Jour 618

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Je portais une camisole en rayonne gris et noir. Donc, ce n’était pas celle-ci, toute grise. Mais le modèle ressemble un peu.

C’était pendant la canicule. Notre chalet étant très peu en mesure de nous protéger de la chaleur intense –on se croirait dans une grange–, je peignais le Chat du lac Miroir en tenue très légère, à savoir, pour le haut, une camisole en rayonne gris et noir. Au loin, sur le lac, il me semble voir une embarcation se diriger droit vers nous à vive allure.
– On dirait que des gens s’en viennent nous voir, ai-je dit à mon mari.
– J’imagine que ce sont tes amies, a-t-il répondu sans trop regarder parce qu’il était en train de réparer quelque chose.
– Ça ressemble plutôt à un couple, homme et femme. Cheveux poivre et sel pour l’homme…, ai-je ajouté.
Je me suis dépêchée d’aller m’habiller un tantinet davantage, en prenant le premier pantalon court qui m’est tombé sous la main, dans notre chambre. Dans notre chambre il faut le dire vite, l’espace peut à peine accueillir un lit double. J’en ai profité pour replacer les couvertures du lit et, à la dernière minute, j’ai changé de haut, trouvant la camisole trop échancrée sous les épaules. Je suis ressortie de la chambre au moment où le couple s’apprêtait à entrer, mon mari ouvrant grande la porte patio. Il s’agit d’un couple qui habite à l’autre bout du lac, et le lac fait dix-sept kilomètres. Une petite trotte. C’est courant de faire ça, et nous le faisons nous-mêmes, à savoir se promener en bateau pour aller saluer untel, sans s’annoncer puisqu’il n’y a pas de réseau de communication dans le bois. On prend une chance.
Le couple entre, on s’assoie, j’offre à boire, on parle. Je remarque assez vite que la dame porte une tunique, avec manches, du même tissu que ma camisole sans manche, celle que j’ai retirée à la dernière minute.
– J’ai raté une belle occasion de vivre une agréable coïncidence, me suis-je dit.
La dame est plus âgée que moi, plus forte de taille mais pas tant. Parle parle jase jase et arrive le moment de se quitter.
– Sais-tu ce qui est arrivé avant que tu n’entres ?, ai-je dit à la dame qui s’appelle Gina.
Elle ne pouvait pas le savoir, alors j’ai enchaîné.
– J’ai enlevé le vêtement que je portais alors que je n’aurais pas dû l’enlever, lui ai-je expliqué en me rendant en vitesse chercher le vêtement dans ma chambre pour le lui montrer.
Je reviens avec ma camisole à la main, triomphante, et je l’appuie sur la tunique de Gina pour qu’elle remarque que le tissu est le même. Elle se met à rire, mais plutôt pour la forme. Je n’ai pas fait attention au manque de conviction de son rire parce que je suis habituée à ce que les gens ne tombent pas en extase pour les mini détails coïncidentiels qui me passionnent.
On accompagne le couple jusqu’au bord du lac. Gina s’apprêtait à monter dans la chaloupe lorsqu’elle me dit, le sourire cette fois plus convaincu :
– Ah ! je comprends, tu as changé de vêtement pour qu’on ne porte pas le même !, s’est-elle exclamée.
Je n’ai pas eu le temps de lui expliquer que ce n’était pas le même vêtement, mais seulement le même tissu. Ni le temps de lui dire que je ne pouvais pas voir, de loin lorsqu’ils sont arrivés, que c’était le même tissu. J’ai eu encore moins le temps de lui expliquer que j’aurais aimé, au contraire, ne pas avoir enlevé ma cami pour qu’on ait le plaisir de porter le même imprimé. Le mari avait déjà démarré le moteur et la chaloupe s’éloignait.

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Jour 619

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Recette de mon beau-frère dont on voit d’ailleurs le pouce, ci-dessus.

