Jours 261 et 260

FKKURACK Seacutechoir agrave Linge reacuteglable en Hauteur pour Portevecirctements Mobile B07P5C2RH5-500x500_0

Notre séchoir ressemble un peu à ça, avec non pas une seule barre, à mi-hauteur, mais plusieurs.

Puisque je consacre un texte à ma technique de séchage de vêtements et à mes recettes de cuisine, j’en conclus que l’inspiration européenne qui donne des ailes m’a déjà quittée. Je retombe dans mon quotidien, dans les descriptions difficiles avec barres de métal supérieure et inférieures. Je ne suis pas plus avancée qu’avant mon départ pour la France, quand la rencontre avec mon écran blanc s’accompagnait de la sempiternelle question Qu’est-ce que je vais écrire aujourd’hui ? En même temps, il n’est pas question que j’envisage, pour le moment du moins, de réduire ma cadence. Un risque vient avec cet entêtement, celui d’être à sec mentalement quand j’aurai enfin écrit les quarante textes encore manquants à ma neuvième année de blogue. D’être à sec, donc, pour entreprendre mon nouveau projet. Je me suis demandé d’ailleurs si ma petite faiblesse de fin d’après-midi, hier, n’était pas causée par un effort de concentration trop grand, dans une période qui voit mon corps animé d’une énergie très moyenne. En même temps, j’arrange ça à ma manière, je me dis qu’écrire est une activité assise qui ne requiert pas d’effort. Je me dis aussi que plus j’écris, plus je me pratique à produire, à soutenir un rythme.
Les prochaines fois que je me rends en France, je n’opterai pas pour des vols moins chers moyennant des escales. Pour l’aller, j’ai fait escale à Genève. Pour le retour, à Washington. À Genève, je n’ai eu qu’un déplacement en navette et qu’un peu de marche pour me rendre au quai d’embarquement du deuxième avion me menant à Paris. À Washington, j’ai eu, il me semble, à traverser l’aéroport au complet pour me rendre à l’embarquement du deuxième avion me menant à Montréal. Je pourrais en outre avoir raison car cet embarquement se faisait à la porte Z. Or, j’ai démarré mon périple à la porte A. J’ai traversé de longs corridors dont le plancher est curieusement couvert de moquette gris et bleu. C’est rare, il me semble, de la moquette dans un aéroport ?
J’ai fini par aboutir à la porte Z et par embarquer, pour découvrir que mon siège était situé à la dernière rangée. Quand j’ai raconté ça à Denauzier, il a tout de suite compris. Il faut dire qu’il a beaucoup voyagé :
– Tu t’es donc délectée de l’odeur des toilettes !?
– C’était affreux, ai-je répondu, et c’est vrai que ce le fut, dès le premier tiers du trajet.
Il n’y avait que deux sièges de part et d’autre de l’allée, autrement dit, quatre sièges par rangée. Comme je l’ai écrit dans le texte précédent, deux jeunes Françaises étaient assises à ma hauteur, une verbomotrice blonde et une silencieuse brun foncé. L’hôtesse était grande et portait des talons, de telle sorte que ses cheveux bouclés frôlaient le plafond de l’habitacle.
Presque tous les sièges étaient occupés, bien qu’à côté de moi il n’y ait eu personne. Un autre siège semblait ne pas être occupé, jusqu’à ce qu’une jeune femme arrive à la dernière minute. Un homme, à peu près de son âge, occupait son siège. Il a donc dû se déplacer et utiliser le siège qu’on lui avait initialement attribué. Très vite, la retardataire a rangé sa valise dans le compartiment à cet effet, au-dessus de nos têtes, elle s’est attaché les cheveux avec une pince, pour aussitôt s’asseoir et boucler sa ceinture car on allait décoller. Elle s’est ensuite tournée vers l’homme qui avait regagné sa place, juste à côté de la sienne, mais de l’autre côté de l’allée. Un espace de deux pieds, je dirais, les séparait. J’ai pensé que c’était son compagnon qui, pour une raison ou pour une autre, s’était assis à sa place comme pour la réserver. Je la voyais de profil qui affichait un beau sourire. J’ai pensé, à ce moment-là, qu’elle était contente de retrouver son compagnon, comme je peux sourire à Denauzier dans un contexte semblable qui me voit m’absenter quelques instants. Le sourire, à ce moment-là, devient un peu la manière d’exprimer que je suis revenue, que tout va bien, qu’il n’y a rien à signaler.
Dans le même sourire, elle a engagé la conversation. D’où j’étais placée, je pouvais observer qu’ils étaient fort différents. Lui, cheveux châtain pâle et yeux bleus, un peu exorbités, cils blonds. Taille moyenne. Elle, cheveux et yeux noirs, une beauté naturelle, une féline particulièrement mince. Parle parle, je commençais à trouver que pour un couple qui se côtoie depuis déjà un moment, ils en avaient long à se raconter. Je les admirais un peu, car dans l’odeur qui régnait autour de moi et dans l’inconfort de la grippe qui s’installait de plus en plus, je n’aurais pas eu la force de prononcer dix phrases.
J’avais conservé mon manteau et ma veste en-dessous, et pour rien au monde je ne les aurais enlevés. J’ai même choisi un café, pour me réchauffer, quand l’hôtesse nous a offert un sachet de bretzels avec la boisson de notre choix. La féline, elle, avait chaud, peut-être à force de tant parler, parce qu’entre deux phrases elle a enlevé son chandail de laine pour se retrouver bras nus en camisole à bretelles spaghetti !
– Elle va le remettre dans cinq minutes, ai-je pensé.
Pas du tout. Elle a eu chaud tout le long du vol.
Moi aussi j’ai eu chaud, je dois dire, quand les roues de l’avion sont sorties de leur compartiment sous les ailes, peu avant l’atterrissage, et qu’il m’a semblé, au son, qu’une partie de l’avion frôlait l’explosion. Les jeunes Françaises et moi nous sommes regardées, vaguement inquiètes. L’homme et la femme, pour autant, n’ont pas arrêté de parler.
Je me suis dit après coup que j’avais peut-être assisté à la formation d’un couple. Mais je me suis aussi demandé si la femme n’allait pas quitter l’avion en se contentant de remercier son voisin de siège pour le bon temps qu’ils avaient passé ensemble. Je n’ai pas pensé une seconde, c’est seulement maintenant que j’y pense, que le jeune homme aurait pu faire de même, la quitter en se contentant de la remercier.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s