Petit mot court – PMC 9

Nous avons soupé relativement tôt ayant dîné relativement léger. Après avoir mangé –une salade de pommes de terre–, je me suis fait une jolie tête de bouclettes avec mon fer à friser. Je n’ai eu aucun ennui, je commence à maîtriser la technique. Il suffit de vaporiser généreusement le produit thermoprotecteur pour qu’ensuite le fer glisse tout seul sur les mèches. Le résultat est assez réussi. Puis je me suis changée, j’ai enfilé un chemisier que je ne porte pas assez souvent, comme si je le réservais pour les sorties alors que je ne sors pas souvent, ou alors quand je sors je sors habillée comme Nathalie Baye qui s’en va souper chez Anne Dorval.
– Que fais-tu ?, est venu me demander mon mari, aussi loin que dans mon walk-in, en haut dans notre chambre à coucher.
– Bien, rien !, ai-je répondu en boutonnant mon chemisier, c’est là que j’étais rendue quand il est arrivé.
– Je pensais que tu étais partie !, s’est-il exclamé.
– Pas du tout, je me prépare pour le cinéma !
Et sur ce, nous sommes redescendus et avons décidé du film que nous allons écouter dans cinq minutes, sur DVD, dans le salon.

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Petit mot court – PMC 8

Anne Dorval. Dans un reportage sur elle que j’ai vu récemment à la télévision. Elle revoit avec beaucoup d’inconfort les films dans lesquels elle joue. Elle préfère ne pas les revoir, si je comprends bien. Elle se trouve pleine de tics, elle a honte de son jeu qu’elle trouve exagéré, frisant la caricature. Je fais bien sûr le parallèle avec mes textes dont j’ai honte moi aussi.

Anne parle au journaliste en préparant un souper, une pièce de viande accompagnée d’une grande quantité d’échalotes françaises. Elle semble à l’aise en cuisine. Elle reçoit Xavier et Nathalie (Baye) pour souper. Ça sonne à la porte. C’est Nathalie. On dirait une femme aussi anonyme que moi, sur le plan de l’apparence, mais en plus mince. Elle porte des lunettes dont les verres semblent épais et elle n’est pas vraiment coiffée. Habillée de manière banale.

Je peux continuer mes corrections sur mes textes, rassérénée par cette nouvelle solidarité, Anne se trouvant poche et Nathalie s’habillant comme moi.

 

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Petit mot court – PMC 7

J’ai passé beaucoup de temps à marcher, pendant mon séjour montréalais, à rencontrer mes amis dans des restaurants, à flâner dans quelques magasins, à jouer au Rummy avec chouchou, et à démarrer un projet de tricot. Pour le reste, mais cela représente quand même plusieurs heures, j’ai corrigé les textes de ma première année d’écriture sur mon blogue, en 2011 et 2012. Je n’en reviens pas à quel point c’est mauvais. Je remets tout en question, comment ai-je pu écrire toutes ces frivolités sans intérêt et me trouver intéressante ? Comment ai-je pu farcir mes pages d’effets de style gratuits dont j’ai honte aujourd’hui ?
Je remercie les quelques lecteurs qui ont eu la générosité de me lire depuis le début.
Devant cette accumulation monstrueuse de 1 320 textes écrits en six ans, je ne vois qu’une manière de procéder : corriger, affiner, élaguer, améliorer sans me poser de questions. Passer à travers les 220 textes de la première année en me concentrant sur un seul objectif, celui de me rendre jusqu’à la dernière page (il y en a 159 une fois les textes regroupés dans un fichier Word).
J’ai beau vouloir les tenir à distance, les questions, bien entendu, me rattrapent aussitôt. Puisque j’ai passé six ans à écrire des insignifiances en pensant que j’apportais une voix unique –et intéressante– à la littérature québécoise, par exemple, quelles sont les autres sphères de ma vie que j’ai tout aussi mal évaluées ? J’aime mieux ne pas y penser.
Je retourne à mes corrections.

