Jour 642

26BoucleTrouvée

C’est comme pour les gants ou pour les mitaines : c’est rare qu’on trouve les deux membres de la paire.

L’autre jour, devant la maison de l’avenue Wilson, j’ai trouvé un billet de 20$ sur le trottoir. J’arrivais d’avoir fait les courses au Provigo et je me suis dit que ça remboursait la moitié de mes courses.
Quand je voyageais à pied entre la rue Grosvenor où j’habitais autrefois et l’université où je travaillais encore, je traversais les jardins de l’Oratoire sur lesquels viennent se promener beaucoup de touristes qui prennent beaucoup de photos. Beaucoup de touristes est synonyme d’un pourcentage élevé de trouver des objets qu’ils auront échappés, ou encore de trouver des billets de banque. Ma plus belle prise à l’Oratoire fut un billet de 20$ qui reposait sur l’herbe, à proximité de la petite rue qui mène à la pâtisserie du Duc de Lorraine.
Je n’ai jamais trouvé de billet de 50$, et encore moins de 100$. Mais j’ai déjà trouvé une porte-feuille plein d’argent. La jeune fille qui est venue le récupérer chez moi ne m’a même pas remerciée.
Cela me fait penser à la fois qu’une montre Cartier s’était trouvée à mes pieds, à l’école internationale du quartier Snowdon où les enfants, dont Emma, faisaient des tests en vue d’y être admis. Je ramasse la montre, je regarde à droite et à gauche, un peu interdite, j’avoue. Une femme est venue pratiquement me l’arracher des mains, sans me remercier. Avoir voulu voler sa montre, je ne l’aurais pas gardée dans ma main, je l’aurais cachée en vitesse dans mes poches. Peut-être que je portais des vêtements qui n’avaient pas de poche ?
Une fois très misérable, très peu louable, une fois minable doit être exprimée ici, pour contrebalancer toute l’honnêteté dont je peux faire preuve et que personne ne salue. Nous sommes aux toilettes du MOMA, Emma et moi. Un collier même pas intéressant a été oublié dans la cabine.
– Sur le tas de gens qui passent ici, me suis-je dit, il n’y a pas grand chance de me faire prendre… et ça me fera un souvenir du musée…
Je glisse le collier même pas beau, je me répète, dans les poches de mon manteau. En sortant de la cabine, je tombe sur la propriétaire du collier venue le récupérer. Elle se tient droite comme une barre et me regarde avec des yeux méchants. Trop orgueilleuse pour sortir le foutu collier de ma poche, sous les yeux de ma fille, et de toutes les femmes qui attendent en file et observent la scène, je m’obstine à répondre que je n’ai pas vu de collier. J’ai passé le reste de la journée étranglée par la honte.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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