Jour 841

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« La force du nombre », acrylique, pigments secs, serviettes de table en papier

Ça y est, j’ai fini d’encercler et de numéroter les petites masses de ma toile avec mes crayons gel. J’obtiens 2665 masses. Je suis déçue de la manière dont les chiffres apparaissent, pas toujours clairement quand ils sont tracés sur les taches qui contiennent des pigments secs. Il aurait fallu que je passe deux ou trois fois sur les chiffres avec une pointe encore plus fine pour qu’ils soient plus faciles à lire, mais en même temps ce n’est pas tant l’aspect final qui importe ici que la démarche et en ce sens je suis très satisfaite du résultat. J’ai utilisé quarante couleurs différentes sur ma collection de cent. Le crayon noir, avec lequel j’ai numéroté, s’est vidé de sa quantité de gel avant que j’aie pu terminer, alors j’ai poursuivi ma numérotation avec un proche parent, un gris très charbon. Je devais protéger les masses coloriées avec une feuille de papier quand j’avais besoin de retoucher une zone car le gel est très lent à sécher, je me demande même s’il sèche. J’ai eu l’occasion de retoucher des zones qui avaient déjà trois ou quatre jours de séchage à leur actif et elles étaient encore humides. Ce matin, j’ai apporté la toile dehors et je lui ai vaporisé une bonne couche de fixatif protecteur. Nous comptons l’installer sur le mur qui longe l’escalier menant aux chambres. Je me demande combien d’erreurs il y a dans l’ensemble, y a-t-il des masses qui ont échappé à la numération, par exemple, et y a-t-il des nombres manquants ou y a-t-il des nombres qui se répètent ? Admettons que chaque masse vaille 10¢, le prix de vente de ma toile serait de 266,50$. Ce n’est pas assez. Si je hausse le prix unitaire à 25¢ la masse, j’arrive à 666,25$. J’adore le chiffre, une triade de six. Si j’effectue le calcul suivant : le prix de vente de ma toile 666,25$ divisé par le salaire minimum 11,25$/heure, j’arrive à un total de 59,22 heures. Est-ce près du temps que j’ai passé sur ma toile ? Difficile à dire. Si on m’offre plus que 666,25$, faisant ainsi passer mon taux horaire à une vitesse supérieure, je ne répondrai pas que je désire conserver ma toile. Je la vendrai et m’empresserai d’en entreprendre une autre !

 

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Jour 842

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Rendons à César ce qui est à César : créations Métamorphose, entreprise québécoise

Je me suis réveillée ce matin vers 7h30 en pensant à ma jupe. Je me suis levée, je suis allée la prendre dans mon garde-robe, la laissant retenue à son cintre, dans le but de la photographier. La voici ci-contre. Elle est de taille S/P, mais on peut dire que c’est un S/P généreux. De la marque Métamorphose, avec l’adresse www sur l’étiquette –bien entendu je ne l’avais jamais remarqué–, à savoir creationsmetamorphose.com. Je me suis empressée de taper cette adresse sur mon ordi pour me rendre compte qu’il n’y a pas de boutique, ou d’atelier-boutique comme il est écrit sur le site www, qui serait situé près de l’endroit où je recevais les traitements de mon chiropraticien. Bof. La jupe existe bel et bien, c’est ça qui compte.
Je la portais lors des funérailles d’une collègue, du temps que je vivais avec François. Une collègue de notre grande famille informatique à l’université, qui est une famille très unie. Autrement dit, aux funérailles, il ne manquait personne, le salon était archi plein. Un collègue était arrivé en même temps que nous dans le stationnement du complexe funéraire et, me voyant sortir de l’auto, m’avait dit que je m’étais une fois de plus habillée sexy. Comment pouvais-je avoir une allure sexy alors que la jupe est ample et non moulante ? Il ne pouvait pas parler du haut puisque le haut, je m’en rappelle, était une veste de faux denim, faux en ce sens qu’elle n’était pas faite en fibre de coton mais en fibre de lin, tout mou et pas non plus moulant. Bof, bis. Au moment où nous nous apprêtions à quitter le salon, François et moi, avec d’autres, le même collègue était venu me saluer et avait mis sa main sur mon bras en me faisant la bise. Il m’avait alors regardée les yeux ronds comme des billes tellement il avait été surpris de me découvrir mouillée comme si je sortais d’une baignoire. Cela s’appelle la ménopause combinée à la surchauffe d’un environnement bondé, en plein été.
Je me demande si je ne portais pas la même jupe lors des funérailles de François ? Je me rappelle du haut que je portais ce jour-là, à savoir un chandail gris décolleté en V, acheté à la boutique Jacob en même temps qu’un autre chandail de coupe cache-cœur, à moins que je n’aie porté la coupe cache-cœur, que je préférais au décolleté en V ? Le cache-cœur ne fait plus partie de ma collection de vêtements parce que les trous aux manches, tellement je l’ai porté, m’ont obligée à m’en débarrasser.
Quel est l’intérêt, je me répète, d’écrire ces lignes à propos de ma jupe ? Il n’y en a aucun. Il n’y a que le défi d’écrire à propos de tout et de rien, et d’essayer de faire en sorte que ce soit néanmoins intéressant.