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Petit mot court – PMC 6

C’est plus stimulant de marcher en ville qu’en campagne, je trouve, en raison de la diversité. Mais l’air de la ville est moins pur que l’air de la campagne, et à ce temps-ci de l’année les trottoirs de la ville sont couverts de petites roches qui se glissent dans les chaussures, alors qu’à la campagne il n’y a pas de petites roches parce qu’il n’y a pas de trottoirs –mais il y a de la boue !
À midi moins dix, j’ai marché sur la rue Monkland jusqu’aux Premières moissons y rencontrer une amie avec laquelle j’ai dîné. Puis, je suis revenue chez Emma pour quelques heures, au terme desquelles je me suis dirigée dans le sens contraire de la rue Monkland, vers Queen-Mary, rencontrer d’autres amis pour le souper.
J’ai traversé quelques rues de Hampstead sans trop d’intérêt car ce quartier très riche ne m’inspire pas. En oblique, je me suis dirigée vers les rues non commerçantes de Côte-des-Neiges qui me font toutes penser à Jacques-Yvan à chaque fois que j’y passe. J’ai rapidement atteint le quartier universitaire, la tête pleine non plus de Jacques-Yvan mais des promenades que j’y ai faites autrefois avec mes collègues.
Outremont ensuite m’a accueillie, dans le calme quartier des maisons cossues habitées par une majorité francophone, avant que je n’atteigne la rue Bernard, toujours joyeuse. J’ai ralenti le pas sur Bernard pour flairer l’air du temps, ou, comme l’aurait dit mon amie artisane à la campagne, pour m’imprégner des vibrations énergétiques de la ville. Je suis entrée dans une boutique de produits naturels pour en humer l’odeur.
De là, avec mon manteau noir, je me suis fondue aux piétons hassidiques jusqu’à ce que se profilent les premières rue du Mile-End. J’adore. J’ai demandé à une dame qui promenait son chien si j’allais bientôt rencontrer le boul. St-Laurent où je me rendais, elle m’a dit oui, cela m’a rassurée car l’heure du rendez-vous était presque arrivée. Nous sommes entrés au bistro, les trois amis, presque en même temps. J’ai marché la très grande partie du retour. Total, 25000 pas.

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Petit mot court – PMC 5

Il y a longtemps, plus de trente ans, un couple d’amis s’était rendu visiter Paris et m’avait dit, au retour, avoir trouvé la ville sale. Leur premier commentaire avait été celui-là, la ville est sale. Seigneur !
Hier, dans ma campagne d’adoption, je parlais avec une artisane qui me disait avoir besoin de venir régulièrement à Montréal faire le plein d’énergie urbaine, déceler l’émergence de nouvelles tendances, s’imprégner de la vibration des lieux.
– Avant, me disait-elle, je venais ici en campagne pour me ressourcer. Maintenant que j’habite ici, je fais l’inverse, je vais me ressourcer à Montréal !
– C’est pareil pour moi, lui ai-je répondu. Ma fille habite à Montréal et je me rends chez elle, à l’occasion, la voir, bien entendu, mais j’en profite pour vivre la ville pendant quelques jours.
Je suis partie de ma campagne hier en fin d’après-midi pour venir vivre la ville, comme je le dis si bien. Je suis arrivée à la nuit tombée et ne suis pas sortie de chez Emma avant cet après-midi, aujourd’hui mardi. J’avais hâte d’arpenter les rues pour me rendre rencontrer une amie dans un autre quartier. Seigneur ! Quelle fut ma première constatation ? La ville est terriblement sale !

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Jour 878

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Au bout du sentier, on aboutit à une clairière couverte de crème fouettée éblouissante de lumière sous le ciel bleu.

