Jour 66

J’ai de quoi être fière de moi. J’ai utilisé pleinement cette semaine de solitude et j’ai été très productive. Je récapitule dans le désordre, comme ça vient.

A. J’ai vendu deux toiles, dont une récente qui m’était très chère et pour laquelle j’avais trouvé un titre tout naturellement, Maybelline. J’aime les titres. C’est qui déjà le peintre qui se contentait d’attribuer des numéros à ses toiles pour ne pas fournir d’élément d’interprétation ? J’ai lu à ce sujet il n’y a pas longtemps…

B. J’ai regroupé les textes de ma septième année de blogue dans un fichier Word, et commencé le regroupement des textes de ma huitième année. Je ne suis toujours pas avancée par rapport aux copies de sécurité de ces fichiers. C’est comme pour le manucure, l’hydratation des mains, le classement des papiers à transmettre au comptable, ça peut attendre ! Pourtant, quand j’étais rédactrice à l’université, j’ai écrit plus d’un article sur l’importance d’effectuer des copies de sécurité…

C. J’ai terminé hier soir vers 20:00 le flamand de couleur sarcelle. Je me suis empressée d’envoyer une photo du résultat fini à des amis. Je fais tout le temps ça. Les amis me répondent en fonction de leur personnalité. Y. me répond un mot, R. me répond dans l’enthousiasme et on en profite pour s’échanger quelques nouvelles, T. s’extasie mais n’aborde pas les autres aspects de la vie, P. ne répond habituellement pas. En fin de compte, quand j’envoie ainsi des photos, ce n’est pas tant pour me rassurer quant à la facture finale de ma récente création, c’est pour constater que mes amis n’ont pas changé !

D. J’ai soupé à 21:00 et limé mes ongles en écoutant Céline Galipeau à la télévision à 22:00. À cause du flamand, et de la vente qui m’a occupée en matinée, je ne suis guère sortie prendre l’air, à l’exception d’une visite au Métro pour m’acheter un filet de truite. Je n’aimais pas la température d’hier, gris et humide, de toute façon.

D. Aujourd’hui en revanche, au soleil, je vais aller marcher en après-midi avec cousine sur le plat, sur le lac. À cet égard, j’ai été active, quand même, physiquement. J’ai fait de la raquette, de la marche, de la marche et de la raquette, sur du plat, dans des côtes, sur de l’accidenté en forêt, dans la neige non tapée, en désirant revenir toute mouillée de mes séances d’exercice et ce fut le cas.

E. Je n’ai pas mangé n’importe quoi, juste pour dire que je me débarrasse du pensum de la préparation du repas. J’ai mangé quatre fois, le soir, de la truite pochée accompagnée de morceaux d’avocat, d’un peu d’échalotte française, nappée de vinaigrette, et hier saupoudrée de graines de sésame. Ce midi, avant la raquette, je vais encore en manger. À partir de ce soir, je vais introduire plus de variété parce que Denauzier devrait être de retour.

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Jour 67

J’avais deux petits défis au programme cette semaine qui sont dorénavant derrière moi. Tant qu’ils sont devant, j’y pense et je m’y prépare. Dès qu’ils sont derrière, me voilà en vacances. À peine suis-je en train de savourer cette saveur de vacances que je fais déjà le point mentalement pour savoir, primo, où j’en suis, et secundo, quels sont les nouveaux défis qui viendront, dans un futur immédiat, remplacer les anciens.

Habituellement, ce sont des choses à faire de la vraie vie qui se manifestent en premier. Regrouper mes documents et les acheminer au comptable pour la production de mon prochain rapport d’impôt, par exemple. Mais presque aussitôt, après m’être dit que j’ai jusqu’à la fin du mois de février pour le comptable, je laisse venir à moi les folies inventives.

Comme si je ressentais cependant un soupçon de remords pour avoir balayé trop vite les obligations, je laisse certaines contrariétés se manifester en arrière-plan des folies qui occupent déjà l’avant-plan. Me limer les ongles une fois pour toutes comme il faut constitue ici une contrariété. Ils me nuisent en ce moment alors que je tape sur mon clavier parce qu’ils sont trop longs. Ils se cassent, aussi, et auraient besoin d’être traités au moyen d’une pommade anti-cassure dont je doute fort de l’efficacité. Un coup partie, ce sont mes mains au complet qui souffrent de sécheresse. Ce serait une affaire de rien de bien les crémer pour les hydrater.

