Badouzienne 82

Au rythme où vont les choses, je ne mettrai pas le pied dehors –pourtant il fait si beau– avant que de me rendre à mon rendez-vous chez la coiffeuse, tout à l’heure à 15:30.

Je me suis réveillée tard, comme il m’arrive trop souvent, pourtant nous nous sommes couchés tôt. J’ai accompagné mon toujours fidèle premier café, puis le deuxième, de mes lectures sur mon téléphone. Je pense m’être attardée à cette activité, à la fois amusante, instructive et chronophage, plus d’une heure et demie.

Pour changer de l’immobilité qui fut de mise pendant cette longue récréation, mes pas m’ont ensuite dirigée vers le tapis roulant, moyennant un arrêt dans la cuisine pour d’abord avaler quelques gorgées d’eau. L’engin est situé dans notre chambre à coucher. Lorsque je cours ou marche dessus, j’ai vue sur de hauts et maigrelets pins.

J’ai tenté de procéder avec un peu de rigueur, alternant entre celle-ci et l’observation des pins. Pour ce faire, je me suis inspirée de mon dernier test de tapis à l’hôpital, qui a eu lieu cet été. La technicienne, m’a-t-il semblé, inclinait pas mal le tapis, davantage qu’elle n’augmentait la cadence. J’ai été surprise de me sentir essoufflée, cette fois-là à l’hôpital, alors qu’il me semble ne pas l’être tellement quand je m’entraîne à la maison. J’y suis donc allée pour une inclinaison maximale, représentée par le chiffre dix. J’ai procédé progressivement, en consacrant une minute d’effort à chacun des dix niveaux. Puis, j’ai adopté l’approche inverse jusqu’au chiffre zéro.

J’ai aussi tenté de faire de grands pas par moments, qui revenaient d’eux-mêmes à de plus petits. Quand je me rendais compte, à travers l’observation des pins, que j’étais revenue aux plus petits, j’en refaisais des grands. Je me suis attardée, parallèlement, aux sensations dans mon corps selon que les pas sont grands ou petits. Quand ils sont grands, on dirait que mes mollets sont davantage sollicités. Quand ils sont petits, on dirait que les talons reçoivent plus d’impact.

Une fois concentrée de la sorte sur les parties de mon corps, j’ai voulu me prêter à un exercice de visualisation. J’ai commencé par les orteils, les chevilles, les mollets, les genoux, les cuisses, les fesses, les hanches. Je me suis dit que chacune de ces parties recevait une sorte de traitement apaisant différent. Les orteils s’enfonçaient d’eux-mêmes dans la semelle de mes chaussures; les chevilles recevaient des pressions en forme de cercles; les mollets se laissaient couvrir d’aiguilles comme en acupuncture; les genoux absorbaient un fluide magique plus efficace que la glucosamine; les cuisses recevaient une alternance de chaud/froid; les fesses recevaient des petits coups de marteau comme m’en donne la chiropraticienne dans la zone de la nuque; les hanches…

Je pense qu’à l’étape des hanches, j’étais en train de penser à une gourou dont il a été question hier, en parlant avec des amis. À cause d’elle, mon exercice de visualisation s’est terminé sans que soit traité le haut du corps ! Je commencerai donc par la haut, à ma prochaine séance de tapis.

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Badouzienne 81

Quatre-vingt-un, c’est le chiffre qui apparaît sur la plaque d’immatriculation de mon nouveau véhicule. Je considère qu’il est bleu, mais sur la fiche descriptive il est écrit qu’il est de couleur gris kaki. Or, kaki, d’après Wikipédia, c’est un brun jaunâtre. Et, d’après moi, c’est un vert brunâtre. Je ne donnerai pas plus de détails, à propos de la plaque, parce que j’imagine que ce n’est pas prudent d’en dévoiler les caractères. Je me contenterai de mentionner que j’aimais les caractères qui apparaissaient sur la plaque de ma Sonic pour deux raisons : quand j’en additionnais les trois chiffres, j’obtenais treize, que j’ai toujours aimé, et quant aux lettres, elles faisaient, les trois, partie de mon prénom. Sur la nouvelle plaque, il n’y a que deux chiffres, et quatre lettres. Ces dernières ont en commun d’être rarement utilisées en français. Ça aussi, ce positionnement dans la marge, ça me plaît.