Je me faisais cette réflexion alors que je marchais seule sur la terre du fils de Denauzier, en Abitibi en fin de semaine, une terre de plus d’un kilomètre de long couverte de crème fouettée immaculée. Il faisait un froid piquant qui brûle les joues, mais sous mon gros manteau Pajar et la tête couverte de mon immense capuchon en poils de loup, j’étais parfaitement protégée.
Je me faisais cette réflexion et je choisis aujourd’hui de l’écrire, même si je sais que je vais me trouver prétentieuse de l’avoir fait. En plus, c’est une réflexion sans surprise pour la grande majorité des gens.
Je trouve que me comporter en étant négative est on ne peut plus facile. Il s’agit d’un comportement inné. Avancer dans l’eau de la rivière et me laisser porter par le courant de mon fondamental complexe d’infériorité relève du pur délice. Je me récite sous des formes toujours renouvelées les raisons qui justifient que je me dénigre. Toutes les raisons sont bonnes, et plus j’en trouve plus je jubile. Plus je me flagelle, plus je me sens vibrante de vie souffrante.
À l’inverse, me comporter en étant positive requiert un effort je dirais constant. Il s’agit d’un comportement acquis. Regarder l’eau de la rivière tout en me maintenant au sec sur la berge, observer à distance les filets du courant qui ne me portent pas délicieusement au son des récitatifs du dénigrement, sont deux attitudes que j’ai patiemment développées. Il m’a fallu des années pour en arriver à ce que les pensées et les actions positives me rendent vibrante de vie, voire de joie de vivre, dans un niveau de flagellation qui vise le zéro.
D’où il ressort qu’avec un entraînement sérieux, alimenté par la volonté, cette dernière étant la petite sœur du désir, il est possible par temps chaud d’avancer dans la rivière, d’en goûter la fraîcheur, de sentir le courant se briser de part et d’autre des mollets et même, si la profondeur le permet, de nager en toute liberté.
Ces derniers temps, je découvre que quelques personnes, peut-être moins spartiates que moi mais en même temps je sais pour l’avoir vécu qu’il est facile de le devenir, je découvre que certaines personnes proches, certaines moins proches, n’optent pas pour la discipline de l’entraînement. Elles continuent de se flageller avec jouissance dans des scénarios bien ficelés qui ne mènent nulle part, mais qu’elles connaissent par cœur. Ça ne sert à rien de discourir et de leur donner des conseils.
– Les enfants, ça n’écoute pas, disait papa sur le simple ton de la constatation.
– Pas seulement les enfants, tout le monde, en fin de compte, ai-je dit une fois à mon mari alors que notre conversation abordait ce thème, je veux dire le thème de l’amour de soi et de la capacité que l’on possède tous, il me semble, de se sortir du fond du sac.
Je ne peux rien faire d’autre, voyant se perdre dans ses allers et retours une personne encore non spartiate, qu’assister, impuissante, à son court ou long métrage. Et encore ici, pour ne pas trop souffrir de ces répétitions douloureuses obstinées, il me faut persévérer dans mon entraînement.

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Petit mot court – PMC 4

J’ai encore rêvé au Conservatoire une nuit que nous avons dormi en Abitibi. C’était la période des examens de fin d’année. Je devais jouer devant les juges en fin d’après-midi. Je savais que je n’allais jamais en être capable. Je regardais mes partitions et j’essayais de m’imaginer pinçant les cordes du premier accord. Cela s’avérait au-dessus de mes forces. Je repassais dans ma tête la liste des élèves de mon professeur de guitare. Il y avait Samuel, Pierre, André, Marie-Claude… Je recommençais ma liste parce que je m’étais oubliée. Samuel, Pierre, André… Où étais-je, bonté divine, parmi les élèves ? Je m’y prenais autrement, je recréais dans ma tête l’horaire des leçons que donnait mon professeur : le lundi ces quatre élèves recevaient leur leçon, le mardi ces cinq autres, le mercredi le professeur était absent, le jeudi… J’avais beau vouloir me caser quelque part, je n’avais pas de place.
– Si je ne reçois pas de leçon, j’imagine que ça veut dire que je n’ai pas d’examen à passer ?, me demandais-je.
– C’est en plein ça !, me répondais-je à moi-même. Pour mon professeur, je n’existe pas !
J’entendais ces mots résonner dans ma tête, Je n’existe pas !, véritablement enchantée d’en arriver à cette conclusion de non existence !

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