Mais une toile m’attend sur ma grande table, dans mon bureau, que je voudrais terminer avant le retour de mon mari. Je ne sais pas s’il revient aujourd’hui ou demain. Me rendre m’occuper de mes ongles et de mes mains ne me tente guère dans ce contexte. Je pourrais attendre d’être en pause de peinture pour me déplacer jusqu’à la salle de bain où se trouvent le coupe-ongles, la lime et le tube de crème. Cela me semble une avenue raisonnable : une fois ce texte publié, je ne perds pas les minutes suivantes à prendre soin d’une partie –essentielle– de mon corps; j’attends qu’il y ait eu plusieurs minutes de consacrées à l’avancement de ma toile avant de m’en occuper.

La toile est de grand format, 40"X40". Sur un fond multicolore accidenté, chargé, qui va dans tous les sens, j’ai dessiné, puis peint, une sorte de flamand non pas rose mais de couleur sarcelle, couleur sur laquelle j’ai créé des motifs en m’inspirant, comme je l’ai annoncé dans mon texte d’hier, de l’art aborigène. En cours de route, j’ai eu l’idée de dessiner une grande plante, à côté du flamand, que je vais garnir de feuilles qui vont se décliner dans les mêmes couleurs que celles du flamand. J’en suis à repasser en vert sur la forme de la tige, parce que le vert que j’utilise ne couvre pas bien et m’oblige à appliquer trois, voire quatre couches. Je sais comment je veux reproduire les feuilles, mais ça se pourrait que mon idée ne soit pas concluante et que je doive me tourner vers une autre approche.

Donc, sans plus tarder, je publie et je m’y mets.

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Jour 68

N’ayant pas pensé de démarrer le lave-vaisselle avant de monter au lit, je n’avais pas de tasse à utiliser ce matin autre que la même trop grosse qui a passé la nuit dans l’évier. Ma journée commence donc un peu comme celle d’hier, à cette exception près que le café que je bois en ce moment est mieux dosé.

Je me suis sentie un peu démunie, une fois bien calée contre mes coussins et mes oreillers, n’ayant plus à lire la prose de Mitterrand qui m’a tenu compagnie pendant plusieurs semaines. Je me suis rabattue sur le dossier Wikipédia qui résume sa vie que j’avais fait imprimer. Ça couvre un bon quarante pages très denses. J’en ai lu quatre et je considère en avoir compris le un dixième car je ne suis pas férue d’histoire, or il n’est question que de ça dans les enchevêtrements de mouvements du Régime de Vichy et de la Résistance. En plus, ça foisonne d’acronymes, ORA, RNPG, MRPGD… Ce n’est pas grave, ma lecture me garde en contact avec l’homme.

Pour ne l’avoir vu à la télévision que debout lors de cérémonies officielles, ou assis lors de réunions politiques, je ne me faisais pas de Mitterrand l’idée d’un homme aux capacités physiques très développées. Or, il s’est évadé du stalag où il avait été fait prisonnier en Allemagne, c’était en 1941, et est rentré en France par ses propres moyens. Dès lors recherché par la Gestapo, il ne s’est pas caché plus que ça, s’avérant très actif dans toutes sortes de groupes plus ou moins clandestins. Donc, c’est un homme courageux, qui prend des risques, qui se propulse dans l’action.

À aucun moment, dans ses lettres, il dénigre ses adversaires. Ç’aurait été facile (ou mon genre ?!) d’en commencer une en mentionnant, par exemple, que Chirac, dans la journée, s’était montré insupportable de pugnacité dans tel dossier. Cela n’arrive jamais. Peut-être Mitterrand avait-il en tête qu’un jour ses lettres seraient publiées, et désirait-il qu’elles le soient en étant dénuées de toute forme de bassesse mesquine, de manière à laisser la place à la seule pureté du sentiment amoureux ?

Quand j’ai constaté que des tensions se créaient dans leur couple, parce que les conditions de relation que Mitterrand installe sont inacceptables pour Anne, j’ai espéré qu’elle prenne le parti de vivre ce que Mitterrand avait à lui offrir, sans souffrir de ce qu’il ne lui offrirait pas. C’est très théorique comme conception, je sais. Et bien entendu ce n’est pas ça qui arrive. Anne morigène et récrimine de plus en plus. Je trouve que c’est dommage pour elle. Sa souffrance, qui s’exprime par la colère et l’âpreté, l’empêche de se maintenir dans la sphère de la pureté, où se maintient Mitterrand qui choisit de privilégier l’élévation.

