Jour 622

30juin

État de la situation le 30 juin. Ça pourrait donner naissance à un gros matou avec oreilles de chien…

J’étais avec Emmanuelle et Bibi. On se donnait rendez-vous à la hâte dans quelque deux heures à la maison. Je les quittais presque en courant pour aller à mon rendez-vous chez le psychanalyste, dont le bureau était à deux rues d’où j’étais. Or, il ne me restait que cinq minutes pour m’y rendre. Ma montre affichait 16:55 et mon rendez-vous était à 17:00. Parenthèse : je portais dans mon rêve ma montre Pulsar que j’ai fait remettre en état récemment. Il est donc faux d’écrire, comme je viens de le faire, que ma montre affichait les chiffres mentionnés ci-dessus, puisqu’un seul chiffre apparaît –en permanence– sur ma Pulsar, à savoir le XII, écrit en chiffres romains. L’heure y est indiquée par la seule position des aiguilles. Fin de la parenthèse, qui a pour unique fonction, dans ce récit encore non entamé, de souligner l’élégance surannée de ma montre.
Semblable dans mon rêve au seul psychanalyste que j’ai rencontré dans ma vie éveillée, à la seule différence qu’il avait maintenant les cheveux gris, l’homme, grand et mince, se tenait debout dans son bureau, dans la pénombre. Il s’apprêtait à en sortir lorsqu’une secrétaire lui rappelait, un peu bêtement, que j’étais arrivée. Du même souffle, la dame me suggérait de bien penser à mon affaire : est-ce que je désirais tant que ça rencontrer cet homme, alors qu’il prenait sa retraite tout de suite après mon rendez-vous ? Personnellement, je trouvais ça génial. J’avais rencontré cet homme au début de ma vie adulte, à trente ans, et je le retrouvais pour une séance unique à la fin de sa vie professionnelle, et de la mienne puisque je suis retraitée. Trente ans de vie s’étaient écoulés depuis. Je voyais cette rencontre comme une boucle qu’on se donne la peine de boucler. Et c’est avec un certain enthousiasme, mêlé de crainte, que j’entrais dans son bureau.
L’homme me demandait pourquoi je le consultais, et c’est alors que je m’effondrais. Effondrer n’est pas le bon mot. Je perdais la notion du temps, je perdais la connaissance des choses, je perdais la mémoire. Je vivais ce cinquante minutes de rencontre sans avoir conscience d’une seule parole qui s’y prononçait. Puis, comme par enchantement, bien qu’il se soit agi d’un maléfice, la séance se terminait. Je découvrais alors que la femme du psychanalyste, debout à côté de son mari, attendait que je parte, affichant un air d’impatience. L’homme, dans une dernière vérification, me demandait comment je me sentais. Je lui répondais en pleurant, dans un véritable abattement –car si le psychanalyste ne m’avait pas aidée à surmonter mes démons, qui allait pouvoir le faire ?– que ça n’allait pas du tout. Je ne me souvenais de rien !
Au grand déplaisir de l’épouse, nous nous retrouvions assis tous les trois dans une rame de métro, l’homme posant son bras sur mes épaules dans un geste de protection.
– As-tu besoin d’aller jusque-là ?, lui demandait sa femme. Habituellement, ajoutait-elle, la séance en tant que telle est suffisante.
– Je n’ai pas besoin d’aller jusque-là, répondait son mari.
– Alors pourquoi y vas-tu ?, demandait-elle.
– Parce que parfois il faut aller jusque-là, répliquait-il.
Ce n’était pas facile de savoir ce qu’il voulait dire au juste : est-ce que parfois il était vraiment nécessaire d’enlacer son patient –ou sa patiente ? Si oui, je devais me trouver dans une situation bien périlleuse puisqu’il le faisait. Ou, donnait-il simplement une réponse qui ne voulait rien dire pour avoir la paix ? Si tel était le cas, et le mystère demeurant entier, pourquoi alors m’enlaçait-il ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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