Jour 814

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Inukshuk

J’ai passé énormément d’heures ce week-end sur la toile que j’ai trempée dans l’eau du lac, il y a deux semaines, tellement j’étais déprimée de ne pas savoir comment l’approcher. Je m’y prenais d’une manière cérébrale, j’étais à la recherche d’un concept, j’étais dans le champ. Je le savais, que j’étais dans le champ, or je m’obstinais, incapable de lâcher prise. L’approche s’est décidée d’elle-même, bien entendu, à travers le geste, en couvrant une masse par-ci et une autre par-là. En fin de journée aujourd’hui lundi, j’ai su de quelle manière j’allais m’y prendre pour créer ma composition. C’est dire que pendant quatre jours, j’ai travaillé sans savoir si je ne faisais pas tout ça pour rien. « Tout ça » désigne des masses couvertes d’encre que j’applique avec des crayons gel. Chaque masse me prend quand même pas mal de temps car le crayon ne trace qu’une ligne fine sur laquelle je reviens souvent. « Quatre jours » sont les jours que nous avons passés au chalet, dans la mesure où je ne transporte pas la toile d’une maison à l’autre. Je la laisse là-bas, au lac Moyre, ainsi que la boîte de crayons.
Denauzier a de la difficulté à bien dormir dans notre nouvelle acquisition. À ce jour, nous avons essayé trois matelas sans succès. Il faut dire que le lit est petit, les couvertures pas assez grandes et le plancher pas trop de niveau. Pour ma part, je dors plutôt bien. Une des nuits que nous venons de passer là-bas, j’ai rêvé que mon amie contrebassiste qui vit en Allemagne me disait à quel point il est important de bien gérer sa vie. Elle me faisait savoir qu’il est essentiel de se donner une ligne de conduite et qu’il ne faut pas trop en déroger. Je l’admirais de me parler si sagement, d’autant qu’elle était la preuve vivante qu’une vision à long terme donne d’excellents résultats.
Dans mon nouveau patelin de ma nouvelle vie dans le bois, j’ai trouvé une âme charitable qui accepte de marcher avec moi dans le but de contrer les ours à deux, c’est moins apeurant que de les rencontrer seule. Nous avons marché avec des grelots attachés à nos poignets pour nous annoncer en cas de présence d’ours, même si j’ai lu quelque part que la technique des grelots n’est pas très efficace. Nous avons marché huit kilomètres. Au début j’avais chaud, alors j’ai enlevé ma veste, mais assez rapidement il s’est mis à pleuvoir, alors j’ai remis ma veste, et la pluie ne s’est pas arrêtée. Et de légère, elle est devenue drue. À notre retour, nous étions complètement trempées. Il faut croire que nous sommes elle et moi de tempérament spartiate car nous nous sommes quittées à la croisée de nos chemins respectifs en nous remerciant l’une et l’autre et en nous souhaitant de reprendre l’expérience de la marche –pas forcément sous la pluie– dès que possible.

