Jour 252

Chanel

Aéroport P.E.Trudeau, le 16 décembre 2019. Paris-Biarritz à gauche, le plus testé, Paris-Riviera, au centre, moyennement testé, Paris-Venise à droite, très peu testé.

J’ai pris une douche, j’ai lavé mes cheveux, j’ai versé dans un contenant de shampooing le reste d’un autre contenant. Deux dans un. Ni vu ni connu. J’ai fait ma toilette, et celle de la salle de bains pour qu’il y ait moins de traîneries, en l’occurrence moins de contenants de plastique. J’ai mis du parfum —Cuir de Russie— et je me suis appliqué de la lotion hydratante. Résultat ? Je me sens plus malade qu’hier !
Les choses ne se sont pas passées ce matin comme je l’avais prévu. Ces derniers jours, je l’ai écrit, c’est moi qui fais le café, Denauzier étant revenu à la maison mais n’étant pas en état de le préparer. Encore ce matin, il y avait une flaque d’eau dans la cuisine, pour le troisième matin consécutif à cause du lave-vaisselle défectueux. Donc, j’ai épongé l’eau sur le plancher et préparé le café, et fermé une valve dans le sous-sol, suivant en cela les instructions de mon mari, pour qu’il n’y ait pas de dégât d’eau un quatrième matin de suite. Normalement, après avoir échangé quelques mots avec mon mari, je serais venue m’installer là où je suis en ce moment, dans mon bureau, pour écrire. Or, Denauzier a fait défiler à l’écran de la télévision les émissions qu’il avait enregistrées, et nous avons eu envie, comme ça, sur le coup, d’écouter le dernier épisode de la série Épidémie. C’est drôle quand même que pendant la diffusion de la série, cet hiver 2020, il y ait dans le monde, en Chine, un début d’épidémie ! Drôle étant ici une façon de parler. Tragique serait plus approprié, si l’épidémie se développe. Visionnaires serait aussi un bon mot à propos des auteurs, mais rien ne me permet de savoir s’ils ont écrit cette série en ayant en tête la perspective d’un tel fléau si près de se produire. Dans cette synchronicité, autrement dit, il pourrait n’y avoir qu’un effet du hasard. Peu importe. Nous avons écouté l’épisode, et si Denauzier n’avait pas reçu d’appel téléphonique tout de suite après, je lui aurais suggéré, comme je le fais souvent, de le réécouter, mais le voyant occupé je suis allée prendre ma douche.
À la toute fin de l’épisode, il est question d’une Chloé. D’une Chloé qui aide une jeune fille à choisir sa robe de bal.
– Chloé ?, nous sommes-nous étonnés, en nous regardant instantanément.
Dans notre esprit, il s’agissait de Julia.
– Julia, c’est dans District 31 !, s’est exclamé mon mari.
– C’est bien trop vrai.
– Et dans le dernier épisode qu’on a vu de District 31, les gens se découvraient des plaques rouges mortelles dans le cou, il va sûrement en être question ce soir.
– Ça, mon mari, ai-je rétorqué, sûre de moi, c’est dans le Bon docteur.
– Tu as raison.
Sur ce, nous nous sommes mis à rire. Il n’empêche que le Bon docteur, malgré ce que je viens d’écrire, c’est moins mélangeant à écouter parce que les acteurs sont américains et qu’on ne les voit pas jouer d’autres personnages dans d’autres séries d’ici !
En après-midi, j’ai écrit quelques pages de mon récit de vie. Je suis rendue à la page 11. J’ai introduit un personnage important et je me rends compte que je ne l’ai pas même décrit le moindrement. Je vais essayer de garnir d’un peu de chair ce personnage squelette dans mes séances d’écriture à venir.

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Jour 253

bourgogne

Nous nous contentions de porter du rouge à lèvres de la marque Burt’s Bees, acheté à la boutique de produits naturels Fleur sauvage de l’avenue Monkland. Très vite, le baume a commencé à se garnir de cristaux qui restaient tels quels sur les lèvres, ne s’atténuant qu’au moyen de la pression du doigt. Je dirais que le produit a mal tourné, mais nous l’avons quand même utilisé jusqu’à ce qu’il n’en reste plus dans le tube. 

