Jour 330

Raisins5

Et rebelote les raisins !

Je m’occupe mieux de mes raisins aujourd’hui que je ne l’ai fait hier. Hier, mon mari était à la maison, il recevait beaucoup d’appels pour son travail, nous sommes allés voir sa mère en après-midi, j’ai interrompu la cuisson de ma bouillabaisse, puis reprise à notre retour, etc. Aujourd’hui, je suis seule, c’est différent. Heureusement que mon mari ne me lit pas parce qu’il penserait que je préfère être seule qu’en sa compagnie, et pensant ça il se tromperait grandement.
C’est sûr que me réveillant à 10:30, quand ce n’est pas 11:19 à Verdun, mes matinées sont pas mal courtes, voire inexistantes. Et quand je commence en outre par écrire mes textes plutôt que par la préparation des raisins pour la cuisson, il arrive très vite qu’on soit rendu à 15:30 sur l’horloge, maudit bâtard, et que seule une petite quantité ait été cuite jusqu’à présent.
Je m’y suis prise de la façon suivante : j’ai sorti un petit banc de bois, sur lequel je me suis assise, côté galerie attenante à la véranda. Je n’aurais pu faire ça hier car il pleuvait. J’avais devant moi le cul-de-poule plein de raisins, et derrière le soleil qui me réchauffait le dos. À ma droite, la casserole qui recevait les raisins détachés un à un de leur grappe, à ma gauche un tas toujours grandissant de grappes dégarnies. Quand la casserole est devenue pas mal remplie, je suis allée rincer les fruits. Ils sont en train de fondre tranquillement en ce moment sur la cuisinière, à feu doux. Je dois aller en préparer d’autres, que je vais rincer et ajouter à la même casserole, jusqu’à temps que cette casserole soit très remplie de résidus et de pépins. Lorsqu’elle le sera, je vais procéder à l’opération tamis et ensuite réduction. Il faut donc que je m’organise pour que la casserole soit certes bien remplie, tout en pouvant cependant recevoir la pression de mon tamis qui va faire s’élever la masse de ma pâtée non ragoûtante contre les parois.
J’ai eu une idée de génie, en cours de route, qui fut celle d’activer ma liste de chansons Spotify. La liste que j’ai créée au CHUM à l’avant-veille de ma non-opération. Je ne sais pas si c’est la zénitude, qui vient avec l’écoute de toutes ces chansons, qui est à l’origine de ma deuxième idée, mais j’ai aussi été traversée par l’idée de couper mes grappes avec des ciseaux, à peine venais-je de commencer, afin qu’elles soient moins lourdes, moins pendouillantes, moins susceptibles de laisser tomber un raisin qui roule par terre, infailliblement, et qu’il faut ensuite ramasser, quand on ne marche pas dessus.
Fiou ! Cette phrase, ci-dessus, est pas mal longue.
Un élément dérangeant ici pourrait être mentionné, pas tant pour gâcher le tableau que pour rendre compte plus exhaustivement de la réalité, qui fut celui des coccinelles qui sont venues m’attaquer pendant que je me concentrais sur mon travail de moinesse, dehors en plein soleil. Il y en avait tellement que les odeurs se mélangeaient dans mes narines, celle sirupeuse des raisins, celle amidonnée des patates, car on sait que les coccinelles sentent les patates.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 331

Raisins3

Troisième étape, recueillir le jus.

Comment peut-on utiliser un tamis en ne mettant rien dedans ? Tout simplement en l’enfonçant. On l’appuie sur la surface de la bouillie et on le pousse délicatement vers le fond de la casserole. Le jus se glisse entre les trous de la passoire et remonte au point de presque remplir le tamis.
Il est alors facile de ramasser le liquide à la louche. On le verse dans une autre casserole, qui n’a pas besoin d’être énorme car une grosse quantité de fruits ne fournit qu’une très moyenne quantité de jus. Le jus obtenu, comme ne le témoigne pas pantoute la photo ci-contre, est de couleur rosée. Selon qu’on le fasse peu ou beaucoup réduire, il prend une teinte de plus en plus foncée. Comme je suis extrémiste, voire excessive, j’y suis allée pour une robe foncée cette année, mais je dirais que l’expérience moins excessive des dernières années était peut-être plus satisfaisante…
Tout est une question d’équilibre. Le liquide peu réduit est très liquide et, de ce fait, moins agréable en bouche, je trouve. Tandis qu’une consistance de nectar est plus agréable en bouche, à mon avis, mais trop sûrette au goût.

Raisins4

Quatrième étape, mettre en pot.

