Badouzienne 61

Un pastel ancien qui m’a suivie, parce que je l’aime tellement, à St-Jean-de-Matha

Ça va mal. Les textes de ma troisième année d’écriture sont tout juste bons à être jetés à la poubelle. La première année, on le sait, a été publiée. La deuxième année est en cours de révision, d’abord par Bibi –je lui ai donné jusqu’à la fin de février– puis ce sera par moi, puis ce sera Ludo, puis ce sera Ludo et moi. Je me suis donc lancée ces derniers jours, d’ici le retour de mon manuscrit, dans une lecture sommaire des textes de la troisième année.

Il faut dire, à ma décharge, que j’étais sur le point d’être opérée pour le remplacement de ma valve mitrale. Il y a quelques textes intéressants, il est vrai, qui ont trait à mes visites préparatoires à l’hôpital. Puis, le 19 juin 2013, j’étais opérée. Le 19 juin, c’est tout juste un mois et demi après le début d’une année d’écriture, en ce sens que le 1er mai est la date qui me voit entamer une nouvelle année.

Dans le mois qui a suivi ma chirurgie, je dirais même jusqu’à la fin du mois de juillet, j’ai subi les effets de l’anesthésie. Je n’étais pas Lynda telle que je me connais, mais une Lynda comédienne sur scène qui s’exprimait avec emphase. Je m’en rendais compte, et j’espérais que la journée à venir allait me voir moins comédienne que celle de la veille, mais le changement fut très graduel. Je me disais intérieurement que j’allais essayer d’être moins extatique, mais, à la première occasion, je recommençais à m’exclamer et à m’exprimer à grand renfort de gestes. Cette exacerbation du moi transparaît, on s’en doute, dans mes écrits.

J’ai bénéficié d’un congé du travail d’une durée de trois mois. Je pense qu’à mon retour à l’université, mi-septembre, j’ai mesuré à quel point l’inventivité allait constituer un défi de taille : écrire un texte par jour sans jamais savoir à l’avance ce que j’allais écrire sollicitait une disponibilité mentale que je n’avais pas. Je n’étais pas encore assez forte. D’ailleurs, il a fallu que j’insère une journée de vacances, le mercredi, dans mes semaines de travail jusqu’à ce qu’on atteigne la fin de l’année.

Pour ne pas, pour autant, interrompre mon défi titanesque, j’ai décidé de consacrer plusieurs textes à la description des toiles qui couvraient, à l’époque, les murs de l’appartement de Montréal. Puis, après avoir décrit une vingtaine de toiles, j’ai décrit les vingt-six photos d’un autre projet, celui « au foulard rouge ». Cela veut dire que ces textes du troisième tome, pour être compréhensibles, devraient s’accompagner d’une photo desdites oeuvres. Voilà qui augmente énormément le prix de mon projet déjà déficitaire…

Je ne sais donc pas ce que je vais faire : imprimer une troisième année de laquelle auront été retirés tous les textes ratés ? Avec ou sans photos là où il en faudrait ? Sauter carrément une année ? Et si la quatrième année s’avère aussi mauvaise que la troisième, que vais-je faire ? Constater que je me leurre quand je considère que l’écriture est essentielle à ma vie ? Ou constater, plutôt, que je me leurre quand je pense que mon écriture peut être intéressante pour autrui ? Au secours !

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Badouzienne 60

Encore un excès…

Comme je ne me rappelle jamais si le roman de Jacques Poulin s’intitule Mon royaume pour un cheval ou Mon cheval pour un royaume, je me suis créé un code mnémonique avec la première lettre de chaque mot du titre. La version « pure » est la bonne, à savoir MCPUR.

La version MRPUC n’est pas pour autant à négliger car elle est tirée d’une pièce de théâtre de Shakespeare. D’ailleurs, si Jacques Poulin n’avait pas mis en exergue de son roman cette citation tirée de Richard III, je ne me serais peut-être jamais demandé si c’est le cheval qui vient en premier, ou le royaume.

J’interprète ainsi le titre de Poulin : je tiens tellement à mon cheval que je n’en changerais pas pour un royaume. À l’inverse, Richard III semble être dans une bien mauvaise posture puisqu’il céderait son royaume pour avoir un cheval.

