Jour 636

32BraceletMarie

Bracelet fabriqué par une collègue. N’ajustez pas votre appareil, la photo est un peu floue.

En fin de compte, je suis une écrivaine du dimanche et cela me convient. Je relate des micro aventures, des anecdotes d’une importance dérisoire que je qualifie de non événements. C’est ainsi que j’ai soumis au concours du récit de Radio-Canada un texte qui a pour titre La non glace vive. Il y est question de ma réussite à avoir monté en voiture une grosse côte à pic couverte de glace qui se termine sur un tournant bien traître. Victoire pour moi là où d’autres voitures n’ont pas réussi. L’autre jour, ici sur la terrasse au soleil, j’ai demandé à Bibi qui portait lunettes fumées et casquette si elle voulait bien nous lire à voix haute ce texte de cinq pages. Elle a accepté. À l’écoute de mes propres mots je me suis régalée, comme quoi ça ne me prend pas grand-chose pour me satisfaire.
Je suis une écrivaine du dimanche qui aime chercher sa voie parce que cela m’expose à une palette de possibilités qui me font rêver, voyager, explorer. Papa a raison. Je ne cherche pas ma voie tant que ça, pour en trouver une qu’il me presse d’emprunter. Je cherche ma voie comme une abeille butine de fleur en fleur, se délectant de leur nectar.
Je suis une écrivaine du dimanche qui se traite durement. Au lieu de me demander ce qu’aurait été ma vie si j’avais connu un succès fût-il modeste auprès des éditeurs, je me demande, en installant dès l’abord une notion de tort, de reproche envers moi-même, comment ça se fait que je ne suis pas devenue une écrivaine ne serait-ce que modestement connue ?
Je peux nommer au moins deux manières de faire de sa vie une vie d’écrivain. Il y a la manière Duras, pour donner un exemple parmi d’autres –et aussi parce que j’ai lu la biographie de Duras écrite par Laure Adler. C’est la manière monolithique. Marguerite, toute jeune, savait sans en douter qu’elle consacrerait sa vie à l’écriture. C’est la manière agréable, en fait, confortablement appuyée sur le coussin de la confiance en soi et en son destin. Il y a la manière Je dois y arriver coûte que coûte, la manière qui donne le sentiment vertigineux que la vie en dépend. Cette manière me séduit, elle sollicite toute l’énergie de l’individu, elle est proche parent de la dévotion, elle nécessite que le sujet apprenti écrivain se donne corps et âme.
Je n’ai été habitée par aucune de ces manières puisque je ne suis qu’une écrivaine du dimanche. Il n’empêche que ma vie est définitivement plus riche depuis sept ans que j’alimente mon blogue.

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Jour 637

19BrocheNB

Investissement de 1$ au bazar scout de Côte-des-Neiges.

Sur cette broche noir et blanc très discrète, je vois, à droite, deux dunes couvertes en leur centre d’une végétation dense. Elles se jettent dans un bras de mer, ou une grande étendue d’eau couverte d’embrun. Il n’y a pas de signature d’artiste ou de pays d’origine à l’endos de la plaquette dont est constitué ce bijou. Cette plaquette semble être faite de matière plastique, ou d’une résine. Peut-être que la représentation picturale, si on peut dire ça comme ça, relève d’un procédé tout simple, par exemple le dépôt de quelques gouttes d’encre sur la résine. Les gouttes formées de molécules réagissent une fois exposées à une source de chaleur intense et créent d’elles-mêmes en s’entrechoquant ce paysage marin que je suis peut-être la seule à discerner. À force de regarder cette broche, je me transporte, parce que j’y vois une ressemblance, sur la colline de Signal Hill qui surplombe la ville de St-John’s dans la province de Terre-Neuve. J’imagine mal, en tout cas, un artiste peindre cette miniature sur une surface vierge au départ. Même avec une grosse loupe, ça doit arracher les yeux. D’ailleurs, ce serait peint selon quelle technique ? Il n’existe pas à ma connaissance de pinceau ou d’aiguille en mesure de produire ce pointillisme microscopique.
Hier, mon attention a été intensément sollicitée par la situation dans laquelle j’ai baigné pendant plusieurs heures, de telle sorte que c’est seulement en fin de journée, après être allée au CHSLD nourrir papa, que je me suis rendu compte d’une anomalie importante : je ne portais pas ma Pulsar ! Je me suis empressée de corriger la situation dès mon arrivée à la maison.
Rien ne se présentant à mon esprit ce soir qui rendrait ce texte plus sémillant, je déclare forfait, je m’arrête là.

