Je corrige en ce moment les textes de ma deuxième année d’écriture qui couvre les années 2012-2013. Il semblerait qu’à cette époque j’aie lu un livre de la romancière française Véronique Olmi, or cela ne me dit absolument rien. Il faut tenir compte, à ma décharge, que ça fait neuf ans de ça. Beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, beaucoup de pages de toutes sortes de livres auront été lues. J’invente mille choses dans mes textes, mais je n’aurais jamais écrit avoir lu un livre que je n’ai pas lu, en ce sens que cela me serait apparu tel un mensonge. J’ai parcouru en vain les titres de ses romans sur Internet, des fois qu’il y en aurait eu un qui m’aurait dit quelque chose. J’ai regardé si je ne trouvais pas un livre portant son nom dans ma bibliothèque, bien que consciente que j’en fais souvent le ménage pour libérer de l’espace. Mystère.
On pourra voir un sein, au centre, et son mamelon délicat…
J’ai eu une intéressante conversation avec mes amis voisins hier. Je faisais valoir que si je mélange des ingrédients qui ne vont pas ensemble, des oeufs mollets, admettons, trempés dans de la mélasse et saupoudrés de soda à pâte, ce ne sera pas bon à manger. Ce sera considéré comme une recette ratée. Si je saupoudre les mêmes oeufs mollets de poivre et de parmesan, en revanche, ce sera bon et réussi.
Idem en musique, si je joue n’importe quelles touches sur un clavier sans me soucier de l’harmonie et de la mélodie, je vais nous casser les oreilles. J’ai déjà cassé les oreilles d’un ami dans une église de Québec, il y a fort longtemps, sur le clavier d’un orgue. Il s’était étonné que je joue n’importe quoi et que je nous écorche les tympans. Il devait penser que je maîtrisais, comme lui, les règles élémentaires de la composition.
Cependant, si j’applique des couleurs sur une toile, ce sera plus difficile d’évaluer la réussite de l’ensemble fini. S’il s’agit d’un sujet figuratif, on pourra se fier à la ressemblance avec le réel pour déterminer si c’est bon ou pas, et s’il s’agit d’un sujet abstrait on pourra discerner telle et telle formes parmi les masses de couleurs. – Je vois un chien, la gueule ouverte, en bas à droite, me dira untel. Cela ne m’informe guère quant à la qualité de mon travail. – J’aime la rencontre des masses et l’harmonie des couleurs, mais je ne comprends pas pourquoi tu as tracé une ligne noire en haut, exprimera un autre.
Je simplifie excessivement, je sais, mais il y a du vrai dans ce que j’avance ici. Ai-je réussi ma toile ? Se mérite-t-elle une évaluation positive ou pas ? Quand est-ce que c’est bon, et quand est-ce que ce n’est pas bon ? Difficile à dire. Est-ce en tout temps affaire de goût seulement ? Et je n’aborde pas la question de l’intention de l’artiste… Je m’étais étonnée auprès d’un professeur, du temps de mon certificat : – Toutes les toiles sont intéressantes !, m’étais-je exclamée. Nous avions, une quarantaine d’étudiants, présenté nos projets cette fois-là. Cela avait semblé tout naturel au professeur et comme allant de soi. – Bien sûr, avait-il simplement répondu.
En clin d’oeil à ma première année d’écriture, au cours de laquelle je me suis intéressée à la saga DSK.
Jusqu’ici, la belle Anne ne se livre guère et demeure prudente. Je suis rendue au cinquième chapitre de ses Mémoires, publiés en 2021, dix ans, donc, après les événements du Sofitel à New York. Ç’aurait été l’fun qu’elle opte pour une visite moins convenue de sa vie passée auprès de Dominique. Elle demeure à la surface des événements, mais j’écris ça sans avoir lu encore le dernier chapitre du livre dans lequel il est enfin question de ce pour quoi j’ai acheté le bouquin.
