Jour 144

Quel est le lien entre la phrase d’introduction de mes deux textes précédents –les choses se règlent d’elles-mêmes– et la blague qui se termine sur un mot grossier ? C’est que j’oublie ce postulat de base plus souvent qu’autrement. Au lieu de me dire Aie confiance, laisse-toi porter, je me laisse entraîner dans la valse endiablée des questions pièges et des éventualités. J’essaie de me définir un plan B à la moindre parcelle de contrariété, pour être certaine que je vais être capable de concrétiser mon idée, quelle qu’elle soit.
Avec l’histoire des machines qui offrent le service d’impression des photos, disponibles dans les pharmacies, qui m’ont fait faux-bond deux fois, d’abord à Joliette puis dans mon village, j’ai été confrontée à la déception de ne pas pouvoir commencer aussi vite que je l’aurais souhaité les montages photos que je veux installer dans mes grands cadres IKEA.
Il s’agit bien sûr des photos de mes conversations FaceTime avec chouchou, conversations qui ont jalonné mon année et la sienne, de photos aussi de nos escapades à Paris et à Barcelone pendant les vacances de Noël 2019, de photos encore de notre séjour chez une amie à Bruxelles il y a exactement un an. Ces grands thèmes –conversations FaceTime, escapades parisienne, barcelonaise et bruxelloise– se divisent quant à eux en sous-thèmes. Je pense entre autres, et vite fait, à la couleur de nos rouges à lèvres et au port d’un béret basque.
Je ne suis pas non plus, dans mon cerveau, sans penser aux titres que je vais donner à mes cadres une fois les montages terminés. Dans un premier temps, d’ailleurs, je voulais peindre les titres directement sur les murs. Quand s’est manifestée, cependant, la nécessité de d’abord laver les murs et ensuite de les peindre, double opération qui aura lieu cet hiver si Dieu le veut, la question du titre a perdu de son importance.
Or, à tant penser à la manière dont je vais regrouper mes photos, autour de quels thèmes, selon quelle logique, en respectant quelle consigne, je me coupe du plaisir d’improviser à partir de zéro lorsque, enfin, je les tiendrai dans mes mains ! Je ne suis pas sans savoir, en outre, que toutes ces idées qui m’habitent peuvent s’avérer d’un intérêt nul une fois que je ne serai plus dans l’abstrait mais dans le concret.
Il n’empêche que je suis faite comme ça, j’anticipe au maximum jusqu’à en avoir l’écoeurite, et il faut probablement que j’atteigne l’écoeurite pour ensuite entamer le projet avec un regard neuf. Je risque fort de ne guère changer ma manière de penser et de me comporter, et il n’y a pas tant de mal à ça puisqu’au moins je suis capable de m’adapter à la manière dont je suis tricotée !
En conclusion, il s’est produit ceci. Je suis retournée hier dimanche à la pharmacie pour mon deuxième RNI. J’ai bel et bien prononcé RNI auprès de la commis au comptoir des ordonnances. Elle n’a pas sourcillé et a tout de suite fait signe à la pharmacienne, qui est venue vers moi, m’a piqué le doigt, etc. Résultat parfait : 3.0.
En sortant, je me suis dit que je pourrais vérifier, pourquoi pas, si la machine en libre-service allait accepter d’afficher les photos de mon téléphone. Elle a accepté. J’en ai sélectionné plusieurs, autour des thèmes des rouges à lèvres, du béret basque, des tresses de cheveux, à Paris, à Strasbourg, à Barcelone et à Bruxelles. J’ai commandé d’abord du format 4X6, puis du format 5X7. J’ai glissé à travers tout ça quelques photos prises à la Baie-James récemment. Pendant ce long moment de sélection auprès de la machine, à la pharmacie, une amie m’attendait à la maison. Elle a fermé les yeux sur ma longue absence, sur le fait que mes quinze minutes de déplacement se sont transformées en cinquante. Nous sommes allées chez elle passer l’après-midi, un après-midi poétique et exquis.
Ça ne peut pas toujours aller mal, en conclusion, quand ça va mal ça s’arrange tout seul, les choses retombent d’elles-mêmes sur leurs pattes, j’imagine que c’est la loi de la gravité.

