Petit mot court – PMC 16

Plusieurs choses en ce dimanche ensoleillé. Des choses sans importance. Je dirais même, insignifiantes. Je peux prendre le temps en masse de m’attarder à mes insignifiances car mes 10 000 pas ont été marchés ce matin à bonne allure.
D’abord, en lien avec la tunique bleue Adidas du jour 3 de mon défi, je pouvais bien chercher partout mon t-shirt blanc à manches trois-quarts, que j’espérais porter en-dessous de la tunique : il était enseveli sous la pile de vêtements sales de notre panier à linge. Je m’en suis rendu compte hier, en vidant ledit panier pour mettre les vêtements dans la machine à laver.

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Photo de la page couverture de la revue, de et par Catherine Ocelot

J’ai découvert une auteure féministe en parcourant mes abonnements Twitter. Elle s’appelle Catherine Ocelot. Elle publie un texte dans la nouvelle revue Tristesse, qui en est à son premier numéro. Le titre du texte de Catherine :  Mes cheveux. Sur la page couverture de la revue, une photo de et par Catherine, où elle penche la tête depuis son hamac comme on le voit ci-contre. Plus loin dans la revue –parce que je l’ai commandée par Internet et reçue un petit deux jours plus tard–, la même Catherine couchée de manière longiligne dans l’allée d’une salle de quilles, la chevelure toujours mise en valeur. Parallèlement à ce texte de la revue, Catherine vient de faire paraître un livre, La vie d’artiste, publié par la maison d’édition Mécanique générale.
C’est tout juste si ma respiration ne s’est pas arrêtée, c’en était trop, trop de liberté artistique dans un même moment de découverte, trop d’attraits subits sur ma personne, trop d’enchantement en réaction à cette mouvance émergente.
– Je pouvais bien me sentir à l’étroit, toujours craignant l’impair à travers mes paroles et mes gestes, dans le milieu hypercompartimenté et snobinard de l’université, me suis-je fait la remarque.
Wow ! Une maison d’édition qui s’appelle Mécanique générale ? Génial !
DSC_5375Catherine, qui aurait la jeune quarantaine si je me fie au premier texte qui paraît dans La vie d’artiste, aborde –comme je le fais peut-être ?– des sujets en apparence superficiels, sans importance, typiquement féminins, les cheveux en sont un bon exemple. Les textes sur mes rouges à lèvres, publiés il y a un bon moment maintenant, en sont un autre. Mais il y a chez Catherine, tapi pas très loin du premier niveau de sens, un deuxième niveau de sens je dirais féministe, là où je ne crois pas cacher de deuxième niveau de sens. Peut-être est-ce dû à mon âge, l’absence de deuxième niveau de sens, et à mon incapacité depuis toujours de prendre position pour un clan ou pour un autre, dans la vie en général et dans l’univers politique en particulier. En fait, écrire à propos de mes rouges à lèvres, ou d’un pied de céleri comme je l’ai fait aussi, me semble relever davantage de la nature subversive de mon esprit, une nature que, par ailleurs, je ne contrôle pas, qui s’exprime à travers moi sans que je m’en rende forcément compte.
Mais là, je suis rendue pas mal loin.

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Petit mot court – PMC 15

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Rideau de bouleaux dans les sentiers des environs de la Baie de la bouteille.