Mes lecteurs vont penser que je m’intéresse à la vie de ces deux personnalités, mais c’est surtout que je profite de cette parution en librairie pour exploiter un thème qui revient souvent dans mes écritures, celui du temps qui passe, qui nous fait vieillir, qui nous fragilise et nous fait faire des hémorragies cérébrales, et tout le tralala qu’entraîne cette implacable thématique.
Je m’arrange pour faire pitié, bien sûr, puisqu’on peut faire des hémorragies cérébrales quand on est jeune. À ce sujet, le neurochirurgien m’a téléphoné tel qu’il était prévu qu’il le fasse, lundi dernier, mais il n’avait pas reçu encore les résultats de l’imagerie médicale que j’ai faite à Joliette le 3 octobre dernier. Donc il va me rappeler prochainement, a-t-il dit. À cause de cet appel à venir, je traîne mon cellulaire partout où je vais. Hier, journée de temps superbe, j’ai jardiné, à genoux dans les plates-bandes, en ayant l’appareil dans une poche de ma veste. J’en ai profité tant qu’à faire pour prendre des photos d’un delphinium qui n’a rien offert de tout l’été, mais qui a commencé à s’égayer de bourgeons mauves il y a deux semaines.
– Ne pas avoir été à la retraite, ai-je demandé au médecin, vous m’auriez accordé un congé pour une convalescence de combien de temps ? Je vous pose la question parce que je me demande si je dois considérer que je suis encore en convalescence. – Vous auriez été en congé de façon certaine jusqu’au moment de notre premier rendez-vous postopératoire. Je n’étais pas certaine de bien comprendre. – J’ai été opérée le 29 août et je vous ai vu ensuite à votre clinique de Laval le 9 septembre. Ça fait seulement dix jours, ai-je voulu vérifier. – C’est ça, vous auriez été en congé dix onze jours, et après on aurait discuté ensemble d’un retour progressif, ou pas progressif. – Ah bon, ai-je prononcé pour toute réponse, savourant comme jamais le fait de ne plus être sur le marché du travail. « Ils sont fous, ces Romains », me suis-je entendu me dire dans ma tête, comme se terminait notre appel.
Peu de temps après avoir peint Vastitude, je me suis lancée dans une toile de type récréation pour me détendre avant d’en entamer une autre de grand format. Je voulais démarrer avec une masse sombre et tenter de l’habiller pour qu’au final il se crée un équilibre entre le foncé et le clair. Je n’ai pas réfléchi, j’ai juste fait glisser ma spatule sur la toile sans presque m’interrompre. Cela donne ce que l’on voit ci-contre. Mon mari aime, il dit que ça lui fait penser à un « shaft » de mine, or il est originaire de l’Abitibi et son fils travaille dans une mine.
Mon mari, encore, hier soir m’a fait rire. Nous étions en train d’écouter Sicario, un film violent, stressant et assez compliqué à suivre. Les personnages se déplacent dans différents pays et les ramifications sont nombreuses entre les cartels qui se font la guerre. Denauzier et moi nous exclamions par moments à quel point Denis Villeneuve est maître des effets spéciaux et du traitement de la lumière. Car nous pensions qu’il s’agissait du film Sicario sorti en 2015, mais nous étions dans les patates, nous étions en train d’écouter une suite au film de Villeneuve qui est sortie en 2018 et dont le réalisateur est Stephano Sollima !
Profitant d’une pause publicitaire, je demande à mon mari s’il veut un verre d’eau. Il me répond qu’il aimerait mieux un verre de lait. Je le lui apporte d’une main, ayant un verre d’eau pour moi de l’autre main. Je le lui tends, il le prend, et le temps que je dépose le mien sur une petite table, mari a vidé son verre sans faire le moindre bruit de déglutition ! Il l’a bu d’un coup, en deux secondes. Cela m’a plu, cet apaisement en ni une ni deux d’une soif intense.
Mes pauvres Badouziennes ont été bien négligées ces dernières semaines. Outre la convalescence que tout le monde me rappelle, comme si mes proches craignaient que je n’en fasse trop, trop vite, il y a une explication à ce silence d’un bon trois semaines : j’ai passé beaucoup de temps à corriger le Tome 1 de ma série Au fil des mots du jour, et à entamer les démarches pour en faire une publication papier.
