Badouzienne 60

Encore un excès…

Comme je ne me rappelle jamais si le roman de Jacques Poulin s’intitule Mon royaume pour un cheval ou Mon cheval pour un royaume, je me suis créé un code mnémonique avec la première lettre de chaque mot du titre. La version « pure » est la bonne, à savoir MCPUR.

La version MRPUC n’est pas pour autant à négliger car elle est tirée d’une pièce de théâtre de Shakespeare. D’ailleurs, si Jacques Poulin n’avait pas mis en exergue de son roman cette citation tirée de Richard III, je ne me serais peut-être jamais demandé si c’est le cheval qui vient en premier, ou le royaume.

J’interprète ainsi le titre de Poulin : je tiens tellement à mon cheval que je n’en changerais pas pour un royaume. À l’inverse, Richard III semble être dans une bien mauvaise posture puisqu’il céderait son royaume pour avoir un cheval.

Je ne sais plus dans quelles circonstances j’ai eu accès au livre de Poulin alors que j’étais encore adolescente. L’ai-je emprunté à la bibliothèque ? Traînait-il dans la maison ? Ma soeur ou une amie me l’auraient-elle prêté ? L’aurais-je même acheté ? Je me rappelle en avoir lu les premières pages assise sur le canapé de notre grande véranda, une pièce que je fréquentais beaucoup pour y pratiquer la guitare, étudier, faire mes devoirs, lire, écouter de la musique. Être seule, en somme !

Si on me demandait quel est le livre qui m’a fait découvrir la littérature, je nommerais peut-être ce roman plaquette de Poulin –il ne fait que 72 pages dans la brique de Leméac. Je ne connaissais rien de la vie, à quinze ou seize ans, mais je découvrais à travers Poulin que les codes pouvaient être, dans les livres, différents de ceux qui prévalaient autour de moi. Qu’est-ce que j’appelle les codes ? Disons les comportements relationnels qui gravitent autour du thème de l’amour : Nathalie, jeune, est la petite amie d’un Simon plus vieux, caléchier de son état. Arrive Pierre et le triangle est créé.

Des sentiments contraires s’étaient entrechoqués dans ma personne. La liberté m’apparaissait déjà comme un sentiment positif, mais je ne savais pas ce que je pensais de la formation du triangle, sinon qu’elle sabotait la version très romantique que j’avais de l’amour. Était-ce ce même été que j’avais vu le Docteur Jivago au cinéma –en pleurant toutes les larmes de mon corps ?

Poulin est né en 1937, le livre est paru en 1967, donc l’auteur avait trente ans. Il s’agit de son premier roman publié. Je dirais que ça paraît parce que la limpidité n’est pas au rendez-vous tout du long au fil du texte. J’y reviendrai peut-être.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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