Incroyable à quel point c’est facile de ne plus savoir écrire. De perdre en quelques jours des années de pratique. Le musicien, cela me console, dirait la même chose de sa relation avec son instrument. Et le chirurgien de la maîtrise de son bistouri. Je me demande si Michel Tremblay passe à l’occasion quelques semaines, voire quelques mois, sans écrire ?
J’utilise mon ordinateur ce matin lundi pour la première fois depuis treize jours. J’ai écrit quelques courriels en ces treize jours, surtout à tantinette, mais je n’ai rien écrit qui s’apparente à mes exercices de fiction sur mon blogue. Mes doigts n’ont plus le réflexe immédiat de taper sur mon clavier, je me suis même demandé, en une fraction de seconde, où se trouve la touche de la lettre « a », sans parler des cédilles, des trémas, du symbole des degrés, du tilde, et des guillemets qui me posent problème même en période d’écriture continue.
Alors je vais y aller pour un petit mot court, histoire de me refaire la main.
Ce week-end dernier, j’ai passé mes journées dehors dans les environs de la Manawan, à faire des promenades dans des sentiers tracés par le passage des motoneiges, mais aussi dans des sentiers dont il ne restait de sentier que le nom, couverts uniformément de crème fouettée dans laquelle je m’enfonçais d’un bon pied. Il a beaucoup neigé au nord de St-Michel-des-Saints. J’ai ainsi marché quatre kilomètres et demi, d’un pas lent mais au rythme soutenu, m’arrêtant rarement. Je suis arrivée au chalet en nage, les doigts trempés dans mes mitaines. C’était vendredi.
Samedi, avec Denauzier, nous avons fait de la motoneige et soupé avec nos voisins et bu du vin. C’est moins forçant que de marcher. L’exercice consiste à me faire brasser. En outre, et je l’ai déjà mentionné, c’est ma manière préférée d’accumuler des pas Fitbit, en ce sens que les seules vibrations sur la motoneige font avancer mon compteur au poignet, je termine mes journées avec plus de 18 000 pas.
Dimanche, j’ai à nouveau marché mais dans les traces des motoneiges, pas vite, avec la même voisine que celle du souper de la veille.
Aujourd’hui lundi, je vais aller à pied relever le courrier aux casiers postaux situés pas très loin de la maison.
En d’autres mots, je ne suis pas vraiment sportive, je suis une sportive de fin de semaine. Je suis une sportive qui s’appuie sur l’exercice intense du vendredi pour se reposer le restant de la semaine.

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Petit mot court – PMC 14

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Rayures, 12 ans plus tard.

À peu près à pareille date l’an dernier, j’ai créé la rubrique des Petits mots courts pour publier des choses amusantes dans une période de flottement entre deux années d’écriture de blogue. Comme je suis à nouveau dans une période de flottement entre deux années d’écriture de blogue, et comme j’ai publié l’an dernier 13 textes dans ladite période, j’enchaîne cette année avec un 14e texte.
Temps présent :
Je suis à Montréal chez Emmanuelle, je suis arrivée en fin d’après-midi après une promenade sur la Plaza St-Hubert, initiée par mon amie Oscarine. Nous avons eu l’occasion en masse de marcher les 10 000 pas fitbitiens.
Temps passé :
2006. Le frère d’Emma était venu souper chez nous –j’habitais alors avec Jacques-Yvan–, vêtu d’un chandail à rayures noires sur fond blanc. Or, Emma portait elle aussi un chandail à rayures noires sur fond blanc. Enchantée d’avoir sous les yeux le frère et la sœur portant une tenue semblable sous l’effet du hasard, j’avais pris des photos du frère et de la sœur. J’avais ensuite demandé au frère de prendre des photos mère/fille, même si je n’étais pas vêtue d’un chandail à rayures. Une photo de cette série mère/fille a longtemps égayé un des murs de mon bureau.
Temps présent :
Pour me rattraper de n’avoir pas porté un chandail à rayures il y a douze ans, et confirmant en cela qu’il n’est jamais trop tard, je suis arrivée chez ma fille en fin d’après-midi vêtue d’un chandail noir à rayures blanches, alors qu’Emma, encore une fois sous l’effet du hasard, portait un chandail blanc à rayures noires.
Nous avons pris des photos.
Temps futur :
À suivre dans douze ans. J’aurai alors 71 ans.

