Jour 638

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Ma belle Pulsar. Elle apparaît plus abîmée sur la photo qu’elle ne l’est en réalité.

Pour aborder un aspect bien concret de ma vie, je peux faire l’annonce suivante : je ne porte plus mon Fitbit ! Lorsque je me suis vue marcher mes 10 000 pas alors que je souffrais d’une laryngite qui me donnait envie de me trancher les oreilles et la gorge tellement j’avais mal à la moindre déglutition, j’ai décidé que c’en était assez.
– Je porterai mon Fitbit lorsque j’aurai l’intelligence, le jugement et l’équilibre pour l’utiliser adéquatement, me suis-je dit en rangeant mon compteur de pas dans un tiroir.
Mais que porter en remplacement pour lire l’heure à mon poignet gauche ? Je n’ai pas hésité une seconde : mon ancienne montre Pulsar, qui attendait un retour à la vie active depuis plus de vingt ans. Je l’attache au dernier trou du bracelet, comme si j’avais le poignet fin, parce que j’avais demandé au bijoutier, il y a très longtemps mais je m’en rappelle, de changer le bracelet d’origine par un bracelet conçu pour les poignets forts. Elle ne pèse rien, c’est à peine si je me rends compte que je la porte. Je ne l’enlève pas la nuit. Mes manches s’enfilent dorénavant de manière fluide alors qu’avec le Fitbit, à cause de son épaisseur, elles restaient coincées. Je devais recourir à mes doigts pour faire passer le tissu par-dessus l’engin. Cela m’énervait. Dans notre monde de technologie et de changements incessants, je suis contente de procéder à rebrousse-poil, en me tournant vers le passé, en réutilisant plutôt qu’en achetant. C’est une manière –métaphorique– de choisir une valeur sûre, d’opter pour la lenteur par opposition à la vitesse du mouvement du monde qui va s’accélérant. Il a suffi, pour sa remise en forme, d’en faire changer la pile et polir la vitre pour la modique somme de 15$.
– Va-t-elle durer jusqu’à ma mort ?, ai-je demandé au bijoutier.
– C’est une bonne marque…, a-t-il répondu, déstabilisé par ma question.
– Une bonne marque au point de durer encore trente ans ?, ai-je insisté.
– Je ne peux pas dire. Une chose est sûre, si son mécanisme brise, on ne peut pas le remplacer, on ne tient plus les pièces pour ça, c’est trop vieux.
Bien entendu, porter cette montre c’est encore ici une manière métaphorique de faire la paix avec mon passé. C’est maintenir vivant le lien qui m’a unie à la personne qui m’a offert la montre, c’est affirmer très subtilement que je n’ai plus honte des agissements qui ont été les miens à cette époque de ma vie. Ou moins honte, disons.
Je reviens sur mon rêve de l’avant-dernière nuit. Il me semble que le message est le suivant : maintenant que je sais être aimante, gentille, compréhensive, pour en être venue à bout des démons qui me rongeaient l’intérieur étant jeune, où dois-je me tourner pour progresser ? Est-ce que la vie pourrait n’être qu’une enfilade de moments heureux ? Progresse-t-on quand on est heureux ? Comment vit-on quand on n’a pas à traîner de boulet ? Est-ce que progresser consiste à surmonter des difficultés ? Peut-on être heureux quand on n’est pas en mode de résolution de problème ? Etc.
En lien avec les rêves, il en est un, récurrent, venu me visiter encore une fois la nuit dernière, que je ne m’explique pas. Je me demande qu’est-ce que je fais dans la vie, où en suis-je, où sont mes repères de base : où est-ce que j’habite, par exemple, et de quelle manière je gagne ma vie. D’ailleurs, est-ce que j’en suis à l’étape de gagner ma vie, ou est-ce que je suis encore aux études, vivant très modestement ? Dans mon rêve de la nuit dernière, je me demandais si je pourrais m’accommoder de vivre dans une chambre de la grande maison de mon amie, et si oui, comme elle habite en banlieue, quel serait le prix à payer pour un abonnement mensuel au transport par train, et ce train m’amènerait où chaque jour pour gagner ma pitance ?
Ça fait plusieurs années que je fais ce rêve, que j’interprète comme étant la manifestation incessante de la recherche de ma voie… Est-ce que je fais ce rêve sous l’effet du temps qui passe, en ce sens que, les deux-tiers de ma vie étant maintenant derrière moi, il me reste de moins en moins de temps pour trouver où est-ce que je dois aller ? Le rêve me fait signe que je ne dois pas tarder si je veux trouver ? Mais au fait, faut-il aller quelque part ? Qu’est-ce qui se passe en moi, quelle petite voix me souffle de trouver ma voie avant qu’il ne soit trop tard ? Est-ce une histoire de voix et de voie qui se manifeste ainsi la nuit ? Ou alors quoi ? Cette voix étouffe-t-elle ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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