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Jour 815

– Vous êtes une dame Lépine, n’est-ce pas ?, m’a demandé la cardiologue quand elle s’est glissée derrière le rideau pour venir interpréter les photos prises par la technicienne.
– Mme Longpré, a rectifié la technicienne avant que j’aie le temps d’ouvrir la bouche.
Il me semble avoir entendu le mot « anomalie » entre la technicienne et la cardiologue, quand cette dernière est enfin arrivée pour interpréter les résultats de l’échocardiographie. Or, sa seule courte phrase a été la suivante, au terme d’une vérification de trois secondes et quart :
– Tout est bien.
– Tout est bien ou tout est très bien ?, ai-je voulu m’assurer.
– C’est une question de nomenclature, a répondu la dame. Si vous voulez que ce soit très bien, je peux vous dire que c’est très bien. Mais pour nous, cardiologues, seul un cœur non opéré peut être très bien.
– Il n’y a rien à signaler, donc, ai-je répondu en m’y prenant autrement pour l’amener à me parler de l’anomalie.
– Rien à signaler. Tout est très bien, a-t-elle dit pour me rassurer. Nous allons vous rappeler l’an prochain, ou peut-être même dans deux ans seulement, tellement c’est très très bien.
Riche de ma bonne santé cardiaque et de ma découverte du livre paru chez Gallimard qui va me coûter 59 $ plus taxes, je suis sortie de l’hôpital en voulant faire plaisir, encore une fois, à mon Fitbit.
– Prends ton temps chérie, ne t’inquiète pas, j’ai plein de choses à faire pendant ton examen, m’avait dit mon mari en me déposant devant l’hôpital quelque deux heures plus tôt.
– Si c’est comme l’autre fois avec ma mère, avait-il ajouté, tu vas attendre trois heures avant que ce soit ton tour, de toute façon.
Sur ces paroles encore fraîches à ma mémoire, je suis donc partie au centre-ville à pied faire une transaction à la Banque de Montréal. Après la transaction, j’ai traversé la rue pour me rendre au Van Houtte, où je sais qu’il se trouve un appareil téléphonique public, objet sur le point d’entrer dans la catégorie des antiquités. J’ai glissé mes deux 25¢ pour obtenir la communication, mais le deuxième 25¢ a été rejeté. J’ai glissé à nouveau le deuxième 25¢ plus lentement, mais il a aussi été rejeté. J’ai essayé avec un troisième 25¢ qui traînait miraculeusement dans ma poche, et il a aussi été rejeté. On pourrait penser que l’objet antiquité fonctionnait comme encore plus autrefois avec un seul 25¢, or ce n’était pas le cas.
– Enfoncez bien votre pièce, continuait de dire la dame de sa voix automatisée au bout du fil.
J’ai fini par m’adresser à la jeune fille qui travaillait derrière le comptoir qui m’a transmis sans problème le téléphone du magasin.
– Chéri ?, fut mon premier mot à mon mari. Où es-tu ? Dis-moi où tu es et je vais aller te rejoindre, ai-je même ajouté, encore toute à l’élan d’avoir si bien marché.
– Je suis devant l’hôpital, a répondu mon mari, je t’attends depuis une demi-heure.

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Jour 816

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Merci à la technicienne de m’avoir fait connaître l’existence de ce livre.

Je suis tellement bien suivie par ma nouvelle cardiologue que dès hier jeudi à la première heure –c’est le cas de le dire car je suis arrivée avant l’ouverture de la clinique–, je devais me présenter à l’hôpital pour une échocardiographie. J’ai été la patiente d’une technicienne ayant toutes les qualités –beauté naturelle, discrétion, compétence– dont j’ai découvert, parce que le livre était bien placé à côté de son clavier d’ordinateur, qu’elle était en train de lire Lettres à Anne, un livre brique épaisse qui regroupe les 1 218 lettres que François Mitterrand a écrites à Anne Pingeot.
Advenant que les lettres soient courtes, me suis-je demandé en me rhabillant, est-ce que je ne me lasserai pas de les lire une à la suite de l’autre, en ce sens que je vais goûter un fragment pour le quitter aussitôt, et que je vais sentir s’installer un rythme répétitif qui va finir par m’endormir. En même temps, c’est assez prétentieux de ma part de penser que je pourrais n’être pas touchée par la plume de François Mitterrand. J’aurai l’occasion d’y revenir, de toute façon, puisque je viens à l’instant, ce matin vendredi, de commander le livre par téléphone à la librairie René Martin.
– C’est assez cher, m’a dit la jeune fille au téléphone, pour s’assurer qu’elle ne le commandait pas pour rien.
– C’est combien ?, ai-je demandé.
– C’est 42 $ avant taxes.
– Ce n’est pas cher, ai-je répondu en précisant qu’il y a beaucoup de pages puisqu’il y a beaucoup de lettres.
– Je me suis trompée madame, a rectifié la jeune fille, c’est 59 $ avant taxes.
– Ce n’est pas cher non plus, ai-je conclu.
J’ai souvenir d’un livre écrit par leur fille, Mazarine Pingeot, dans lequel il me semble avoir lu que Mitterrand, à la fin de sa vie, avait hâte pratiquement d’être sous terre pour ne plus subir les tensions du couple qu’il formait avec Anne, tensions qui s’avéraient être la répétition de celles qu’il avait connues avec Danielle. D’ailleurs, dans ce livre de Mazarine, n’était-il pas question d’un médecin avec lequel Mitterrand, en toute fin de vie, passait plus de temps qu’avec Anne ? D’ailleurs (bis), un livre n’a-t-il pas été écrit par ce médecin et mis en circulation par le monde de l’édition, pour en être retiré aussitôt, pour une question de droits d’auteur ou de permissions de la famille ou… ? Triple d’ailleurs, Jacques-Yvan n’aurait-il pas lu ce livre en le téléchargeant quelque part sur Internet ?
Ce serait une agréable surprise, quoi qu’il en soit, que d’être portée par la beauté des sentiments de Mitterrand tout au long du millier de lettres, pour contrebalancer la non beauté de la lassitude à laquelle réfère mon paragraphe précédent.
Comble du narcissisme. Non seulement ai-je douté de l’intérêt qu’aura sur moi la plume de Mitterrand, mais aussi ai-je eu le culot de penser, j’étais en train d’arpenter les corridors de l’hôpital pour en sortir lorsque cette pensée m’a habitée, que c’est un peu ce que je fais, sur mon blogue, écrire une lettre par jour à mes lecteurs abstraits, non incarnés, à mon large public qui ne se lasse pas, jour après jour, et ce depuis maintenant 1 384 jours…

