Jour 878

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Au bout du sentier, on aboutit à une clairière couverte de crème fouettée éblouissante de lumière sous le ciel bleu.

Je me faisais cette réflexion alors que je marchais seule sur la terre du fils de Denauzier, en Abitibi en fin de semaine, une terre de plus d’un kilomètre de long couverte de crème fouettée immaculée. Il faisait un froid piquant qui brûle les joues, mais sous mon gros manteau Pajar et la tête couverte de mon immense capuchon en poils de loup, j’étais parfaitement protégée.
Je me faisais cette réflexion et je choisis aujourd’hui de l’écrire, même si je sais que je vais me trouver prétentieuse de l’avoir fait. En plus, c’est une réflexion sans surprise pour la grande majorité des gens.
Je trouve que me comporter en étant négative est on ne peut plus facile. Il s’agit d’un comportement inné. Avancer dans l’eau de la rivière et me laisser porter par le courant de mon fondamental complexe d’infériorité relève du pur délice. Je me récite sous des formes toujours renouvelées les raisons qui justifient que je me dénigre. Toutes les raisons sont bonnes, et plus j’en trouve plus je jubile. Plus je me flagelle, plus je me sens vibrante de vie souffrante.
À l’inverse, me comporter en étant positive requiert un effort je dirais constant. Il s’agit d’un comportement acquis. Regarder l’eau de la rivière tout en me maintenant au sec sur la berge, observer à distance les filets du courant qui ne me portent pas délicieusement au son des récitatifs du dénigrement, sont deux attitudes que j’ai patiemment développées. Il m’a fallu des années pour en arriver à ce que les pensées et les actions positives me rendent vibrante de vie, voire de joie de vivre, dans un niveau de flagellation qui vise le zéro.
D’où il ressort qu’avec un entraînement sérieux, alimenté par la volonté, cette dernière étant la petite sœur du désir, il est possible par temps chaud d’avancer dans la rivière, d’en goûter la fraîcheur, de sentir le courant se briser de part et d’autre des mollets et même, si la profondeur le permet, de nager en toute liberté.
Ces derniers temps, je découvre que quelques personnes, peut-être moins spartiates que moi mais en même temps je sais pour l’avoir vécu qu’il est facile de le devenir, je découvre que certaines personnes proches, certaines moins proches, n’optent pas pour la discipline de l’entraînement. Elles continuent de se flageller avec jouissance dans des scénarios bien ficelés qui ne mènent nulle part, mais qu’elles connaissent par cœur. Ça ne sert à rien de discourir et de leur donner des conseils.
– Les enfants, ça n’écoute pas, disait papa sur le simple ton de la constatation.
– Pas seulement les enfants, tout le monde, en fin de compte, ai-je dit une fois à mon mari alors que notre conversation abordait ce thème, je veux dire le thème de l’amour de soi et de la capacité que l’on possède tous, il me semble, de se sortir du fond du sac.
Je ne peux rien faire d’autre, voyant se perdre dans ses allers et retours une personne encore non spartiate, qu’assister, impuissante, à son court ou long métrage. Et encore ici, pour ne pas trop souffrir de ces répétitions douloureuses obstinées, il me faut persévérer dans mon entraînement.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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