Badouzienne 38

Que ferais-je sans la chaîne de télévision franco-ontarienne ? Je souffrirais d’un manque ! Hier soir, 21h00, le film Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier y était à l’honneur. L’histoire se déroule, lentement, à la fin de l’été 1912. Quel luxe, la lenteur, quel plaisir de l’observer, de m’en laisser imprégner. Quelle manière élégante, il y a plus de cent ans, de vivre au rythme des services de la domestique qui en travaille un coup pour préparer les repas et les transporter sur des plateaux dans les plus beaux plats. Sans oublier les besoins qui s’intercalent entre les repas : le thé, les collations, les boissons rafraîchissantes parce qu’il fait très chaud, le digestif…

Pour résumer très sommairement : un homme âgé dont la vie maritale et familiale a été heureuse, reçoit, puisqu’on est dimanche, son fils Gonzague accompagné de sa femme et de leurs trois enfants. Le film donne à voir le déroulement d’une journée, entre le moment où le père va accueillir ses invités à la gare et celui où il va les y conduire en début de soirée. La mère est décédée.

J’ai vu le film lorsqu’il est sorti en salles dans les années 80, mais je ne m’en suis rappelé, hier, que lorsque Sabine Azéma s’introduit dans l’histoire, bouleversant tout sur son passage tellement elle est animée, enjouée, vive, une vraie girouette. Le contraire de Gonzague. Elle se prénomme Irène. Je ne peux pas dire qu’entre Gonzague et Irène, je choisis la bonne humeur et l’engouement de la soeur, par opposition au conformisme trop tranquille, presque immobile, de son frère. Le contraste est trop grand entre les deux pour que j’aie envie de pencher d’un côté ou de l’autre.

À trop décrire l’art de la table en France et les caractères du frère et de la soeur, je m’égare et n’exprime pas à quel point le personnage du vieil homme m’a plu. Physiquement, il est aussi menu que l’était papa. Au début du film, j’ai eu l’impression que Tavernier voulait nous amener sur le terrain des pertes cognitives, mais tel n’est pas le cas. Conversant par moments avec son fils, puis avec sa fille, on le découvre alerte, encore à l’affût des découvertes, des nouveautés.

Il est peintre et n’a jamais peint que des toiles sans surprise. Sa fille se moque de ses goûts. Autant elle trouve les toiles de son père fades, autant elle s’extasie pour une toile –dont on ne connaît pas le peintre– qu’elle découvre dans le fond d’une malle, au grenier. Le père se pose toutes sortes de questions, c’est là où je veux en venir. Il se demande s’il n’aurait pas dû peindre autrement, tenter d’aller vers les courants jugés subversifs à l’époque, si son fils aurait été un homme plus hardi s’il avait lui-même pris davantage de risques, si sa fille aurait aimé les toiles qu’il aurait pu peindre avoir pris des risques, etc.

Le film se termine de la façon la plus délicieuse : alors qu’il revient de la gare et informe la domestique qu’il prendra la tisane dans l’atelier, il s’y rend, enlève la toile qui est entamée sur le chevalet, la remplace par une toile blanche, s’assied, et, le sourire aux lèvres, il s’apprête à peindre, peut-on penser, différemment. Il ne tient pas compte du fait qu’il pourrait cesser de chercher, car après tout il n’a plus l’âge de se casser la tête. Non, il continue d’essayer, d’avancer, d’explorer. Cet homme, bref, est mon grand ami !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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2 réponses à Badouzienne 38

  1. Alain dit :

    Merci Lynda. J’attend chacun de tes textes, impatiemment. À l’époque je lisais Foglia quotidiennement et son départ à laissé un vide jamais comblé. Demain je sais que j’aurai à lire. Merci.

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    • Badouz dit :

      Avant, pendant mon défi de dix ans qui s’est terminé en avril dernier, j’écrivais régulièrement, mais maintenant je prends ça relax ! Nous sommes en Abitibi pour quelques jours et je n’écrirai qu’à mon retour. 🙂

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