 

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Jour 843

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Les coeurs saignants de notre plate-bande à St-Jean-de-Matha le 28 mai 2017.

Incursion dans le passé à travers une jupe.
J’ai porté une jupe, un maillot noir pour le haut du corps, et des sandales noires cet après-midi pour assister à un concert que donnait le groupe de Luc Beauséjour à l’église de Notre-Dame-des-Prairies, dans le grand Joliette. Luc Beauséjour, claveciniste et organiste, est très connu dans le milieu musical de la région puisqu’il est originaire de Rawdon. Il participait aux concours des Jeunesses musicales du temps que j’y participais moi-même, dans les années soixante-dix, en tant que pianiste.
Nous profitions, Denauzier et moi, de billets de faveur qui provenaient de la belle Ludwika, violoniste pigiste dans le groupe.
Je ne porte presque plus mes vêtements de rédactrice universitaire, je suis toujours en pantalons, en shorts et en baskettes depuis que je suis à la retraite. On peut donc dire que pour le concert de cet après-midi, je m’étais mise sur mon trente-six.
J’ai porté la même jupe récemment, à un souper que nous avons improvisé avec ma belle-maman, pour qu’elle vienne déguster le doré que Denauzier avait pêché l’avant-veille, en Abitibi. Ma belle-maman n’est pas friande de poisson, même très frais, et je pense qu’elle s’est déplacée essentiellement pour nous faire plaisir. Je portais quand elle est venue ma jupe et un autre maillot, non pas noir mais gris. Mais avant cette fois avec belle-maman, et avant aujourd’hui avec Ludwika, ma jupe n’a rien fait d’autre qu’attendre son tour d’être choisie, patientant sur un cintre pendant presque deux ans. Au moins deux choses ici sont positives : la jupe ne s’est pas déformée, et elle me fait encore.
J’ai porté cette même jupe le premier jour que je suis retournée au travail après avoir été en congé de maladie à la suite de mon opération cardiaque, c’était donc en septembre 2013. Pour une raison que je m’explique mal, je l’ai portée cette fois-là avec une ceinture à boucle métallique qui n’allait pas du tout avec le style fluide et romantique de la jupe.
J’ai acheté la jupe à une boutique de vêtements qui ne vendait que des créations québécoises, sur une petite rue perpendiculaire à la rue St-Denis, à la hauteur peut-être de la rue Faillon, mais la boutique n’était pas sur Faillon. À cette époque, vers 2004-2005, je me faisais suivre par un chiropraticien et je pense qu’étant arrivée une fois trop tôt à mon rendez-vous, j’avais laissé mes pas me guider jusqu’à l’achat d’une jupe, dans une boutique à proximité, avant d’entrer dans la clinique. C’était l’été et il faisait soleil. En face de la boutique, il y avait un marchand de glaces, mais je ne m’étais pas laissé tenter.
Quel est l’intérêt de ce parcours à rebours autour d’une jupe que le lecteur n’a même pas le loisir de voir en photo puisque j’ai privilégié les coeurs saignants ? J’ai bien peur qu’il n’y en ait aucun. Heureusement, les coeurs saignants sont magnifiques, ils sont plus foncés en réalité que sur la photo. Et les hostas, contre toute attente, semblent vigoureux et promis à un bel avenir.

