Jour 867

Nous sommes dimanche le 30 avril, 22h30. Dans 1h30, mes vacances de blogue seront terminées et j’entamerai le décompte de ma quatrième année d’écriture à raison d’un texte par jour ouvrable. Je voudrais bien entendu les écrire à la chaîne pour me permettre d’autres vacances en attendant d’atteindre la troisième année d’écriture, et ainsi de suite jusqu’à ce que j’aie atteint 62 ans, puisque j’ai maintenant 58 ans.
J’ai fait de l’exercice physique pendant ces vacances, marchant et même courant sur mon tapis roulant.
Je n’ai pas lu Les mystères de Pittsburg, pour ceux qui s’en souviennent, ni mon beau livre illustré intitulé Enghien et ses environs. C’est à peine si j’ai pris le temps de feuilleter ma revue Elle Québec à laquelle je suis abonnée. J’aimerais plutôt m’abonner à des revues d’architecture ou encore à la revue Connaissance des arts, mais encore ici le temps me manque pour m’en occuper.
Depuis que je cours, en short, sur mon tapis roulant, je ne me pèse plus. Mes vêtements sont rendus trop serrés particulièrement aux cuisses et je ne veux pas connaître l’étendue des dommages en montant sur le pèse-personne. On dirait même que mon bracelet médical sur lequel il est gravé que je porte une valve mitrale mécanique est rendu lui aussi trop petit. Donc, j’aurais grossi des poignets ? J’entends dire que l’entraînement fait augmenter le poids car les muscles prennent de l’expansion. Je pense que ça peut être vrai, mais pas après seulement un mois de coursinette même pas tous les jours…
Ma tantine, elle, n’arrête pas de perdre du poids depuis que son mari est décédé. Ses pantalons sont tous trop grands. Je vais peut-être lui apporter les miens qui sont rendus trop petits.
bottes-pieds-chaussettes-femme-jean-pantalon-how-to-tuck-jeans-into-bootJ’ai profité de ce congé d’écriture pour corriger les textes de ma première année, écrits en 2011-2012. À plusieurs reprises, à travers les éternelles questions qui me turlupinent ou encore en suivant le dossier DSK lorsqu’est survenue l’affaire du Sofitel à New York, je reviens sur le thème, absolument sans intérêt, des jambes de pantalons qu’on enroule autour des mollets avant de les couvrir des chaussettes comme on le voit ci-contre. C’est Emma qui a introduit ce thème dans mes textes, sans le savoir et le vouloir bien sûr, parce qu’une fois elle est arrivée à la maison en portant des pantalons trop grands. Pour empêcher les jambes de tomber sur ses chaussures, elle avait eu recours à la technique dite de la chaussette. Je me répète, c’est absolument sans intérêt.
J’ai aussi fait une enquête sur la largeur de mon bassin, dans ce premier tome de 220 textes. Et je suis revenue à maintes reprises sur mes cours de tricot.
Je suis en train de regrouper le textes de ma deuxième année d’écriture. Pour l’instant, les sujets abordés, que je vois passer vite fait entre mes copier/coller, semblent plus dignes d’intérêt. Mais je ne suis qu’au début du deuxième tome…

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Jour 868

Juxtaposition de feuille géante sur rosaces.

Juxtaposition d’une feuille géante sur fond de rosaces.