J’y vais mollo aujourd’hui, je joue en simple et non en double ! Je vais m’inspirer de mon passé récent, en voyage européen, pour écrire ce texte aujourd’hui, histoire d’oublier la morosité de mon état physique et mental parce que je commence à en avoir assez d’être malade. Je viens de passer une heure debout à cuisiner –des aubergines, mon mari ne le sait pas encore !– et mes jambes appellent un repos comme si j’avais pratiqué un sport.
J’ai aimé à Barcelone constater que les enfants vivent au rythme des sorties de leurs parents. À 22, 23 heures, on les voit dormir dans leur poussette, bien emmitouflés, pendant que les parents profitent de leur promenade, de leur soirée. C’est sûr que là-bas il fait chaud, même en décembre. On portait quand même nos manteaux le soir, Emmanuelle et moi, mais la rigueur du climat n’arrive pas à la cheville de celui qu’on connaît ici au Québec. Les parents n’ont pas besoin de porter de grosses bottes d’hiver, des anoraks, des mitaines. Beaucoup de femmes d’ailleurs sont aux commandes de leur poussette chaussées de talons aiguilles et de jeans skinny. Ces femmes aussi, ai-je remarqué, sont souvent maquillées, coiffées, habillées sexy. Je ne suis pas très fière de ce que je m’apprête à écrire, mais je vais l’écrire pareil : je me disais, voyant ces femmes, belles, longues mèches noires bouclées retombant sur les épaules, qu’elles pourraient se maquiller moins pour ainsi polluer moins ! Emmanuelle et moi nous contentions d’une bonne épaisseur de rouge à lèvres. Rose à Paris, plutôt Bourgogne à Barcelone.
D’autres petites choses me ramènent non en Espagne mais en France. J’apprends que les touristes français qui sont disparus –leur guide est décédé– en motoneige sur le Lac St-Jean, hier mardi, provenaient de l’Alsace. Or, Strasbourg, où étudie chouchou, est la capitale de la région de l’Alsace. J’ai lu l’article du Figaro qui relate l’événement. On y écrit que St-Michel-des-Saints est une bourgade, et que c’est dans cette bourgade que les motoneiges ont été louées. En m’inspirant de la théorie selon laquelle toute personne sur la planète peut être mise en relation avec toutes les autres par l’intermédiaire d’un nombre de maillons qui sera toujours inférieur à six, je peux avancer ceci : ces Français de la région dans laquelle Emmanuelle passe son année d’études sont en relation avec Denauzier qui a acheté sa motoneige là où les Français ont loué la leur. Cela me fait penser au film Babel. Il me semble que le film est construit sur ce même jeu de relations entre étrangers qui ne sont pas si étrangers que ça les uns les autres…