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Jour 145

– Il marche, il marche, et il pense à sa femme, et à la pelle, et à la manière dont il devra s’y prendre pour bien pelleter autour des pneus. Il espère que la neige ne s’accumulera pas trop, il espère surtout que le propriétaire de la prochaine maison, qu’il connaît vaguement, sera chez lui pour l’accueillir, lui fournir une pelle et idéalement venir le conduire au lieu où il a pris le champ. Il tourne la situation dans tous les sens, dans sa tête. Trouvera-t-il une pelle ou pas ? Y aura-t-il quelqu’un à la maison vers laquelle il se dirige ? S’il n’y a personne, osera-t-il aller fouiller dans le garage pour trouver une pelle –et peut-être aussi des Traction Aids ? S’il emprunte une pelle, devra-t-il griffonner un mot à l’attention du propriétaire de la pelle, et du garage, indiquant qu’il va venir la rapporter ? A-t-il un crayon et un bout de papier dans la poche de sa veste ? S’il trouve une pelle mais qu’il n’y a personne pour le ramener à son véhicule, y aura-t-il plein de neige d’accumulée et le seul recours à la pelle sera-t-il suffisant ? S’il fallait que sa femme, à travers tout ça, commence ses contractions…
N’oublions pas que l’histoire m’a été racontée dans les années 1970 et qu’à l’époque on ne connaissait pas ça, les téléphones cellulaires…
– Il marche, il marche, poursuit le raconteur conducteur. Il continue d’envisager mille scénarios. Si le propriétaire de la maison où il se rend est chez lui, se permettra-t-il de lui demander de le conduire directement auprès de sa femme ? Mais comment alors la conduire à l’hôpital, ayant laissé dans le champ son véhicule embourbé ? Un véhicule embourbé se fait-il remorquer sans que le propriétaire en ait fait la demande, si une remorqueuse passe –miraculeusement– dans les environs ? Et à ce moment-là, où s’en va le véhicule remorqué, dans quel garage, et comment en est-on informé ? Non, le mieux, se ravise l’homme qui marche, c’est la bonne vieille pelle, on l’emprunte, on retourne au véhicule, on pellette, on revient porter la pelle, on rentre à la maison, on récupère un peu si chérie n’est pas en contractions… Et cette neige qui n’arrête pas de tomber ! Le voilà enfin qui arrive, plutôt transi, il pénètre dans la cour et se dirige vers la porte de la maison pour sonner.
– N’oublions pas, me rappelle le raconteur conducteur comme pour me prévenir, que notre homme a tourné la situation dans tous les sens, dans sa tête.
– Et alors ?, avais-je demandé.
– Alors, pensant à sa femme qui est peut-être en travail et déjà souffrante, pensant à la neige qui tombe de plus en plus rendant la circulation périlleuse, pensant à la pelle –sera-t-elle vieille, rouillée et lourde, ou alors neuve, en aluminium, et légère ?–, pensant à son véhicule pour lequel il n’a pas encore fait le changement d’huile parce qu’il n’en a pas eu le temps, pensant au froid qui maintenant le fait claquer des dents, pensant aux remorqueuses de façon générale –combien coûte un dépannage ? est-il vrai que ce milieu est infiltré par la mafia ?–, pensant à l’effort nécessaire pour retourner à son véhicule si le propriétaire de la maison devait se montrer peu enclin à aider, pensant qu’il existe des gens peu enclins à aider et d’autres qui aident tellement que ça nous étouffe, n’en pouvant plus, l’homme dont la voiture a pris le champ a eu l’immense surprise d’entendre ces mots sortir de sa bouche, lorsque le propriétaire de la maison, bien au chaud, légèrement vêtu, est venu, souriant, lui ouvrir la porte :
– Allez donc tous chier !