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Jour 638

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Ma belle Pulsar. Elle apparaît plus abîmée sur la photo qu’elle ne l’est en réalité.

Pour aborder un aspect bien concret de ma vie, je peux faire l’annonce suivante : je ne porte plus mon Fitbit ! Lorsque je me suis vue marcher mes 10 000 pas alors que je souffrais d’une laryngite qui me donnait envie de me trancher les oreilles et la gorge tellement j’avais mal à la moindre déglutition, j’ai décidé que c’en était assez.
– Je porterai mon Fitbit lorsque j’aurai l’intelligence, le jugement et l’équilibre pour l’utiliser adéquatement, me suis-je dit en rangeant mon compteur de pas dans un tiroir.
Mais que porter en remplacement pour lire l’heure à mon poignet gauche ? Je n’ai pas hésité une seconde : mon ancienne montre Pulsar, qui attendait un retour à la vie active depuis plus de vingt ans. Je l’attache au dernier trou du bracelet, comme si j’avais le poignet fin, parce que j’avais demandé au bijoutier, il y a très longtemps mais je m’en rappelle, de changer le bracelet d’origine par un bracelet conçu pour les poignets forts. Elle ne pèse rien, c’est à peine si je me rends compte que je la porte. Je ne l’enlève pas la nuit. Mes manches s’enfilent dorénavant de manière fluide alors qu’avec le Fitbit, à cause de son épaisseur, elles restaient coincées. Je devais recourir à mes doigts pour faire passer le tissu par-dessus l’engin. Cela m’énervait. Dans notre monde de technologie et de changements incessants, je suis contente de procéder à rebrousse-poil, en me tournant vers le passé, en réutilisant plutôt qu’en achetant. C’est une manière –métaphorique– de choisir une valeur sûre, d’opter pour la lenteur par opposition à la vitesse du mouvement du monde qui va s’accélérant. Il a suffi, pour sa remise en forme, d’en faire changer la pile et polir la vitre pour la modique somme de 15$.
– Va-t-elle durer jusqu’à ma mort ?, ai-je demandé au bijoutier.
– C’est une bonne marque…, a-t-il répondu, déstabilisé par ma question.
– Une bonne marque au point de durer encore trente ans ?, ai-je insisté.
– Je ne peux pas dire. Une chose est sûre, si son mécanisme brise, on ne peut pas le remplacer, on ne tient plus les pièces pour ça, c’est trop vieux.
Bien entendu, porter cette montre c’est encore ici une manière métaphorique de faire la paix avec mon passé. C’est maintenir vivant le lien qui m’a unie à la personne qui m’a offert la montre, c’est affirmer très subtilement que je n’ai plus honte des agissements qui ont été les miens à cette époque de ma vie. Ou moins honte, disons.
Je reviens sur mon rêve de l’avant-dernière nuit. Il me semble que le message est le suivant : maintenant que je sais être aimante, gentille, compréhensive, pour en être venue à bout des démons qui me rongeaient l’intérieur étant jeune, où dois-je me tourner pour progresser ? Est-ce que la vie pourrait n’être qu’une enfilade de moments heureux ? Progresse-t-on quand on est heureux ? Comment vit-on quand on n’a pas à traîner de boulet ? Est-ce que progresser consiste à surmonter des difficultés ? Peut-on être heureux quand on n’est pas en mode de résolution de problème ? Etc.
En lien avec les rêves, il en est un, récurrent, venu me visiter encore une fois la nuit dernière, que je ne m’explique pas. Je me demande qu’est-ce que je fais dans la vie, où en suis-je, où sont mes repères de base : où est-ce que j’habite, par exemple, et de quelle manière je gagne ma vie. D’ailleurs, est-ce que j’en suis à l’étape de gagner ma vie, ou est-ce que je suis encore aux études, vivant très modestement ? Dans mon rêve de la nuit dernière, je me demandais si je pourrais m’accommoder de vivre dans une chambre de la grande maison de mon amie, et si oui, comme elle habite en banlieue, quel serait le prix à payer pour un abonnement mensuel au transport par train, et ce train m’amènerait où chaque jour pour gagner ma pitance ?
Ça fait plusieurs années que je fais ce rêve, que j’interprète comme étant la manifestation incessante de la recherche de ma voie… Est-ce que je fais ce rêve sous l’effet du temps qui passe, en ce sens que, les deux-tiers de ma vie étant maintenant derrière moi, il me reste de moins en moins de temps pour trouver où est-ce que je dois aller ? Le rêve me fait signe que je ne dois pas tarder si je veux trouver ? Mais au fait, faut-il aller quelque part ? Qu’est-ce qui se passe en moi, quelle petite voix me souffle de trouver ma voie avant qu’il ne soit trop tard ? Est-ce une histoire de voix et de voie qui se manifeste ainsi la nuit ? Ou alors quoi ? Cette voix étouffe-t-elle ?