En même temps, et c’est là l’envers de la médaille, autant Mitterrand se nourrit de la lumière provenant de ce que j’appelle l’élévation, autant il est détruit si Anne manifeste le désir de s’exclure de sa vie. Il est complètement dépendant d’elle, il ne peut vivre sans elle. Elle est son carburant, sa force vitale.

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Jour 69

Ce n’est tellement pas au café que je voulais me consacrer ce matin ! Mais j’ai laissé mon esprit m’entraîner et, encore une fois, ça donne ce que ça donne : des grosses tasses, des petits pots de yaourt, des ongles limés, des plantes inondées !

Je voulais annoncer que j’ai enfin terminé les Lettres pour Anne, non sans une certaine tristesse. Je ne suis pas triste d’avoir terminé ma brique, au contraire. Je vais pouvoir passer à un autre bouquin, je ne sais pas encore lequel. À aucun moment, cela dit, j’ai désiré finir la brique pour pouvoir dire que je l’avais finie. À chaque page, j’ai aimé lire Mitterrand. Mais son état d’esprit –et de corps !–, à la fin de sa vie, m’ont rendue tristounette.

Il faut dire qu’il a privilégié des constructions compliquées, sur le plan amoureux. Il n’a jamais quitté Danielle Gouze, son épouse pendant plus de cinquante ans. Parallèlement, il a vécu une relation d’amour je dirais absolu avec Anne Pingeot, la mère de sa fille Mazarine. Une relation qui a elle aussi traversé le temps, au-delà de trente ans. Seigneur ! Comment faisait-il pour compartimenter ainsi sa vie, d’autant qu’il a eu des maîtresses à travers tout ça, notamment, et peut-être pendant quinze ans, avec la journaliste Christina Forsne qui aurait eu un fils dont il serait le père.

Il faut dire aussi que les Français –j’écris ça sans documentation préalable, sans chiffres à l’appui, par pure intuition, en fin de compte– ont une conception plus floue, plus perméable, disons plus fantaisiste de la fidélité que nous, Américains. J’avance avec mes gros sabots que les Français se laisseront tenter par des liaisons amoureuses parallèles les unes aux autres, quand nous Américains en vivrons aussi plusieurs, mais une après l’autre. Le mot d’ordre pourrait être, de ce côté-ici de l’Atlantique, « Je divorce, puis je me remets en couple ». Mitterrand, lui, en bon Européen, ne divorce pas et joue sur l’échiquier de ses couples avec beaucoup de stratégie.

Il faut dire aussi (bis) qu’Anne avait 19 ans et Mitterrand 46 quand ils ont commencé leur relation. La perspective n’est pas la même. Mitterrand se disait être déjà sur la pente descendante de son parcours, quand Anne l’entamait tout juste.

Il est d’autres éléments encore que je désire souligner : à aucun moment, dans ses lettres, Mitterrand n’aborde ses ennuis de santé. Il déplore seulement, pour avoir tant aimé la vie, n’avoir plus le corps qui lui permettrait d’en profiter autant. Je ne pense pas aux galipettes physiques, ici, avec la gente féminine, j’évoque plutôt la perte générale des forces et des sens grâce auxquels, plus jeune, il faisait corps avec ses aspirations. À aucun moment, en outre, Mitterrand ne cède aux vicissitudes de la vie. De la première à la dernière pages que j’ai lues, il privilégie la pureté absolue de l’amour qui le lie à Anne.

Or, plus ça va, plus le temps passe, plus Anne est insatisfaite, plus elle critique, plus elle lui en veut. Alors que Mitterrand est déclinant, le climat entre les deux amants ne cesse pas d’être déchirant, quand j’aurais espéré que s’installe l’apaisement.

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Jour 70

Deux contrariétés très mineures ce matin à propos de mon café matinal. La première. J’ai versé trop de café pour pas assez d’eau dans le percolateur. La boisson est à ce point corsée que la boire me pique la langue. J’ai par conséquent fait bouillir de l’eau pour la diluer. La deuxième. Quand je suis arrivée à ma table de travail pour y écrire mon mot du jour, j’ai constaté que j’avais choisi une tasse trop grosse pour la surface de mon réchaud Radio Shack.