Je ne sais plus dans quelles circonstances j’ai eu accès au livre de Poulin alors que j’étais encore adolescente. L’ai-je emprunté à la bibliothèque ? Traînait-il dans la maison ? Ma soeur ou une amie me l’auraient-elle prêté ? L’aurais-je même acheté ? Je me rappelle en avoir lu les premières pages assise sur le canapé de notre grande véranda, une pièce que je fréquentais beaucoup pour y pratiquer la guitare, étudier, faire mes devoirs, lire, écouter de la musique. Être seule, en somme !

Si on me demandait quel est le livre qui m’a fait découvrir la littérature, je nommerais peut-être ce roman plaquette de Poulin –il ne fait que 72 pages dans la brique de Leméac. Je ne connaissais rien de la vie, à quinze ou seize ans, mais je découvrais à travers Poulin que les codes pouvaient être, dans les livres, différents de ceux qui prévalaient autour de moi. Qu’est-ce que j’appelle les codes ? Disons les comportements relationnels qui gravitent autour du thème de l’amour : Nathalie, jeune, est la petite amie d’un Simon plus vieux, caléchier de son état. Arrive Pierre et le triangle est créé.

Des sentiments contraires s’étaient entrechoqués dans ma personne. La liberté m’apparaissait déjà comme un sentiment positif, mais je ne savais pas ce que je pensais de la formation du triangle, sinon qu’elle sabotait la version très romantique que j’avais de l’amour. Était-ce ce même été que j’avais vu le Docteur Jivago au cinéma –en pleurant toutes les larmes de mon corps ?

Poulin est né en 1937, le livre est paru en 1967, donc l’auteur avait trente ans. Il s’agit de son premier roman publié. Je dirais que ça paraît parce que la limpidité n’est pas au rendez-vous tout du long au fil du texte. J’y reviendrai peut-être.

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Badouzienne 59

Triptyque 2022, matériaux mixtes

Faux. J’avais 60 ans lorsque je suis allée à Strasbourg avec chouchou. Nous avons pris l’avion en septembre 2019. Or, je suis née en 1959. D’où le calcul facile : 2019-1959 = 60. Je suis retournée visiter ma fille en décembre de la même année, et je suis revenue en janvier 2020, au même âge. Revenue sans voix tellement j’étais épuisée.

Quelque temps plus tard, en février 2020, Emmanuelle a visité Vienne et Prague lors d’une quelconque relâche scolaire. En mars, elle avait à peine regagné son appartement, à Strasbourg toujours, qu’on bloquait les activités dans de nombreux pays à cause de la pandémie. Ça fera donc bientôt deux ans que nous assistons à l’effilochement du tissu social. Je ne savais pas, bien entendu, il y a deux ans, que j’allais assister audit effilochement. Ce n’est pas tout le monde, en outre, qui estime y assister.

Je dirais que c’est depuis l’élection de Trump que je lis davantage les journaux, que je m’intéresse aux actualités. Je commence à penser que je ne devrais pas poursuivre dans cette voie. Pour accompagner mon café matinal, je devrais lire un ou deux chapitres de roman ou feuilleter des revues d’architecture. Je me rends compte, en effet, que les problèmes transmis par les médias sont là pour rester, que j’entretiens l’espoir d’une résolution de conflit à gauche, à droite, qui n’arrive pas, que je m’en fais pour rien.

Boris Johnson, par exemple, est toujours en poste malgré les partygate. Comme il a la réputation d’avoir l’entourloupette facile pour se sortir du pétrin, il va trouver une manière de demeurer premier ministre malgré les dissensions au sein de son parti. Ma première pulsion, quand je lis son nom dans le journal, et bien que je lui trouve une tête sympathique, est de désirer qu’il soit puni. La vengeance, l’oeil pour oeil. Vient ensuite la raison, ou le détachement, qui heureusement me rattrape(nt) : qu’est-ce que ça peut bien faire, m’entends-je me dire, que Boris profite de la vie en buvant de l’alcool quand le reste de la planète est confinée, dans la mesure où le reste de la planète n’est pas plus confiné que ne l’est pas Boris ! En parlant d’entourloupettes, ci-dessus… ! Il y aura toujours, autrement dit, et il y a toujours eu des Boris transgressant les lois. Suis-je en train de me laisser vieillir en resserrant ainsi mes perspectives ?