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Jour 661

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Buste d’Alberto Giacometti

Nous y voici, dernier texte de ma septième année d’écriture. Mon défi consiste à écrire 220 textes par année, c’est à peu près le nombre de jours que j’obtiens quand je retranche de 365 le nombre de jours de week-ends, de vacances et de congés. Autrement dit, du temps que je travaillais à l’université, je travaillais quelque 220 jours par année et le postulat de base de mon défi était d’écrire un texte par jour travaillé. Comme j’aime bien me ménager un petit coussin d’avance, pour ne pas me sentir prise à la gorge à longueur d’année, j’écris parfois deux textes dans une même journée, ou encore j’écris les samedi et dimanche. Je m’accorde ce faisant la possibilité de tricher, allant au-delà du rapport un texte / un jour. Si je m’accorde d’écrire plus que moins, il faut savoir que pas une seule fois en sept ans je n’ai été en situation de moins que plus, en déficit sur mon défi.
Moi qui suis toujours en retard à mes rendez-vous, je vis mal le retard dans ma relation à l’écriture, finalement. Cette avance fait en sorte qu’aujourd’hui le 1er mars 2018, j’ai déjà terminé les 220 textes de la septième année.
Ma décennie d’écriture a commencé un 1er mai, 1er mai 2011. Je suis donc en vacances de deux mois à partir du moment où le présent texte sera terminé. Je commence bien le mois de mars puisque, fondamentalement, je suis paresseuse.
Que vais-je faire sur le plan de l’écriture pendant ces deux mois ? Je vais colliger les textes de l’année pour les corriger, les améliorer. Je vais en faire un carnet de chroniques. C’est encore plus de travail que l’écriture en tant que telle d’un texte par jour. J’ai beau avoir l’impression que le texte quotidien que je publie est relativement bien écrit, il ne l’est pas souvent ! En outre, la perspective n’est pas la même, quand les textes sont regroupés, couvrant l’année, ils se donnent à lire à la suite et je finis par supprimer beaucoup de répétitions.
J’aime avoir des défis pour savourer le moment où j’en suis délestée. Depuis sept ans, quand mon texte du jour est écrit, je me sens délestée, jusqu’au jour suivant. Ma vie est ponctuée de deux défis : écrire et marcher. J’aime plus écrire que marcher. En ce sens, on pourrait penser que marcher est un plus gros défi, on pourrait penser que marcher sollicite davantage ma volonté qu’écrire, mais affirmer une telle chose serait ne pas tenir compte de l’effort mental qui est nettement plus grand à l’écrit qu’à la marche. À la marche je me laisse aller, je n’ai pas besoin de me concentrer. Quoique. Je suis la première à affirmer que je me laisse porter par les mots qui se tapent d’eux-mêmes sur mon clavier… Disons que ce n’est pas vrai tout le temps.
Les défis sont à la mode, cela étant. Je pense au défi Activia, qui ne dure que deux semaines. Ou le défi J’arrête l’alcool qui dure le double du temps de Activia, mais encore là ce n’est pas beaucoup, 28 jours. Le défi Tête rasée, le défi Trente défis pour trente jours, etc. C’est l’fun. Dans trois ans, quand j’aurai terminé mon défi de dix ans, j’aurai le choix de toutes sortes d’autres défis, mais je vais les choisir moins longs, parce que la vie n’est pas éternelle…

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Jour 662

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Marcelle Ferron, peut-être une toile intitulée Sans titre ? Je n’ai pas fait attention au titre lors de ma visite d’hier.

Je suis une piètre commentatrice de visites muséales, sur le plan du contenu artistique. Je n’ai aucune connaissance en histoire de l’art et aucune maîtrise du vocabulaire propre au domaine de la peinture. Cela ne m’empêche pas d’adorer me perdre dans un musée. Bien entendu, il y a du Fitbit là-dedans. Je me rends jusque derrière les panneaux dans les fonds de salles pour être bien certaine que je ne rate rien, et pour optimiser mon nombre de pas. Le plus souvent, derrière les panneaux, je tombe sur des portes donnant accès à des sorties de secours. En fait, je m’y prends de la façon suivante pour découvrir une exposition : j’entre dans une salle, je la parcours rapidement, j’enfile les autres salles lorsqu’il y en a plusieurs de consacrées à un même artiste, et rendue au bout du parcours, je reviens sur mes pas, circulant alors à l’envers du monde.
Je dois reconnaître qu’il y a une mini angoisse qui justifie ma manière de déambuler à l’envers : on dirait que j’ai besoin de savoir à l’avance combien de sculptures, de croquis, de toiles, il y a à découvrir, pour mieux évaluer à quel point je peux prendre –ou perdre– mon temps devant les œuvres. On dirait que, gourmande, j’ai besoin de connaître à l’avance le niveau de satiété qui m’attend, beaucoup d’œuvres garantissant ici que je sortirai de ma visite le ventre plein. Pour Giacometti, il y avait trois salles et quelques recoins, de quoi être relativement rassasiée.
Je tourne autour d’une sculpture, je lis les informations sur les murs, je prends trois fois la photo d’un croquis, d’un dessin, d’une étude. Auparavant, je traînais un carnet dans lequel je notais des noms d’artistes et des titres d’œuvres, pour approfondir mes connaissances lorsque j’en aurais le temps. Depuis que j’ai un cellulaire, je ne traîne plus de carnet, je prends le nom de l’artiste ou le titre de l’œuvre en photo. J’écris ça comme s’il s’agissait d’un principe général, alors que mon cellulaire est resté dans l’auto, hier, et que j’ai visité l’exposition munie de mon appareil Nikon. J’avais aussi laissé mon gros manteau, dans l’auto, courant ensuite pour ne pas trop geler en direction du musée. Je désirais visiter léger –et ne pas payer le service de vestiaire.
Je demande au gardien de la salle s’il sait où se trouve telle œuvre. Dans presque tous les cas, il ne le sait pas. J’ai demandé au gardien dont l’accent il me semble était italien, où se trouvait la sculpture « Objet désagréable », de Giacometti. Il ne le savait pas, or elle était presque sous nos yeux, je m’en suis rendu compte deux secondes plus tard.
Je profite d’être seule pour visiter de la sorte, à l’envers du monde et jusque derrière les panneaux. Être avec des amis, ils seraient vite exaspérés par mes incessants mouvements, comme autant de distractions qui gênent la concentration. D’ailleurs, la première étourdie par mon parcours échevelé, j’ai failli quitter le quatrième étage, consacré à l’art contemporain, sans être passée devant la toile ci-dessus de Marcelle Ferron. Elle est apparue in extremis dans mon champ de vision.
– C’est la toile dont j’ai publié une photo dans un de mes textes, me suis-je exclamée intérieurement, satisfaite de me trouver des accointances avec les commissaires qui président au choix des œuvres des collections.
Autrement dit, le temps d’une seconde, je me suis trouvée érudite.