Je ne peux pas dire que j’ai choisi la tasse dans laquelle je bois ce matin. Il se trouve que celles de format acceptable sont toutes dans le lave-vaisselle –conséquence de l’absence de Denauzier cette semaine, l’appareil se remplit moins vite à une personne qu’à deux.

Nous avons en effet plusieurs contenants de yaourt de la marque La fermière, rapportés de Strasbourg, qui garnissent les tablettes de l’armoire en lieu et place de tasses normales. Or, après trois gorgées, le petit pot –fabriqué en terre cuite– est déjà vide. Ça peut aller quand je suis en train d’arroser les plantes, par exemple, et que je circule dans la maison, le café dans une main et l’arrosoir dans l’autre. Je remplis l’arrosoir à l’évier de la cuisine et ce faisant je me verse du café.

Mais quand je m’installe dans le désir très vif de ne pas bouger pendant un moment, m’abandonnant au vagabondage de mon esprit et tapant les mots qu’il me dicte, ça ne convient pas. J’y suis donc allée pour la seule tasse non dé à coudre que j’ai trouvée, et ça donne ce que ça donne, une impossibilité de réchauffage.

Bien entendu, quand je verse le café dans le filtre, je sais que je ne dois pas en verser trois aussi grosses cuillérées, mais je suis excessive. Ou encore, et dans un autre domaine, je sais que je ne devrais pas me limer les ongles aussi courts, mais je ne m’arrête pas de les limer pour autant quand j’atteins la bonne longueur.

Mon oncle faisait la même chose. Il créait des dégâts d’eau partout où il passait quand il arrosait ses plantes, parce qu’il en versait trop !

Récemment, cependant, il m’est venu une révélation. J’étais en train de me préparer à souper, toujours mari étant absent. J’ai hésité à préparer des brocolis en accompagnement de ma truite pochée, parce que je crains d’en manger trop, sachant que ce légume vert contient de la vitamine K et que cette dernière ne fait pas bon ménage avec le Coumadin.
– C’est toi qui décides, m’a alors dit une voix. Il n’y a pas de force supérieure qui décide à ta place.
– C’est bien trop vrai !, me suis-je exclamée, tout fort, toute seule.
Il doit s’agir d’une voix d’outre-tombe ayant parcouru une méchante distance puisqu’elle ne s’est manifestée à ma personne qu’à mes bientôt soixante-deux ans !?
Comment ça se fait que je n’ai pas réalisé cette évidence avant maintenant ?

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Jour 71

Je sais bien pourquoi je m’installe ce matin devant mon ordinateur, une tasse de café déposée sur un réchaud Radio Shack que m’a donné mon mari. C’est pour retarder le moment de m’asseoir devant la grande toile qui m’attend depuis le début du mois de décembre. La pratique de l’écriture est davantage ancrée dans ma vie que celle de la peinture. Cela signifie qu’il peut se dérouler de longues plages de temps sans que je touche à mes pinceaux. Quand je m’y remets, il me semble que j’ai tout oublié de cette pratique, et donc que j’ai tout à réapprendre. Et comme je suis paresseuse, l’idée de l’effort à fournir me garde quelques minutes supplémentaires devant mon écran, puis encore quelques minutes…, jusqu’à ce que le poids de la procrastination soit plus lourd à porter que celui de la peur de ne pas réussir à tout réapprendre.

Car en fait ce n’est pas tant l’effort de réapprendre qui me freine, que la peur de constater que je ne suis plus capable de réapprendre, cognitivement parlant, en raison de mon âge, et aussi comme ça, sans raison. Tout d’un coup, un bon matin, ou encore en fin d’après-midi, je ne serais plus capable de rien comprendre, rien exprimer, rien faire. Cette crainte fait partie de ma mythologie personnelle depuis ma tendre enfance. Je ne me lancerai pas dans ce sujet tourmenté, par ce superbe matin ensoleillé.

D’ailleurs, c’est un peu parce qu’il fait tant soleil que je m’accorde un délai d’attaque supplémentaire, en ceci que je ne vois rien sur ma toile, trop de lumière entre dans la pièce à travers la grande fenêtre. La surface déjà couverte de toutes sortes de taches et de lignes sur le canevas n’offre à voir que des masses décolorées qui tirent vers le blanc. Cet effet presque aveuglant va s’estomper dans la prochaine demi-heure, je pense, et à partir de ce moment-là je pourrai m’y mettre.