Au final, on obtient ce noble nectar à la robe foncée, à la saveur presque piquante et à la fois très sucrée, car on sait que le raisin est un des fruits les plus sucrés. J’en ai mangé ce matin sur du yaourt nature, très gras, de la marque Vallée verte, justement, en ce sens que quiconque connaît cette marque de produits laitiers en reconnaît les étiquettes ci-contre imprimées sur du papier brun qui plisse à la moindre humidité.
Je vais maintenant m’atteler à ma journée deux de confection de jus de raisins, dehors, au soleil, au son de notre carillon caressé par le vent. Quand j’aurai retiré les raisins de toutes les grappes contenues dans mon cul-de-poule, je viendrai à l’intérieur les faire cuire jusqu’à atteindre une robe rosée, sans exagérer cette fois le temps de cuisson.
Bien entendu, je saute certaines étapes du processus, le trempage des fruits dans l’eau pour les nettoyer, par exemple, avant de les mettre à cuire dans la casserole.
Je tais aussi le phénomène des petites billes de raisins qui tombent pendant qu’on les cueille, roulent sur la galerie, on marche dessus, et si on ne fait pas attention, si on n’enlève pas nos chaussures sitôt entrés dans la maison, on répand du suc de fruit avec nos semelles partout sur le plancher…

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 332

Raisins1

Première étape, cueillir.

Vous prenez des raisins, en l’occurrence, en ce qui me concerne, ceux de la vigne qui protège du soleil le devant de la maison en été, protège tant et si bien qu’il y fait sombre jusqu’en novembre !
Les raisins deviennent mauves lorsque bien mûrs, mais ils ont le goût sûrette et la consistance gélatineuse des raisins bleus qui sont offerts en début d’automne dans nos marchés.
Autrement dit, ces raisins mauves de notre vigne n’ont pas le goût sucré des raisins dits rouges du commerce, quand on sait que ces raisins dits rouges du commerce tirent sur le mauve en réalité !
Je les ai cueillis cette année avant leur pleine maturation, comme en témoignent les spécimens verts ci-contre. L’an dernier, ayant attendu leur pleine maturation, il n’en restait pas même une grappe lorsque, de bon matin, j’ai décidé d’aller les cueillir. Ils avaient été dévorés par les oiseaux. J’en avais été quitte pour ne pas passer une ou deux journées à les transformer en jus ! Hier fut ma première journée de cette transformation qui requiert quand même pas mal de travail, et je vais poursuivre aujourd’hui quand j’aurai fini ce texte.

Raisins2

Deuxième étape, cuire.

Vous cuisez ensuite à feu moyen sur la cuisinière ces raisins arrachés un à un de leur grappe, sans que suive la petite tige verte qui retient le fruit à la grappe. C’est cette petite tige qui peut faire damner, car elle exige de s’y prendre avec minutie, or la minutie n’est pas la meilleure amie de la vitesse, ou, sans vouloir parler de vitesse, d’un certain rythme de croisière.
J’ai essayé de ne pas me préoccuper de la petite tige. Elle est allée dans la casserole se faire cuire parmi les raisins, mais elle passe par les trous de la passoire, par la suite, parce qu’il y a une étape qui requiert l’utilisation de la passoire.
Quand, en effet, cette bouillie d’apparence infecte est suffisamment cuite, comprendre quand il ne reste à peu près que les pépins dans la casserole, la chair et la peau des fruits ayant fondu, il faut la passer au tamis. J’ai trouvé cependant hier une meilleure méthode qui, paradoxalement, requiert un tamis mais on ne met rien dedans ! Cela étant, que l’on mette on non quelque chose dans le tamis, le problème des petites tiges vertes demeure entier et, sans vouloir trop entrer dans les détails, déjà que j’y entre pas mal, il est préférable de les enlever avant de mettre les raisins à cuire.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 333

tissu-organza-aubergine

Organza, de couleur aubergine.