Ce n’est pas vrai que je n’ai pas cuisiné pendant la canicule. Il m’arrive de tordre un peu la réalité parce que la phrase ou le rythme du texte m’y incitent. Je n’écris pas des mémoires, de toute façon, ni des chroniques, ni des carnets, en fait je ne sais pas trop dans quelle catégorie formelle se rangent mes textes, mais je peux affirmer qu’il s’agit avant tout d’un exercice d’écriture et que mon souci n’est pas forcément de rendre compte de mes aventures vécues. Je navigue entre la fiction et des moments de ma vie, transformés ou pas. Mardi dernier, au lendemain de notre retour du chalet, j’ai allumé le four, bel et bien, en plein après-midi pour faire un cake au matcha. Il faisait déjà tellement chaud dans la maison que la chaleur supplémentaire du four n’a pas eu vraiment d’incidence, il me semble. Je voulais apporter du gâteau à ma fille, que je voyais le lendemain à Montréal, et je voulais en offrir aux amis que nous avons reçus hier soir jeudi. J’ai fait ça, offrir du gâteau à ma fille et aux amis, mais sous une forme émiettée.
Quand j’ai goûté la pâte non cuite en léchant la spatule et les batteurs de mon appareil électrique, j’ai eu des frissons de plaisir tellement c’était bon.
– Goûte ça, ai-je proposé à mon mari qui s’est léché les babines.
Au terme de la cuisson, quand le four a sonné pour que j’aille en ressortir les deux moules, la pâte, bien cuite aux pourtours extérieurs du gâteau, était tout affaissée au milieu.
– Mince !, me suis-je dit en sortant les moules et en en enlevant tout de suite la partie cuite.
J’ai accumulé ainsi plusieurs plaques de croûte délicieuse, car bien entendu j’ai goûté auxdites plaques en les retirant. J’ai remis l’intérieur « bouetteux » au four, dans les mêmes moules, j’ai ajusté le temps de cuisson à 22 minutes, et je suis retournée dehors où j’étais en train de m’occuper des plantes qui ont toutes des bibittes que je n’arrive pas à déloger car elles prolifèrent entre les feuilles le long de la tige mère. Après 22 minutes j’ai entendu sonner. Je suis allée sortir le cake qui n’était pas encore cuit, j’y suis allée pour un 12 minutes supplémentaires. Je suis retournée dehors, et je suis revenue sortir les moules à la deuxième sonnerie. J’ai démoulé la pâte cuite qui avait un aspect d’après tsunami, et j’ai laissé traîner sur le comptoir ce projet de pâtisserie.
– Hum !, chérie, ce n’est peut-être pas beau, mais c’est très bon !, m’a dit plus tard Denauzier qui se mettait à la bouche des morceaux de ce projet de pâtisserie.
– Ah oui ?, ai-je répondu en me dirigeant vers les miettes pour y goûter.
Et en ayant de la difficulté à m’arrêter tellement je suis gourmande, tellement c’était bon. Nous avons donc mangé du gâteau émietté chez Emmanuelle, et le lendemain avec les invités. Je vais réessayer la recette en utilisant trois moules, la prochaine fois.

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Jour 620

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Robe Yves Saint-Laurent. Je préfère ne pas en connaître le prix.

J’aime la canicule. Surtout lorsqu’elle est terminée. Elle est un bon prétexte pour ne manger que des biscuits Célébration arrosés de vin rouge en guise de souper à neuf heures le soir. Elle m’incite à ne pas jouer dans les casseroles, à prendre congé des activités culinaires. On vit au son des ventilateurs et des airs climatisés. Comme lorsque, au cours d’une longue panne d’électricité, on vit au son des génératrices en hiver. On boit beaucoup d’eau. On arrose les plantes en masse. On laisse les rideaux fermés aux fenêtres où plombe le soleil. Lorsqu’elle est terminée, la canicule me manque. Je me mets à espérer que l’été en comptera deux, sinon trois. Elle me manque d’autant plus que nous sommes de retour au chalet où il fait 14°C seulement. Pour me tenir chaud, je porte une jupe de coton épais que m’a donnée une amie hier soir, et un chandail à manches longues, d’une belle couleur qui hésite entre le bleu et le gris. Avoir porté hier un vêtement à manches longues, j’aurais sué à grosses gouttes, mais aujourd’hui dans le bois c’est presque nécessaire.
– J’ai eu un coup de cœur pour cette jupe, m’a dit l’amie en me l’offrant, mais maintenant je ne rentre plus dedans.
Pourtant l’amie est plus menue que moi.

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Modèle 6877. 