Je pourrais profiter de cette demi-heure pour aller me doucher et m’habiller, mais ce serait me soumettre à un régime militaire qui s’accorde mal au sirotage du café. Je pourrais aussi libérer l’espace sur ma table, à droite et à gauche de la toile. Un aloès, en particulier, très gênant en ce moment, devra se rendre résider ailleurs.

Cela dit, une fois partie, je prends plaisir à peindre. Une fois le geste réapprivoisé, je me demande comment ai-je bien pu installer une si longue période d’inactivité dans ma pratique. Je tente de croire que les interruptions suivantes seront moins longues. Je me dis qu’il faudrait que tenir un pinceau devienne aussi naturel que taper sur mon clavier. Qu’il n’y a pas de raison que je privilégie un intérêt au détriment d’un autre. Que je pourrais, minimalement, faire des croquis dans un carnet quand le temps me manque…

J’entretiens le même discours envers la peinture, autrement dit, qu’envers un ami cher dont la vie nous tient éloigné.
– Il ne faut plus laisser autant de temps nous séparer. On se revoit dans moins de trois mois. Cela m’a fait tellement plaisir de te voir !
Et où il s’avère que le trois mois aura duré trois ans.

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Jour 72

J’arrive d’avoir marché 13 000 pas avec cousine sur le Lac Pierre au grand vent. C’est facile, c’est plat sur la surface glacée du lac, mais il faut monter une côte pour revenir à sa maison. Nous avons marché avec des crampons sous nos bottes, et même à ça, par deux fois j’ai failli tomber.

Je mourais de soif au retour, alors cousine m’a donné un verre d’eau, que j’ai vidé bien sûr d’une traite, sans faire l’exclamation sonore de satisfaction qui est propre à mon mari quand il dépose sur le comptoir le verre qu’il vient de boire. J’ai simplement demandé à cousine de m’apporter un autre verre plein, si jamais elle repassait par la cuisine. Nous avons placoté une petite demi-heure et je l’ai quittée. Il était 16 heures.

Avant d’entamer quoi que ce soit, de retour chez moi, je me suis épluché deux sanguines pour me désaltérer et me fournir de la vitamine C. J’ai voulu prendre une photo de la sanguine pour l’envoyer à un ami qui m’a apporté l’an dernier, à pareille date, des sanguines qui étaient à peine teintées de la couleur du sang. Celles que je venais d’éplucher, au contraire, étaient pratiquement noires par endroits. Toujours selon cette marotte de faire des clins d’oeil à l’un et à l’autre, j’aurais aimé envoyer une photo d’une belle sanguine digne de ce nom à l’ami, mais mes mains étaient rendues collantes, mon téléphone pas immédiatement accessible, chatonne se frottait à mes mollets pour avoir manqué d’affection pendant mon absence, alors j’ai laissé faire la photo et j’ai savouré, debout dans la cuisine, les sanguines.

Ensuite, j’ai versé la moitié d’un sac immense de maïs soufflé à saveur de cheddar dans un grand bol. Et je suis venue dans mon bureau rejoindre mes amis devant mon ordinateur, une bouteille d’eau dans une main, le bol de maïs dans l’autre. La faim et la gourmandise ont fait en sorte que j’ai privilégié le contact avec le maïs, dans les premières minutes, plutôt qu’avec les amis.

Malheureusement, je n’étais pas assise que j’ai réalisé que ma technique n’allait pas fonctionner. Je pensais prendre les grains de maïs un à un du bout des doigts sans que cela ne les couvre de sel ou de gras, mais c’était miser sur trop d’optimisme. Je me suis donc relevée pour aller chercher une cuiller à soupe et j’ai mangé mon maïs soufflé à la cuiller, selon ma manière déjà explicitée en ces textes mais il y a fort longtemps : je remplis ma bouche de plusieurs cuillérées puis je mastique lentement. Cette formule a l’avantage d’occuper ma bouche un bon moment avant qu’il ne soit nécessaire de la remplir à nouveau.

Une fois installée confortablement, la bouche remplie, la bouteille d’eau accessible, les jambes croisées pour ressembler aux belles choristes en léotard noir, plus rien ne m’empêchait de venir rejoindre mes amis. Alors j’ai cliqué sur la vidéo de Sophie Hunger pour entendre Le vent l’emportera, et j’ai décidé que Beyries et Louis-Jean Cormier viendraient ensuite m’offrir J’aurai cent ans. Bashung pourra aussi faire partie du rendez-vous amical de fin d’après-midi dominical avec La nuit je mens.

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