Je vais copier des masses.

Erreur, après vérification.
J’ai publié une photo d’une toile de Marcelle Ferron, qui apparaît ci-contre, c’était dans le texte du Jour 1 392. La toile est couverte de pans noirs impressionnants qui nous aspirent et nous donnent le vertige, comme c’est le cas pour la photo en début de texte, mais il s’agit de deux toiles différentes, peut-être créées dans une même période de création de l’artiste ?
J’ai aussi trouvé une référence à une autre toile, qui était à vendre en novembre dernier.
Comme l’aurait dit mon père, et pour qui consulte la référence ci-dessus, il faut mettre la main dans sa poche.

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Jour 663

Giacometti

Exposition Alberto Giacometti au Musée national des Beaux-Arts du Québec

J’ai quelques annonces sans importance à faire à mes lecteurs. Je sens que je vais procéder sans respecter l’ordre chronologique des événements. J’espère que je ne serai pas trop difficile à suivre.
D’abord, j’arrive d’une visite de deux jours et demi chez mon amie Emlyne, à Québec. Il n’y a pas de mots pour exprimer à quel point notre rencontre m’a plu. Elle nous a fait manger comme c’est pas possible, « nous » désignant ici elle-même, moi-même et son mari. Heureusement, nous avons fait un peu d’exercice, marchant dehors le long du fleuve et dedans au gym où elle est abonnée.
Sur le chemin du retour, il y a de cela quelques heures, j’ai assisté à un coucher de soleil magnifique, un énorme disque rouge colorait le ciel dans les environs de Trois-Rivières. Ce n’est pas vraiment une annonce et ça veut peut-être dire qu’il va faire beau demain.
À mon arrivée à la maison, il faisait seulement 17°C degrés, la maison n’ayant pas été chauffée puisque Denauzier est en voyage d’affaires et que j’étais partie courir la galipote. J’ai réussi à démarrer le feu dans le poêle à combustion lente avec une seule allumette. C’est une annonce d’importance relative qui fait l’éloge de ma maîtrise du démarrage d’un feu. Le poêle dégage maintenant une belle chaleur dans la salle de séjour où il fait déjà 20°C, mais il continue de ne faire que 17°C dans mon bureau, d’où j’écris ces lignes.
Avant de quitter Québec, je suis allée visiter l’exposition Giacometti au MNBAQ. Ce fut difficile de m’y rendre car il y avait un événement sportif sur les Plaines qui nuisait passablement à la circulation des automobiles, or j’étais en automobile. J’ai marché comme une bonne dans le musée, du premier au cinquième étage, visitant tout, prenant des photos, et m’assurant que mes 10 000 pas fitbitiens seraient effectués avant que de revenir dans mes terres. Je suis revenue dans mes terres et les 10 000 pas sont chose du passé, jusqu’à demain.
L’été dernier, au même musée, j’ai visité les quatre salles réservées respectivement à Riopelle, Lemieux, Leduc et Pellan.
– Je ne visiterai pas Pellan, me suis-je dit cet après-midi, me rappelant qu’il ne m’avait guère intéressée.
– Je serais folle de ne pas le revisiter, me suis-je ravisée. Ça se pourrait qu’il m’intéresse cette fois-ci.
Et c’est ce qui est arrivé. Des quatre grands, c’est Pellan aujourd’hui qui a le plus retenu mon attention. En outre, et cette information est d’une importance capitale, je lui ai trouvé une ressemblance, je parle ici de sa physionomie, avec Jim Corcoran.
En excluant le texte d’aujourd’hui, et c’est l’annonce finale, il ne me reste que deux textes à écrire et j’aurai terminé ma septième année d’écriture de blogue. Je n’entreprends pas ici de décrire ne serait-ce qu’en quelques mots où est-ce que je me situe par rapport à ce projet d’une décennie, d’autant qu’il est tard et que je suis fatiguée. Je me contente de mentionner que le 1er mai j’entamerai ma huitième année d’écriture.