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Jour 639

21BagueMariage

Mon alliance, conçue par l’orfèvre de la bijouterie Bélanger, à Joliette, en collaboration avec les futurs mariés pour ce qui est du modèle.

Il y a quelque chose qui ne marche pas. C’est comme si ma vie était déjà terminée, affaire classée, on n’en parle plus, il ne reste qu’à laisser le temps s’écouler jusqu’à ma mort. C’est comme si aucune surprise, aucune découverte n’allaient jamais plus me faire avancer, m’épater, m’éblouir. C’est comme s’il ne me restait qu’à vivre les disons vingt prochaines années en me contentant d’être aimante, gentille, compréhensive.
Ainsi, dans mon rêve, j’étais parmi un groupe de gens que je ne connaissais pas. Je leur demandais si cela se passait pour eux de la même manière que pour moi. J’espérais vivement installer un dialogue entre nous pour m’enrichir de leur expérience, pour me convaincre que je me situais dans la norme.
– Avez-vous vécu comme moi ?, leur demandais-je.
– Aviez-vous l’impression, étant jeunes, qu’un merveilleux scénario allait se dérouler au sein duquel vous seriez le personnage principal ? Un scénario de réussite, de satisfaction d’avoir réussi, de richesse intellectuelle et affective d’avoir été portés et nourris par votre vie comblée ? Avez-vous espéré et attendu, comme moi, que ce scénario arrive et vous emporte enfin ? Avez-vous attendu, encore une fois comme moi, en vain ?
Les gens du groupe me regardaient, le visage neutre, l’air absent, sans répondre.
– Je n’avais pas réalisé, ajoutais-je piteusement à ma silencieuse assemblée –constituée bien sûr d’une grappillette de membres–, que pour construire sa vie il faut mettre la main à la construction.
– Je faisais les choses, n’importe lesquelles, celles qui se présentaient, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, en attendant.
– Je vivais dans ma tête, je me vivais en imagination, trop inapte pour me vivre dans l’action. Trop peu confiante, c’est toujours la même rengaine, pour initier la moindre tentative.
Les gens continuaient de me regarder sans broncher, ne me laissant pas deviner ce qu’ils ressentaient. Je poursuivais, sans savoir s’ils étaient empathiques à ma cause, espérant, ça aussi c’est toujours la même rengaine, que mon discours allait les éclairer, comme si j’étais dotée d’une intelligence supérieure qui les aiderait à « allumer ».
– Je me rappelle être allée porter mon CV en mains propres à la directrice du département des littératures à l’université McGill. Voulez-vous bien me dire ce que j’étais allée faire là ? J’avais tendu le CV à la dame qui espérait un mot ou deux en guise de présentation de ma personne et qui, parce qu’ils n’arrivaient pas, avait fini par dire, en visant très juste :
– On dirait que vous ne savez pas ce que vous faites ici !

 

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Jour 640

25BrochesMédaillons

Deux broches.

Récapitulons encore. Au Faust, je l’ai écrit précédemment, Bibi portait des talons hauts. Mais pas que Bibi. Emma en portait aussi, comme en atteste la photo ci-dessous. Il s’agit de ses chaussures de concert, achetées il y a déjà un moment, comme en attestent –au pluriel cette fois– les écorchures du cuir visibles à la pointe arrondie de la chaussure. J’ai déjà mentionné, ou pensé le faire ?, que ces chaussures ressemblent aux bottines orthopédiques de feue ma tante Laurette, que je lui ai toujours vu porter, même quand elle était jeune. Elle en avait deux paires, une paire beige pour l’été et une paire noire pour l’hiver.

