Jour 141

J’essaie d’introduire un élan de fraîcheur à cette étape automnale de ma vie, en ce sens que nous allons bientôt changer de saison. C’est avec un inévitable pincement au coeur que j’assiste à une fin d’été. Ma réaction est à chaque fois la même, je ne l’ai pas vu passer, je n’en ai pas profité, il n’a pas été assez long. Il me faut une sorte de préparation, un adjuvant, une tisane, un bonbon pour mieux me faire avaler la saveur d’abord douce, puis plus prononcée de l’automne.
Admettons maintenant que j’aurais voulu faire dans la poésie, en ce début de texte, et associer l’automne à mon âge, par figure de style. Le constat, m’inspirant ici, je ne sais pas pourquoi, des quadrants, serait le suivant : si les vingt premières années de la vie humaine constituent le printemps d’un individu, et si les vingt années suivantes constituent l’été qui se termine alors à la quarantaine, cédant la place ensuite et pour les vingt années suivantes à l’automne, je me rends compte avec un effarement certain que j’entre dans l’étape hivernale –et finale ?!– de ma vie puisque j’ai 61 ans.
Ça me fait peur.
Revenons cependant au fait que le 22 septembre, dans quelque deux semaines, nous changerons de saison. D’abord, je n’ai pas su de quelle manière je pourrais créer de la fraîcheur pour accueillir cet événement. J’ai écrit récemment que des murs très hauts de la maison ont besoin d’être nettoyés et repeints, mais mon idée de fraîcheur se voulait plus modeste, et surtout plus immédiatement accessible. Puis, je me suis rappelé que j’introduis la fraîcheur toujours de la même manière, peu importe qu’il se soit agi du premier, deuxième, troisième ou maintenant dernier quadrant de mon existence : en faisant du ménage, en faisant place nette, en faisant table rase et toutes ces expressions encore qui sont synonymes d’élagage.
J’ai donc enlevé une petite bibliothèque qui était couverte de livres, en bas de l’escalier qui mène à la salle de lavage. À chaque fois que je me rendais laver des vêtements, ou que je les remontais lavés et séchés, j’avais cette bibliothèque dans mon champ de vision qui me confrontait à l’accumulation de la poussière sur la tranche supérieure des livres. En outre, je ressentais la lassitude de ne pas les avoir lus, de même que le poids de ce qu’ils représentaient en temps de lecture, un temps que je n’aurai jamais.
Alors j’ai mis mes livres dans des sacs et j’ai apporté les sacs à la St-Vincent-de-Paul, et je l’ai fait exprès de mettre les livres dans des sacs de provisions conçus pour conserver le froid, ou la chaleur. Ces sacs sont couverts à l’intérieur d’un film qui ressemble à de l’aluminium. Je n’ai pas eu l’occasion il me semble de tomber sur un sac de ce type qui soit facile à fermer. Soit je me bats avec les languettes de velcro qui ne veulent pas obéir, soit avec une fermeture éclair qui perd son fermoir dans le temps de le dire.
L’opération, toujours est-il, a pris moins d’une heure et m’a fait le plus grand bien.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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