J’ai aussi attaqué la lecture du Tome 2 et accumulé, alors que je n’en suis qu’au premier tiers, beaucoup de corrections. Je travaille à partir d’une impression papier. Les corrections que je griffonne dans les marges ne sont pas encore intégrées au texte en version électronique. Lorsqu’elles le seront, j’enverrai ledit Tome 2 à Ludo qui ne se gênera pas d’apporter lui aussi toutes sortes d’améliorations, que nous allons débattre ensemble, une à une. Puis il va relire et trouver encore à suggérer ceci et cela, puis intégrant dans le texte ses suggestions de dernière minute je vais tomber sur une phrase qui n’a pas d’allure, je vais me demander comment ça se fait que ni lui ni moi n’avons décelé le problème avant… etc.
Autrement dit, c’est énormément de travail, la recherche des coquillettes et, surtout, la reformulation des phrases lourdes, la réorganisation des idées afin de faciliter l’assimilation du texte à mes lecteurs. J’essaie de ne pas entendre, ce faisant, la voix qui se tient tapie dans mon être et qui se manifeste parfois en venant me poser la question : Et si l’hémorragie cérébrale faisait en sorte que tu ne sois plus capable d’écrire désormais et plus capable de maîtriser les règles de grammaire ? Je remarque dernièrement que j’ai plus de difficulté qu’avant à me rappeler des doubles consonnes. Bof. C’est peut-être l’âge, me dis-je en ayant recours à ce placebo universel pour calmer mes craintes.
À cet égard, je vais avoir une conversation téléphonique avec le neurochirurgien demain matin lundi. Je suis certaine qu’il va me dire que tout est beau, qu’il n’y a aucune contre-indication à respecter et que je peux même me faire brasser en masse, sur les routes de terre cahoteuses par exemple, sans m’inquiéter. Je vais m’inquiéter pareil, tout en continuant de vivre comme avant, l’être humain étant par définition être de paradoxes.
Donc j’ai corrigé, j’ai aussi préparé le terrain en fonction de l’hiver qui approche, mais préparé moins que je l’aurais voulu à cause des exigences du Tome 1 et maintenant du Tome 2. J’ai aussi peint, comme en atteste mon grand format représenté ci-dessus. Au moment d’insérer la photo dans mon texte, je me suis rendu compte que la toile n’a pas de titre, alors je me suis dit que je lui attribuerais le premier mot qui viendrait à mon esprit. Je n’avais pas fini de me dire cela qu’un mot s’imposait déjà, il s’agit de Vastitude.
Quelques mots, pour terminer, à propos de Vastitude : contrairement à ce que je fais d’habitude, j’ai contrôlé mon geste, j’ai anticipé les agencements, j’ai travaillé de manière réfléchie en me posant mille questions et, contre toute attente, j’adore le résultat.
Maquette du tome 1, qui sera la même, à quelques variantes près, pour les neuf autres tomes.
J’entre dans la portion de mon projet que je maîtrise le moins, celle de la vente au détail ! Je compte en effet faire imprimer quelques exemplaires de mes années d’écriture, pour le plaisir de me relire en tenant un livre entre mes mains, et en enchaînant quelques textes à la suite sans avoir à cliquer sur des liens pour les atteindre.
Sans Ludo, je n’aurais pu obtenir ce résultat professionnel. Il m’a aidée à resserrer mes longues phrases à maints endroits, ça c’est pour le contenu, et a conçu le contenant au complet, à savoir la maquette, incluant la prise de photo.
Je suis très satisfaite du résultat, et je pense que Ludo l’est aussi, même si, au moment où j’écris ces lignes, nous n’en pouvons plus de relire ces Jours 2200 à 1980. Nous ne sommes pas loin de les connaître par coeur. Une coquille ici, une répétition là, une lourdeur ici, une incohérence là, une mauvaise coupure, et ceci et cela…
Pour la petite histoire :
Le roc qui apparaît en C-1 sur la photo –dans lequel se dissimule une grotte que les chattes affectionnent pour mettre bas– est celui qui accueille les visiteurs quand on atteint la maison.