Rêve
J’ai rêvé qu’un homme à la réputation irréprochable voulait me traiter médicalement, je ne sais plus pour quel problème de santé. Il venait vers moi, cheveux noirs et gominés, larges bretelles retenant ses pantalons, et m’offrait en quelque sorte ses services. Il était petit, cinq pieds et quelques pouces, et je craignais de ce fait qu’il manquât d’équilibre. Je soupçonnais qu’il avait besoin d’une subversion quelconque comme échappatoire à cette lacune physique. Il prenait des références quant à mes fréquentations récentes pour vérifier que les personnes de mon entourage étaient bien intentionnées. Il en faisait trop, comme s’il était habité par une passion trop grande pour son travail.
Un soir que j’étais seule avec lui, sa femme travaillant dans une autre pièce de leur maison, il se rendit verrouiller la porte de la pièce où il se proposait de m’ausculter, et je compris qu’il allait m’agresser. Il se plaça devant moi, debout, et me dit, les pouces étirant ses bretelles, qu’il était fou de passion à mon égard, d’une passion telle qu’il ne pouvait plus se retenir et s’apprêtait à me violer, sinon à m’assassiner.
Je me surprenais, alors qu’il m’étranglait presque de ses deux mains, à être capable de lui dire, d’un très mince filet de voix, mais c’est mieux que rien et fort compréhensible dans ce contexte, qu’il s’apprêtait à gâcher le reste de sa vie s’il m’assassinait. Ou me violait. J’étais habitée à la fois par une terrible peur, mais aussi, sinon surtout, par l’espoir qu’il comprenne à quel point l’immédiateté de son geste n’avait pas de poids, en comparaison de toutes les années qu’il devrait passer dans le tourment d’avoir commis un assassinat. Ou un viol.
Je me suis réveillée en ayant le sentiment d’avoir flirté avec la philosophie, avec succès.
Mon amie
J’ai passé la journée d’hier et la nuit et une partie de la journée d’aujourd’hui chez une amie, à Verdun. Après notre souper, mon amie, une femme très occupée, m’a annoncé devoir me quitter pour aller, dans une autre de ses maisons, car elle en possède quatre, vaquer à quelque activité. J’ai donc dormi seule dans cette maison de Verdun. Jusqu’à minuit passé, au lit, je me suis amusée sur mon téléphone avec mon ami Duolingo. J’apprends l’anglais, tandis qu’Emmanuelle, bilingue français anglais, apprend l’allemand. Je me suis réveillée, je dis bien réveillée, ce matin, ou presque ce midi, à onze heures dix-neuf !
Mon amie me surprendra toujours.
– Tu portes, lui ai-je dit au cours de la soirée, un parfum qui te va très bien et que j’aime. Qu’est-ce que c’est ?
Mon amie m’a regardée, incapable de me donner le nom de son parfum.
– Je le porte depuis plus de vingt ans, m’a-t-elle dit.
– Tu le portes depuis plus de vingt ans et tu ne te rappelles pas de son nom ?, me suis-je étonnée.
Au terme d’une petite recherche, nous avons découvert qu’il s’agit de Organza, de Givenchy.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 334

Stras

Paysage classique du Vieux Strasbourg avec ses maisons à colombages, le long de l’Ill, c’est le nom du « fleuve ».

C’est décourageant, tout le temps ces rencontres avec un écran blanc, à ne pas savoir comment le noircir ! C’est exigeant aussi le fait que je ne m’accorde pas le droit de déroger à la règle du minimum 500 mots.
– Ça doit te prendre un bon deux heures par texte ?, m’a demandé mon amie, celle avec laquelle j’ai placoté pendant quatre heures au restaurant jeudi dernier.
– Des fois ça va très vite, mais souvent en effet ça me prend du temps. Léo Ferré était moins fou que moi, à cet égard.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Bien, j’ai lu qu’il écrivait très vite. Une chanson ne lui demandait pas trois heures de persévérance ! Ça venait, ou ça ne venait pas. Quand ça ne venait pas, il n’insistait pas. Il s’occupait à autre chose. Quand ça venait, par ailleurs, il considérait qu’il n’avait aucun mérite de création puisque ce n’était pas lui qui écrivait, il se contentait de transcrire sur papier les mots qui se manifestaient à son esprit, les mots d’une chanson ou d’un poème déjà prêts à être mis en musique.
– J’ai une théorie à ce sujet, m’a dit mon amie. On imagine mal un peintre regarder sa toile pendant trois heures avant d’y appliquer un trait, une couleur… Je pense que si les écrivains s’accordent un trois heures d’attente devant un écran blanc, ou une page blanche comme autrefois, c’est parce que ça fait leur affaire. Ils sont assis, tranquilles, ils se reposent. Tandis que le peintre, debout devant son chevalet, ou assis sur un banc sans dossier, ou en tout cas moins confortablement installé que l’écrivain, car sa pratique artistique requiert que son corps soit en mouvement, ne jonglera pas trois heures si ça ne vient pas. Il va faire comme Léo Ferré et changer d’activité !
– Ç’a d’l’allure… J’ai une théorie qui va un peu dans le même sens par rapport aux femmes voilées, mais c’est tellement irréfléchi, inconscient et subversif que je n’ose pas souvent l’exprimer.
– Je t’écoute.
– Je pense que, d’une certaine manière, ça doit faire leur affaire d’être voilées. Quand on se déguise admettons pour l’Halloween, on se permet de faire des folies, des facéties qu’on n’oserait jamais faire en temps normal. Engueuler un marchand qui offre une mauvaise marchandise, ça doit être plus facile à faire sous le couvert de l’anonymat ? Se présenter en public sans avoir à se préoccuper de sa coiffure, de son allure, ça peut être pratique quand on manque de temps ? Je ne sais pas, il y a quelque chose qui me dit que le voile a des côtés positifs !
– C’est chaud en été, par exemple…, a mentionné ma copine. On dit aussi que les femmes voilées manquent de vitamine D.
– Nous aussi, en hiver, il n’y a tellement pas de lumière !
Ma copine et moi nous sommes ménagé un temps mort afin de laisser s’envoler et se perdre dans l’univers les paroles qui venaient de sortir de ma bouche. Ça adonnait bien puisque nous étions en train de sortir du restaurant, qui n’attendait que notre départ pour fermer. Les paroles prononcées devant la porte se sont immédiatement envolées dans l’air frisquet du grand Joliette. Une fois dehors sur le trottoir, nous regardant, et mues par le signal que c’était le bon moment, nous y sommes allées d’une seule voix :
– Bof !