Mon deux mois de congé se termine bientôt. Le 1er mai 2017 je vais reprendre l’écriture quotidienne, tout en me réservant la possibilité de ne pas écrire les week-ends, le défi initial ayant été défini en fonction d’une écriture les jours ouvrables, du temps que je travaillais à l’université. Je me réserve aussi la possibilité d’écrire trois textes le même jour si l’inspiration me visite pour la peine. J’envisage aussi, pour cette septième année de défi, d’écrire des textes de toutes sortes de longueurs, des courts, des moyens et des plus longs qui respectent la consigne du 500 mots. La consigne du 500 mots, de toute façon, s’est installée en cours de route. Mes textes du début, dans lesquels j’ai baigné ces dernières semaines, tiennent parfois en quelques phrases.
Quelle folie, ce blogue. Le pire, c’est que je n’ai rien à raconter. J’écris de courts billets sur des événements minuscules presque toujours insignifiants.
Un projet important de mon deux mois de congé a donc été la correction des textes de ma première année d’écriture. Je suis pas mal avancée. J’ai voulu imprimer hier mes 220 textes et les lire à la suite, mais il manquait d’encre dans l’imprimante. Denauzier en a commandé et la cartouche n’arrivera que demain vendredi chez notre spécialiste informatique au village. Mon mari partira en Alberta ce dimanche, alors j’aurai du temps de solitude pour me lancer dans cette lecture. Paradoxalement, j’aimerais traverser cette lecture avec une amie. Nous nous réunirions dans un café et, autour de la table que nous choisirions, l’amie lirait un texte, et moi l’autre, et ainsi en alternance jusqu’à ce que nos gorges réclament un repos. Comme il y a beaucoup de textes à lire, nous quitterions ensuite ce café pour nous rendre dans un autre, pas mal plus loin, moyennant un cumul important de pas sur mon Fitbit, et dans ce deuxième café nous poursuivrions notre lecture. Dans un monde idéal, l’amie ne se lasserait pas de cet exercice et nous y passerions la journée. Il faudrait bien entendu que cet exercice de lecture se déroule en ville car dans mon village il n’y a aucun café.
Un autre projet important a été celui de ma toile ci-dessus photographiée. J’en ai publié une photo il y a quelques jours avant d’entamer la juxtaposition d’une feuille d’arbre géante dont on aperçoit les contours tracés en brun. Je compte entourer les petites masses des rosaces qui sont circonscrites dans chaque portion de la feuille au moyen de mon nouvel assortiment de cent stylos au gel de couleurs différentes. Une image valant mille mots, je publierai le résultat final quand j’aurai terminé d’encercler chaque masse avec mes crayons de couleur. J’ai trouvé cet assortiment au magasin Costco. Nous nous apprêtions à quitter le magasin quand Denauzier s’est rappelé qu’il nous manquait des crayons feutres à encre indélébile. Je me suis vivement proposée pour aller les chercher, afin de faire des pas sur cette surface si grande. Il n’y avait pas de stylos à encre indélébile, alors je suis revenue en sautillant tellement j’étais excitée par ma trouvaille avec cent crayons au gel à la place.

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Jour 869

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Des petites masses, comme autant de pétales de roses dans les teintes de jaune.

Je n’en peux plus. Voici le projet sur lequel j’ai travaillé ces derniers jours. Un grand format recouvert de rosaces imitant la technique de la mosaïque. J’ai réussi à le terminer à travers la marche quotidienne des 10 000 pas –dehors ou sur le tapis roulant–, à travers les cours de danse en ligne au centre communautaire du village, à travers les repas familiaux à l’occasion des célébrations de Pâques, sans oublier l’assemblée générale houleuse de la FADOQ que nous avons eue hier, sans oublier non plus une visite chez le médecin à Joliette avec ma belle-maman ainsi que deux virées à Rawdon pour faire les courses avec tantine. Dès que je le pouvais, je m’installais à ma table dans mon bureau pour ajouter de petites masses, comme autant de pétales. Bien entendu, il me fallait passer sur la toile deux fois, sinon trois, pour obtenir des masses pleines qui ne laissaient pas voir les traces des poils du pinceau.
J’ai travaillé sur cette toile au détriment de ce que je pensais faire pendant mon congé de deux mois de blogue, en mars et maintenant avril : je désirais me consacrer à la correction des textes de ma première année. Je m’y suis consacrée aux deux tiers. Il me reste un petit dix jours pour terminer ces corrections, dix jours pendant lesquels je vais laisser mes rosaces traîner à la vue, en attente de trouver ce que je veux peindre par-dessus. Au moment où j’écris ces lignes, je voudrais peindre par-dessus un autre motif répétitif dans d’autres couleurs qui n’occuperait qu’une portion de la toile, une forme qui s’appuierait cette fois sur des lignes droites et non des cercles. Il m’est aussi venu l’idée saugrenue de numéroter chaque masse au stylo noir à pointe ultrafine. Comme si chaque pièce était un morceau permettant la reconstitution d’un artefact. Ce serait une manière de me moquer de moi-même qui vis dans les comptes et les décomptes depuis maintenant six ans. Je compte les textes qu’il me reste à publier, de même que les mots que contient chaque texte publié –au moyen, il convient de le souligner, d’un compteur automatique. Fitbit, autre compteur automatique, compte mes pas et je consulte mon bracelet deux ou trois fois par jour pour connaître le cumul du moment. Pour la danse en ligne il me faut aussi compter mes pas : un lent, deux vite, un chassé-croisé, trois cha cha cha. Je compte les pages du document Word qui regroupe mes textes à corriger : il y en avait 159 au départ, j’ai coupé l’équivalent de 9 pages, il reste 150 pages dont 100 sont corrigées. Il est prévu que Denauzier s’absente quelques jours pour des locations d’hélicoptères. J’espère utiliser ces jours sous forme de retraite à n’être en contact avec personne pour venir à bout des 50 pages restantes.
Une chose positive mérite d’être exprimée ici, au terme de cette accumulation de pétales de rosaces : à la fin, j’aurais volontiers jeté mes couleurs et mes pinceaux tellement j’étais tannée. Pour une fois, je n’ai pas souhaité me maintenir dans l’immobilisme somnolent de la répétition réconfortante.