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Chaussures noires de chouchou.

Cela me fait penser à tantinette. La semaine dernière, nous étions sur le point de nous rendre à l’épicerie.
– Je t’attends dehors, lui ai-je dit.
C’était une manière de ne pas avoir à surveiller la petite de deux ans et demi qui agrippe tout, que ce soient les croquettes du chien dans la cuisine ou les feuilles des plantes qui parent la table du salon. Dehors c’est plus facile, je n’ai pas à surveiller tant que ça l’arrachage des feuilles, non pas que la petite ne les arrache qu’aux plantes intérieures, mais plutôt parce qu’il y en a tellement.
Attends, attends. Tantinette ne sort pas. Attends encore jusqu’à ce que je me décide à aller vérifier ce qui la retardait, en m’assurant de laisser la porte ouverte pour surveiller la fillette –et laisser entrer les mouches noires.
– Ferme la porte !, s’est-elle exclamée en me voyant arriver.
– Qu’est-ce que tu fais ?, ai-je demandé, sans fermer la porte bien entendu.
Elle était en train de vider son sac à main noir, d’hiver, et de remplir du même contenu le sac à main blanc crème, d’été. Elle en était à l’étape de l’insertion délicate des nombreuses cartes dans les fentes prévues à cette fin, qu’on dirait toujours trop étroites. Je pouvais bien attendre !
Les deux médaillons de la photo du jour ont été achetés en Italie. C’est la première fois que je me rends compte qu’ils ne reproduisent pas un homme et une femme, mais deux femmes. Pourtant, ça fait longtemps que je les ai en ma possession. Je me suis laissée influencer probablement par la couleur des pierres qui enjolivent la bordure de dentelle métallique. Bleu pour l’homme. Rouge, ou rose, pour la femme. J’ai aussi intuitivement pensé qu’il s’agissait de la représentation d’un couple parce que les médaillons m’ont été offerts par un couple, dont chaque membre n’allait pas l’un sans l’autre, jusqu’au décès de tonton cela fera bientôt deux ans.

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Jour 641

29BrocheChandail

Broche achetée par moi. Plusieurs diamants de 18 carats manquent à l’appel…

Récapitulons : je suis allée entendre l’opéra Faust à Trois-Rivières, le samedi soir 19 mai. Comme il pleuvait, nous nous sommes rendues, Bibi, Emma et moi, à la salle de spectacle en taxi. Nous sommes revenues à notre chambre d’hôtel à pied, il ne pleuvait plus en fin de soirée. Le temps cependant avait fraîchi, alors nous avons marché d’un bon pas.
Le lendemain dimanche, nous avons flâné dans la ville, caressées par le soleil. J’ai payé le prix d’entrée de 5$ par personne à Bibi et à Emma pour visiter le Musée des Ursulines, incluant la chapelle. Des religieuses vivent encore dans le couvent, une grapillette seulement, la plupart malades et toutes très âgées. Comme elles vivent cloîtrées, nous ne les avons pas vues. Ce sont nos deux guides, un jeune homme, et une jeune femme aux traits asiatiques, qui nous en ont informées. La jeune femme, plutôt timide, répétait souvent l’expression « dans le fond », expression que j’entends presque tous les jours depuis que je vis en région, et que je n’entendais pas, il me semble, à Montréal.
Je me suis sentie solidaire de la fragilité de ce milieu de vie, une religieuse s’éteignant, et ensuite une autre, jusqu’à ce qu’un jour il n’en reste plus une. C’est une fragilité du même type qui baigne mon blogue depuis sept ans, un lecteur s’y frottant, puis un autre, mais jamais pour bien longtemps et jamais beaucoup en même temps.
Je suis revenue à la maison à la fin de la journée des Patriotes, en même temps que mon mari qui arrivait, lui, de l’Abitibi, avec un cadeau dans ses bagages, notre petite-fille de deux ans et demi. Nous l’avons gardée deux semaines et c’est la raison pour laquelle je n’ai pas écrit dans la deuxième moitié du mois de mai, n’ayant pas une minute à moi.
La vie revient à la normale aujourd’hui dimanche 3 juin, transportant un lot de choses à faire qui ont été négligées. La pelouse, par exemple, est couverte de pissenlits d’un pied de haut. Les pétales jaunes ont eu le temps de se transformer en aigrettes blanchâtres. De ma fenêtre, je vois les aigrettes flotter dans l’air en ce moment, entourées de maringouins et de petites mouches noires.
Un mot à propos de mon bijou du jour : une amie de ma belle-sœur, il y a de cela longtemps c’était autrefois, avait exprimé qu’elle aimait cette broche. Nous étions chez ma belle-sœur en vacances estivales. Je rencontrais l’amie pour la première fois.
– Est-ce que tu voudrais…, avais-je commencé à dire en voyant l’amie esquisser un très beau sourire, pensant que la fin de la phrase serait « l’avoir ».
– …la porter aujourd’hui ?, avais-je ajouté.
L’amie ne m’avait même pas répondu.
J’imagine que c’est pingre, accorder la permission de porter un bijou quelques heures seulement.
L’été suivant, les deux femmes étaient passées nous saluer, Jacques-Yvan et moi, à la campagne où nous avions un chalet. Ne sachant si elles appréciaient suffisamment ma compagnie pour avoir envie de prolonger leur visite en ma seule présence, Jacques-Yvan étant absent, je n’avais pas osé leur proposer un café, qui prend un certain temps à préparer. Je leur avais offert, fière de ma trouvaille hybride –offrir à boire en un service rapide– un verre d’eau du robinet.