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Jours 255 et 254

BetSC’est un gros défi, écrire le récit de ma vie, si je l’écris dans la perspective d’une publication chez Stock qui fera de moi par la suite une écrivaine connue dans la francophonie. Connue sur le tard. C’est un défi agréable et enrichissant si je l’écris pour moi, dans un premier temps, sans garantie qu’il y ait un deuxième temps. Je commence en effet à mesurer l’effort que va nécessiter mon entreprise, en ce sens qu’hier j’étais assise devant mon écran et que rien ne venait, qui me plaisait, pour noircir ma quatrième page –dans la mesure où j’en ai trois d’écrites. Une idée me venait peut-être, mais la seule perspective de la mettre en mots, avec les bons accords des temps de verbes, me décourageait. Il faut dire que je suis malade et que ça altère le processus créateur en moi. Le processus créateur est sur le flat !
Ce matin mardi, j’ai rendez-vous chez le médecin, ça devrait aller mieux à partir de là. Je vais sortir de la clinique, à Joliette, avec une ordonnance en mains. Je vais aller chercher les médicaments sur le chemin du retour à la pharmacie du village. Le personnel de la pharmacie va me reconnaître car je suis connue à cet endroit comme Barabbas dans la Passion. Je vais me rendre voir l’infirmière, dans le bureau qu’elle occupe dans le fond de la pharmacie, pour faire tester mon sang afin de mesurer qu’il n’est ni trop clair, ni trop épais.
Dans les moments qui vont me laisser libre de monologuer avec moi-même, pendant cet enchaînement de petits événements, je vais me demander si je dois réserver quelques passages à Josée, dans le récit de ma vie. Elle étudiait avec moi aux Mélèzes, pendant les deux dernières années du niveau primaire, et nous avons été un peu copines. Je suis allée chez elle, à Sorel, passer quelques week-ends. Mais encore là, je ne m’y prends pas de la bonne façon. Il ne faut pas que je me demande si je veux qu’il soit question de Josée. Il faut juste que j’écrive mon récit comme ça vient, et si Josée se présente, je l’introduirai. Si je me rends compte par la suite qu’elle nuit à mon récit, pas elle en tant que personne mais en tant que détour avant d’arriver à mon idée principale, je pourrai agir en conséquence par la suite et retirer cet extrait.
Ce matin, c’est moi qui ai préparé le café. C’est exceptionnel. Mon mari s’en occupe, habituellement, mais la nuit dernière il n’a pas dormi à la maison. En mettant le pied dans la cuisine, j’ai constaté qu’une flaque d’eau couvrait les tuiles du plancher. C’est le lave-vaisselle qui est responsable de ce mini-incident. Il a rendu l’âme il y a quelques jours, avec à son bord un bon deux pouces d’eau qui s’est mise à dégoutter pendant la nuit. J’ai tout de suite pensé que c’était chatonne qui avait fait le dégât ! J’ai essayé de comprendre comment elle avait bien pu faire s’écouler l’eau de la bouilloire, sans pour autant déplacer la bouilloire de son socle. C’est bien connu, on se cherche toujours des coupables.
***
En lien avec un texte récent, je réutilise ma formule : il y a avant, et il y a après. La portion avant les astérisques a été écrite ce matin, avant mon rendez-vous chez le médecin. Voici la portion après : je n’ai pas à prendre de médicament car je souffre d’une laryngite, c’est une infection virale, il faut donc attendre que ça passe, en m’armant de patience. Je suis quand même allée à la pharmacie pour faire tester mon sang. L’infirmière n’était pas dans son bureau parce qu’elle est en vacances. C’est une pharmacienne qui a piqué mon doigt, en ayant un peu de difficulté car le sang ne s’accumulait pas en grosse goutte sur le bout de mon index.
– Remuez la main vers le bas pour faire descendre le sang, m’a-t-elle suggéré.
J’ai fait cela, en craignant que le sang ne se mette à gicler, et effectivement le sang s’est mis à gicler et à éclabousser le plancher. J’ai obtenu un résultat de 3,1, à l’échelle du Coagucheck, je ne peux pas demander mieux. J’ai acheté des pastilles à saveur de miel, pour faire changement des pastilles à saveur de cerises que Denauzier a achetées la semaine dernière et que j’ai presque toutes consommées.
Quand je suis arrivée à la maison, j’étais affamée, j’ai fait chauffer la soupe à la dinde et au tofu que nous avons préparée en tellement grande quantité que nous n’arrivons pas à voir le fond de la marmite. Denauzier en a mangé aussi. Très vite, mon désir le plus vif a été de m’étendre sur le canapé, où j’ai dormi pendant un bon deux heures. À mon réveil, il m’a semblé que j’avais un peu moins mal à la gorge. Un ami est ensuite passé nous voir. J’ai pu vérifier que c’est difficile de recevoir un ami et de ne pas lui parler. Je chuchotais pour créer quand même un semblant d’échange, mais je pense qu’il est dur d’oreille et qu’il n’entendait pas mes paroles. Cela me convainc dans ma décision d’attendre d’être vraiment guérie avant de me relancer dans la vie normale. Je me fixe un temps d’arrêt et de silence jusqu’à la fin du mois. Encore dix jours. Je ne répondrai même pas au téléphone. Je voudrais profiter de cette retraite fermée pour commencer la lecture de La montagne magique, de Thomas Mann, et de La cérémonie des adieux. J’ai lu ce matin, en buvant mon café, la quatrième de couverture du livre de Simone, et je ne suis pas certaine de bien comprendre : il y est fait mention que la cérémonie aura duré dix ans, est-ce à dire que la maladie de Sartre, son déclin, sa fin de vie auront duré tout ce temps ? Je ne sais pas pourquoi je m’intéresse tant à Simone, parce que je ne suis pas certaine d’aimer son arrogance, son sentiment de supériorité, son côté star intellectuelle de gauche. En tout cas, ce n’est pas du tout moi. En même temps, elle fait de sa vie, de ses rencontres, de ses sorties, de ses conversations, le matériau de son écriture. Cela me rejoint.