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Petit mot court – PMC 13

J’étais dans mon bureau en train de peindre mes rosaces dans les tons de jaune sur ma toile de grand format. Mon bureau est mitoyen avec le salon, dans lequel Denauzier écoutait la télévision. C’est de cette manière que j’apprends toutes sortes de choses provenant de la télévision, non pas en les regardant, mais en les écoutant, justement. C’était le film Jésus de Nazareth qui était diffusé puisque nous sommes dans la période de Pâques. Après s’être déclaré roi des Juifs et avoir fait quelques miracles dont celui de rendre la vue à un aveugle, Jésus commence à faire parler de lui et on se demande s’il faut le craindre ou l’aimer. Commencent alors des procédures au terme desquelles Jésus est amené à Ponce Pilate à qui il revient de décider ce qu’il faut faire de cet homme au regard bleu clair qui a davantage l’air d’un rêveur inoffensif que d’un assassin dangereux. Mais Ponce Pilate est embêté et probablement désarçonné par cette situation nouvelle, à savoir juger un homme qui n’a pas le physique de l’emploi. Alors il s’en sort de la façon suivante, il dit :
– Nous allons laisser le peuple décider.
C’est l’exact moment qu’a choisi mon mari, à peine cette réplique prononcée, pour changer de chaîne et se rendre au Centre Bell écouter le hockey, les Canadiens de Montréal y affrontant les Rangers de New York en quart de finale. Le peuple y était en délire, je n’ai jamais entendu une foule autant crier, au point de rendre moins audible le récit des commentateurs sportifs qui avaient grand peine à contenir leur excitation.
– Bon bien, c’en est fait du sort de Jésus, me suis-je dit. Le message ne peut pas être plus clair.
Du pain et des jeux, nous apprenait-on à l’école.

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Jour 870

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Ça ne paraît pas sur la photo, mais le mandala est constitué de trois jaunes différents, un jaune mélangé à du blanc, un autre mélangé à du jaune indien en pigments, un dernier mélangé à de la poudre de bronze.