J’ai ressenti un pincement d’envie, en entendant les mots « coup de cœur « , car ça ne m’arrive jamais d’en avoir pour des vêtements. À tel point que pour le mariage de ma belle-fille, en septembre, lasse de ne rien trouver dans les magasins, j’envisage de m’adresser à une couturière. Je lui proposerais le modèle de robe ci-contre que j’ai trouvé en feuilletant le catalogue des patrons Butterick au magasin de tissus de St-Jean-de-Matha. Le pli en oblique à l’avant me rappelle une jupe, grise, qui m’avait fait des clins d’œil dans une vitrine, à Paris. Mais j’étais trop pauvre à l’époque, et le serais encore, pour me la payer. Je suggérerais à la couturière un tissu plus fluide qui ferait moins tunique scolaire. J’agrémenterais peut-être ma tenue d’un sautoir. Je m’achèterais des chaussures assorties. Le problème, après, –compte tenu de la somme investie– serait de trouver une occasion de reporter l’ensemble…

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Jour 621

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Le chat du lac Miroir, version finale.

J’admire la détermination et le courage de Josée Blanchette. Pour souper, samedi dernier, par temps de record caniculaire, elle a eu la force de préparer une soupe froide à l’avocat et au concombre. Je le sais parce qu’elle a publié une photo de la soupe sur Facebook. Très belle photo et alléchante soupe, le large bol posé sur une nappe au motif cachemire, et l’ensemble enjolivé par un bouquet de pivoines blanches sur la nappe, à proximité du bol. J’étais fort éloignée de cette élégance, le même soir, dans notre chalet du lac Miroir.
– Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?, m’a demandé mon mari, il était déjà presque neuf heures.
– Bof ! Je pense que tu devrais t’occuper de nous préparer quelque chose. La nourriture ne me dit absolument rien par un temps pareil.
– Est-ce que nous avons des pâtes ?, a demandé Denauzier en ouvrant le frigo et en en sortant une sauce bolognaise encore à moitié congelée.
– Oui, regarde le sachet qui est déposé sur le comptoir.
– Ça ?, s’est étonné mon mari en pointant ledit sachet.
– Oui, ce sont des spaghettis au soya.
Mon mari n’a pas commenté, parce que la canicule affaiblit considérablement l’envie de commenter. Il a mis à réchauffer la sauce dans une casserole, et à faire bouillir de l’eau dans une autre. Il est ensuite allé s’asseoir pour lire un peu. J’étais pour ma part penchée sur mon chat du lac Miroir, à la table de la cuisine.
De retour devant les casseroles, mon mari a constaté quelque chose.
– Chérie, ce n’est pas de la sauce à spaghetti qu’il y avait dans le pot de plastique, au congélateur…
– Ah bon ? Qu’est-ce que c’est ?
– Viens voir.
Je me suis séparée de mon chat, un crayon à la main, pour aller voir. C’étaient des fèves au lard !
– Wouach ! On n’aura jamais envie de manger ça par une chaleur pareille, me suis-je exclamée.
– On se contentera des pâtes, a décidé mon mari, de toute façon c’est bien juste pour dire qu’on ne dort pas sur un ventre vide.
– Tu as raison, les pâtes, un peu d’huile et du parmesan, ça fera l’affaire.
Les pâtes avaient une texture de caoutchouc dans la bouche. On aurait dit du tofu ferme sous forme de longs fils spaghettis. L’huile n’y adhérait que superficiellement et le parmesan était peut-être un peu vieux.
– Juste pour dire qu’on ne dort pas…, comment tu as dit ça ?
– …sur un ventre vide, a complété mon mari.
Au mi-temps de notre assiette, nous avons cessé notre effort pour nous tourner vers une boîte de biscuits Célébration, les bâtonnets enrobés de chocolat noir. J’avais mis la boîte au frigo, à cause de la chaleur. Je me suis levée pour aller la chercher, je suis revenue à la table, j’ai ouvert la boîte pour découvrir que le contenant de plastique à l’intérieur était divisé en quatre sections, chaque section regroupant une vingtaine de biscuits. Nous avons mangé chacun une section, en diluant la pâte de biscuit et le chocolat, dans notre bouche, avec du vin rouge.
– Délicieux !, avons-nous conclu.