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Jours 257 et 256

boqueria

De quoi recouvrer la santé, que de bons produits frais au marché La Boqueria de Barcelone.

Je récapitule pour tenter de m’y retrouver. À la fin de décembre, à Barcelone, Emmanuelle s’est mise à renifler et à légèrement tousser. Je m’en suis rendu compte alors que nous étions au lit, tard le soir, en train de jouer encore un peu avec nos téléphones, avant d’éteindre pour la nuit. Au bout de trois ou quatre jours, cependant, elle était déjà débarrassée de son rhume, pendant qu’il s’installait progressivement dans ma personne. La gorge, les oreilles, le nez, les yeux.
Le 31 décembre, nous avons pris l’avion pour Paris. Pendant le vol, j’ai eu l’impression que mes oreilles allaient éclater, tellement le changement de pression à l’atterrissage créait une douleur aiguë dans mes conduits auditifs. Nous avons soupé tard au Café de Luna ce soir-là, dans le quartier de Clichy, avant de nous rendre visiter le Sacré-Cœur, une forme de mini-pèlerinage dans cette première nuit de l’année 2020. Pendant le souper, je n’entendais presque rien et j’avais de la difficulté à parler d’une voix normalement forte. Heureusement, Emmanuelle a l’oreille fine. La coquine m’a fait marcher, sur le chemin du retour en direction de notre hôtel, à cent milles à l’heure parce qu’elle trouvait que les rues n’étaient pas trop rassurantes. Vers trois heures du matin, nous nous sommes affalées sur le lit de notre Style hôtel, morte en ce qui me concerne. J’ai très bien dormi. Cela m’a fait tellement de bien que dans la portion des commentaires qu’on nous demande d’écrire pour évaluer le service et la qualité de la chambre, qui sont ensuite versés sur le web, je me suis montrée dithyrambique, comme si j’avais dormi dans un cinq étoiles !
Les derniers jours de mon séjour parisien et strasbourgeois m’ont vue prendre du mieux, mais je me suis fait attraper dans le détour par deux vols d’avion qui m’ont à nouveau percé les tympans : Paris-Washington et Washington-Montréal le 9 janvier. Le deuxième petit avion m’a créé plus d’inconfort que le gros transporteur. Arrivée à Montréal, je n’avais plus de voix pour raconter mes aventures à mon mari et mes yeux étaient vitreux. J’ai pris soin de moi dès lors, à la maison, au chaud. Jusqu’à hier le 19 janvier, je ne suis sortie qu’une fois pour faire tester l’épaisseur de mon sang, à la pharmacie du village. J’ai passé la plus belle des semaines à écrire, à lire, à écouter la télévision. Je n’ai pas encore lu, petite parenthèse, la dernière partie de L’aube à Birkenau, mais j’ai lu ce matin presque d’une traite Une mort très douce, de mon amie Simone.
Il n’aurait pas fallu que je sorte de mon cocon de convalescence, hier dimanche, or nous étions invités à un brunch, et après nous sommes allés visiter le frère de Denauzier. Ça faisait dix jours que nous vivions comme dans un couvent, nous avons peut-être ressenti trop vivement le désir de nous laisser aller. De fil en aiguille, nous avons été absents de la maison pendant presque douze heures. Ça veut dire que j’ai parlé pendant ces presque douze heures, beaucoup trop. Quand je suis montée dans le camion, pour faire la route nous ramenant à la maison, j’avais des lames de rasoir dans la gorge. J’ai mal dormi parce qu’à chaque fois que j’avalais ma salive, ça me faisait mal. J’entame donc une quatrième semaine de maladie. J’ai déjà averti Bibi que je ne serais pas disponible cette semaine pour nourrir papa, et tantine qu’elle allait devoir attendre encore avant de me voir. J’ai téléphoné pour tenter d’obtenir un rendez-vous chez le médecin. Je vais probablement avoir besoin d’antibiotiques.