Je vais publier un texte aujourd’hui, histoire de vérifier que je sais encore écrire. Ça fait quand même sept jours que je n’ai rien publié. De façon générale, pour écrire, il suffit que je mette les doigts au-dessus du clavier et que j’attende que les mots arrivent. Ils arrivent vite habituellement. Quand ça fait un bout de temps cependant que je n’ai pas mis les doigts au-dessus du clavier dans le but d’écrire, d’inventer, ou plus noblement de créer, les mots ne se bousculent guère au portillon. Dans ce temps-là, pour m’aider, j’ai recours à des adjuvants. J’appelle adjuvants les éléments qui m’aident à créer. Ont déjà été mes adjuvants une grosse miche de pain et un pied de céleri, il y a de cela plusieurs années. Je n’en voudrai pas à mes lecteurs fidèles, aux lecteurs qui me suivent depuis le début, de ne pas s’en rappeler. Seront mes adjuvants aujourd’hui deux petites choses de rien du tout, à savoir mon cours de danse en ligne et mon plus récent projet de toile à l’acrylique, commencé hier pour tout dire.
D’abord, mon cours de danse en ligne qui a eu lieu cet après-midi. Je ne le dis pas à mon amie qui aime les cours, mais je suis contente qu’il ne m’en reste que trois, car je souffre d’être aussi poche, même si j’accumule des pas sur mon Fitbit à chaque cours, mais pas tant que ça, les pas, à peine 2 000. À mon cours d’aujourd’hui, notre professeure Francine a voulu dire, à propos d’un pas de danse, qu’il se veut langoureux. Mais au lieu de langoureux, procédant sans doute par fusion entre les mots languissant et langoureux, elle a dit languirand. Ma professeure est peut-être en train de lire le livre sur Jacques Languirand que j’ai lu aussi, écrit par Alina Apostolvska, dont je ne me rappelle plus du titre. À la place de langoureux, elle aura dit Languirand sous l’effet d’un lapsus. J’ai lu ce livre pendant que papa était à l’hôpital, c’était à l’été 2015. Le cardiologue nous avait annoncé que notre père –nous étions les quatre enfants réunis– n’en avait plus que pour six mois, or, avril 2017, il est toujours là.
Autre adjuvant : mes projets artistiques. Je suis en train de faire une rosace dans les tons de jaune sur une toile de format 5’X3′, comme on peut le voir en photo vedette. Rosace ou mandala monochrome. J’ai commencé hier, assise sur un gros ballon Pilates, la toile appuyée sur mes cuisses dans sa partie du bas, et sur le bord de ma table dans sa partie du haut. Je travaille, il convient de le dire, en format paysage. Une fois la toile entièrement recouverte de petites masses, je ne sais pas encore ce que je vais vouloir faire en valeur ajoutée. Je pensais créer des chemins entre les masses pour reproduire le jeu de labyrinthe. Ou simplement ajouter çà et là sur les masses, de manière aléatoire pour ne pas avoir à réfléchir, des lignes horizontales ou verticales. Mais je pense que je vais plutôt aller vers l’approche suivante : je vais acheter un tube de jaune criard, jaune serin, jaune presque fluo, et je vais en couvrir tous les espaces entre les masses déjà jaunes. Étant donné que le jaune est une couleur qui ne couvre pas tellement bien, je vais devoir en mettre trois ou quatre couches, avec un petit pinceau fin, entre chaque tache, j’en ai pour des jours…

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Jour 871

kenya

« Il y a de graves problèmes d’eau, les gens sont affamés, les écoles sont fermées, les défis sont au-delà de la capacité de gestion du gouvernement », a déploré le gouverneur du comté.

J’étais à la cabane à sucre, à St-Jacques, avec papa, son frère et Bibi. Deux vieillards au-delà de 80 ans d’un côté de la table, et deux jeunes vieilles en face d’eux.
– Cette dame, tu lui donnes quel âge ?
– Au moins 75, a répondu Bibi.
J’observais tous ces gens venus manger le midi en autobus par une journée de pluie battante en me disant que ce serait moi, dans moins de vingt ans. J’accuserais le même âge et probablement la même apparence. J’aime mieux ne pas y penser.
Après avoir déposé chez eux nos aînés, pour retarder l’arrivée de l’apparence qui est la nôtre à 75 ans –donc, je continue d’y penser–, Bibi et moi sommes allées au centre commercial faire des pas. Je m’attendais à ce qu’on traverse le centre d’un très bon pas, et qu’on revienne dans les mêmes conditions à notre point de départ, et que, de là, on se mette à flâner à travers tous les biens qui sont à vendre et auxquels les gens des pays en crise n’ont pas accès.
– Est-ce que tu penses à l’occasion aux Syriens ?, ai-je demandé à Bibi. Aux gens du Soudan, du Yémen, de la Somalie ? Et même au Kenya, que je croyais être un pays riche, il y a, si j’ai bien lu, des problèmes de famine…
– Nous sommes tellement gâtés, a répondu Bibi, tout en s’arrêtant pour caresser une étoffe.
De fil en aiguille, nous avons marché, certes, mais heureusement que j’avais goûté aux bienfaits de mon tapis exerciseur la matin.
– Je fais certainement 10 000 pas par jour, m’a dit Bibi. Je n’arrête pas de bouger !
– C’est quand même pas mal de pas, ai-je répondu. Et encore, j’ai lu que si on vise une perte de poids, il faut en marcher 16 000 !
Je ne peux pas poursuivre ma vie à ainsi compter sans arrêt. Ça fait déjà des mois que je compte les mots de mes textes parce que je me suis fixé un format de 500 mots par jour. Ça fait six ans que je suis sensible au décompte de mes textes à raison d’un seul par jour. Et voilà que je compte mes pas, et que pour compter mes pas je compte les minutes que je passe à marcher sur le tapis. Ce n’est pas naturel.
Chaque seconde compte, soit, il faut profiter de la vie, mais il y a des limites ! Mes journées sont remplies avec mes seules séances d’exercice et mes écritures quand s’ajoute à ces deux priorités le train train quotidien. Où vais-je trouver le temps de peindre, et de corriger les textes sur mon blogue qui se sont accumulés au fil des années ? Et de lire ? Et de bientôt jardiner ?
J’étais à la cabane à sucre, à St-Jacques, avec papa, son frère et Bibi.
– Quatre Longpré, c’est bien, a dit papa. Ça n’arrive pas souvent.
– On reprend ça la semaine prochaine !, a proposé Bibi.
– Oh ! Oui !, me suis-je exclamée, reléguant aussi vite aux oubliettes mon insoluble problème de temps insuffisant.