Ces considérations sans importance aucune, comme d’habitude, me font penser à une fête à laquelle j’ai assisté samedi dernier. Je n’avais pas envie d’y aller car je ne connaissais qu’une seule participante sur les quelque cent personnes invitées. Au final, nous avons passé du bon temps, Denauzier et moi, et j’ai été la première surprise d’avoir envie de prolonger la soirée une fois le repas terminé. Une amie me demandait, le lendemain, comment s’était déroulée la fête. Je n’ai rien trouvé de mieux à lui répondre que la seule personne que je connaissais portait un chandail à rayures blanches et noires, que je portais pour ma part une robe à rayures blanches et noires, et que personne d’autre n’était ainsi zébré de son habillement.
– Ah, répondent habituellement les gens auxquels j’expose de telles âneries.

Je me suis engagée hier à écrire aujourd’hui en quoi ont consisté mes défis réussis. En fait, il s’agit d’un seul défi : partir en vacances dans des conditions changeantes et pas toujours facilitantes pour le sommeil. La première nuit, il est vrai, fut luxueuse, à l’hôtel dans un lit de très grand format à Mont-Laurier. La deuxième nuit fut facile aussi, dans le sous-sol d’une maison. Les trois autres nuits nous ont vus dormir sur une mezzanine au deuxième étage d’un petit camp de chasse. En position verticale, nos corps devaient se tenir courbés par manque d’espace en hauteur. Le matelas était directement déposé sur le sol. Deux hommes ronflaient. Un toutou se mettait à jouer de la musique lorsqu’un des trois enfants s’appuyait dessus dans son sommeil. N’avoir pas dormi, je n’aurais pas été en mesure de profiter de mes journées. Or, j’ai bien dormi et, de la musique du toutou, je n’ai rien entendu !
– Tu ne crains pas l’inconnu, m’a dit une copine qui n’aurait pas eu envie de se confronter à l’éventualité de mal dormir.
– C’est surtout que je ne désire pas encore faire le deuil de choses que je faisais autrefois sans même envisager qu’elles comportaient des difficultés !, ai-je répliqué.

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Badouzienne 80

Se pourrait-il que je me vive mieux lorsque je n’écris pas ? Que je me vive mieux lorsque je ne ménage aucune plage d’introspection à mon horaire chargé, me satisfaisant d’être propulsée dans l’action ? J’adore l’action. J’adore les listes de choses à faire, j’adore rayer la chose qui a été faite pour, avec enthousiasme, passer à la chose suivante, qui se verra rayée à son tour, dans une boucle infinie.

Ces derniers mois, je n’ai à peu près rien écrit sur mon blogue, et je ne suis pas allée rencontrer ma psychologue, à Montréal. Je la rencontre, justement, depuis un an, pour m’offrir une petite heure d’introspection aux deux semaines. Est-ce parce que je ne vais pas la voir que je me sens si bien ? Ou, à l’inverse, est-ce parce que certaines paroles, prononcées devant elle, me libèrent d’un je ne sais quoi qui me coinçait ? Paroles qui m’auront échappé, bien entendu, que je serais bien en mal de me rappeler, et que, forcément, il me serait impossible de rapporter ici.

En tout cas. Je jardine comme jamais, je me soumets à des défis que je réussis, et cela, apparemment, me suffit.

Allons-y avec le jardinage. J’expliquais hier à mon amie que je préfère mille fois travailler sur le terrain que marcher sur les chemins ou dans la forêt.
– Quand je pellette le paillis pour le déposer entre les plants, me suis-je mise à lui expliquer, je sollicite des muscles au bas du dos sous l’effet de torsions que je ne ferais pas en marchant. J’utilise mes bras qui ne sont guère renforcés par le seul fait de marcher. Je pousse la brouette en fournissant un effort pour atteindre le haut du terrain. Je marche sur un sol inégal, cela aide peut-être à maintenir mes chevilles souples. Enfin, je me penche et me relève un grand nombre de fois.

Je me regarde aller et je me fais penser à papa. Nous entretenons le même goût pour l’entretien d’un terrain, la seule différence étant que son goût était soutenu par un désir de propreté, alors que le mien est soutenu par une recherche de beauté. Papa passait ses journées d’automne à remplir des sacs de feuilles mortes, qu’il râtelait avec une patience infinie. Je n’ai aucune patience pour les feuilles mortes, c’est à peine si je les vois tellement elles ne m’intéressent pas, mais je suis habitée par un attrait indéniable pour l’embellissement, l’ajout d’une haie ici, d’une plate-bande là, espérant me rapprocher d’une satisfaction visuelle qui, tel un mirage, s’éloigne implacablement, mais cela ne me décourage pas !