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Jour 622

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État de la situation le 30 juin. Ça pourrait donner naissance à un gros matou avec oreilles de chien…

J’étais avec Emmanuelle et Bibi. On se donnait rendez-vous à la hâte dans quelque deux heures à la maison. Je les quittais presque en courant pour aller à mon rendez-vous chez le psychanalyste, dont le bureau était à deux rues d’où j’étais. Or, il ne me restait que cinq minutes pour m’y rendre. Ma montre affichait 16:55 et mon rendez-vous était à 17:00. Parenthèse : je portais dans mon rêve ma montre Pulsar que j’ai fait remettre en état récemment. Il est donc faux d’écrire, comme je viens de le faire, que ma montre affichait les chiffres mentionnés ci-dessus, puisqu’un seul chiffre apparaît –en permanence– sur ma Pulsar, à savoir le XII, écrit en chiffres romains. L’heure y est indiquée par la seule position des aiguilles. Fin de la parenthèse, qui a pour unique fonction, dans ce récit encore non entamé, de souligner l’élégance surannée de ma montre.
Semblable dans mon rêve au seul psychanalyste que j’ai rencontré dans ma vie éveillée, à la seule différence qu’il avait maintenant les cheveux gris, l’homme, grand et mince, se tenait debout dans son bureau, dans la pénombre. Il s’apprêtait à en sortir lorsqu’une secrétaire lui rappelait, un peu bêtement, que j’étais arrivée. Du même souffle, la dame me suggérait de bien penser à mon affaire : est-ce que je désirais tant que ça rencontrer cet homme, alors qu’il prenait sa retraite tout de suite après mon rendez-vous ? Personnellement, je trouvais ça génial. J’avais rencontré cet homme au début de ma vie adulte, à trente ans, et je le retrouvais pour une séance unique à la fin de sa vie professionnelle, et de la mienne puisque je suis retraitée. Trente ans de vie s’étaient écoulés depuis. Je voyais cette rencontre comme une boucle qu’on se donne la peine de boucler. Et c’est avec un certain enthousiasme, mêlé de crainte, que j’entrais dans son bureau.
L’homme me demandait pourquoi je le consultais, et c’est alors que je m’effondrais. Effondrer n’est pas le bon mot. Je perdais la notion du temps, je perdais la connaissance des choses, je perdais la mémoire. Je vivais ce cinquante minutes de rencontre sans avoir conscience d’une seule parole qui s’y prononçait. Puis, comme par enchantement, bien qu’il se soit agi d’un maléfice, la séance se terminait. Je découvrais alors que la femme du psychanalyste, debout à côté de son mari, attendait que je parte, affichant un air d’impatience. L’homme, dans une dernière vérification, me demandait comment je me sentais. Je lui répondais en pleurant, dans un véritable abattement –car si le psychanalyste ne m’avait pas aidée à surmonter mes démons, qui allait pouvoir le faire ?– que ça n’allait pas du tout. Je ne me souvenais de rien !
Au grand déplaisir de l’épouse, nous nous retrouvions assis tous les trois dans une rame de métro, l’homme posant son bras sur mes épaules dans un geste de protection.
– As-tu besoin d’aller jusque-là ?, lui demandait sa femme. Habituellement, ajoutait-elle, la séance en tant que telle est suffisante.
– Je n’ai pas besoin d’aller jusque-là, répondait son mari.
– Alors pourquoi y vas-tu ?, demandait-elle.
– Parce que parfois il faut aller jusque-là, répliquait-il.
Ce n’était pas facile de savoir ce qu’il voulait dire au juste : est-ce que parfois il était vraiment nécessaire d’enlacer son patient –ou sa patiente ? Si oui, je devais me trouver dans une situation bien périlleuse puisqu’il le faisait. Ou, donnait-il simplement une réponse qui ne voulait rien dire pour avoir la paix ? Si tel était le cas, et le mystère demeurant entier, pourquoi alors m’enlaçait-il ?