Je ne prends pas autant plaisir à m’installer devant mon ordinateur que la semaine dernière parce que les lames Gillette me dérangent beaucoup.
Je vais proposer à Emmanuelle, qui étudie en génie biomédical, d’inventer une machine qui pourrait calculer l’intensité de fatigue d’un corps humain et fournir un diagnostic de temps de repos.
– Vous avez besoin de 107 jours de repos, Madame Longpré, dirait la machine. N’entreprenez rien d’ici le jour de votre anniversaire, le 6 avril.
La machine, forcément conçue pour offrir un service personnalisé, connaîtrait en effet nos nom et prénom, et la date de notre jour de naissance.
Je n’arrive pas à évaluer si la journée d’hier m’aurait autant exténuée m’être davantage reposée, la semaine dernière. En d’autres mots, ai-je trop écrit ?
Justement parce que j’étais fatiguée et que je dormais profondément la nuit, n’ayant pas encore atteint le stade Gillette, il est arrivé quelque chose que Denauzier a distinctement entendu, mais moi pas. Ce n’était pas son père, cela étant, qui montait l’escalier pour venir nous visiter ! C’était Mia qui courait dans le sous-sol comme si elle participait à un safari. Elle poussait des cris de chasseresse, mais ce n’est pas toujours facile de savoir si les sons qu’elle émet sont liés à la chasse ou s’ils sont précurseurs d’un vomissement ! Mon mari a conclu, ne l’entendant plus, qu’il allait découvrir quelque part dans le sous-sol, le lendemain, de la nourriture rejetée mélangée à des boules de poils. Or, quand il s’est rendu dans le sous-sol, ce n’est pas ça qui l’attendait, mais plutôt le cadavre –sans la moindre goutte de sang– d’une souris. Au même moment, les voisins ont sonné à la porte, malgré l’heure matinale, et Denauzier a quitté le sous-sol pour ne plus repenser à la souricette. Quand je me suis levée, vers dix heures le même matin, qu’avait fait mademoiselle pour rendre visible son offrande que personne ne voyait dans le sous-sol où nous n’allons que pour laver les vêtements dans la machine ? Elle a apporté son trésor en plein dans le milieu du corridor qui mène à la pièce principale où nous passons le plus clair de notre temps ! Que font les maîtres qui ont des chats, en pareille circonstance ? Faut-il féliciter l’animal, le caresser en ayant la souris à la vue pour que le félin puisse faire le lien entre les mots doux et la proie ?
Depuis cet événement, et compte tenu des fréquents vomissements, nous revenons à la maison, après une absence comme celle d’hier, en surveillant où est-ce qu’on met les pieds !

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Jour 258

Installation

Stabile de Lynda avec photo polaroïd de la Basilique avant le feu, et photo polaroïd des escaliers menant à Montmartre by night.