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Jour 872

Après, je tourne ma veste de bord. Je me dis qu’il n’y a pas de mal à parler de mon ami le pied de céleri ou, autre élément de forme semblable, de mon amie baguette de pain. Je suis rendue là, dans mes corrections, aux épisodes où je vais tricoter avec Oscarine en mastiquant de la baguette. Il est aussi question de Clovis, à cette époque de ma vie. Comme il s’agit d’une aventure malheureuse auprès d’un être souffrant, j’enlève des paragraphes, ici et là, ou alors j’écris au « je » ce qui est survenu au « nous ». Parmi les folies que je raconte à Oscarine en tricotant, je tombe sur ma recette de pâté chinois nouvelle manière, dans laquelle les pommes de terre conservent leur peau,  le bœuf se fait mélanger à de la sauce Sri Racha et le pâté complet, en touche finale, se fait napper d’un mélange d’œufs et de lait. J’étais au Métro d’alimentation cet après-midi et j’ai acheté les ingrédients nécessaires pour répéter la recette. Le pâté m’attend sur le comptoir de la cuisine, en ce moment. J’y ai saupoudré du paprika fumé, en amélioration, cinq ans plus tard.
Je pense qu’il m’est nécessaire de créer, d’inventer, de laisser s’exprimer mon imagination. C’est la raison pour laquelle l’écriture me tient tant à cœur. Je peux inventer autrement qu’en écrivant, à travers mes toiles, par exemple, ou ce pourrait être n’importe quoi d’autre, en cuisinant, en rénovant. D’ailleurs, il traîne depuis quelques jours sur la table de la cuisine des matériaux divers que je voudrais assembler pour en faire un mobile. Le projet de mobile attend, là où, d’une certaine manière, c’est l’écriture qui attend après moi. Je suis malheureuse si je ne m’y consacre pas. Pas seulement malheureuse, je deviens nerveuse et déséquilibrée. Donc, on peut penser que j’ai besoin d’écrire, même si, paradoxalement, il n’y a rien que je désire tant que ça exprimer.
Comment est-ce que je faisais pour vivre, du temps de Jacques-Yvan, n’écrivant pas, travaillant à temps plein et m’occupant d’une famille recomposée, avec chouchou, dans ses premières années, qui me suivait partout ? Je vivais mal et je ne m’en rendais pas compte. À chaque Noël, je revoyais dans la famille une dame que je connais à peine. Elle me demandait immanquablement si j’avais écrit pendant l’année, ayant appris que Les herbes rouges m’avaient publiée, en 1994. Je répondais immanquablement que je n’avais pas écrit, en m’expliquant mal son entêtement, pendant qu’elle devait, de son côté, mal s’expliquer le mien. Savait-elle que j’avais besoin d’écrire alors que je ne le savais pas moi-même ?
J’en arrive à la conclusion suivante : j’ai besoin d’écrire, mais je n’ai rien à exprimer !
– Quel est ton avis ?, me demandait mon ami André récemment, par rapport à un événement qui se trouvait au cœur d’une conversation que nous venions d’avoir avec une troisième personne.
– Je n’ai pas d’opinion, ai-je répondu sans hésiter une seconde.
Je ne sais pas comment les gens font pour avoir une opinion. Dans ce que j’appelle le jeu des subjectivités, je trouve que toutes les positions se valent, elles sont toutes justifiables d’une manière ou d’une autre.
J’écris, bien que n’ayant rien à exprimer. Je me laisse porter par la seule invention. C’est un problème réel quand arrive une situation où il me faut maîtriser une technique. Le désir de me laisser porter et d’inventer prend le dessus. Exit le foulard au point de blé, après trois rangs je tricote autrement. Exit les pas de danse qu’il me faudrait maîtriser dans mes cours. Il n’y a pas de mot, ici, pour exprimer à quel point je ne suis pas douée.

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