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Badouzienne 58

Je suis allée à la bibliothèque de mon village cet après-midi et voici ce que j’y ai trouvé !

Hum… qu’est-ce qui me serait arrivé à 58 ans qui pourrait être le point de départ du texte d’aujourd’hui ? Il n’y a rien qui vient. Je me suis posé la même question au moment d’écrire le texte précédent et, idem, aucune idée n’est venue me visiter.

Ma nouvelle formulation bicéphale pourrait me venir en aide : où suis-je et où en suis-je ? Sans surprise, je suis dans mon bureau, en compagnie de trois pots de violettes africaines que j’ai retirées du bord de la fenêtre où elles recevaient trop de lumière directe. Malgré que j’aie eu cette délicate attention à leur égard, elles ne fleurissent pas fort. Certaines feuilles velues sont ornées de poils de Mia qui saute sur ma table pour me déranger quand je tape sur mon clavier.

Nul inuksuk ne se profile à l’horizon, cela dit en passant, car il fait nuit noire maintenant.

Pour ce qui est du deuxième versant de ma formulation, j’en suis au point mort par rapport à toutes choses. Rien ne me tente, ne me stimule, ne me parle, ne m’attire, de mes activités habituelles. Rien sinon l’exercice dehors, l’air froid qui pique la peau et la neige qui crisse sous mes pas. J’attends que ce creux de vague se dissipe de lui-même.

Elles étaient trois dames à la bibliothèque. L’une d’elles m’a demandé si j’avais besoin d’aide. J’ai répondu par la négative. Contrairement à ce que j’avais envisagé, je suis ressortie avec trois livres, alors que j’en ai déjà trop qui attendent que je m’occupe d’eux, ici à la maison. Le premier porte sur les couleurs et est écrit par Jean-Gabriel Causse. J’ai attrapé le deuxième au détour d’un rayon sur la seule base qu’un ami m’a dit avoir lu cet auteur récemment, il s’agit de David Goudreault. Il, l’ami, n’a pas semblé emballé. Je dirais que j’ai emprunté le livre pour plusieurs raisons : imiter mon ami qui est, à mes yeux, un exemple d’érudition; découvrir bien entendu cet auteur et pouvoir éventuellement mentionner que je l’ai lu s’il devait être question de lui dans une conversation; et enfin je désire me frotter à une certaine jeunesse dans la mesure où nous avons, lui et moi, vingt et un ans de différence. Paradoxalement, j’ai choisi un livre –mince– de Jacques Poulin, âgé, lui, de vingt-deux ans de plus que moi. J’ai l’impression que Jacques Poulin ne m’intéresse plus tellement, alors disons que j’ai emprunté La traduction est une histoire d’amour pour confirmer ou infirmer cette impression.

Ah oui ! Ça me revient, à 58 ans je découvrais Strasbourg avec chouchou en septembre, puis j’y retournais en décembre et janvier, juste avant que le monde ne se mette à changer…

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Badouzienne 57

Version vanille, comme on le dit en informatique.

Pas de maquillage. Pas de teinture sur mes cheveux courts. Pas de bouton parce que j’ai fait un traitement à l’Accutane à l’âge de 32 ans dont je bénéficie encore des bienfaits. Pas de sourire. J’apparais telle que je suis dans ma relation avec moi-même, dans un contexte où ma concentration n’est pas sollicitée. Je pense que si j’écris ou si je lis ou si je peins, ma bouche se resserre un peu sous l’effet, j’imagine, d’une certaine tension. Mes lunettes à monture grise, en métal, de marque Lafont, me donnent un air sérieux. Pour emprunter à un texte récent, c’est ça qui est ça, j’ai l’air de ça.

J’ai appliqué le filtre Denim sur la photo, qui a pour effet de ne pas rendre perceptible le vert de mes yeux.