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Jour 146

Pourtant les choses s’arrangent toujours d’elles-mêmes. À l’âge que j’ai, je devrais le savoir. Le plus souvent, on n’a rien à faire, il suffit d’attendre.
Je me rappelle d’une histoire qui m’a été racontée quand j’étais adolescente. Nous étions dans une voiture, j’étais passagère et le raconteur de l’histoire était le conducteur. Le raconteur conducteur avait à l’époque le double de mon âge, disons qu’il avait trente ans et que j’en avais quinze.
– J’ai une histoire à te raconter, avait-il commencé.
– Une histoire vraie ?, avais-je voulu vérifier.
– Non, non, une blague.
– J’écoute, avais-je répondu, en soupçonnant qu’il était possible que je ne comprenne pas.
Déjà, à quinze ans, j’étais capable de me rendre compte que je n’étais pas une bonne décodeuse de blagues. C’est peut-être, d’ailleurs, parce que je l’ai comprise du premier coup que je m’en rappelle encore, quarante-cinq ans plus tard !
– C’est l’histoire d’un homme qui est en voiture, comme nous en ce moment, avait commencé le raconteur conducteur. Il se rend compte qu’il a oublié de mettre une pelle dans le coffre de son véhicule. L’histoire se déroule en hiver. Il se rend compte, donc, qu’il a oublié d’apporter une pelle, par mesure de sécurité, or, pour ne rien arranger, il constate que le ciel se fait de plus en plus gris. Et quelques minutes plus tard, bien entendu, il se met à neiger.
– Et l’individu n’a pas de pelle, avais-je jusque-là résumé.
– Ça ne prend pas de temps qu’on ne voit plus rien sur la route, qui est une petite route secondaire de campagne. Et, comme tu peux imaginer,… ce qui devait arriver arriva.
– L’homme fait une sortie de route, il glisse dans le fossé !, avais-je anticipé.
– Exact. L’homme perd le contrôle de son véhicule et se retrouve dans le champ. Il sort, fait le tour de sa voiture et se rend compte qu’avoir eu une pelle dans son coffre, il lui aurait suffi de l’utiliser pour se sortir du pétrin.
– C’est difficile à croire, mais on va faire comme si de rien n’était, avais-je répondu. Habituellement, ce genre de situation nécessite l’intervention d’une remorqueuse.
– C’est juste une blague, ne l’oublions pas, avait répété le raconteur conducteur.
– Comme il est familier des environs, avait-il poursuivi, l’homme dont la voiture a pris le champ se dit que la meilleure manière de régler son problème, c’est encore de marcher jusqu’à la prochaine maison, située à environ un kilomètre. D’une part, il sait bien qu’il ne passera personne sur la route pour venir l’aider, et d’autre part il n’est pas si bien habillé que ça pour affronter une tempête. Mieux vaut marcher, se dépenser, pour ne pas avoir froid. Il marche. Et réfléchit à sa situation. « Le mieux », se dit l’homme qui marche, « ce serait de revenir à ma voiture avec une pelle, pour la sortir de là et rentrer chez moi. »
– Sa femme l’attend à leur domicile, j’ai oublié de le préciser, avait glissé le raconteur conducteur, elle est enceinte et sur le point d’accoucher.
– Décidément, les astres ne favorisent guère notre homme, avais-je commenté.