Je dois reconnaître que l’effort que je déploie pour donner forme à ces tentatives d’embellissement est synonyme de calories dépensées. En procédant par raccourcis, je dirais que j’embellis le terrain pour, sinon maigrir, m’empêcher de grossir ! Si, si.

Demain, si Dieu le veut, je tenterai de décrire les défis réussis dont il est fait mention ci-dessus.

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Badouzienne 79

Carrefour

Qu’est-ce qui a changé dans ma vie depuis disons un an ?

Je n’écris presque plus. Cela me manque. Ni ne peins, cela me manque aussi. Voilà deux aspects qui ne sont pas positifs, mais sur lesquels il m’est possible d’agir.

Je supporte mieux la route de terre qui nous mène au chalet. Je ne ressens plus que les secousses dans le camion me brassent le cerveau. Positif.

À cet égard, nous avons acheté un nouveau chalet et vendu l’ancien. Positif sur le plan de la structure, en ce sens que l’ancien menaçait de s’écrouler –bien qu’il soit à peu près certain qu’il ne s’écroulera jamais. Négatif sur le plan de l’ensoleillement et de la grandeur des pièces, en fonction de laquelle nos meubles risquent fort de s’avérer trop gros ! Cela dit, un vif ensoleillement crée de la chaleur difficile à supporter pendant les canicules. Or, les canicules seront peut-être plus nombreuses avec le réchauffement et tout le tralala, bien que, encore ici, ce seront surtout les pluies qui auront caractérisé notre été 2022.

La vue sur le lac est moins fluide au nouveau chalet parce qu’elle est encombrée d’arbres plus ou moins morts, donc plus ou moins inspirants, énergisants. En même temps, si on se rend sur le quai observer le plan d’eau, la vue y est plus intéressante, quant à moi, que celle de l’ancien chalet. Denauzier, cela étant, aimait bien la vue, plus intime, que l’on avait de l’ancien…

Autrement dit, rien n’est blanc ou noir. Chaque blanc se positionne quelque part sur le spectre du noir.

Parallèlement, rien n’enlève au nouveau chalet qu’il a été fait avec soin, contrairement à celui que nous avons vendu. Le corollaire de cette affirmation est le suivant : l’acheteur, dans cette histoire, est un bricoleur, bien informé par mon mari de ce qui l’attend. D’ailleurs, comme je connais Denauzier, on ne sera pas sitôt installés qu’il va se rendre aider l’acheteur à stabiliser les fondations, les deux emplacements étant situés presque l’un à côté de l’autre.

Plus fondamentalement, et c’est à cet aspect que je comptais consacrer mon texte avant que de me laisser déporter par l’histoire du chalet, je me situe à un carrefour. Ce n’était pas le cas à pareille date l’an dernier, alors que je me remettais sans vraiment de difficulté d’une hémorragie cérébrale.

À droite du carrefour, je poursuis la correction de mes dix ans de textes. Eh oui, encore eux. À gauche, je poursuis simplement l’écriture au jour le jour, sans rien calculer, sans compte à rebours, en laissant tomber les corrections. Je ne plonge plus dans le passé, je ne me désespère plus d’avoir écrit telle insignifiance et, pire, telle stupidité. À droite, je souffre mais cette souffrance me permet de m’élever en apportant des améliorations à mon ancien matériel. À gauche, je vis, légère, profitant du temps présent et des années qu’il me reste. À droite, je me positionne dans un terreau connu, familier, celui de l’effort, de la persévérance, de la montagne sur les épaules. À gauche, j’ai presque envie d’avancer que le terreau m’est moins familier.

Autre montagne : les plates-bandes qui se multiplient. J’y vais de ce pas. Je reviendrai écrire ici les aboutissements de ma pensée quant au côté du carrefour que je désire emprunter.

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Badouzienne 78

Je trouve deux orthographes, Weigelia et Weigela…

Pour me faire la main, comme on dit, ou alors pour casser la glace après cette longue absence, je vais m’en tenir ce soir à décrire mon environnement d’écriture.

Le ventilateur au plafond m’achemine un peu d’air. Je l’utilise rarement car je préfère ouvrir la fenêtre, même quand il fait chaud dehors. Comme ma fenêtre cependant a été lavée hier et que pour ce faire il a fallu en retirer la moustiquaire, je me rabats sur le ventilateur.

Papa me tient compagnie sur une photo qui le montre assis sur une chaise berçante. Son dos est appuyé à un des bras de la chaise, pendant que ses jambes repliées pendent à l’extérieur du bras opposé. Il faut un peu d’imagination, j’en conviens, pour comprendre de quelle manière inhabituelle il utilisait une chaise berçante ! Toujours est-il que ma copine s’est arrêtée me piquer une jasette, cet après-midi. J’étais, bien entendu, en train de jardiner. De prime abord, je lui ai demandé si elle désirait un verre d’eau. Elle a dit oui, je lui en ai apporté un, et nous nous sommes assises sur les chaises extérieures, sur la galerie. Ces chaises ont elles aussi des bras. Pour ne pas avoir à me tordre le cou pour converser avec mon amie, je me suis installée exactement comme l’est papa sur la photo.

Des poils de chat parsèment ça et là la surface de mon bureau. À cet égard, il y a peut-être du nouveau. Lorsque nous sommes allés au chalet, le week-end dernier, il a été impossible de faire revenir chatonne quand est venu le moment de monter dans notre véhicule. Elle part à la chasse aux souris, mademoiselle, et décide, seule, du moment de son retour. Nous avons attendu deux heures et demie en vain. Je l’ai appelée plusieurs fois, secouant la boîte de ses friandises pour l’attirer. Sera-t-elle au chalet à notre prochaine visite ? Dieu seul le sait.

Mes plantes se tiennent tranquilles le long de la fenêtre. L’une d’elles dont le nom m’échappe, qui en arrache depuis deux ans, continue d’en arracher. Mes violettes africaines ont les feuilles qui jaunissent et leur floraison semble au point mort. Une plante rose et vert que m’a donnée Emma pour la fête des mères, se porte, elle, très bien tandis que la même, chez Emma, se porte plutôt mal.

Un tas de feuilles empilées attendent que je m’occupe d’elles un jour, soit qu’il s’agisse de factures à payer ou de lettres à ranger. Du côté opposé aux feuilles se trouve un téléphone noir qui ne sonne jamais car nous recevons tous nos appels, Denauzier et moi, sur nos cellulaires respectifs.

Des pinceaux rangés par grosseur dans des contenants subissent, eux aussi, l’expérience d’une attente interminable. J’en suis à me demander si je les réutiliserai un jour. Pourtant, je sais de quelle manière j’aimerais retravailler presque toutes les toiles qui sont suspendues aux murs.

Le soir est maintenant installé, je veux dire la noirceur, donc je ne m’étendrai pas sur le décor extérieur que je ne vois pas. Qu’il soit dit seulement que les plates-bandes existent toujours et qu’il me faudrait le double du temps dont je dispose pour m’en occuper comme il faut.

En parlant avec une inconnue hier par le plus grand des hasards, j’ai appris un nouveau mot, il s’agit de weigelia, un arbuste qui décore notre terrain à deux endroits. Quand il est heureux, il se couvre de fleurs rouges. Les deux nôtres sont très modestement heureux.

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Badouzienne 77

Je me suis rendue jusqu’au dernier élément de la liste : préparer une béchamel en y ajoutant un restant de jambon pour napper les vol-au-vent que nous mangerons ce soir; ranger les casseroles et les contenants de plastique que je finis toujours par déposer n’importe comment sur les tablettes dans leur armoire respective; faire laver par la machine les vêtements d’hiver de tantine qui n’a pas la force de le faire elle-même; changer les draps des lits en prévision du prochain séjour de nos invitées; trouver leur place idéale à chacune de mes plantes dans la véranda non sans un grand nombre d’essais causés par autant d’hésitations; téléphoner à la pharmacie pour commander les médicaments du mois, pour mon mari et pour moi… Je pourrais continuer encore jusqu’à l’obtention probable des 500 mots que je me fixe habituellement quant à la longueur du texte, une journée étant constituée de mille petits gestes.

Je me suis rendue jusqu’au dernier élément de la liste, donc, pour retarder le moment de venir écrire ce texte qui sera peut-être le seul en août, car à partir de samedi le 6 nous aurons de la visite jusqu’à la fin du mois. Demain vendredi 5 sera donc la dernière journée qui nous verra seuls à la maison, Denauzier et moi. En après-midi j’irai faire une ballade en vélo et je parie qu’à mon retour je n’aurai pas envie de m’installer devant mon ordinateur. Le matin, on oublie ça, je ne suis pas assez en forme. Je bois du café sans trop bouger.

Pourquoi tant tarder ? Parce que j’ai peur, bien sûr. De ne plus savoir écrire, d’en avoir perdu les réflexes nécessaires, de trouver trop éprouvante l’interruption du flot, causée par telle et telle incertitudes : combatif, c’est un ou deux t ? Apeurant est-il préférable à Épeurant ? Pourquoi les deux mots existeraient-ils ? Hier soir, tiens, j’étais couchée et je me suis demandé, venant de nulle part, si prendre conservait son d lorsque conjugué : je prens ou je prends ? À l’écrit, la réponse me vient d’elle-même, mais dans la noirceur de la chambre et de mes yeux fermés, j’avoue avoir hésité.

La conservation du d s’est présentée à mon esprit au moment où je voulais m’abandonner. Je suis étendue sur le dos, indifférente à la chaleur et à l’humidité, car nous avons la chance de bénéficier d’un ventilateur au plafond que Denauzier fait tourner à grande vitesse. Je dis à mon corps qu’il est important, que je l’aime, que j’ai besoin de lui pour traverser encore d’autres années. J’ai une pensée particulière pour les endroits où il s’avère plus fragile, à savoir : la plante des pieds qui rouspète si je ne porte pas mes orthèses dans la journée; les genoux qui font crounch crounch quand je monte et descends les escaliers; mes doigts qui engourdissent facilement pendant mon sommeil, ou pendant les heures de conduite automobile; ma tête, la pauvre, la plus délicate de tous mes membres depuis qu’elle a été percée à deux endroits par les trépanations, cela fera bientôt un an. J’imagine que le d est arrivé alors que de la plante des pieds je me dirigeais vers les genoux. N’écoutant que mon courage et ma persévérance parce qu’il n’y a rien d’autre à écouter dans un contexte pareil, j’ai recommencé.

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Badouzienne 76

Josyane Savigneau, écrivain française en janvier 1995 à Paris, France. (Photo by Frédéric REGLAIN/Gamma-Rapho via Getty Images)

Je pensais que les textes de ma troisième année d’écriture, du temps de mon défi, étaient mauvais. Je n’avais pas envie de les lire, mais j’ai fini par les faire imprimer et par m’y mettre. J’ai envisagé un moment d’abandonner toutes ces corrections tellement la vie me transporte ailleurs, dans le présent, mais une petite voix m’encourage à persévérer, petite voix folle et butée ou alors sage et bien avisée, l’avenir le dira.

La barre, en outre, était très haute, ayant tout juste terminé la biographie de Marguerite Yourcenar écrite par Josyane Savigneau. Cette dernière écrit bien et ne se gêne pas pour développer des phrases longues qui requièrent de la concentration. Bien entendu, elle cite maints passages de lettres ou d’extraits de romans de Marguerite, qui eux aussi ne sont pas toujours immédiatement digestibles.

N’écoutant que mon courage, toujours est-il, ou que ma folie, me voilà me replongeant dans cette troisième année d’écriture qui s’ouvre, à peu de semaines près, sur ma chirurgie cardiaque pendant laquelle il faisait très chaud à Montréal. J’ai ensuite recours à une série de vingt-six toiles afin de noircir mes écrans quotidiennement, toiles que je commente de manière rocambolesque. Vient ensuite une série de photographies sous le thème du foulard rouge, elles aussi membres d’une approche alphabétique…

Certains textes sont bons pour la poubelle et je n’irai pas jusqu’à les récrire pour les sauver. Je vais tenter de rendre compte de mon exercice d’écriture pour ce qu’il a été, à l’époque, à savoir un défi au jour le jour, auquel je n’avais pas le loisir de consacrer beaucoup de temps.

Certains autres textes, cela étant, qui pour la plupart ne font pas partie de ces trois thèmes majeurs, ont eu sur moi un effet surprise allant jusqu’à générer une larme ou deux. Wow ! Cela m’a fait remonter dans ma propre estime de moi-même. Ces textes, malgré leurs défauts et leurs maladresses, m’ont émue parce qu’ils sont porteurs d’une énergie et d’une naïveté qui m’ont d’une part rafraîchie, et d’autre part mise en contact avec l’être que je suis.

– Ces lignes-là, écrites de cette manière-là, c’est tout à fait moi, me suis-je dit à quelques reprises.
Et ce moi m’a plu. Il m’a fait renouer avec une sorte de jeunesse qui m’habitait encore, alors que je me pensais vieille au moment où elles ont, ces lignes, été écrites. Ça veut dire que si je continue à écrire, maintenant que je suis dans la soixantaine, je vais, me relisant à soixante-dix ans, être émue de me découvrir sinon encore jeune, du moins plus jeune, ou disons moins vieille… Si Dieu me prête vie, évidemment.

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