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Jour 623

Je trouve que je suis quand même assez souple. Je ne l’étais pas quand j’étais plus jeune. J’étais hyper non souple quand j’étais plus jeune. Je donne un exemple de ce que j’entends par être souple. Un exemple basé sur un événement qui a eu lieu il y a à peine quelques heures, en fin d’après-midi.
– Chérie, je compte partir dans cinq minutes, est-ce que tu seras prête ?
– Je le suis déjà, ai-je répondu, quittant mon ordinateur et me dirigeant vers mon mari.
– Tu ne viendras pas habillée comme ça ?, s’est-il étonné.
– Bien quoi ? On s’en va voir ta mère, c’est ça ?
– Oui, mais tu ne peux pas venir en sandales.
– Quand même ! C’est l’été ! Tu trouves qu’il fait trop humide et que je risque d’avoir froid ?
– Chérie, a précisé mon mari, nous n’y allons pas en auto, nous y allons en moto.
– Ce n’est pas ce que tu m’as dit tout à l’heure ! Tu as dit qu’il pleuvait et qu’on ne pourrait pas aller voir ta mère en moto !
– Il ne pleuvra pas et il faudrait que tu mettes tes bottes !, fut sa réponse.
Je me suis éclatée de rire car il fallait voir le visage de mon mari et entendre son ton lorsqu’il a annoncé qu’il ne pleuvrait pas.
– Ah bon ? Je dois mettre l’habit de moto à ce moment-là ? Et les bottes et le casque et les gants ?
– C’est en plein ça !, a-t-il répliqué en me tournant le dos pour aller sortir la moto du garage.
J’ai fait tout ça, enlever mes sandales, sortir mes bottes, ma veste, trouver mon casque dans le fatras du garage, mes gants dans le même fatras, et je suis sortie le rejoindre à peine quelques secondes après le démarrage du moteur.
– Quand même, chéri, je suis souple, tu ne trouves pas ?
– Très souple, a-t-il répondu.
– Tu me dis de me préparer et je me prépare, en peu de temps je suis prête, comme un scout, même si je n’ai jamais fait partie d’un groupe scout.
– Merci chérie !, fut la réponse du mari.
– Je suis prête, ai-je répété en m’installant sur la moto derrière lui.
– Non seulement je suis prête, ai-je ajouté sur ma lancée, mais en plus il n’y a pas un mot s’a game.
Je me suis rendu compte que j’énonçais là une expression de mon papa, une expression qui fait partie de mon univers mental et lexical depuis toujours, et que j’utilisais peut-être pour la première fois ? Une expression qui veut dire qu’on ne critique pas, on obéit sans rechigner.
Pas un mot sur la game, à l’écrit, qui devient pas un mot s’a game, à l’oral.

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Jour 624

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Il s’agit du fond que j’ai présenté hier dans sa version vierge, et que je présente aujourd’hui dans une version partiellement garnie. Pastel sec, crayons gel, crayon feutre noir à pointe ultrafine.

Hum. Le temps est à l’orage. Je viens d’arriver à la maison. J’ai encore deux ou trois heures devant moi avant le retour de mon mari. Je ne me sens pas en forme parce que, contrairement à l’avant-dernière nuit, j’ai mal dormi la nuit dernière. Là où il n’y avait qu’amour et harmonie, l’avant-dernière nuit, il n’y avait que pagaille et chaos la nuit dernière. À travers les menaces proférées par les bandits et les chasses à l’homme, je me demandais de surcroît, dans mon sommeil, comment se nomme la grosse plante qui couvre tout l’espace devant la porte patio, dans notre chambre à coucher. Schefflera, le nom m’est revenu à mon réveil.
Je n’écrirai pas longtemps parce que je suis fatiguée et qu’il est tard. Je vais plutôt aller travailler sur un autre fond que celui en photo-vedette, je vais travailler sur celui qui est constellé de petites masses dorées, Jour 628. J’ai commencé par relier les masses entre elles comme s’il s’agissait d’un dessin par points numérotés. Du tas de lignes reliant les masses, la forme d’un pylône électrique a émergé. Je me suis alors appliquée à créer deux colonnes de base comme il me semblait qu’en avaient les pylônes. Or, j’ai découvert en me rendant au Lac Miroir que ce ne sont pas tous les pylônes qui ont deux énormes colonnes à la base. Ceux qui sont érigés sur la ligne 735 dans le secteur que nous traversons ont la forme d’un immense V et ne prennent donc leur appui que sur un point central. Ce n’est pas grave de toute façon parce qu’au fur et à mesure des lignes tracées, j’ai abandonné l’idée des pylônes. Je m’oriente maintenant vers une composition abstraite surchargée de lignes de différentes couleurs. Bien entendu, je suis incapable de savoir à l’avance si je n’aurai pas tracé tout ça pour rien, pour la poubelle, pour le feu dehors en été.

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