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Jour 642

26BoucleTrouvée

C’est comme pour les gants ou pour les mitaines : c’est rare qu’on trouve les deux membres de la paire.

L’autre jour, devant la maison de l’avenue Wilson, j’ai trouvé un billet de 20$ sur le trottoir. J’arrivais d’avoir fait les courses au Provigo et je me suis dit que ça remboursait la moitié de mes courses.
Quand je voyageais à pied entre la rue Grosvenor où j’habitais autrefois et l’université où je travaillais encore, je traversais les jardins de l’Oratoire sur lesquels viennent se promener beaucoup de touristes qui prennent beaucoup de photos. Beaucoup de touristes est synonyme d’un pourcentage élevé de trouver des objets qu’ils auront échappés, ou encore de trouver des billets de banque. Ma plus belle prise à l’Oratoire fut un billet de 20$ qui reposait sur l’herbe, à proximité de la petite rue qui mène à la pâtisserie du Duc de Lorraine.
Je n’ai jamais trouvé de billet de 50$, et encore moins de 100$. Mais j’ai déjà trouvé une porte-feuille plein d’argent. La jeune fille qui est venue le récupérer chez moi ne m’a même pas remerciée.
Cela me fait penser à la fois qu’une montre Cartier s’était trouvée à mes pieds, à l’école internationale du quartier Snowdon où les enfants, dont Emma, faisaient des tests en vue d’y être admis. Je ramasse la montre, je regarde à droite et à gauche, un peu interdite, j’avoue. Une femme est venue pratiquement me l’arracher des mains, sans me remercier. Avoir voulu voler sa montre, je ne l’aurais pas gardée dans ma main, je l’aurais cachée en vitesse dans mes poches. Peut-être que je portais des vêtements qui n’avaient pas de poche ?
Une fois très misérable, très peu louable, une fois minable doit être exprimée ici, pour contrebalancer toute l’honnêteté dont je peux faire preuve et que personne ne salue. Nous sommes aux toilettes du MOMA, Emma et moi. Un collier même pas intéressant a été oublié dans la cabine.
– Sur le tas de gens qui passent ici, me suis-je dit, il n’y a pas grand chance de me faire prendre… et ça me fera un souvenir du musée…
Je glisse le collier même pas beau, je me répète, dans les poches de mon manteau. En sortant de la cabine, je tombe sur la propriétaire du collier venue le récupérer. Elle se tient droite comme une barre et me regarde avec des yeux méchants. Trop orgueilleuse pour sortir le foutu collier de ma poche, sous les yeux de ma fille, et de toutes les femmes qui attendent en file et observent la scène, je m’obstine à répondre que je n’ai pas vu de collier. J’ai passé le reste de la journée étranglée par la honte.

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