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 335

Potiches

En Europe, je l’ai déjà écrit, il y a de l’art partout, ici dans la vitrine d’un antiquaire d’une petite ville de la Zélande.

En tout cas. J’ai fini par arriver à Montréal au terme de vingt-deux heures de trajet. Les amis avec lesquels j’ai parlé de mon aventure aérienne m’ont dit avoir vécu des situations similaires. L’amie avec laquelle j’ai placoté pendant quatre heures hier soir au restaurant, par exemple, a même dû dormir dans un Europarc de type Dysneyland où elle s’est fait conduire en autobus.
– As-tu dormi dans un petit lit simple ?, lui ai-je demandé.
– Non, c’était luxueux mais conçu pour des familles car le lit Queen réservé aux parents était attenant à des lits superposés.
– En 2007, avec Jacques-Yvan, nous avions dû dormir une nuit supplémentaire à Paris et nous nous étions retrouvés dans une chambre de cité universitaire équipée de deux lits simples ! Nous avions mangé des macaronis à l’huile et de la laitue cuite dans un réfectoire tristounet. Le lendemain, plutôt que d’avoir accès à un vol direct pour revenir à Montréal, on avait transité par Heathrow à Londres et ç’avait été une course contre la montre pour atteindre le comptoir d’Air Canada !
– C’est drôle parce qu’on dirait que c’est la partie, mon retour chaotique, que j’ai le plus de plaisir à raconter, quand on me demande comment fut mon voyage, m’a dit mon amie qui arrive de Berlin.
– Moi aussi ! En 2007, je me rappelle avoir été excitée comme une enfant, j’allais de découverte en découverte : d’abord on nous annonce que notre vol est annulé, ensuite qu’il n’y en a pas d’autre avant le lendemain, puis qu’on va aller dormir en banlieue quelque part, moyennant un trajet d’autobus… À l’époque, je pensais avoir vécu un cas d’exception.
– Ça fait quand même douze ans de ça, a calculé mon amie.
– Ça ne risque pas de s’améliorer parce que nous sommes de plus en plus nombreux à voyager…
Sentant que je risquais d’énoncer une théorie longpréenne selon laquelle les systèmes inventés par l’homme finissent par dépasser ce dernier, et que seule demeure en bout de parcours, à la dernière minute et au cas par cas, la solution de caser ailleurs tel passager sur tel autre avion et advienne que pourra, j’ai voulu introduire un autre sujet de conversation, mais ma copine m’a devancée.
– C’est aussi ce que tu as vécu, une annulation à la dernière minute, pour ta chirurgie, a-t-elle commencé.
– En effet. Après m’être fait parler de clapets, de valves et de tuyaux pendant cinq jours, on m’a donné mon congé !, ai-je répondu à la blague.
– C’est quand même cavalier comme manière de procéder, tu te prépares pour une opération majeure et pouf ! pas d’opération.
– Il y a des gens qui pensent qu’on ne vit rien pour rien. Dans cette perspective, je me demande à quoi m’aura servi ce séjour au CHUM… Si la maison avait brûlé en pleine nuit, admettons, je pourrais interpréter que ce séjour m’aurait sauvé la vie, n’ayant pas été à la maison cette même nuit… mais dans les circonstances je ne comprends pas trop.
– Bof !, a répondu mon amie, empruntant ici, sans le savoir, mon onomatopée fétiche.
– Tu as raison !, ai-je renchéri en soulevant mon verre de vin pour le faire tinter contre le sien.