Une lectrice attentive et assidue m’a orientée vers l’utilisation de l’expression Au fil des… pour le titre de la série des dix tomes dont voici le premier.
La candeur, la candeur du ton, est à mon avis l’aspect le plus prégnant de ces textes écrits entre 2011 et 2012.
Bouzette est le surnom que me donnait mon père quand j’étais petite parce que je boudais souvent. Le surnom m’est resté dans la famille.
La photo de l’auteure, enfin, en C-4, a été prise par sa fille, peut-être à Strasbourg.
La question maintenant : Y a-t-il des lecteurs intéressés à se procurer un exemplaire papier qui se détaille 20$ compte tenu du coût élevé des impressions à compte d’auteure. Si oui, merci de m’en informer par Messenger en privé, afin de m’aider à déterminer quelle quantité je fais imprimer. Je vous contacterai ultérieurement lorsque viendra le temps d’acheminer le bouquin.
Il est possible que le tome 2 s’intitule Le souffle, car l’année d’écriture 2012-2013 est traversée par les étapes menant à ma chirurgie cardiaque. Ou alors il pourrait s’intituler La fiction car des personnages y sont en action qui désespèrent l’auteure de mener seule sa barque, tout le monde semble vouloir s’en mêler…
Encore merci à tous, quoi qu’il en soit. Sans mes lecteurs, je n’aurais probablement pas maintenu cet exercice de dix ans !
J’ai fait le rêve le plus étrange, qui pourrait constituer, peut-être, une métaphore de ce que j’ai vécu ce dernier mois.
C’était la fin du monde. Je me trouvais dans un très grand appartement situé en hauteur, disons un quatrième étage. Peu à peu, il s’accumulait des gens dans les différentes pièces. Je comprenais que pour fuir le chaos, en ce sens qu’eau et terre s’entrechoquaient et rendaient impraticables les rues de la ville, chacun tentait de se refugier comme il le pouvait, où il le pouvait, et notamment là où j’étais. J’anticipais que contrairement à la dévastation extérieure qui allait s’amplifiant, le rythme à l’intérieur irait en s’apaisant.
Les réfugiés autour de moi, en effet, tentaient de se trouver un nid douillet pour quitter la vie délicatement, sans douleur, dans le calme. Ainsi, untel et untel, inconnus jusqu’alors, se collaient pour accéder ensemble, dans une sorte de communion, au repos final. Comme il manquait d’espace et de meubles, les gens s’installaient à même le sol, fermaient les yeux, s’enlaçaient, et c’en était presque fait de leur destin sur terre.
Bibi, ma soeur, était au nombre de ces gens qui avaient semble-t-il décidé que leur heure était arrivée. Je pensais que tel était aussi mon destin et je tentais de me trouver un quelqu’un qui allait vouloir quitter la vie collé sur moi et moi sur lui. Ce quelqu’un se présentait en la personne d’un tout jeune garçon. Or, après avoir passé quelques minutes à tenter de trouver une position confortable et pour l’enfant et pour moi, je me rendais compte que ça ne se passait pas dans mon cas aussi bien que dans celui de ma soeur, qui était déjà morte.
Alors je me relevais et j’arpentais les pièces non sans jeter un coup d’oeil dehors de temps en temps. La furie climatique n’avait rien perdu de sa force. – Probablement, me disais-je, que je ne suis pas tout à fait prête à trépasser, je réessaierai plus tard. Me disant cela, je changeais de pièce et tombais nez à nez sur Denauzier qui était assis avec d’autres autour d’une table. Je me dirigeais vers lui. Une chaise, miraculeusement, était libre, je m’y asseyais. Soudain, sans rien voir venir de mes propres élans ni des siens, nous nous embrassions avec passion, mus par un désir sexuel d’une vitalité incroyable.