Derrière moi, la photo en très grand format d’un paysage de l’état de Washington où je me suis trouvée lorsque, avec Denauzier, nous sommes partis du Québec en avion, en direction de la côte ouest, pour revenir en camion. Ma tête cache la portion principale de la photo, à savoir une route de campagne sur laquelle roulent trois véhicules. La route se déroule tel un ruban qui monte et descend dans cet environnement vallonné.

D’où je suis assise, je vois, tel que je l’ai mentionné précédemment, l‘inuksuk, en bas du terrain, qui égaye la promenade des voisins. Je n’ai pas encore enlevé les contenants de pinceaux, cependant, sur le bord intérieur de la fenêtre, alors je le vois moyennement bien. À côté des pinceaux se trouve un aloès qui essaie de pousser tant bien que mal, et à côté de l’aloès une photo de papa.

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Badouzienne 56

Photo de Ansgar Walk. On appelle Inuksukjuaq un très gros inuksuk. Celui ci-dessus ne semble pas avoir forme humaine, mais c’est peut-être causé par l’angle selon lequel a été prise la photo.

Ma psychologue a lu la moitié de mon livre. Elle m’a téléphoné pour m’en parler. Nous ne nous voyons plus depuis mon séjour à l’hôpital, l’été dernier, mais nous sommes quand même en communication, des fois de temps en temps.
– Je me demande qu’est-ce qui explique que tu aies tant besoin de t’ancrer au réel, a-t-elle commencé.
Bien entendu, je n’ai pas su quoi répondre. Sur le coup, j’ai pensé qu’elle interprétait mes anecdotes comme autant de bouées mises en place –par moi-même– pour me protéger de je ne sais quels dangers. Je me suis perçue faible, déficiente, fragile sur le plan de mon équilibre. Pour ne pas me laisser ébranler davantage, j’ai eu recours aux premiers mots qui me sont venus à l’esprit :
– Nous pourrions en reparler lorsque tu auras lu le livre au complet ?, ai-je proposé, tout en déplorant l’absence de bienfondé de cette idée.
Il n’y a pas grand différence, en effet, entre avoir lu 110 textes et les 220 que contient le tome 1, dans la mesure où, une fois lues les premières pages, on comprend comment je m’y prends : je m’intéresse à des petits riens, j’attache de l’importance à de l’insignifiance.
D’une chose à l’autre, heureusement, nous avons glissé vers la correction de mes neuf autres tomes.
– J’avoue que cela me pèse, ai-je soupiré. Maintenant que le premier tome a vu le jour, le projet m’intéresse moins, je suis déjà ailleurs.
– Tu es où ?, a-t-elle voulu savoir, une pointe de curiosité dans la voix, m’a-t-il semblé.
– Bonne question ! Je ne le sais pas moi-même. Je continue d’écrire de nouveaux textes, à l’occasion. J’ai lu Marguerite Yourcenar, et maintenant Michel Jean, qui est pas mal plus facile à lire…
En fait, j’ai exprimé que j’étais déjà ailleurs parce que je me rappelle avoir entendu cette expression de la bouche de Jean Leloup et ça me tentait, tout simplement, de la faire mienne.

Où suis-je ?, en ce moment, est une question plus facile à répondre que celle sur l’ancrage de ma psychologue. Je suis dans mon bureau et quand je lève la tête de mon écran je vois l’inuksuk auquel Denauzier a donné forme en bas du terrain, à grands renforts de mouvements de pelle avec son tracteur car les pierres qu’il a utilisées sont pour le moins imposantes. À l’arrivée de l’hiver, je l’ai vêtu d’une tuque à pompon de fourrure et d’un foulard assez long pour faire le tour de son cou massif. Jusqu’à tout récemment, j’avais une vue parfaite de l’ami, mais depuis que j’ai déposé sur le bord de la fenêtre des pots qui contiennent des pinceaux, je le vois moins bien. Je le vois d’autant moins bien que la lumière du jour est sur le point de nous quitter, à 17:22. Cela dit, nous ne le verrions déjà plus si ce texte avait été écrit à la fin décembre, à la même heure.

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Badouzienne 55

Pas de légende aujourd’hui. Le t-shirt parle de lui-même !