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Jour 817

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Ce sont des carrés aux Rice Krispies nouveau genre, avec du fudge entre les deux épaisseurs. Fiou ! Ça doit être sucré en titi !

Suivi de mes dossiers hautement importants. Je n’ai pas gagné à la loto, je fais référence au billet que le tabagiste m’a vendu, ou que j’ai accepté de me faire vendre, parce que je trouvais l’homme sympathique. J’ai passé deux jours à Joliette, or je n’ai eu ni le temps ni l’occasion d’aller lui demander depuis combien de temps il est aux commandes de sa tabagie. Pourtant, le commerce de la fleuriste n’en est pas très éloigné, mais je suis restée longtemps dans le commerce moribond et du coup je suis retournée à la maison presque en courant.
J’ai passé deux jours à Joliette, et maintenant je m’ennuie de papa. J’aimerais lui tenir compagnie pendant une semaine. Si je faisais cela, c’est tantine qui s’ennuierait de moi, mais nous pourrions toujours, papa et moi, aller la saluer comme nous l’avons d’ailleurs fait lundi dernier. Je n’ose pas penser au jour où papa ne sera plus capable de monter et de descendre l’escalier, car il habite à l’étage. Il en est encore capable, parfois difficilement, parfois facilement. Lundi, au retour de notre visite chez tantine, il y est arrivé difficilement, au point de me demander de le pousser dans le dos à chacun de ses efforts pour monter les marches. Je vais changer de sujet.
Mes nouvelles acquisitions achetées chez la fleuriste me causent beaucoup de souci. Certaines de mes nouvelles plantes préfèrent l’est, ou l’ouest, et d’autres le sud. Aucune n’est destinée à un séjour nordique, or une table le long d’une fenêtre donnant sur le nord serait l’endroit tout indiqué pour les héberger. Pour l’instant, après en avoir rempoté quelques-unes tout à l’heure, je les ai toutes déposées sur la table nordique. Je vais étudier la situation de plus près dès demain, avec une boussole que Denauzier a retrouvée dans son garage.
– Si je laisse toutes les plantes sur la table et que j’arrête d’y penser, est-ce que ce serait une bonne idée ?, ai-je demandé à mon mari pendant que nous soupions.
– Ce serait une excellente idée, mais je pense que tu n’en seras pas capable.
Aujourd’hui, j’ai fait les courses avec tantine. J’ai acheté un sac de guimauves et une boîte de Rice Krispies. À mon retour à la maison, j’ai demandé à mon mari s’il voulait faire des carrés au Rice Krispies.
– Il est écrit sur la boîte, chérie, que cette recette ne doit être faite que par des femmes et que les hommes qui s’y frottent s’y piquent.
– À ce moment-là, ai-je répondu, je vais faire la recette, mais pourrais-tu peler les carottes qui accompagneront le poulet ?
– Sur ce côté de la boîte, m’a dit mon mari en tournant la boîte qu’il tenait toujours dans ses mains, il est écrit que les hommes courageux peuvent quand même essayer.
Au final, la recette a légèrement brûlé pendant que mon mari courageux se battait avec la cuiller de bois pour la remuer dans la mixture, mais nous en avons mangé chacun deux carrés sans leur trouver un goût calciné.

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Jour 818

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La plante que j’ai achetée pour presque rien est une Guzmania, mais il faut que je m’attende à ce qu’elle ne fleurisse pas.

