Jour 857

DSC_4568C’était il y a 24 ans. Mon hoya était placé sur le bord d’une fenêtre, dans la tourelle de notre grand appartement de la rue Grosvenor. Nous y étions installés depuis deux ans, Jacques-Yvan et moi, dans un début de vie de couple qui fut tourmenté par la douleur, transformée ensuite en colère, de la mère des deux fils de Jacques-Yvan. J’avais placé le hoya sur le bord de cette fenêtre, tout seul parce qu’à cette époque je n’avais pas tellement d’amies plantes, et ainsi seul face à l’adversité il avait donné naissance à trois fleurs.
– Nous aurons trois enfants, avais-je alors annoncé à Jacques-Yvan.
– Nous en avons déjà deux, avait-il peut-être répondu, en faisant référence à ses deux fils, pour ne pas mettre d’eau au moulin de mon projet d’agrandir exagérément la famille.
Après tout, à cette époque, j’avais déjà 34 ans et lui 41.
Un hoya me tient toujours compagnie à St-Jean-de-Matha, dans ma vie actuelle de femme mariée et retraitée. Ce n’est pas le même que celui de la rue Grosvenor, mais probablement un de ses enfants conçu à partir d’une bouture. Cet enfant qui séjourne dans mon bureau et qui apparaît ci-dessus en photo a donné naissance, ces dernières semaines, à douze fleurs qu’on appelle « ombelles ».
Ce n’est pas la première fois qu’il se pare d’autant de fleurs. Pendant un bon moment, Ludwika a vécu au travail avec le même hoya qui fleurissait à n’en plus finir. Son bureau, ou plus modestement son espace de travail, était situé près des fenêtres, dans notre édifice. Elle avait accepté d’héberger ma plante qui s’était mise à profiter au-delà de toute attente. Puis, nous avons quitté nos espaces de travail du 3e étage pour nous installer au 4e, côté nord, donc pas de soleil, et le même hoya, toujours sur un bord de fenêtre, a tenu le coup à travers les années sans toutefois donner une seule fleur.
Quand j’ai quitté l’Université il y a deux ans, j’ai laissé toutes sortes de choses à Ludwika dont trois cactus et deux grosses améthystes, mais j’ai voulu rapporter mon hoya dans l’espoir de lui donner tout l’amour et les soins dont il avait été privé. Je me suis donc procuré une boîte de carton pour le transporter. Or, les tiges de ma plante ne tenaient pas en place dans ladite boite, elles n’arrêtaient pas d’en ressortir en rebondissant, alors je les ai coupées ! Quand Ludwika m’a vu faire, une paire de ciseaux à la main, imperturbable et sans cœur comme hier je le fus regardant la vidéo du bébé chimpanzé, elle a failli s’évanouir.
Pour entamer la nouvelle vie de mon hoya amputé mais toujours respirant, je l’ai transplanté dans un pot de grès un peu plus grand, je l’ai installé au soleil mais pas trop, et j’ai constaté rapidement qu’il y était bien parce que ses feuilles grasses, épaisses, d’un beau vert foncé, resplendissaient de santé. Les tiges se sont mises à repousser. Et, récemment, les fleurs se sont manifestées.
Que dois-je penser des douze fleurs ? À 58 ans, on oublie ça, je n’aurai pas douze enfants. Vais-je transformer mon projet d’écriture sur dix ans en un projet d’écriture sur douze ans ? Vais-je produire une douzaine de toiles sur le thème des rosaces ? Mystère.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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