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Jour 147

Je m’en veux d’avoir radoté hier à propos de l’impression de mes photos qui n’a pas fonctionné à la pharmacie de mon village. Ce n’était pas intéressant pour mon lecteur, ni pour moi d’ailleurs, et cela n’avait aucun rapport avec les dindes sauvages des premiers paragraphes ! En somme, pour atteindre mon objectif de 500 mots, je me suis rabattue sur cette anecdote que je classe dans la catégorie des affres du métier. Il serait préférable que je lâche prise et que je publie un texte de 312 mots, ou 424, quand le souffle qui m’habite au moment où j’écris ne se rend pas au-delà.
Je n’étais pas à la pharmacie pour la seule impression des photos, mais pour faire tester la vitesse de coagulation de mon sang.
– C’est pour un INR, dis-je à chaque fois à la personne qui m’accueille au comptoir des ordonnances, en me demandant immanquablement si je ne devrais pas plutôt m’exprimer en français et utiliser l’acronyme RNI.
Hier cette personne était une nouvelle employée, de nationalité française, et elle a un peu hésité avant de me répondre qu’une pharmacienne allait s’occuper de moi, si je voulais bien attendre.
Sans me lancer dans la moindre explication, l’acronyme INR signifie International Normalised Ratio, que l’on traduit en français par RNI pour Rapport normalisé international. Or, j’ai tendance à placer l’international avant le normalisé, de sorte que lorsque j’arrive au comptoir, je ne sais jamais si je dois dire RNI ou RIN, alors pour m’en sortir j’opte pour INR.
Le test consiste, en gros et en sautant des étapes, à prélever une goutte de sang, à la déposer sur une bandelette, à insérer la bandelette dans un appareil qui calcule en quelques secondes quelle est ma vitesse de coagulation. Je tends toujours la main droite parce que je suis droitière et la pharmacienne me pique habituellement le bout de l’index pour obtenir la goutte. Si la petite machine, que l’on appelle CoaguCheck, affiche une vitesse au terme de quelques secondes seulement, c’est que je coagule beaucoup trop rapidement. Si le résultat requiert plusieurs secondes avant de s’afficher, je coagule à l’inverse trop lentement. Dans ma vie de tous les jours, je n’ai aucun effet de ces trop rapidement ou trop lentement, mais s’il devait survenir un accident et que je me mette à saigner, cela pourrait être dangereux pour ma santé.
– Est-ce que je devrais faire le test ?, ai-je d’abord demandé à la pharmacienne. Ça fait quelques jours que je ne me sens pas bien, ai-je expliqué, j’ai vomi, j’ai très peu mangé depuis, la nourriture me lève le coeur, je n’ai envie que de pain grillé…
– On va le faire, c’est plus prudent, a répondu la jeune femme.
La petite machine a pris un temps fou avant d’afficher un résultat.
– Ce n’est pas bon signe, ai-je dit à la pharmacienne, pour montrer que je connaissais bien le procédé.
– En effet, a-t-elle répondu, la première surprise que la machine soit si étrangement lente.
Sans, encore une fois, me lancer dans les explications, je dois obtenir un résultat se situant entre 2,5 et 3,5, or c’est le chiffre 8,0 qui s’est affiché, accompagné de la mention que le résultat réel dépassait ce 8,0.
– Vous faites peut-être 12, 17, 21 ?, s’est exclamée la pharmacienne.
Je vais donc me rendre demain à nouveau à la pharmacie, sans prendre d’ici là la moindre dose bien entendu, et je vais tenter de profiter de l’occasion pour demander un RNI, on verra la suite.
Quand on ne mange pas, on doit diminuer la dose du Coumadin et je ne le savais pas. J’étais presque convaincue, en fait, d’obtenir un résultat parfaitement ciblé, dans la mesure où je n’ai pas consommé d’alcool, qui dilue le sang, ni de légumes verts, qui l’épaississent. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la pharmacienne si ça valait la peine de faire le test, en ce sens qu’à mon avis je n’avais rien consommé qui risquait de m’éloigner de ma cible !