De retour à la maison, papa me faisait savoir qu’il avait faim.
– Qu’est-ce qu’on mange ce midi ?, m’a-t-il demandé.
– Je ne sais pas, je vais regarder ce qu’il y a dans le frigo.
– J’aimerais bien manger de la galette de sarrasin (c’est son repas préféré et je pense qu’à son âge ce sera aussi le mien).
– Penses-tu que Bibi a de la farine de sarrasin ?, ai-je demandé à papa.
– Elle en a tout le temps, fut la réponse, mais il s’agissait d’une fausse réponse parce qu’elle n’en avait pas.
Je suis allée en acheter, encore une fois à quelques rues au centre-ville. De retour à la maison, papa me demande, cette fois, où était passé le chat.
– Je l’ai cherché dans toutes les pièces, m’a-t-il informée. On dirait qu’il s’est sauvé.
Cherche le chat, ouvre les portes de tous les garde-robes et de toutes les armoires, armoires que papa appelle, fort joliment, des cabanons.
– Il ne serait pas dans ces cabanons ?, m’a-t-il demandé en pointant les armoires du bas, dans la cuisine.
On a fini par le trouver caché dans une boîte de carton. Fiou !
– Bibi aurait fait une crise cardiaque, a dit papa, lui avoir annoncé qu’on avait perdu le chat !
J’ai ensuite entamé la préparation des galettes en me demandant, pendant que je délayais le mélange, s’il y avait de la mélasse dans le garde-manger.
– Sais-tu, papa, si Bibi a de la mélasse ?, ai-je demandé.
– Elle en a tout le temps (bis), fut la réponse, mais il s’agissait d’une fausse  réponse… donc je suis retournée d’où j’arrivais, je veux dire le magasin où je venais d’acheter la farine, pour acheter cette fois de la mélasse.
– Rebonjour, m’a dit la dame à la caisse.
– Rebonjour, m’a dit papa à mon retour. Est-ce qu’on mange ?
Je l’ai fait patienter avec quelques gorgées de boisson Ensure, qu’il aime, heureusement.
– Je ne suis pas très bonne pour faire cuire les galettes, ai-je commencé quand est venu le temps de les mettre à la poêle.
– Aimerais-tu mieux qu’on mange des crêpes ?, a suggéré papa.
– Non, le mélange des galettes est déjà fait. C’est la cuisson qui m’embête un peu, mais tu vas voir, je vais me déniaiser et ça va être bon.
– C’est ça, a répondu papa. Déniaise-toi.
Les galettes se sont avérées excellentes, j’ai même réussi à les faire sauter dans la poêle sans utiliser un instrument de style spatule pour les retourner. Papa en a mangé deux, et moi trois. La mélasse, cependant, s’est avérée pas assez sucrée à mon goût, j’ai acheté de la BlackStrap biologique. En ce moment, car le temps a passé et nous sommes déjà rendus à l’heure du souper, les pâtes sont en train de cuire et la sauce à spaghetti sera bientôt assez chaude pour que je baisse le niveau de chaleur au chiffre deux sur la cuisinière électrique.