Ça y est. J’ai commencé mon récit de vie. J’y ai travaillé ce matin pendant que j’étais seule, Denauzier étant absent pour une partie de la journée. Quand j’ai eu publié mes cinq textes, hier soir, je me suis dit, à l’exact moment où je me relevais, en fermant le couvercle de mon ordinateur, que j’étais prête à m’y mettre.
– Par quoi est-ce que je vais bien commencer ?, me suis-je demandé ce matin, en arrosant mes plantes d’une main et en buvant mon café de l’autre.
Finalement, j’ai commencé par ce qui est venu, par les premiers mots que j’ai entendus dans ma tête. J’ai noirci trois pages de format 8½ X 11 avec marges normales. Rendue à la quatrième page, j’étais fatiguée, j’ai arrêté.
En guise de réchauffement, j’ai d’abord tapé une page du livre de Blandine, paru chez Stock, pour faire un test. J’ai obtenu deux tiers de page au format américain 8½ X 11 à double interligne. Ça veut dire qu’une page de mon manuscrit équivaut à une page et un tiers du format Stock. Ça veut dire que mon manuscrit de disons 150 pages produirait au final un livre de quelque 200 pages chez Stock. Bon, je sais, je vais vite, je projette en titi, mais je suis faite comme ça.
J’essaie d’être en accord avec chaque mot que je tape. Si je sens qu’il y en a un qui suggère un sentiment qui m’est désagréable, je l’efface. De la sorte, j’obtiens un texte, mais je n’ai que trois pages d’écrites, un peu de style Nouveau roman, où prévaut le regard d’un observateur neutre. J’ai peut-être beaucoup de pratique en neutralité parce que ça fait presque neuf ans que j’écris sur mon blogue public à propos de tout et de rien, en faisant entrer dans mes histoires des gens qui me sont proches et d’autres qui le sont moins, et j’essaie en tout temps de ne heurter personne, de ne pas juger, d’accueillir sans sous-entendre. J’imagine que j’ai dû ne pas respecter en tout temps cet énoncé gros comme une montage de ma phrase précédente, mais c’est quand même une espèce de règle que je garde présente à mon esprit le plus souvent possible.
Dans mon rêve de la nuit dernière, il se produisait quelque chose d’inimaginable. Compte tenu de la pénurie de main-d’oeuvre qui prévaut partout, je voulais retourner travailler, j’envisageais de me porter volontaire pour rejoindre mon ancienne équipe. En fait, je voulais profiter de la présence de Ludwika. Nous aurions été elle et moi et d’autres collègues ensemble dans notre salle à aire ouverte et cela m’aurait comblée. J’interprète qu’il s’agit d’un bon rêve car derrière l’idée de profiter de Ludwika se profilait aussi l’idée d’être occupée par une tâche à long terme, au fil des jours. Or, cette tâche me semble être celle que je viens d’entamer, dans ma vie éveillée, avec ce récit de ma vie.

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Jour 259

mains

Avant les taches brunes sur les mains, et après.  Elles ne paraissent pas tellement sur cette photo prise à Strasbourg, lors d’une séance de manucure avec chouchou. Photo qui me fait un peu penser à Benoite, à son journal à quatre mains, écrit avec sa soeur Flora, bien qu’ici il n’y ait que trois mains. Le vernis semble noir mais il est vert foncé. Chouchou tente de gratter le vernis qui a débordé. À son âge, ses mains sont encore blanches comme le lait. Quand je lui conseille de protéger sa peau du visage et des mains avec de la crème, je pense que mes mots entrent par une oreille et ressortent aussi vite par l’autre.