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Jour 148

Il faut croire que l’information que j’ai lue à propos des dindes sauvages est exacte. J’ai lu dans le livre que nous a prêté notre voisin qu’une femelle a des portées variant de dix à quatorze bébés. L’été dernier, nous voyions circuler en groupe, dans les champs de maïs qui jouxtent notre propriété, quelque six ou sept dindes. Nous nous extasions quand même un peu car c’était nouveau, dans notre région, d’en voir circuler. Nous n’étions pas sans savoir, en même temps, que les agriculteurs n’aiment pas ces visiteurs car ils ravagent les récoltes.
Mes lecteurs se souviendront peut-être que j’ai eu l’occasion de voir de très près, c’était en juillet dernier, un bébé encore couvert de son duvet. Ce n’est pas très beau, en passant, ça ressemble à un tyrannosaurus. C’était au Jour 164. Or les bébés ont grandi, grandi tant et si bien que le groupe des sept s’est transformé en classe de vingt-deux ! Je les ai comptés. On a vu le groupe, en effet, circuler sur le terrain un matin de cette semaine. Il descend de la montagne derrière la maison, traverse l’allée couverte de gravier où sont stationnées nos voitures, et vient picorer dans la verdure du terrain, parmi nos plates-bandes, sans nulle retenue. Deux animaux des vingt-deux étaient plus grands et gros, je dirais les mamans, donc elles étaient plus grandes et grosses, et les autres volatiles semblaient tous être les bébés devenus jeunes adultes.
Avec mon coeur de pierre, je me suis fait la réflexion suivante :
– Mia aurait pu en manger deux ou trois de plus, car à ce compte-là, on sera envahi dès l’an prochain.
Si un groupe de sept en 2019 passe en effet à un groupe de disons vingt-et-un, pour simplifier, en 2020, ça veut dire que le vingt-et-un de cette année, une fois multiplié par trois selon le même rapport, nous mettra en contact avec un régiment minimal de soixante-trois dindes et dindons l’an prochain !? Au secours !
Je me suis frottée une fois de plus, cet après-midi, aux affres du métier d’artiste. J’ai voulu vérifier que la machine à partir de laquelle on demande les impressions de photos, dans la pharmacie de mon village, fonctionnait mieux que celle de Joliette. Nenni. Les photos n’ont pas voulu s’afficher non plus. Une fille se tanne, comme dirait l’autre, ou encore je commence à en avoir plein l’casse, comme je me le formule à moi-même, des fois de temps en temps. Je sens que ça va finir par une visite au Kiwi Copie. Je vais entrer dans le commerce, à Joliette, je vais sélectionner mes photos sur mon téléphone, et les envoyer par courriel en format original –même si ce format est très lourd. En trois secondes, les fichiers correspondant à mes photos vont quitter mon téléphone et aller se ranger dans une liste d’attente sur une grosse machine Xerox, et après avoir payé –surprenamment ça ne coûte pas cher–, je vais ressortir avec mes folies imprimées regroupées dans une enveloppe.

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Jour 149

Voici ce que ça donne lorsque je m’autorise à dire aux gens ce qu’ils doivent faire…

Ça y est, j’ai réussi à insérer une photo en début de texte comme on le constate ci-dessus. Dans une prochaine étape, et dans un monde idéal, je vais essayer de lui associer un format plus petit, et un positionnement à gauche, pour qu’elle soit habillée par le texte à droite. Si jamais j’arrive à surmonter ce défi, ce sera ça d’accompli.
L’utilisation de ce double démonstratif, ce / ça, me fait penser subitement à notre petite-fille de quatre ans. Quand elle ne sait pas comment s’appelle une chose, elle ne se complique pas la vie, elle dit « le ça ».
Contrairement à l’insertion des photos avec le nouvel éditeur de texte de WordPress, je sais accomplir des actions sans avoir à me demander comment faire. Je peux par exemple, et d’ailleurs je l’ai fait cet après-midi, nettoyer une plante en m’y prenant feuille par feuille, sur le dessus et sur le dessous, avec une solution de savon noir pour la débarrasser des organismes fongicides qui ont l’habitude d’élire domicile à un endroit –ce laurier– qui ne fait pas mon affaire.
Pendant que je pratiquais cette forme de méditation zen, en n’oubliant pas de frotter aussi les tiges, je suis tombée sur un cheveu assez foncé qui n’est pas le mien, ni celui de mon mari. Je pense ne pas me tromper en attribuant ce cheveu à une personne que j’ai connue, qui n’était pas bien dans sa peau, qui se vivait disons difficilement. J’étais en effet installée dehors dans la cour, pour le nettoyage du laurier, à côté d’objets ayant appartenu à cette personne.
Par amitié pour Elsa, je me suis mise à parler au cheveu –tout haut mais heureusement j’étais seule–, de la manière suivante :
– Univers infini, univers infini, absorbe ce cheveu que j’abandonne à l’instant dans l’air et assure-toi que la personne qui le portait –car cette personne est morte– soit heureuse de circuler dans le cosmos dorénavant.
Puis, un peu comme lorsque je parle aux enfants et que mes phrases s’étirent sur trois paragraphes, je me suis dit que je n’allais pas me faire comprendre de l’univers et du cosmos. J’ai opté pour une formulation pour énergique, plus concise, plus directive :
– Univers infini, prends soin de la personne qui portait ce cheveu.
Mes lecteurs déduiront à la lecture de ces lignes un peu frivoles que je vais mieux qu’hier, que mon physique se remet des chocs que je lui ai fait subir. Je suis seule à la maison ce soir et pour que je me repose et ne m’ennuie pas, mon mari m’a montré comment avoir accès –encore un truc électronique– à la liste des films qu’il enregistre pour nous deux mais que j’écoute souvent seule. J’y ai eu accès par moi-même, à ladite liste, pour l’écoute de Un+Une, moyennant des essais et erreurs, mais là je sais précisément sur quel bouton peser de la télécommande. Je vais écouter un film américain avec Sandra Bullock qui risque de me transporter moins au paradis que mon maître à penser Lelouch, mais je devrais néanmoins bien terminer ma soirée.

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Jour 150

Mardi, hier, je suis allée au cours de dessin finalement, en entretenant à l’arrière-plan de mon cerveau le projet d’acheter de l’acrylique phosphorescent. J’en ai acheté, un tube trop gros à mon goût mais il ne s’en vendait pas de plus petit. Heureusement il était offert à prix réduit. Je vais en appliquer sur les lettres du mot Camouflage, que j’ai peintes sur le mur derrière la grille de mon installation artistique. Alors, peut-être que la nuit, à défaut de pouvoir le faire de jour, on sera capable de lire le titre de mon oeuvre ? C’est à suivre.
Après le cours, je suis allée m’asseoir au café du centre-ville pour enregistrer sur mon téléphone des photos qui résident quelque part dans l’univers sur un serveur associé à mon forfait téléphonique, afin de les faire imprimer. C’est bien connu, et je ne ferai pas l’erreur encore une fois, il faut que les photos qu’on demande en impression soient enregistrées sur le cellulaire du client, ou de la cliente en l’occurrence. J’ai trouvé que la connexion du café était performante car l’enregistrement de mes photos a requis beaucoup moins de temps que lorsque je suis à la maison. Il faut dire qu’à la maison c’est assez long et que la topographie montagneuse n’aide pas ma cause. Il faisait très froid dans le café, malheureusement, c’était climatisé à outrance à mon avis. J’en ai eu pour une petite heure. Ensuite, je suis allée à la pharmacie commander l’impression des photos sur les machines à cette fin. Or, mes photos ont refusé de s’afficher, aucune de celles que j’ai téléchargées ne s’est pointée le bout du nez. Cela ressemble aux embêtements qui parsèment ma route lorsque je peins un mot un pouce trop bas, ou lorsque j’envisage d’installer un cadre sur un mur dont je me rends compte qu’il est couvert de suie. Comme on dit, ce sont les affres du métier.
Après je suis allée nourrir papa. Il était en jaquette, couvert de sa couverture Harley-Davidson. Je lui ai demandé s’il avait froid, faim, chaud, soif. Aucune réponse. Au bout de quelques cuillerées seulement de son omelette en sauce au beurre, il a exprimé, de mauvaise humeur, qu’il n’en voulait plus. Je n’ai pas insisté.
Ensuite j’avais rendez-vous avec mon amie pour souper. Ce fut plus exigeant, le temps partagé avec elle, que tout ce qui a précédé dans la mesure où nous avons beaucoup parlé, pendant quatre heures de temps. J’étais un peu chagrine de n’être pas plus en forme pour honorer notre rencontre. Car je ne l’étais pas, comme en témoigne mon indigestion survenue dans la nuit qui a suivi –alors que ça faisait déjà presque deux jours que je n’avais pas d’appétit.
Aujourd’hui mercredi, nous sommes donc au lendemain de cette mauvaise nuit. J’ai passé ma journée, je veux dire pour la partie que je n’ai pas dormi, à penser qu’il faut accepter la diminution progressive de nos forces, le vieillissement, la maladie, la fin inéluctable de la vie, la mort. Ça fait partie du projet de départ, n’est-ce pas ? Il n’empêche que j’espère que ça ira mieux demain, mon physique et mon mental…

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