 

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 336

CDG

J’ai fini par aboutir là, et par adorer être là, dans le bouillonnement ultime de la diversité linguistique, culturelle et ethnique !

Retour sur les épisodes précédents : je devais faire Strasbourg – Munich avec la Lufthansa, puis Munich – Montréal avec Air Canada. Mais pour l’instant, je macère à l’aéroport de Strasbourg après l’annulation du vol pour Munich, puis l’annulation du vol pour Amsterdam qu’on voulait me faire prendre à la place du vol pour Munich.

****

Je m’attendais à ce que la dame du comptoir de l’enregistrement me dise de me tenir à l’écart, en buvant peut-être un deuxième café gratuit, et je m’attendais à attendre, une autre bonne trentaine de minutes, qu’on me propose un énième itinéraire. Il n’en fut rien.
– Encore vous ! Madame, vous n’êtes vraiment pas chanceuse ! Ça n’arrive jamais que deux de nos vols soient annulés l’un à la suite de l’autre.
– Et qu’une seule et même personne en subisse les contrecoups ?, ai-je commencé en donnant l’impression de vouloir me plaindre, mais dans le fond je dois avouer que je trouvais la situation amusante.
La dame a regardé sa montre.
– Le TGV pour Paris quitte la gare de Strasbourg dans vingt minutes, me dit-elle. Il va vous conduire à Charles-de-Gaulle, et de là vous prendrez le vol d’Air France pour Montréal. Ça vous va ? Mon collègue va s’occuper de récupérer votre valise, ajouta-t-elle sans attendre ma réponse. Rendez-vous au carrousel et je vous y rejoins.
Presque aussitôt, la dame est partie en courant sur ses talons hauts m’acheter un sandwich et une boisson. C’est le prix de consolation quand on rate un avion.
– Lorsque vous allez arriver à la gare de Strasbourg, m’a dit l’homme pendant qu’on attendait ma valise et qu’elle n’arrivait pas, dirigez-vous immédiatement vers le quai numéro un. Pour ce faire, vous devez monter un escalier. Arrêtez-vous au palier et dirigez-vous vers la droite. Vous me suivez ?
– Bien sûr, j’arrive, je sors du train, je monte un escalier et je tourne à droite.
L’homme a semblé se raviser.
– Je vais demander qu’un employé d’Air France vous attende sur le quai, c’est plus sûr.
– Quel quai ?, ai-je demandé. Celui de mon arrivée ou celui du TGV ?
– Dès que vous allez entrer en gare de Strasbourg, une personne portant une veste aux couleurs d’Air France sera là pour vous aider, a-t-il confirmé après avoir contacté une personne par téléphone.
Ensuite nous n’avons plus parlé pour mieux courir afin de traverser la passerelle vitrée qui relie l’aéroport à la gare. Comme le train arrivait et qu’il n’était pas question de le rater, nous en avons été quittes pour un petit sprint final.
– Bonne route !, a lancé l’homme en me faisant signe du bras et de la main alors que je montais dans le train et qu’il y lançait, presque, ma grosse valise.
À la gare de Strasbourg, une dame, en effet, m’attendait. Elle portait, contrastant avec son élégant uniforme, un gilet de sécurité orange, trop grand pour elle, à panneaux réfléchissants. Je ne pouvais pas la rater. Elle avait déjà en mains l’étiquette de papier qu’elle s’est empressée de coller à la poignée de ma valise, tout en me demandant si j’étais bien Mme Longpré. Un homme d’Air France, nous voyant aux prises avec la valise, est venu nous prêter main forte. À trois, nous avons couru de notre plus vite jusqu’au quai numéro un. Je suis montée dans le TGV je dirais deux minutes avant son départ. Des gens aussi perdus que moi sur le quai, voyant que mon accompagnatrice portait l’uniforme, lui posaient mille questions, à tel point que je l’ai perdue de vue. L’homme qui s’est introduit dans mon histoire à la dernière minute pour aider en lien avec la valise m’a expliqué que je n’avais plus à m’en préoccuper.
– Votre valise va se rendre d’elle-même à Montréal, m’a-t-il dit.
– Comme par enchantement !, ai-je eu le temps de lui dire, légère, souriante, en montant dans le wagon.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire