Jour 932

 

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Étude de lignes en roulant et à travers la vitre du véhicule, au Dakota du Nord

– Je ne peux pas peser ça, me suis-je dit, convaincue que le pèse-personne ne fonctionnait pas correctement.
J’ai porté les mêmes pantalons Columbia, d’un confort fou, douze jours sur les quatorze de notre voyage. Ils sont un peu grands à la taille, mais parfaits aux fesses et aux cuisses.
– Il me semble que le pantalon m’aurait fait à la taille, avec sept livres en trop ?, me suis-je demandé non sans un certain effroi mais, déjà, avec la lasse détermination d’entamer une surveillance pour descendre à 130.
– Peut-être qu’en fait il me faisait et je ne m’en suis pas rendu compte ?, ai-je ajouté en courbant davantage l’échine.
– Est-ce qu’on peut prendre sept livres en mangeant des Cherrios ?, me suis-je encore  demandé, me rabattant sur les Cherrios pour mieux oublier les jambon de l’Himalaya, les fajitas, les burgers et les frites.
– C’est la première fois de ma vie que je pèse autant, me suis-je aussi dit, résignée à accepter, non sans tenter de les atténuer quand même un peu, les effets du vieillissement.
– Bof, pouf, mince –c’est le cas de le dire!–, au secours, furent les mots de mon monologue intérieur au moment de monter les escaliers menant à la chambre à coucher.
Bien entendu, ma première intention était de me peser nue et à jeun à peine levée le lendemain matin.
130.2 livres.
– Il me semblait, aussi !, furent les mots de soulagement qui vinrent à mon esprit.
– Ça ne se pouvait pas !, ai-je renchéri pour me convaincre que la lecture d’hier était faussée par quelque mécanisme incompréhensible.
– Tu m’as parlé, chérie ?, m’a demandé mon mari en me faisant réaliser que dans mon émotion j’avais parlé tout fort sans m’en rendre compte.
Quand ça arrive, et pour ne pas trahir la préoccupation que j’entretiens jalousement par pur orgueil mal placé, j’invente quelque chose à dire :
– Il n’a pas beaucoup neigé, il me semble, ai-je dit, en faisant semblant de me répéter, et en sortant de la salle de bain où venait de se produire un soulagement indicible.
Notre voyage américain s’est terminé par un séjour de trois jours en Abitibi où nous avons rencontré, parmi d’autres, un monsieur très âgé, il a 89 ans. Très diminué physiquement, mais ayant toute sa tête, il se déplace en quadriporteur.
– Je n’ai jamais faim, nous a-t-il dit alors que nous l’accompagnions à la salle à manger où allait commencer le dîner, à onze heures et demie.
– Ça ne vaut pas la peine de me préoccuper de mon poids, à ce moment-là, me suis-je fait la réflexion.
Je connais en effet quatre personnes qui maigrissent sans faire le moindre effort, tout simplement parce que, âgées, elles n’ont plus faim : mon papa, ma tantine, ma belle-maman, et cet homme âgé. À part belle-maman, qui a 78 ans, les autres personnes sont dans les 80 ans.
– Je n’aurai 80 ans que dans 23 ans, me suis-je alors dit pour me convaincre qu’il est préférable de faire attention dès maintenant.
– Et je ne vivrai peut-être pas jusque-là, me suis-je dit encore.
– Et je ne voudrais pas mourir grassouillette, ai-je ajouté.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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