Cela me contrarie lorsque mes textes sont faibles, pas faciles à suivre, pas assez structurés. C’était le cas hier. Il faut dire que je ne me sentais pas en forme, j’avais froid et un peu mal à la tête. Je me suis relue en début de soirée et j’ai republié un texte amélioré. Or, si la personne qui s’apprête à me lire à partir d’un ordinateur ne tape pas d’abord la touche F5 sur son clavier, elle accède à la première version que j’aurai mise en ligne. Si la personne me lit à partir de son téléphone intelligent –où la touche F5 n’existe pas !–, le problème se pose peut-être aussi, ou peut-être pas, je ne sais pas.

C’est sûr que l’orgueil entre en jeu. Unetelle qui m’a dit récemment avoir pris l’habitude de me lire pourra être déçue de ma « performance » et perdre déjà l’envie de me suivre sur mon blogue après aussi peu que deux mois de découverte de mes textes. Ceux qui me suivent depuis maintenant plus de dix ans, parce qu’il y en a, se diront que je n’étais pas à mon meilleur et espéreront un meilleur prochain texte. En tout cas. C’est ça qui est ça, comme le veut mon nouveau motto.

C’est ça qui est ça est une expression que j’associe à la fonction phatique, c’est-à-dire à l’énonciation de mots qui ne veulent pas dire grand-chose sinon qu’on est attentif à ce qu’est en train d’exprimer l’autre. En gros : Tu parles, je t’écoute, et pour que tu ne penses pas que je ne t’écoute pas, je fais Han han des fois de temps en temps.

Or, tout étant relatif, la même onomatopée peut être la première que choisira l’individu qui n’est pas à l’écoute, parce qu’il a la tête ailleurs, ou parce que les paroles qui sont prononcées ne l’intéressent pas. S’il m’était venu à l’idée, par exemple, d’expliquer à mon mari pourquoi j’étais déguisée en Marguerite, s’il n’avait pas été pressé car on sait qu’un ami l’attendait dehors, s’il s’était arrêté, donc, pour m’écouter, il n’aurait pas manqué, assez rapidement, de prononcer Han han pour en finir, sans toutefois savoir qu’il devenait ainsi un acteur de la phatique fonction !

C’est ça qui est ça est une expression, je trouve, difficile à interpréter. Sous mes doigts, quand je la tape, elle signifie que j’essaie de lâcher prise et de ne plus me casser la tête. Mais l’expression peut être interprétée dans le sens contraire, à savoir que je me rends compte à quel point j’ai failli, à quel point j’étais loin du compte, mais, trop tard, le mal est fait et il ne me reste qu’à macérer dans mon tourment.

Quand je lis ou quand j’entends cette expression, je pense de prime abord que la personne qui l’émet est au-dessus de ses affaires, qu’elle se fiche des conséquences sans se mortifier, et qu’elle est, de ce fait, supérieure à moi parce qu’elle ne verse pas, pour un oui ou pour un non, dans l’inconfort d’avoir péché. Elle s’assume et elle s’aime, autrement dit.

Mes recherches sur Internet, elles, m’informent assez succinctement que l’expression est utilisée lorsque deux personnes se rendent compte qu’elles ont exprimé ce qu’il y avait à exprimer sur un sujet donné. Devant le constat qu’il n’y a rien à ajouter, viennent ces mots en quelque sorte automatiques de la part de l’une ou de l’autre personne, sinon les deux, C’est ça qui est ça.

L’ironie, dans la chanson de Martin Léon, c’est que l’individu qui répète plusieurs fois C’est ça qui est ça n’a rien exprimé qui nous permette de comprendre qu’on arrive à une conclusion. Il a énoncé des mots qui ne vont nulle part –comme parfois mes textes. Ce même individu, qui ne peut être Martin Léon dans mon esprit, étant donné que Martin Léon n’est pas vide de contenu, si je puis m’exprimer ainsi, ce même individu, donc, dans la chanson, donne plus ou moins, et grosso modo, et bouclant la boucle, un exemple de ce en quoi consiste ma fonction fétiche d’aujourd’hui.

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