Jour 61

J’ai traversé plusieurs étapes en dix ans d’écriture.

Je me rappelle qu’un matin d’hiver j’étais assise devant mon ordinateur qui affichait un écran blanc, aussi blanc que l’étendue des champs couverts de neige. Plusieurs sujets se présentaient à mon esprit, mais rien ne me tentait, de ce que j’avais fait la veille, de ce que je me proposais de lire ou de cuisiner, d’un souvenir ancien, d’un événement que j’aurais voulu revisiter pour lui apporter un nouvel éclairage… J’étais vide intérieurement, mon enveloppe corporelle n’avait rien d’autre à abriter que le néant. Je trouvais que je faisais pitié.

Je ne me rappelle pas comment je m’en étais sortie, en écrivant quand même ou en abandonnant ? Les fois que j’ai abandonné se comptent sur les doigts d’une main, je dirais. Je me rappelle aussi que le lendemain de cette tentative de création infructueuse, je ressentais les premiers symptômes d’une grippe. C’est elle qui me paralysait déjà, la veille, mais je ne le savais pas.

Je sais que certains de mes lecteurs ont pu avoir l’impression que j’écrivais parfois pour me débarrasser. Pourtant, j’ai presque toujours essayé de ne pas écrire juste pour dire que j’avais écrit. Cela n’exclut pas, bien sûr et malheureusement, qu’il ne me soit pas arrivé de tourner les coins ronds. Je m’efforçais d’être à chaque fois satisfaite de ce que j’appelle le traitement de mon récit, à savoir l’agencement des mots, et l’angle sous lequel j’approchais l’idée exploitée.

Je me suis peut-être trop souvent inspirée d’un documentaire vu à la télévision, du temps que je vivais avec Jacques-Yvan, donc bien avant que je me lance dans l’aventure du blogue. Qui m’a marquée parce que je m’en rappelle encore. Le frère Jérôme y expliquait que le thème d’une peinture n’a aucune importance, c’est la manière de rendre ce thème qui compte.

Dans la même veine, l’idée que j’exploite n’a aucune importance, me suis-je dit maintes fois. C’est la manière dont je l’exploite qui fait toute la différence. Cela m’a amenée à embrasser le thème, qui n’en est pas un, des chaussettes qu’on fait remonter sur le tissu de la jambe du pantalon. Je me rappelle avoir eu de la difficulté à trouver une photo, sur Internet, qui représentait le phénomène !

Je trouvais original d’exploiter une idée qui n’a aucune importance. Je l’introduisais et j’y revenais dans les textes suivants. J’avais constaté que ce semblait être à la mode, à l’école secondaire de chouchou, d’ainsi mettre en évidence les chaussettes. Je remarquais aussi que des jeunes faisaient de même, de ceux que je voyais circuler en métro.

Je n’étais pas loin de penser que c’était subversif, mon regard posé sur ces éléments quasiment invisibles parce qu’on oublie de les remarquer. À cette période, et par la force des choses, je m’étais mise à observer les chaussures et les pieds des gens. C’est ainsi que j’avais mentionné à une étudiante, à la Faculté de médecine dentaire, que c’était original, ses chaussures dépareillées. Comme elle n’avait pas elle-même remarqué qu’elle portait des ballerines différentes, elle avait presque crié d’horreur en inclinant la tête et découvrant ses pieds.

– Mes lecteurs vont comprendre que je n’ai rien de particulier à raconter, rien à leur apprendre, rien à débattre. C’est la couleur, la forme, la texture que je donne à ma mini-création du jour qui vaut le détour. C’est l’aspect inusité et définitivement inutile du thème que j’aborde qui constitue ma signature, ma marque déposée.

Tel a été mon postulat de base au fil du temps.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s