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Jour 844

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Point de départ.

Je suis sur le point de terminer ma rosace aux quelque 2500 petites masses sur laquelle j’aurai passé beaucoup d’heures et utilisé une bonne cinquantaine de crayons gel. Au lieu de me sentir enfin délestée de ce lourd projet, je désire en entreprendre d’autres dans la même veine. Les rosaces pourraient devenir ma marque de commerce.
Je pense par exemple me lancer dans un projet rosacien allégé. Il s’agit de colorier un mandala, par exemple celui ci-contre. De le prendre en photo une fois colorié. D’agrandir sur mon ordinateur (fonction Zoom) le fichier numérique (JPG) du mandala colorié. De prendre une photo du résultat agrandi, qui sera probablement pixelisée. D’imprimer le résultat sur un papier de grand format, idéalement texturisé. De reprendre une photo du résultat, en ayant déposé soit un voile, soit une moustiquaire sur le papier grand format texturisé. J’ai oublié de mentionner qu’on peut ajouter de la couleur au fur et à mesure des impressions. On poursuit, pour encore deux ou trois étapes de ce type, la transformation du mandala, en intégrant chaque fois à la photo les éléments de son choix. D’aller ensuite, en mettant la main dans sa poche comme le dit mon père, vers une impression géante qui logera dans un immense cadre qui traîne ici dans la maison. En étape finale, Denauzier et moi, après quelques retouches qui pourraient s’avérer innombrables, installerons le cadre immense où loge l’impression géante –partie de rien avec le petit mandala ci-dessus–, sur un des murs de notre entrée à plafond cathédrale. Denauzier se rendra pour ce faire sur la dernière marche de l’escabeau pendant que je tiendrai pour ma part fermement l’escabeau une main sur chaque côté. L’installation, bien sûr, résidera pas très loin de ma toile aux rosaces dont il est dit en début de texte qu’elle est sur le point d’être terminée.

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Jour 845

marmotte

La marmotte est communément appelée Siffleux, à cause de son sifflet strident qui lui sert à avertir d’un danger.

– Ça ne bouge pas et c’est à la même place qu’hier ! Ce doit être une bûche ou une grosse roche.
– Il ne peut pas y avoir de roche à cet endroit, chérie, c’est en plein dans le milieu du champ qui est cultivé année après année.
– Bien, c’est une bûche alors, qu’on a oubliée là quand on est allé scier des troncs la semaine passée.
– Non, non, ç’a bougé et ce n’est pas à la même place, m’a répondu mon mari.
– Tu es sûr ?, ai-je demandé.
– Tout à fait sûr.
Depuis la cuisine, nous regardions dehors à travers la porte patio.
– Viens, on va se rapprocher, ai-je suggéré.
J’ouvre la porte et nous marchons jusqu’au bout de la terrasse, cela nous rapproche de quelque vingt pieds pour notre observation. Mon mari entreprend de taper des mains pour faire du bruit et vérifier si ça va bouger. Ça ne bouge pas. En appui à l’essai de mon mari, je siffle en me mettant quatre doigts dans la bouche, l’index et le majeur de chaque main, c’est la seule technique que je maîtrise et qui me permet d’obtenir des sifflements forts et stridents. Ça se met à courir à vive allure pour aller se cacher dans son terrier.
– Tu as raison, ai-je dit à mon mari. C’est une marmotte.
Sur ces mots, et puisque je suis sur la terrasse et que la terrasse donne accès à la corde à linge, je décide d’enlever le linge qui y est suspendu, d’autant que le ciel se couvre de plus en plus. Pas seulement le linge, en fait, mais aussi les draps de notre grand lit qui ont été étendus en dernier, et que par conséquent je ramasse en premier. Ils sont de couleur bleu acier. Je constate en retirant les pinces à linge qu’une belle trace blanchâtre de fiente d’un quelconque volatile a dégouliné, puis séché, sur le tissu bleu. Je n’en fais pas de cas plus que ça. Je forme une boule plus ou moins semblable à une boule avec les draps et les taies d’oreiller, que j’entoure de mes bras, de manière à ne pas marcher dessus le temps de me rendre dans la maison. Je ne marche pas dessus, mais la boule se défait avant que je sois rentrée et une partie d’un drap frotte sur la surface du guéridon, qui a passé l’hiver sur la terrasse. Il est couvert d’une bonne épaisseur de pollen jaune. Or, mon mari est très allergique au pollen. Pour la seule fiente, j’aurais peut-être fermé les yeux en la grattant un peu, mais avec le pollen en plus, je renvoie le drap à la laveuse.

