu’il aime les camions.
J’ai regardé autour de nous, nous étions dans une petite communauté qui s’appelle Chester, et effectivement je n’ai pas vu beaucoup d’autos.
À peu près au même moment, sur la route –il s’agit de la route no 2 qui traverse l’état d’ouest en est–, un oiseau de proie a pris son envol et nous avons vu s’ouvrir ses grandes ailes blanches. Mon mari m’a dit que c’était peut-être un hibou.
Dans l’après-midi, comme mon mari attendait un appel important, il m’a laissé conduire. Il a reçu son appel et après je lui ai proposé de faire un petit repos. J’étais donc au volant quand nous sommes arrivés à un endroit où le foin et autres herbes sauvages, dans les teintes d’avoine, ont reçu les rayons du soleil. Il faut dire que la route 2 est entourée de plaines remplies de foin et d’herbes sauvages à peine couverts d’un fin tapis de neige. La région est aussi traversée de voies ferrées sur lesquelles des trains transportent un nombre impressionnant de wagons, de réservoirs, de conteneurs empilés l’un sur l’autre. Le soleil a donné une teinte de jaune aux champs qui s’étirent à perte de vue et j’aurais voulu les photographier pour ensuite leur appliquer un filtre jaune, une fois la photo téléversée sur mon ordinateur en format numérique. Il me semble que le résultat aurait été intéressant. Ce sera pour une autre fois.
Quand on entre dans les petites agglomérations du Montana, on trouve dans chacune, avant l’enfilade de commerces –appartenant au domaine du fast food pour la plupart– un très haut silo à grains. J’espère en trouver quelques échantillons dans les agglomérations qu’il nous reste à traverser, avant d’entrer dans le Nord Dakota demain.
– Si je n’en trouve pas, ai-je demandé à Denauzier, est-ce qu’on pourra revenir sur nos pas ?

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Jour 938

Le soleil sur un pic enneigé.

Le soleil sur un pic enneigé.

Nous voyageons en classe économique et pas seulement dans les avions. Ce soir, je porte mon manteau pour écrire mon blogue. Je bois une bière à même la canette parce qu’il n’y a pas de verre dans notre chambre d’hôtel. J’ai éteint les lumières, les plus dérangeantes je veux dire, parce qu’elles sont de technologie LED et installent une atmosphère glaciale, alors que c’est déjà justement glacial. La petite plinthe électrique n’arrive pas à réchauffer la pièce, pourtant pas très grande. Nous sommes au Alpine Inn dans la ville de Revelstoke, en Colombie Britannique. C’est un village touristique grouillant de jeunes qui viennent sur les monts se lâcher lousse en planche à neige. Ils sont beaux à voir, déambulant en groupe dans les rues du village. Denauzier aurait souhaité écouter le hockey pendant que j’écris mon blogue, mais le nombre de chaînes disponibles est très limité et l’affichage n’est pas en haute définition, alors c’est difficile de suivre la rondelle.
J’aime expérimenter ces conditions disons non luxueuses, elles me rendent solidaires des réfugiés syriens et de tous ces gens qui vivent dans la pauvreté et le dénuement.
Lorsque nous sommes allés visiter les chutes Niagara, il y a deux ans, nous nous sommes retrouvés dans une chambre très très très moyenne, sombre, qui donnait sur une cage d’ascenseur bruyante. Je disais à mon nouveau mari, à l’époque, que les Gazaouis auraient vécu à vingt dans cette chambre, heureux d’être en sécurité. C’était l’époque, en effet, en juillet et août 2014, du concentré de bombardements d’Israël sur la bande de Gaza –qui ont touché majoritairement des civils.
Le temps fort de notre voyage jusqu’à présent, le point culminant, c’est le cas de le dire, a été notre traversée de ce que les Américains appellent un pass. Un pass, c’est une portion de route coincée entre les flans des montagnes, c’est la route tel un corridor soumis aux intempéries que lui réserve la vallée. Nous étions dans l’état de Washington et le pass dans lequel nous nous sommes aventurés s’appelle le Snoqualmie, dans les montagnes Wenatchee. Il s’étend sur plusieurs kilomètres et nous fait atteindre quelque mille mètres non négligeables d’altitude. Plus on montait, plus il neigeait. Pour faire une histoire courte, nous nous sommes arrêtés au premier hôtel pas trop miteux, à la sortie du pass, pour ménager un repos au conducteur et poursuivre l’aventure le lendemain, à la clarté et sans le blizzard. La chambre de cet hôtel pas trop miteux était mieux chauffée que celle de ce soir, mais la connexion internet était tellement lente que finalement je n’ai pas écrit mon blogue et je n’ai envoyé aucun courriel à tantine. La télévision, elle, fonctionnait très bien, à tel point que celle d’une chambre voisine a tenu mon mari éveillé une bonne partie de la nuit.
En Floride, cela me revient, c’était en mars 2015, nous avons loué une chambre dans un hôtel où il manquait deux poignées de porte.
Décidément, je suis négative, ce soir. Dans un autre hôtel floridien, situé celui-là à Lewiston, j’avais pris des photos de reproductions du peintre Odilon Redon qui ornaient les vieux murs couverts de papier peint au motif floral. Dans un exercice d’écriture à venir, je tenterai de revenir sur nos chambres d’hôtel avec plus d’enthousiasme.

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