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Jour 819

Je vis dans le passé, c’est le moins qu’on puisse dire. Toujours à ressasser les regrets de mes comportements tourmentés à l’adolescence et au début de l’âge adulte. Pour me sortir du ressassage du temps d’autrefois, je vais m’en tenir aujourd’hui au récit de ce que j’ai fait hier soir et ce matin.
D’abord, je dois préciser que je suis à Joliette en ce moment, je tiens compagnie à papa pendant l’absence de deux jours de Bibi. Après avoir pris soin de lui toute la journée d’hier lundi, je ressentais le besoin d’aller me dépenser physiquement. Il était rendu neuf heures le soir. Une fois papa au lit, je suis donc allée marcher au centre-ville et encore un trottoir par-ci et un autre par-là pour augmenter le nombre de pas. Je suis passée ce marchant devant le commerce de Jeanne Robert, une fleuriste qui ferme boutique pour prendre sa retraite –et peut-être aussi parce que les affaires tournaient moins rondement ces dernières années, si je me fie au manque de vitalité qui sévit dans les commerces avoisinants. Je suis revenue à la maison vers dix heures, j’ai vérifié que papa faisait dodo, j’ai fermé la lumière dans son salon, je suis venue écrire mes textes.
Ce matin, première heure, j’étais prête à aller fouiner chez la fleuriste, le cœur porté par l’espoir de trouver plusieurs articles à très bons prix.
– Tout est réduit à 70%, m’informe la propriétaire alors que je mets les pieds dans le grand local aux trois-quarts vide.
– Même les orchidées ?, ai-je demandé, les regardant qui attendaient leur tour d’être achetées dans une boîte qui traînait par terre.
– Même les orchidées, m’a répondu une autre voix, une voix jeune qui provenait du corps d’une jeune femme sympathique.
Après avoir reçu un petit cours sur la manière de les entretenir, j’ai décidé d’en acheter une pour la modique somme de 6$. Voici l’essentiel du cours qui m’a été donné : il ne faut pas les bichonner, les aimer, les dorloter. Il est en effet préférable de les oublier dans un endroit idéalement frais –le bord d’une fenêtre orientée au nord semble être un bon choix, en tout cas c’est là que je compte placer la mienne une fois de retour à la maison de St-Jean-de-Matha. On les arrose une fois par semaine en les laissant baigner dans l’eau pendant une heure, voire au-delà d’une semaine si les copeaux de bois dans lesquels elles poussent sont encore un peu humides, en ce sens qu’il faut attendre qu’ils soient complètement secs. J’ai acheté aussi des cache-pots, des pots de grès et une autre plante grasse dont le nom m’échappe.
– Celle-là, m’a dit la dame sympathique, vous ne vous en occupez pas. À la limite, si ça vous tente de mettre un quartier d’orange ou de pomme dans la terre, vous allez peut-être la faire fleurir.
La plante est dans le logement de papa qui dort en ce moment, alors je n’irai pas la chercher pour pouvoir en donner le nom, je ferai ça une autre fois. J’ai encore 818 textes à ma disposition, de toute façon, pour décrire cette nouvelle acquisition.

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Jour 820

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L’art de lire dans les feuilles de thé, aussi appelé tasséomancie.

Sur cette remarque que j’entendais distinctement dans mon rêve –Le terrain ne restera pas vacant longtemps–, je croisais une amie au Métro d’alimentation. Il s’agit d’une femme très belle dans la vie réelle, qui ne s’est jamais maquillée. Or, dans mon rêve, elle portait une ligne d’eye liner sur les paupières qui lui remontait en spirale sur les tempes. Cela mettait son regard en valeur. Alors que je m’apprêtais à lui dire que son maquillage était des plus réussi, François me tirait par la manche. Il voulait me tirer par la manche, devrais-je écrire, parce que je portais un vêtement léger dépourvu de manches et, d’ailleurs, j’avais la chair de poule dans le rayon des fruits et légumes. Il s’empressait d’enlever sa veste pour me la tendre.
– Les photos de mes deux filles sont dans la poche intérieure de ma veste, me disait-il, mais la fermeture éclair est brisée et on ne peut plus l’ouvrir.
– Avec Emma, me disais-je dans ma tête, cela fait trois filles. Avec moi, ajoutais-je, cela fait quatre personnes de sexe féminin pour une seule personne de sexe masculin.
Mon amie du comptoir des oranges arrivait sur ces entrefaites pour me proposer une tasse de thé. Je remarquais en la voyant s’approcher qu’elle portait une paire de pantalons dont les jambes étaient différentes, une jambe était faite en toile brute de denim et l’autre en coton léger imprimé vichy.
– Dans le fond de la tasse, me disait-elle, tu sauras lire quel est ton avenir.
– En lisant dans les feuilles, tu veux dire ?
Mon amie ne répondait pas.
– Je ne peux pas lire dans les feuilles, m’exclamais-je, c’est du thé en sachet !
Mon amie me souriait d’une manière énigmatique et repartait vers ses oranges. Je tournais la tête à la recherche de François qui avait disparu. Je m’adressais alors à une cliente qui passait à côté de moi. Je lui demandais si elle savait comment on pouvait lire son avenir dans une tasse qui contenait non du thé en feuilles mais du thé en sachet.
– Franchement, madame, démerdez-vous !, me répondait-elle en s’éloignant aussitôt.
– Et si vous commenciez par la boire ?, ajoutait-elle en tournant la tête dans ma direction sans pour autant s’arrêter de marcher.
Je regardais ma tasse, je la portais à mes lèvres, je constatais que le liquide n’était pas trop chaud et, presque contente d’obéir à la dame, je l’avalais d’un trait.

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