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Jour 846

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J’aime et la robe, et la coupe de cheveux.

Le 21 mai, c’est aussi l’anniversaire du décès de maman, en 2014. Papa était venu au salon funéraire. Un homme qu’il n’avait pas vu depuis des années s’était approché pour lui parler, un ancien employé du garage. L’homme s’était mis à parler très fort et papa lui avait dit :
– Pas si fort ! Je suis aveugle, mais je ne suis pas sourd !
Je portais pour l’occasion une robe fabriquée en Allemagne de la marque Faifun et achetée avec Bibi au Complexe Desjardins. Depuis que j’habite à la campagne, je ne porte pour ainsi dire jamais mes robes. En ce moment, je porte la même chemise VAN achetée au bazar scout qui couvrait ma personne, dans la portion du haut, lors du nettoyage du jardin en compagnie de chouchou le week-end dernier, sur de vieux pantalons noirs. Nous sommes allés ce matin mon mari et moi, en camion avec remorque, ramasser à Montréal le bois de la clôture démolie pour ramener tout ça, avec des sacs de lierre, de feuilles et de branches, à la campagne. Mon mari est en train de brûler le contenu des sacs en ce moment, et les sacs avec. J’ai hâte d’aller le rejoindre, mais je suis en attente d’un courriel, alors je ne m’éloigne pas de mon ordinateur. Je remarque qu’il arrive souvent que le ciel s’éclaircisse en fin d’après-midi, c’est le cas en ce moment. J’ai une vue imprenable sur la nature, depuis mon bureau de travail, et cela rend d’autant difficile l’attente du courriel. Tiens, le voici qui arrive.

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Jour 847

2ans_cuirNous sommes le 23 mai. Donc hier nous étions le 22. Je suis revenue de Montréal le 22 assez tôt, vers midi j’étais déjà à la maison. La première chose que j’ai faite à mon arrivée : du tapis exerciseur pendant une heure. Ensuite, j’ai arrosé les plantes à l’étage et au rez-de-chaussée. Puis j’ai préparé une lasagne aux lentilles. Vite fait la lasagne, juste pour dire que nous aurions quelque chose à nous mettre sous la dent pour le souper. Il y avait un restant de pâtes déjà cuites dans le frigo. Je suis sortie à l’extérieur de la maison faire le tour des hostas pour constater quelques progrès dans leur croissance. Une fois ces obligations derrière moi, je me suis lancée dans mes rosaces jusqu’à l’arrivée de Denauzier en fin d’après-midi. Denauzier est arrivé, je l’ai aidé à sortir ses affaires du camion, mais comme il faisait froid et que je n’étais pas bien habillée, je suis rentrée avant lui. Il est rentré quelque temps plus tard. Nous avons parlé pendant un moment avant de nous consacrer à nos priorités respectives, lui ses courriels et des appels téléphoniques, moi mes rosaces. En début de soirée nous avons ressenti une petite faim, alors j’ai mis la lasagne au four. Nous nous sommes installés à la table pour ce premier souper ensemble après cinq jours. Mon mari a levé son verre pour trinquer avant le repas, nous avions chacun un fond de rouge dans nos coupes.
– Mince !, me suis-je dit précipitamment, me rendant compte au lever du verre que j’avais oublié notre anniversaire de mariage, le 21 mai.
– À nous deux chéri !, me suis-je exclamée pour me rattraper, à cette troisième année de mariage qui commence aujourd’hui !
Mon mari m’a regardé piteusement parce qu’il l’avait oublié.
– Ce n’est pas grave, l’ai-je rassuré, j’avais oublié aussi !

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