Je veux couvrir la période de mon adolescence, dans mon nouveau projet d’écriture. J’imagine que je vais néanmoins survoler des pans antérieurs de ma vie, du temps de l’école primaire, notamment, au pensionnat Les Mélèzes en sixième et en septième années, et à l’école Marie-Charlotte pour les cinq premières années.
Je me demandais hier, encore une fois au lit avant de m’endormir, après avoir lu L’aube à Birkenau que j’espérais finir mais que je n’ai pas fini, jusqu’à quel moment de ma vie je veux me rendre dans ce récit. Il me semble que le moment naturel serait le début de ma trentaine, quand j’ai entamé une psychanalyse. Je couvrirais ainsi le récit de ma première moitié de vie. À maintenant soixante ans, je considère en effet que ma vie se divise assez bien en deux parties égales. Avant la thérapie, et après. Avant une relation passionnée avec Jacques-Yvan, et après. Avant Emmanuelle, et après. Ah mon Dieu, il y a tellement d’avant et d’après. Avant d’assumer le rôle de belle-maman, et après. Avant le monde du travail, et après. J’ai commencé tard à travailler, surtout aux yeux des gens de mon nouveau milieu de vie, ici, qui ont pour la plupart commencé tôt, dès le D.E.P. ou le D.E.C. en poche. Quand Emmanuelle me demande, à cet égard, ce que je pense de son désir d’entamer des études supérieures, je lui réponds que ce n’est pas pressant d’accéder au milieu du travail. Je vais essayer de lui répondre plus positivement à partir de maintenant !
Avant mon certificat en arts plastiques, qui a eu une importance considérable sur ma manière de penser, et après. C’est un domaine que je néglige, il n’y a pas de doute, à tant écrire ces temps-ci je ne peins guère.
Avant les cheveux gris, et après. Mais en réalité, ils sont apparus dans les dernières années de ma vingtaine. Ç’a commencé par une mèche à l’avant, qui taquinait ma frange, quand j’habitais en résidence universitaire à Aix-en-Provence. Avant la teinture, tant qu’à y être, et après. J’ai commencé la teinture en entrant sur le marché du travail, comme ça, par hasard. Je m’étais fait moi-même des mèches blondes à partir d’un kit qu’on achète dans une boîte.
– Ça te va bien, le blond, avait commenté Jacques-Yvan, qui n’était à ce moment-là qu’un ancien collègue dans ma vie puisque je venais de quitter l’UQÀM, où il était, pour l’UdeM, où j’arrivais.

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Jours 261 et 260

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Notre séchoir ressemble un peu à ça, avec non pas une seule barre, à mi-hauteur, mais plusieurs.

