Badouzienne 83

Pauvre moi. L’avant-dernier paragraphe de mon texte d’hier, portant sur les visualisations, n’est pas facile à suivre. Le lecteur ne se représente pas trop comment sont énergisées les différentes parties de mon corps. Surtout le passage des chevilles qui reçoivent des pressions en forme de cercles ! Ça me chicote toujours un brin, quand je n’obtiens pas un résultat qui me plaît. En outre, j’ai eu recours à l’alternance chaud/froid, pour les cuisses, une approche qui ne m’attire pas à cause du choc que provoque le sac magique sur mon épiderme lorsqu’il sort du congélateur.

J’essayais d’en reformuler les phrases, cette nuit, pour obtenir une version améliorée. Depuis quelque temps, je me réveille autour de trois heures. Je me rendors, je dirais, une heure plus tard. De la sorte, au lieu de sortir du lit à huit heures, j’en sors à neuf, parce que je rattrape mon sommeil le matin. C’est ce qui est arrivé hier. J’ai bu mon premier café aussi tard qu’à neuf heures et quart. Mais aujourd’hui, pour me faire mentir, et bien qu’ayant été réveillée une bonne heure en pleine nuit, j’arrivais à huit heures dans la cuisine.

Peu importe. J’écris toutes ces vacuités pour retarder le moment de trancher quant au choix auquel je suis confrontée : soit j’exerce le lâcher prise, soit je m’attelle à une récriture. Lâcher prise est perçu comme une approche gagnante, zen et souple, basée sur l’acceptation de ma faiblesse et la confiance en l’autre. L’autre, ici, regroupe l’ensemble des lecteurs qui ne voudront pas m’écraser, bien qu’ayant eu connaissance de ma fragilité, de mon presque échec. Ces lecteurs, dans le meilleur des mondes, seront même solidaires de mon expérience, pour avoir vécu la même à un moment ou l’autre de leur vie.

Contrôler, à l’inverse, m’accrocher coûte que coûte au paragraphe raté, ne pas le laisser paisiblement s’éloigner sur les eaux de la rivière, sont autant d’attitudes associées au manque de confiance en l’autre et à la crainte d’une sanction négative. D’une part, je dois, seule, récrire mon paragraphe parce que personne n’en est capable aussi bien que moi (quand j’y mets l’effort). D’autre part, je dois éviter à tout prix que l’on me perçoive comme une écrivaine ratée, faible, inégale quant à la qualité de mes textes, car alors on m’exclura de la grande famille des écrivains que l’on respecte.

Mais il est aussi possible que j’aie envie de récrire mon paragraphe par amour pour le travail bien fait, par satisfaction personnelle, pour le plaisir que me procure l’agencement des mots.

C’est ainsi qu’il convient de préciser que si les orteils s’enfoncent dans le tissu souple de ma chaussure de course, lors de ma visualisation, c’est parce que ce mouvement leur procure un massage apaisant. Si les chevilles sont encerclées par des mains aimantes qui leur transmet de la chaleur, c’est parce que celle-ci est source de vie et de réconfort. Le passage des mollets piqués par les aiguilles de l’acupuncteur est facile à comprendre, et de même celui des genoux qui reçoivent un changement d’huile afin d’arrêter de grincer.

Je saute le passage des cuisses car je n’ai pas envie d’évoquer l’utilisation du froid. Et la technique du petit marteau de la chiropraticienne ne requiert aucune imagination parce qu’il s’agit d’une manière de traitement qui se produit bel et bien dans la réalité. En somme, ce sont les orteils et les chevilles qui laissaient à désirer.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Badouzienne 83

  1. J’aime ce que tu écris depuis ta reprise en octobre. J’ai l’impression que tu voyages allégée une petite valise et cela est plaisant à suivre.

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