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Jour 664

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Exemple de maquillage qui prévalait chez les humains détoxiqués de mon rêve.

– Ils sont tous bons, concluait mon complice, mon allié dans mon rêve, un jeune homme dans la fin vingtaine.
Nous avions abouti lui et moi dans un univers dont les manières médiévales nous semblaient rustres, voire dangereuses et cruelles. Ça y allait par là à grands coups d’épées et de couperets.
Pendant qu’il affirmait que les êtres autour de nous étaient tous bons, et non méchants comme nous l’avions craint, je constatais que le physique de mon ami, si on peut appeler ami un individu qu’on ne connaît pas, avait changé en quelques jours seulement que nous étions dans cet environnement. Ses cheveux étaient plus longs, plus blonds, et ses yeux plus bleus. Sa peau plus claire, ses membres plus modelés sans être pour autant gros ou musclés. Ce ne sont pas tant ces aspects strictement physiques qui avaient changé chez mon allié, que l’allure générale de sa personne. Son apparence l’éloignait de l’humain belliqueux et orgueilleux que nous rencontrons trop souvent, et cédait la place à un être artistique, idéaliste, créatif, inventif.
Notre conversation s’arrêtait là car une voix se faisait entendre qui disait ceci :
– Nous allons vous appeler par votre nom. Vous devrez alors vous lever pour aller choisir vos armes et votre tenue.
Rendu mon tour de me lever et de choisir, je n’avais qu’un canif mou, en caoutchouc, pour toute arme. L’homme qui me faisait face de l’autre côté de la table où étaient étalées les armes, me mettait entre les mains un couteau plus résistant, plus efficace, qui allait me permettre de me défendre mieux.
– Je ne serai pas capable de l’utiliser de toute façon, me disais-je dans mon for intérieur, tout en remerciant l’homme d’un sourire timide, car il avait de quoi intimider avec son physique de géant et sa mine peu avenante.
Je me rendais compte, en essayant de m’installer une cape sur les épaules, que les gens autour de moi étaient maquillés comme s’ils voulaient ressembler à des toiles de facture abstraite : une grosse tache bleue sur un menton, des cheveux en broussaille, un œil de maquillé, pas les deux, beaucoup de couleurs qui créaient une énergie dans laquelle on avait presque envie de mordre.
– Les gens ont découvert une nouvelle manière de se mettre en valeur, me disais-je, d’exprimer leur ouverture et leur adhésion à cette humanité améliorée qui vient de prendre forme. Ils deviennent enfin eux-mêmes, délestés des principes –comme autant de castrations– qui ont enlaidi nos sociétés pendant toutes ces années. Finis l’orgueil, l’arrogance, le pouvoir, la performance à tout prix, l’appât du gain. Place à la solidarité, au travail d’équipe, à l’entraide, à l’amour pour autrui dans la justice et l’équité.
– Ils sont tous bons, répétait alors mon allié.
Sa constatation m’incitait à remarquer que les actions des pseudo guerriers autour de nous, pour extrêmes qu’elles semblaient, à la limite du tranchage de têtes sur un fond de cris gutturaux, n’étaient en fait qu’une manière déguisée de faire du bien, de chatouiller, de caresser. Quand on prêtait l’oreille, d’ailleurs, on entendait des rires étouffés et des exclamations joyeuses.

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