Puisque je consacre un texte à ma technique de séchage de vêtements et à mes recettes de cuisine, j’en conclus que l’inspiration européenne qui donne des ailes m’a déjà quittée. Je retombe dans mon quotidien, dans les descriptions difficiles avec barres de métal supérieure et inférieures. Je ne suis pas plus avancée qu’avant mon départ pour la France, quand la rencontre avec mon écran blanc s’accompagnait de la sempiternelle question Qu’est-ce que je vais écrire aujourd’hui ? En même temps, il n’est pas question que j’envisage, pour le moment du moins, de réduire ma cadence. Un risque vient avec cet entêtement, celui d’être à sec mentalement quand j’aurai enfin écrit les quarante textes encore manquants à ma neuvième année de blogue. D’être à sec, donc, pour entreprendre mon nouveau projet. Je me suis demandé d’ailleurs si ma petite faiblesse de fin d’après-midi, hier, n’était pas causée par un effort de concentration trop grand, dans une période qui voit mon corps animé d’une énergie très moyenne. En même temps, j’arrange ça à ma manière, je me dis qu’écrire est une activité assise qui ne requiert pas d’effort. Je me dis aussi que plus j’écris, plus je me pratique à produire, à soutenir un rythme.
Les prochaines fois que je me rends en France, je n’opterai pas pour des vols moins chers moyennant des escales. Pour l’aller, j’ai fait escale à Genève. Pour le retour, à Washington. À Genève, je n’ai eu qu’un déplacement en navette et qu’un peu de marche pour me rendre au quai d’embarquement du deuxième avion me menant à Paris. À Washington, j’ai eu, il me semble, à traverser l’aéroport au complet pour me rendre à l’embarquement du deuxième avion me menant à Montréal. Je pourrais en outre avoir raison car cet embarquement se faisait à la porte Z. Or, j’ai démarré mon périple à la porte A. J’ai traversé de longs corridors dont le plancher est curieusement couvert de moquette gris et bleu. C’est rare, il me semble, de la moquette dans un aéroport ?
J’ai fini par aboutir à la porte Z et par embarquer, pour découvrir que mon siège était situé à la dernière rangée. Quand j’ai raconté ça à Denauzier, il a tout de suite compris. Il faut dire qu’il a beaucoup voyagé :
– Tu t’es donc délectée de l’odeur des toilettes !?
– C’était affreux, ai-je répondu, et c’est vrai que ce le fut, dès le premier tiers du trajet.
Il n’y avait que deux sièges de part et d’autre de l’allée, autrement dit, quatre sièges par rangée. Comme je l’ai écrit dans le texte précédent, deux jeunes Françaises étaient assises à ma hauteur, une verbomotrice blonde et une silencieuse brun foncé. L’hôtesse était grande et portait des talons, de telle sorte que ses cheveux bouclés frôlaient le plafond de l’habitacle.
Presque tous les sièges étaient occupés, bien qu’à côté de moi il n’y ait eu personne. Un autre siège semblait ne pas être occupé, jusqu’à ce qu’une jeune femme arrive à la dernière minute. Un homme, à peu près de son âge, occupait son siège. Il a donc dû se déplacer et utiliser le siège qu’on lui avait initialement attribué. Très vite, la retardataire a rangé sa valise dans le compartiment à cet effet, au-dessus de nos têtes, elle s’est attaché les cheveux avec une pince, pour aussitôt s’asseoir et boucler sa ceinture car on allait décoller. Elle s’est ensuite tournée vers l’homme qui avait regagné sa place, juste à côté de la sienne, mais de l’autre côté de l’allée. Un espace de deux pieds, je dirais, les séparait. J’ai pensé que c’était son compagnon qui, pour une raison ou pour une autre, s’était assis à sa place comme pour la réserver. Je la voyais de profil qui affichait un beau sourire. J’ai pensé, à ce moment-là, qu’elle était contente de retrouver son compagnon, comme je peux sourire à Denauzier dans un contexte semblable qui me voit m’absenter quelques instants. Le sourire, à ce moment-là, devient un peu la manière d’exprimer que je suis revenue, que tout va bien, qu’il n’y a rien à signaler.
Dans le même sourire, elle a engagé la conversation. D’où j’étais placée, je pouvais observer qu’ils étaient fort différents. Lui, cheveux châtain pâle et yeux bleus, un peu exorbités, cils blonds. Taille moyenne. Elle, cheveux et yeux noirs, une beauté naturelle, une féline particulièrement mince. Parle parle, je commençais à trouver que pour un couple qui se côtoie depuis déjà un moment, ils en avaient long à se raconter. Je les admirais un peu, car dans l’odeur qui régnait autour de moi et dans l’inconfort de la grippe qui s’installait de plus en plus, je n’aurais pas eu la force de prononcer dix phrases.
J’avais conservé mon manteau et ma veste en-dessous, et pour rien au monde je ne les aurais enlevés. J’ai même choisi un café, pour me réchauffer, quand l’hôtesse nous a offert un sachet de bretzels avec la boisson de notre choix. La féline, elle, avait chaud, peut-être à force de tant parler, parce qu’entre deux phrases elle a enlevé son chandail de laine pour se retrouver bras nus en camisole à bretelles spaghetti !
– Elle va le remettre dans cinq minutes, ai-je pensé.
Pas du tout. Elle a eu chaud tout le long du vol.
Moi aussi j’ai eu chaud, je dois dire, quand les roues de l’avion sont sorties de leur compartiment sous les ailes, peu avant l’atterrissage, et qu’il m’a semblé, au son, qu’une partie de l’avion frôlait l’explosion. Les jeunes Françaises et moi nous sommes regardées, vaguement inquiètes. L’homme et la femme, pour autant, n’ont pas arrêté de parler.
Je me suis dit après coup que j’avais peut-être assisté à la formation d’un couple. Mais je me suis aussi demandé si la femme n’allait pas quitter l’avion en se contentant de remercier son voisin de siège pour le bon temps qu’ils avaient passé ensemble. Je n’ai pas pensé une seconde, c’est seulement maintenant que j’y pense, que le jeune homme aurait pu faire de même, la quitter en se contentant de la remercier.

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