Jours 257 et 256

boqueria

De quoi recouvrer la santé, que de bons produits frais au marché La Boqueria de Barcelone.

Je récapitule pour tenter de m’y retrouver. À la fin de décembre, à Barcelone, Emmanuelle s’est mise à renifler et à légèrement tousser. Je m’en suis rendu compte alors que nous étions au lit, tard le soir, en train de jouer encore un peu avec nos téléphones, avant d’éteindre pour la nuit. Au bout de trois ou quatre jours, cependant, elle était déjà débarrassée de son rhume, pendant qu’il s’installait progressivement dans ma personne. La gorge, les oreilles, le nez, les yeux.
Le 31 décembre, nous avons pris l’avion pour Paris. Pendant le vol, j’ai eu l’impression que mes oreilles allaient éclater, tellement le changement de pression à l’atterrissage créait une douleur aiguë dans mes conduits auditifs. Nous avons soupé tard au Café de Luna ce soir-là, dans le quartier de Clichy, avant de nous rendre visiter le Sacré-Cœur, une forme de mini-pèlerinage dans cette première nuit de l’année 2020. Pendant le souper, je n’entendais presque rien et j’avais de la difficulté à parler d’une voix normalement forte. Heureusement, Emmanuelle a l’oreille fine. La coquine m’a fait marcher, sur le chemin du retour en direction de notre hôtel, à cent milles à l’heure parce qu’elle trouvait que les rues n’étaient pas trop rassurantes. Vers trois heures du matin, nous nous sommes affalées sur le lit de notre Style hôtel, morte en ce qui me concerne. J’ai très bien dormi. Cela m’a fait tellement de bien que dans la portion des commentaires qu’on nous demande d’écrire pour évaluer le service et la qualité de la chambre, qui sont ensuite versés sur le web, je me suis montrée dithyrambique, comme si j’avais dormi dans un cinq étoiles !
Les derniers jours de mon séjour parisien et strasbourgeois m’ont vue prendre du mieux, mais je me suis fait attraper dans le détour par deux vols d’avion qui m’ont à nouveau percé les tympans : Paris-Washington et Washington-Montréal le 9 janvier. Le deuxième petit avion m’a créé plus d’inconfort que le gros transporteur. Arrivée à Montréal, je n’avais plus de voix pour raconter mes aventures à mon mari et mes yeux étaient vitreux. J’ai pris soin de moi dès lors, à la maison, au chaud. Jusqu’à hier le 19 janvier, je ne suis sortie qu’une fois pour faire tester l’épaisseur de mon sang, à la pharmacie du village. J’ai passé la plus belle des semaines à écrire, à lire, à écouter la télévision. Je n’ai pas encore lu, petite parenthèse, la dernière partie de L’aube à Birkenau, mais j’ai lu ce matin presque d’une traite Une mort très douce, de mon amie Simone.
Il n’aurait pas fallu que je sorte de mon cocon de convalescence, hier dimanche, or nous étions invités à un brunch, et après nous sommes allés visiter le frère de Denauzier. Ça faisait dix jours que nous vivions comme dans un couvent, nous avons peut-être ressenti trop vivement le désir de nous laisser aller. De fil en aiguille, nous avons été absents de la maison pendant presque douze heures. Ça veut dire que j’ai parlé pendant ces presque douze heures, beaucoup trop. Quand je suis montée dans le camion, pour faire la route nous ramenant à la maison, j’avais des lames de rasoir dans la gorge. J’ai mal dormi parce qu’à chaque fois que j’avalais ma salive, ça me faisait mal. J’entame donc une quatrième semaine de maladie. J’ai déjà averti Bibi que je ne serais pas disponible cette semaine pour nourrir papa, et tantine qu’elle allait devoir attendre encore avant de me voir. J’ai téléphoné pour tenter d’obtenir un rendez-vous chez le médecin. Je vais probablement avoir besoin d’antibiotiques.
Je ne prends pas autant plaisir à m’installer devant mon ordinateur que la semaine dernière parce que les lames Gillette me dérangent beaucoup.
Je vais proposer à Emmanuelle, qui étudie en génie biomédical, d’inventer une machine qui pourrait calculer l’intensité de fatigue d’un corps humain et fournir un diagnostic de temps de repos.
– Vous avez besoin de 107 jours de repos, Madame Longpré, dirait la machine. N’entreprenez rien d’ici le jour de votre anniversaire, le 6 avril.
La machine, forcément conçue pour offrir un service personnalisé, connaîtrait en effet nos nom et prénom, et la date de notre jour de naissance.
Je n’arrive pas à évaluer si la journée d’hier m’aurait autant exténuée m’être davantage reposée, la semaine dernière. En d’autres mots, ai-je trop écrit ?
Justement parce que j’étais fatiguée et que je dormais profondément la nuit, n’ayant pas encore atteint le stade Gillette, il est arrivé quelque chose que Denauzier a distinctement entendu, mais moi pas. Ce n’était pas son père, cela étant, qui montait l’escalier pour venir nous visiter ! C’était Mia qui courait dans le sous-sol comme si elle participait à un safari. Elle poussait des cris de chasseresse, mais ce n’est pas toujours facile de savoir si les sons qu’elle émet sont liés à la chasse ou s’ils sont précurseurs d’un vomissement ! Mon mari a conclu, ne l’entendant plus, qu’il allait découvrir quelque part dans le sous-sol, le lendemain, de la nourriture rejetée mélangée à des boules de poils. Or, quand il s’est rendu dans le sous-sol, ce n’est pas ça qui l’attendait, mais plutôt le cadavre –sans la moindre goutte de sang– d’une souris. Au même moment, les voisins ont sonné à la porte, malgré l’heure matinale, et Denauzier a quitté le sous-sol pour ne plus repenser à la souricette. Quand je me suis levée, vers dix heures le même matin, qu’avait fait mademoiselle pour rendre visible son offrande que personne ne voyait dans le sous-sol où nous n’allons que pour laver les vêtements dans la machine ? Elle a apporté son trésor en plein dans le milieu du corridor qui mène à la pièce principale où nous passons le plus clair de notre temps ! Que font les maîtres qui ont des chats, en pareille circonstance ? Faut-il féliciter l’animal, le caresser en ayant la souris à la vue pour que le félin puisse faire le lien entre les mots doux et la proie ?
Depuis cet événement, et compte tenu des fréquents vomissements, nous revenons à la maison, après une absence comme celle d’hier, en surveillant où est-ce qu’on met les pieds !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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